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Colonisation protestante de l’Irlande

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GRANDE-BRETAGNE.




ASSOCIATION PROTESTANTE.




COLONISATION DE L’IRLANDE.




DU PAUPÉRISME ET DES MOYENS D’Y REMÉDIER [1].


Il faut enfin se décider à faire quelque chose pour l’Irlande ; mais qu’on se garde bien d’en laisser le soin aux hommes faibles ou aux esprits hypocrites, auxquels on a abandonné jusqu’ici un pays si libéralement doté de la nature, et qui ne doit son appauvrissement qu’à la superstition de ses habitans et à la turbulence de ses agitateurs. Il est prouvé que le sol de l’Irlande est, à tout prendre, d’une qualité supérieure à celui de l’Angleterre, et cependant on y compte 5 millions d’acres d’une terre aussi vierge que si elle était reléguée sous les pôles. Ses mers abondent en poissons, et quelques-uns des plus beaux bancs de pêche qu’il y ait au monde se trouvent en vue de ses côtes, et néanmoins le paysan irlandais meurt de faim, si la récolte des pommes de terre vient à manquer. L’été y est plus tempéré que dans tout autre pays de l’Europe, et l’hiver plus doux ; les bestiaux peuvent y parquer toute l’année, même durant les nuits, et cependant les famines sont plus fréquentes en Irlande qu’en Sibérie. Ses habitans sont naturellement durs à la fatigue, sobres, robustes, laborieux, intelligens, et cependant on en compte un quart qui mendie, un quart qui se livre au vol, et l’autre moitié est turbulente, insubordonnée, ennemie des lois et du gouvernement. L’aspect de l’île, quoique pittoresque, doit à l’égalité de sa surface toutes sortes de facilités pour le commerce. On n’y rencontre nulle part une élévation de plus de mille pieds au-dessus de la plaine voisine, et aucun pays en Europe ne présente un si grand nombre de lacs, à portée les uns des autres, et de fleuves et de rivières coulant dans toutes les directions. Il serait aisé d’ouvrir une navigation intérieure dans toute l’Irlande ; et cependant l’on n’y compte que deux canaux mal entretenus, et qui ne rapportent presque rien. L’Irlande possède à elle seule plus de ports accessibles aux plus gros vaisseaux, que tout le reste de l’Europe ; sa côte occidentale offre une suite non interrompue des plus beaux havres sur une étendue de 200 milles. L’Irlande est le point le plus rapproché (relativement à l’Angleterre) du Portugal, de l’Espagne, de la Méditerranée, et des vastes régions situées au sud du détroit de Gibraltar. La côte occidentale de l’Irlande est la première terre que découvrent les bâtimens venant des Indes, de l’Afrique et des deux Amériques. Un navire parti du port de Londres a gagné à peine la pleine mer, qu’un autre qui a fait voile en même temps de la côte occidentale d’Irlande, arrive dans les parages de l’Amérique. L’Irlande, par sa position, par ses ports de l’ouest et par la facilité de ses communications intérieures, paraît avoir été destinée à devenir le grand centre de communication de l’ancien et du nouveau continent. L’étendue en est considérable, puisqu’on l’évalue à 56 millions d’acres carrés, et, dans cet immense espace, il n’existe pas un point qui soit à plus de cinquante milles de l’Océan, tant les rives en sont profondément coupées de ports, de golfes et de bras de mer. Ce qui met enfin hors de doute la supériorité de l’Irlande, comme centre de communication entre l’Europe et l’Amérique, c’est que le milieu de la partie de l’île qui fait face au Nouveau-Monde, est précisément l’endroit où elle est le moins large. De Dublin à Galway, il y a à peine cent milles de distance. Un négociant quitte le matin les bords du canal St.-Georges ; il est rendu le soir sur ceux de l’Atlantique. Néanmoins, l’Irlande ne possède ni manufactures, ni commerce, ni relations extérieures ; car ce serait pure ironie que de donner ce nom à l’exportation de bêtes à cornes et de pommes de terre qu’elle entretient avec le seul port de Liverpool. Les seules et véritables denrées de l’Irlande sont ses pauvres et ses membres du parlement. L’Angleterre doublerait sa puissance, si elle savait profiter des ressources prodigieuses de cette contrée. On a acquis la certitude qu’un bateau à vapeur pouvait exécuter le trajet de la côte d’Irlande à celle d’Amérique en moins de dix jours, et qu’au moyen d’un canal pratiqué dans la largeur de l’île, les marchandises embarquées à Liverpool seraient rendues aux États-Unis, terme moyen, dans l’espace de 15 jours. On éviterait ainsi le canal Saint-Georges, où règnent sans cesse des vents contraires, et la transmission des marchandises deviendrait aussi sûre et aussi régulière que celle d’une lettre par la poste. Cependant, l’Irlande est encore aujourd’hui la contrée la plus pauvre et la moins bien cultivée de la portion civilisée du globe. Elle abonde en richesses métalliques de toute espèce, et on n’y rencontre que des mendians ; elle abonde en houille, et le peuple y souffre du froid ; elle abonde en pierre à chaux, mais cet engrais si précieux pour l’agriculture reste enfoui dans les entrailles de la terre, et le paysan y meurt de faim, au milieu de ses champs improductifs, réduit à envier le sort plus heureux des bestiaux qui s’y nourrissent.

