Chronique du 3 janvier 1874 (La Nature)

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27 décembre 1873 3 janvier 1874 10 janvier 1874

CHRONIQUE

L’université de Strasbourg française et allemande. — MM. P. Bert et Bouisson viennent de soulever au sein de l’Assemblée nationale, une discussion qui leur fail honneur, au sujet des besoins financiers des qui existent en France. Nous aurons occasion de revenir sur ces débats, qui mettent en évidence l’infériorité désolante de l’instruction dans notre pays ; nous nous bornerons aujourd’hui à placer sous les yeux du lecteur le passage suivant du discours de M. Bouisson :

« Lorsque l’Université de Strasbourg était dans notre administration, une somme de 500 000 francs au plus était inscrite au budget des dépenses pour l’entretien de cette Université, qui comptait cinq facultés. Eh bien, actuellement, dans cette année même, 5 450 000 fr. ont été consacrés à l’Université de Strasbourg ; le nombre des professeurs a été doublé, et par le fait de ces améliorations à la fois relatives à l’enseignement et au matériel, le chiffre des élèves a augmenté dans une proportion significative ; il était tout au plus de 350, alors que Strasbourg était une université française ; plus de 800 élèves suivent aujourd’hui les cours améliorés et ayant reçu tous les bienfaits que la science moderne peut désirer. »

Ces chiffres doivent se passer de tout commentaire : ils sont navrants !

Le phylloxéra dans l’Europe centrale. — Le fléau du phylloxéra a fait, parait-il, invasion en Autriche, et les vignobles qui entourent Klosterneubourg ont été attaqués. En Allemagne, l’importation des ceps de vigne a été, comme on sait, interdite. En parlant de cette mesure et en traitant la question du phylloxéra vastatrix, la feuille agricole mensuelle de Berlin (Monatschrift zur Fœrderung ) émet les réflexions suivantes : À notre avis, dit-il, il est un point non moins important qu’intéressant et qu’on n’a pas suffisamment considéré. L’insecte est-il un parasite qui ne vit et ne peut vivre que sur la vigne, ou bien est-ce un polyphage, semblable à beaucoup d’autres insectes et qui, ayant jusqu’ici échappé à l’œil vigilant du naturaliste, vivait naguère en petit nombre sur d’autres plantes, mais qui, sous l’influence de circonstances particulières, a élu domicile sur la vigne ? Se serait-il pas possible de retrouver ce phylloxéra vastatrix sur d’autres plantes encore. Nous rappellerons ici que le coléoptère Doryphora decemlincata, qui vivait auparavant sur les solanées du Colorado, et qui, depuis peu d’années ravage les champs de pomme de terre de l’Amérique du Nord ; il est aujourd’hui parvenu jusqu’à la côte orientale, d’où il risque d’être introduit eu Europe, avec des pommes de terre du pays. Le journal demande qu’on prohibe l’importation de la pomme de terre, surtout celle d’Amérique, l’invasion du doryphora en question ne devant peut-être pas se faire longtemps attendre. Or, suivant l’auteur, la présence en Europe de cet insecte aurait, à l’égard de la pomme de terre, des conséquences encore plus funestes que la propagation du phylloxéra vastatrix n’en a eu pour la vigne.

Populations. — On connaît, dit la Gazette hebdomadaire de médecine, les lois d’accroissement des diverses populations. On sait qu’en Angleterre, où cet accroissement est le plus rapide, la population double en 50 ans, aux États-Unis, au Canada et en Australie, en 25 ans ; en Allemagne, dans le nord, en 56 ou 60 ans ; dans le midi en 167 ans, ce qui donne 100 ans pour la moyenne ; en France, en 140 ans. Il en résulte que, dans un siècle, les proportions seront les suivantes : pour l’Anglais, 160 millions ; pour l’Allemand, 124 millions ; pour le Français, 69 millions, c’est-à-dire que les individus parlant allemand forment la septième partie, et ceux parlant français la douzième ou treizième partie de ceux parlant anglais. Tous ensemble ne forment pas le quart des populations de langue anglaise. Les pays de langue française ou allemande seront à ceux de langue anglaise comme est aujourd’hui la Hollande à l’égard de la France.

Le brouillard à Londres. — Le Times nous donne des renseignements curieux sur un brouillard très-épais qui a plongé Londres dans de véritables ténèbres vers le milieu de décembre. Quoique la grande métropole anglaise soit accoutumée à la brume, elle en avait rarement vu d’aussi épaisse. La circulation des voilures, des railways et des piétons a été instantanément arrêtée. Les stations télégraphiques ont été envahies par une foule inusitée ; c’étaient des personnes qui envoyaient des dépêches à toutes destinations, pour s’excuser de manquer un rendez-vous. — En ce qui peut nous concerner spécialement au point de vus météorologique, nous ajouterons que l’odeur de ce brouillard était particulière et très-prononcée, comme nous l’écrit un de nos correspondants.

Choléra. — Depuis quelques jours, dit la Gazette de médecine, la ville de Munich est désolée par la réapparition soudaine et très-menaçante du choléra, alors qu’on s’en croyait définitivement délivré. Les journaux du lieu assurent que le gardien des tours de Notre-Dame de Munich, qui demeure à 350 pieds au-dessus du sol, est mort aussi d’une attaque de choléra, quoique aucune personne ne fut montée chez lui pendant toute la durée de l’épidémie. Il avait l’habitude de se faire monter ses vivres par le moyen d’un treuil. D’après la Gazette d’Augsbourg, il est fortement question de suspendre les réunions de la Chambre et de licencier les élèves des écoles populaires de Munich, à cause des progrès de l’épidémie. Du 29 au 30 novembre, il y a eu 35 cas, dont 15 décès, quelques-uns foudroyants ; du 30 novembre au 1er décembre, il y a eu 20 nouveaux cas et également 13 décès.

Statistique de l’hippophagie. — Pendant le troisième trimestre de 1867, on a livré à la consommation, à Paris, 418 chevaux, 7 ânes et 10 mulets. Pendant le troisième trimestre des années suivantes, voici les chiffres : en 1869, chevaux 599, ânes 27, mulets 10 ; en 1871, chevaux 624, ânes 82, mulets 10 ; en 1873, chevaux 1 548, ânes 140 et mulets 15, qui ont fourni 303 970 kilogrammes de viande nette, c’est-à-dire, non compris le cœur, le foie, la cervelle, la langue, etc., dont on fuit usage comme de ceux du bœuf.