À quoi donc faut-il attribuer ce déplorable abus des bienfaits de la Providence ?… Disons-le : la superstition qui dégrade et envenime l’esprit du paysan ; le mépris qu’il témoigne pour les lois d’un empire protestant ; une religion qui lui représente son maître comme un usurpateur et un hérétique ; le fanatisme, si soigneusement entretenu par les prêtres papistes, hommes grossiers et ignorans [2], voila les causes qui ont rendu l’Irlande, depuis des siècles, un fardeau pour la législature anglaise, et un triste exemple de l’influence des doctrines de Rome.

Nous sommes convaincus que c’est là la véritable lèpre de l’Irlande ; aussi accueillons-nous avec joie l’annonce d’un projet conçu par des hommes véritablement attachés à leur pays, qui veulent couper la racine du mal, et qui ont sagement senti que le seul moyen de dompter le papisme, c’était d’implanter, de naturaliser le protestantisme en Irlande. Pour cela, ils veulent fonder des colonies protestantes dans les terres vagues et incultes de l’île. Laissons les auteurs expliquer eux-mêmes dans le prospectus qu’ils viennent de publier, le but qu’ils se proposent.

« D’abord, on recueillera par souscription les fonds nécessaires à l’achat des terres incultes, et on y établira un certain nombre de pauvres familles protestantes. Le comité pense que cette mesure accroîtra les ressources morales et physiques de l’Irlande, restreindra le paupérisme, rendra inutile l’introduction de la taxe des pauvres, mettra un terme à l’émigration, et qu’elle assurera enfin aux institutions orangistes une prépondérance décidée dans chaque comté du royaume.

» Une contribution annuelle de six shellings, payée par chaque orangiste, produirait un revenu de 60,000 livres sterling. Cette somme, employée suivant le plan adopté par la société de Hollande, suffirait à l’établissement d’un millier de familles protestantes par an. Le principal rentrerait graduellement dans la caisse de l’institution, et rapporterait un intérêt de six pour cent ; de sorte qu’au bout de seize ans elle se trouverait remboursée de ses avances, et en possession des terres acquises, des constructions, etc.

» Le succès qu’a obtenu en Hollande le plan de colonisation des pauvres nous a convaincus que l’adoption d’un système semblable en Irlande produirait les mêmes heureux résultats.

» En Hollande, plus de 30,000 indigens, colonisés par les soins de la société, sont devenus, grâce à ce système, une classe industrieuse, aisée et religieuse.

» En Irlande, le sol est plus fertile, les ressources plus abondantes, les hivers moins rudes, les terreins incultes d’une étendue plus considérable, et beaucoup plus avantageusement situés.

» La grande loge orangiste aurait l’administration des fonds.

» Les familles à établir devront être recommandées par les loges inférieures à celles de district, par ces dernières aux grandes loges de comtés, et par celles-ci à la grande loge orangiste, qui donnera son assentiment définitif.

» Les grandes loges de comté surveilleront les colonies établies dans les limites de leurs juridictions respectives.

» Aussitôt qu’il aura été recueilli des fonds suffisans pour que la grande loge puisse commencer ses opérations, elle fera l’acquisition d’un terrein pour y former une colonie. Elle y fera construire des habitations et autres bâtimens nécessaires.

» La colonie sera partagée en un certain nombre de fermes ; sur chacune desquelles il sera bâti une maison recouverte en ardoises.

» On logera dans chaque maison deux familles de frères indigens, qui seront assujettis à des réglemens que la société établira.

» L’administration leur fournira les moyens de se garantir momentanément du besoin, et elle s’attachera à les préparer, par l’instruction et la morale, à prétendre un jour à un rang plus élevé dans la hiérarchie sociale.

» Les secours seront distribués, non pas indistinctement, mais à ceux qui seront véritablement nécessiteux. Le travail seul y aura droit. L’administration se gardera bien d’offrir une prime à l’oisiveté.

» Ceux des colons qui se conduiront bien, et montreront de l’industrie, pourront acquérir les fermes sur lesquelles ils résident, à certaines conditions, et moyennant une rente nominale. À l’aide d’un système de récompenses et de punitions bien entendu, et de l’éducation des jeunes gens dans les principes de la religion et de la bienséance, dans l’agriculture et le commerce, on mettra bientôt les colons en état de se suffire à eux-mêmes, d’obéir aux lois, et de donner un bon exemple à leurs concitoyens.

» Il y a, dans une des colonies hollandaises, ajoute le prospectus, environ 200 orphelins, indépendamment des familles ; les voyageurs qui les ont vus, assurent que leur nourriture est excellente, qu’ils paraissent plus enjoués, que leurs occupations semblent plus favorables à la santé, et leur éducation plus propre à assurer leur bonheur futur. Le régime, enfin, auquel ils sont soumis est préférable à celui qui est en usage dans les villes, dans les hospices d’orphelins, et dans les écoles paroissiales.

» Les avantages qu’on se propose sont immenses, et n’entraînent aucun risque. Si la grande loge réussit à faire tourner au bénéfice et à la puissance de l’état le paupérisme qui ronge actuellement le pays, et qui doit augmenter nécessairement ; si elle parvient à réduire les charges des pauvres et à transformer des frères malades et nécessiteux en une classe saine, heureuse et morale, ainsi que l’exemple de la Hollande en démontre la possibilité ; elle aura la satisfaction de pouvoir dire qu’elle n’a point abusé de la confiance de ses concitoyens.

Frais d’établissement de deux familles.
liv. st. shell.
Constructions sur chaque ferme. 25 »
Mobilier, instrumens aratoires. 14 »
Vêtemens. 12 »
Une vache. 6 10
Semences pour la première année et culture
de la ferme.
24 »
Avances en provisions, première année. 7 10
Autres avances. 6 »
Lin et laine pour tisser. 15 »
Dix acres de terres incultes 10 »
Total.
120 »

» En comparant les dépenses et les recettes annuelles de chaque colonie, nous avons calculé qu’il y aurait un bénéfice de huit livres sterling par famille.

» Le comité a résolu d’envoyer, dans le plus bref délai, des expéditions de ce rapport à chaque loge orangiste, et individuellement à tous les riches protestans du royaume.

» Signé : N. de Cromellin,
» Grand-Maître du comté de Down, Président.
» Approuvé : Enniskillen et Aldborough,
» Députés, Grands-Maîtres d’Irlande. »

L’introduction des principes du protestantisme dans des districts où ils ne seront exposés ni à l’hostilité du peuple ni au contact de la superstition, produira nécessairement des habitudes d’industrie et de subordination. Les rentes élevées des fermages sont le mal qu’il faut s’attacher à détruire. Ce sont la aussi des causes immédiates de l’apathie, des maladies, de l’oisiveté et des crimes des Irlandais. Toutefois, comme il est des personnes à qui il reste encore des doutes à cet égard, nous allons leur prouver, à l’aide d’autorités irrécusables, que c’est à la cupidité des propriétaires qu’il faut rapporter la misère du peuple irlandais depuis le règne d’Élisabeth.

Edmond Spencer dit que « les propriétaires irlandais rançonnent honteusement leurs fermiers. »

D’après le célèbre Swift, « les rentes sont exprimées du sang et des entrailles du peuple, qui est plus malheureux que les mendians en Angleterre. »

L’archevêque Boulter assure que « le fermier ne retire guère qu’un quart ou un cinquième du produit de sa terre. »

L’avocat-général Fitz-Gibbon dit que « les rentes exorbitantes foulent les malheureux paysans. » Newenham, Woodward, Curwen, confirment la même chose.

Ce système d’exaction s’exécute par l’entremise d’avides procureurs, qui non-seulement exigent les paiemens avec la dernière rigueur, mais profitent de la détresse du fermier pour lui intenter d’éternels procès. Il est une autre classe de spéculateurs sur la misère publique, qui afferment des terres, pour les sous-louer ensuite aux pauvres, et qui, avec les procureurs, deviennent le fléau du pays.

Telle a été l’origine du système Rockite, des Niveleurs et des Whiteboys en 1760, 1763 et 1764 ; des Cœurs d’acier et des Rôdeurs de nuit, en 1786, et de l’insurrection de Limerick. L’honorable Charles Grant a déclaré en plein parlement, le 22 avril 1822, que les vexations locales avaient été causes de tous les soulèvemens arrivés en Irlande pendant les 60 dernières années ; et M. Nimmo, ingénieur écossais, qui, durant onze ans de résidence, a employé les habitans de presque toutes les provinces à des travaux publics, assure « que le propriétaire foncier jouit de plus de pouvoir en Irlande que dans toute autre contrée du monde. Il n’y est pas astreint à fournir à la subsistance de ses fermiers, aux époques calamiteuses, comme cela se pratique en Angleterre, en Allemagne, en Livonie, etc. où les terres sont cultivées par des serfs de la glèbe, et ainsi qu’aux Antilles, où elles le sont par des esclaves. »

En 1821, les propriétaires d’Irlande exportèrent pour six millions de denrées au moment où la famine désolait le pays, et pendant que les Anglais souscrivaient pour 300,000 livres sterling afin d’en arrêter les ravages. En 1826, 60,000 habitans de Dublin, c’est-à-dire le tiers de la population de cette ville, furent admis dans les hospices fiévreux. MM. Foster, Dickson et Strickland ont formellement déclaré, devant le comité d’émigration, que le produit des terres de la partie occidentale de l’île ne suffisait point au paiement des fermages, et que l’argent qui servait à les acquitter était recueilli par les paysans qui allaient chercher de l’ouvrage en Angleterre.

Les Irlandais, comme autrefois les Israélites, ont multiplié au sein de la misère ; néamnoins, en dépit des plaintes réitérées du peuple, M. G. Dawson prétend que l’état de l’Irlande s’améliore. « Les exportations et les importations du pays ont augmenté, » ajoute ce législateur ; mais s’il avait pris la peine de s’enquérir de la nature des exportations, il aurait vu que l’augmentation porte uniquement sur le bétail et le beurre, et que le chiffre des productions qui donnent du travail au peuple, étant resté le même, et la population s’étant accrue dans l’intervalle, il en est conséquemment résulté accroissement de misère. D’ailleurs, la majeure partie du produit de ce commerce sert à acquitter des fermages proportionnellement enchéris.

La quantité d’objets de fabrique anglaise importés en Irlande témoigne suffisamment de la décadence des manufactures indigènes. Le commerce des toiles dépérit chaque jour ; celui des soieries et des popelines de Dublin, qui entretenait autrefois dans l’aisance une multitude d’artisans, est entièrement anéanti, et l’abolition des droits de transit a entraîné la ruine de trente principaux manufacturiers de cette ville. Il ne se fabrique plus rien dans les ménages ; la confortable robe d’étoffe que la paysanne tissait de ses mains, a fait place au calicot sorti des ateliers de Manchester. La prospérité, dit-on, renaît en Irlande ! Le tableau des banqueroutes de Dublin suffit pour s’en convaincre. Heureuse contrée, où les fermages sont extorqués par 6,000 gendarmes et 35,000 soldats !!!…

Nous allons maintenant considérer s’il n’existe pas quelque moyen de remédier à ce triste état de choses.

Jetons d’abord les yeux sur les nations voisines.

En Autriche, le bien-être du pauvre est l’objet d’une sollicitude toute particulière.

En Bavière, il existe des lois qui obligent chaque paroisse à prendre soin de ses pauvres.

Dans l’Allemagne protestante, ils sont encore mieux traités. En Russie même, la loi force le seigneur de la terre à pourvoir aux besoins des vieillards et des infirmes, et dans chaque gouvernement il y a un collége de bienfaisance pour le soulagement de l’indigence.

En Livonie et en Pologne, les serfs sont aussi à la charge des seigneurs.

Dans le nord de l’Italie et en Sicile, le propriétaire et le fermier partagent le produit de la récolte, et les revenus des églises sont affectés à l’entretien des pauvres.

En Hongrie, où les seigneurs ont un intérêt si grand à la conservation de leurs serfs, il n’en existe pas moins une loi qui les oblige à les nourrir, les vêtir et les loger.

En Suisse, les pauvres sont abondamment pourvus. Il en est de même en Norwège.

Dans la Suède, les pauvres se trouvent placés sur le même pied qu’en Angleterre, et la loi affecte à l’éducation une partie des contributions locales.

En Flandre, il y a un fonds permanent pour le soutien des pauvres, et l’on compte dans les Pays-Bas sept grands ateliers de travail.

Les lois des pauvres en Hollande ne diffèrent guère des nôtres.

Dans le Danemark, et même en Islande, la loi adoucit leur sort. L’Amérique a aussi ses lois des pauvres. Le système anglais fait de rapides progrès en Écosse, et partout où la taxe des indigens n’est pas prélevée, on remarque la même misère qu’en Irlande… M. Nimmo assure que l’Écosse serait aujourd’hui beaucoup moins malheureuse, si l’on y avait introduit plus tôt les lois des pauvres. Il évalue à un tonneau de pommes de terre par année (2000 livres pesant), la contribution volontaire de chaque fermier pour l’entretien des pauvres en Irlande ; ce qui représente une somme de plus d’un million et demi de livres sterling. Les grands jurys votent annuellement un autre million pour le même objet.

D’après ces autorités et ces exemples, nous appuyons de tous nos efforts la formation des colonies protestantes en Irlande ; mais nous proposerons avant tout la méthode suivante, comme seule capable, à la fois, d’assurer un emploi productif au peuple, et de mettre un frein salutaire à la cupidité des propriétaires.

1o Nous voudrions que le clergé [3] fût nommé gardien perpétuel des pauvres, et que deux inspecteurs fussent choisis annuellement dans chaque paroisse.

2o Que le gouvernement envoyât dans chaque district d’Irlande un ingénieur chargé de quelque ouvrage public, et qui aviserait aux moyens d’occuper les pauvres, soit à enlever les obstacles à la navigation des rivières et des lacs, soit à construire des canaux, des routes, des jetées, et qui rendrait compte de ses opérations aux grands jurys et au parlement.

3o Que les inspecteurs eussent le droit d’envoyer à ces travaux tout pauvre qui le requerrait, et de porter le prix de son salaire au compte de la paroisse où il est né.

4o Que les presentments [4] des grands jurys, qui sont actuellement une source féconde de péculat, fussent mis à la disposition des inspecteurs et des gardiens des pauvres dans leurs paroisses respectives.

5° Que la quotité de la taxe pour l’emploi des pauvres fût proportionnée aux moyens de chaque individu, et que les absens qui négligeraient leurs devoirs d’inspecteurs, de grands jurés, de sheriffs, de commissaires, etc., fussent condamnés à des amendes, dont le montant serait versé dans la caisse des indigens.

Si l’on adoptait une mesure semblable en Irlande, le propriétaire se garderait bien d’imposer à l’avenir des fermages excessifs ; il se verrait forcé de procurer de l’occupation à ses fermiers, ou de tenir compte à l’administration de ses dépenses, lorsqu’elle les emploierait dans les travaux publics. Son intérêt lui montrerait la nécessité de restreindre la taxe du travail, en multipliant les moyens d’occuper le peuple, et celui-ci finirait par respecter des lois sous l’égide desquelles il trouverait protection. Le criminel n’inspirerait plus d’intérêt, du moment que le besoin et le manque d’ouvrage ne serviraient plus d’excuse au crime. Une telle mesure ôterait aux ouvriers tout prétexte pour se coaliser, elle présenterait une garantie pour la sûreté des personnes et des propriétés, et encouragerait les Anglais à verser leurs capitaux dans de grandes entreprises utiles au pays. On ne verrait plus cette effrayante anomalie, la famine et son cortège de fièvres, régner au sein de l’abondance. Les terres incultes, les mines, les pêcheries, ne resteraient point improductives…

On a essayé d’introduire la fabrication du coton en Irlande avec des succès variés. Dans les provinces de l’ouest, du sud et dans celle de Leinster, elle a complètement échoué. Si elle a réussi jusqu’à un certain point à Belfast, ce n’a été qu’au détriment des fabriques de toiles. Cette ville est devenue le centre de ce commerce, depuis que Dublin a cessé d’en être l’entrepôt principal. Toutefois, le succès de cette branche d’industrie y est dû en grande partie à la misère du peuple, qui, se nourrissant d’alimens de la plus mauvaise espèce, peut donner son travail pour le bas prix de 2 à 4 shillings par semaine, au grand avantage des manufacturiers anglais ou écossais, qui, à l’apparence du moindre nuage sur l’horizon commercial, congédient les ouvriers, et finissent, une fois enrichis à leurs dépens, par venir manger leur fortune en Angleterre. M. Kennedy a démontré jusqu’à l’évidence, dans un mémoire sur la fabrication du coton, publié dans le 3e volume des Transactions de Manchester, qu’une industrie exposée à de si nombreuses vicissitudes, ne saurait se soutenir sans une taxe des pauvres destinée à venir au secours de la classe ouvrière, dans des temps de stagnation ; et l’exemple de Manchester, au mois de mai 1826, a complètement justifié sa proposition. Si cette taxe n’avait pas alors fourni des secours immédiats, en attendant qu’il fût ouvert des souscriptions, le pays était inévitablement menacé d’une insurrection terrible. Nous sommes convaincus que, sans un fonds de cette nature, l’introduction des machines et des autres perfectionnemens scientifiques serait suivie de la plus affreuse misère. Mais l’emploi même de ces machines augmentant les bénéfices du commerce, facilite aux paroisses les moyens de subvenir aux besoins de ceux qui ont momentanément souffert de leur introduction ; il permet aussi au capitaliste d’utiliser le bras des artisans dans une sphère plus élevée, et de créer de nouveaux consommateurs pour ses produits.

Il nous serait facile de prouver qu’un fonds destiné à employer le peuple Irlandais à des ouvrages d’utilité publique, forcerait les propriétaires de jeter les capitaux qu’ils dépensent aujourd’hui hors du pays, dans des entreprises particulières qui plus tard deviendraient lucratives. Lord Caernaroon disait, il y a deux ans, à la chambre des lords, qu’ayant momentanément cessé de résider sur une de ses propriétés située en Angleterre, les revenus en avaient été presque entièrement absorbés durant son absence par la taxe des pauvres. Mais après son retour, il fit travailler les habitans de la paroisse ; l’industrie et le commerce prirent alors un nouvel essor ; bientôt il se trouva fort peu de pauvres à la charge de la communauté, et les fermages furent ponctuellement payés. Si les propriétaires irlandais, qui résident hors de leur patrie, éprouvaient une pareille diminution dans leurs revenus, on verrait, en peu de temps, les terres vagues de leurs biens livrées à la culture ; une population, aujourd’hui désœuvrée et mourant de faim, produirait pour la consommation de l’Angleterre, et les pêcheries abandonnées recevraient l’extension dont elles sont susceptibles. Il faut un stimulant de ce genre pour tirer les Irlandais du découragement et de l’apathie où ils sont plongés. Est-il à présumer que trois familles eussent désolé l’Irlande, si les propriétaires avaient fait leur devoir en 1821 ?

Une question se présente. Comment se fait-il que les propriétaires non résidens aient des fermiers aisés en Angleterre, et misérables en Irlande ? La raison en est toute simple. C’est qu’en Angleterre, ils sont obligés de fournir à la subsistance de leurs fermiers s’ils les foulent par des rentes trop élevées ou s’ils ne leur donnent point d’emploi. La classe industrieuse de l’Irlande distribue pour plus d’un million et demi d’aumônes inefficaces ; la garnison du pays coûte un autre million et demi, et la police 300,000 livres ; on paie des sommes énormes aux prisons et aux hospices, pour le soulagement des pauvres. Eh bien ! qu’au lieu de tout cela, on applique, pendant quelque temps, deux millions par année à des travaux publics, on ne manquera ni de bras ni d’ouvrage pour les employer avantageusement. Il existe peu ou point de quais pour le débarquement des marchandises, le long de la côte occidentale. La navigation des grands fleuves est obstruée par des bancs de sable qui font déborder leurs affluens, et causent souvent de fâcheux désastres. Si l’on continuait le canal de Newry jusqu’au lac de Neagh, il s’établirait une navigation à la vapeur d’une mer à l’autre, à travers la province d’Ulster, et les eaux de ce lac abaissées à leur niveau d’été, viendraient tourner les moulins à chanvre et à coton de Newry. En un mot, il n’y a point de district qui ne soit susceptible d’amélioration [5]. Deux millions dépensés de la sorte, seraient une économie en comparaison du gaspillage actuel, et les riches propriétaires intéressés à la prospérité de l’Irlande, y contribueraient à l’envi. M. Griffith, ingénieur royal des mines, a démontré que le sud-ouest de l’Irlande, exploité convenablement, deviendrait le district minéral le plus considérable des trois royaumes. M. Beeld, autre ingénieur civil, rapporte qu’une petite compagnie formée à Skerries, envoya dernièrement sur la côte occidentale quelques bãtimens pêcheurs qui en rapportèrent pour plus de dix mille livres sterling de morue et d’autres poissons. On compte en Irlande cinq millions d’acres de terres incultes, dont la moindre élévation est de quatre cents pieds au-dessus du niveau de la mer. Depuis que l’on sait décomposer la tourbe, tous les terroirs de cette nature peuvent être regardés comme des masses d’engrais. Les fondrières du midi de la Hollande, qui ressemblaient autrefois à celles de l’Irlande, sont devenues aujourd’hui le jardin de l’Europe.

Les commissaires chargés de faire un rapport sur les fondrières de l’île, citent une foule d’essais pour les livrer à la culture, qui ont obtenu un succès presque inespéré. Lord Palmerston a été remboursé de ses frais de défrichement dans l’espace de trois ans, et il afferme actuellement ses terres à raison de 30 shellings l’acre. Trois millions d’acres, rapportant chacun 3 livres sterling par an, donneraient une valeur de 9 millions, c’est-à-dire une somme égale à celle des productions agricoles que l’Angleterre importe tous les ans. Celle-ci cesserait ainsi d’être tributaire de l’étranger, et au lieu d’acquitter cette somme en argent, comme elle le fait actuellement, elle paierait les Irlandais en objets de ses fabriques. De cette manière, on atteindrait le but que doit toujours se proposer un sage législateur, et qui consiste à donner le plus d’extension possible au commerce intérieur. Si les propriétaires des terrains incultes voulaient passer des baux à longues années et les affermer pour la moitié de leur rapport annuel, (de sorte qu’il y eût de part et d’autre un intérêt égal et leur amélioration), s’ils consentaient à faire une première dépense de deux livres sterling par an, le paysan donnerait volontiers son travail sans rétribution, parce qu’il pourrait, à la longue, se procurer quelque indépendance. L’Angleterre y gagnerait aussi ; car, à en croire le troisième rapport sur l’émigration, « la conséquence inévitable de l’émigration spontanée des Irlandais est d’inonder ce pays de pauvres, et de rendre par degrés les paysans d’Angleterre aussi misérables que ceux d’Irlande. »

M. Maurice Fitz Gerald, appelé devant le comité chargé de l’emploi des pauvres, déposa « avoir vu des paysans du Kerry quitter leurs foyers, et offrir de travailler pour deux pences par jour (4 sous), en un mot, pour ce qui pourrait les faire exister durant les 24 heures. » M. Tighe rapporte que le nombre des individus vivant d’aumônes en Irlande, est incalculable. « Il faut, ajoute-t-il, qu’ils subsistent de charité, ou de rapine. J’attribue au défaut d’ouvrage tous les maux qui affligent et déshonorent mon pays. » « Dans la partie du comté de Cork que je connais le mieux, dit M. O’Driscoll, la condition du peuple est misérable au dernier degré : rien ne peut se comparer à la détresse des artisans des basses classes, et les fermiers ne sont guère moins malheureux. »

Le meilleur moyen de remédier à cet état de choses, c’est donc d’adopter,

1o Le bill de M. Brownlow pour le desséchement des terres vagues, et pour les sûretés à donner aux acquéreurs.

2o Un autre bill que doit également proposer M. Brownlow, pour déterminer les limites de ces terrains, et les enclore.

3o D’amender par un acte du parlement, le système des associations anonymes (acte 21 de Georges iii), pour que le capitaliste puisse employer utilement ses fonds, et les faire tourner à l’avantage du peuple irlandais.

4o De passer un acte pour occuper les pauvres d’Irlande à des travaux publics dirigés par des ingénieurs du gouvernement, et faire supporter leurs gages au district ou à la paroisse où ils sont nés. On remédierait ainsi à deux grands maux et à deux causes de dégradation qui découlent du système anglais, et consistent, 1o à faire travailler le peuple pour un salaire d’une modicité déraisonnable, et 2o à lui donner de l’argent sans en exiger de travail.

5o De passer un acte afin de faciliter et assurer l’acquisition des propriétés territoriales en Irlande. Pour cela, il faudrait qu’on pût s’adresser directement à la chancellerie, et éviter les frais et délais que nécessitent les bills particuliers.

Beaucoup de gens voient dans l’éducation le seul remède applicable aux maux de l’Irlande ; nous croyons qu’il serait dangereux de se fier uniquement à ce moyen. Ce serait élargir encore davantage l’intervalle qui sépare le riche du pauvre ; ce serait rendre celui-ci bien plus à plaindre. Ajouter le besoin de l’éducation à celui qui naît de la pauvreté, c’est verser un nouveau poison dans l’ame de l’indigent, et fournir de nouvelles armes aux ennemis de l’ordre social. Le paysan irlandais pourra lire alors qu’en vertu de la loi, les pauvres d’Angleterre sont nourris et entretenus quand ils sont vieux, malades et sans ouvrage ; il établira des comparaisons entre sa position et la leur. Il lira ensuite le discours de quelque éloquent orateur, de son propriétaire peut-être, qui s’apitoiera sur le sort des esclaves des Antilles, lesquels sont toujours sûrs d’être nourris, vêtus et logés, quand bien même l’ouragan n’aurait point laissé une herbe sur pied dans l’habitation de leur maître. Il apprendra que l’Angleterre envoie des missions en orient et en occident, pour améliorer la condition d’étrangers qui n’ont jamais cultivé le sol britannique ni risqué leur vie pour sa défense. Il comparera cet excès de bienveillance avec le dénuement complet dans lequel on l’abandonne, et saura bientôt en tirer les terribles conséquences.

Nous pensons qu’il vaudrait mieux d’abord l’aider à soutenir sa nombreuse famille ; et le seul moyen, c’est de lui donner du travail, c’est de l’employer, aux frais des paroisses, à des entreprises d’utilité publique ; c’est d’ouvrir des routes, de creuser des canaux, d’agrandir des ports, de défricher des terres, etc.

M. Malthus et d’autres se sont récriés contre ce moyen unique, suivant nous, pour améliorer la situation des pauvres Irlandais, et réprimer la tyrannie des hautes classes de la société. Ils prétendent qu’en Angleterre il produirait une augmentation désordonnée de la population, et néanmoins, l’accroissement de cette population, depuis un demi-siècle, a été infiniment plus considérable en Irlande qu’en Angleterre. Cette progression déréglée, pour ainsi dire, vient en grande partie de ce que les propriétaires, pouvant donner carrière à leur avarice, morcellent leurs biens pour en tirer tout le parti possible.

Ces économistes politiques allèguent aussi que la conséquence de ce système est de multiplier indéfiniment le nombre des pauvres. Il est arrivé tout le contraire ; car le nombre des pauvres est aujourd’hui inférieur à celui de l’année 1688, quoique la population soit double de ce qu’elle était alors. M. Gregory King évalue la population de l’Angleterre, à cette époque, à cinq millions et demi, et le nombre des pauvres à 1,200,000. En 1811, la population était de onze millions et demi, et il y avait à peine un million de pauvres. M. Malthus se plaint de l’accroissement des dépenses, sans tenir compte du prix des provisions, de la diminution de valeur de l’argent, de l’aisance comparative des classes supérieures, de l’augmentation effrayante de la dette nationale par suite des guerres d’Amérique et de France, du surcroÎt de contributions qu’elles ont nécessité, et dont tout le poids retombe sur la classe qui renferme le plus grand nombre de consommateurs. Si l’on veut avoir une idée exacte de l’efficacité de la taxe des pauvres, il faut prendre pour base ses rapports avec le revenu annuel du pays. En 1688, le revenu de l’État était de 30,000,000 sterling, et la taxe des pauvres de deux millions, c’est-à-dire dans la proportion de 15 à 1. En 1811, le revenu s’élevait à 300 millions sterling, et la taxe des pauvres à 8, ce qui donnait un rapport de 32 à 1.

Nos adversaires prétendent encore qu’un fonds pour les pauvres ruine l’industrie ; et cependant que dit l’acte d’Élisabeth ? « Faites travailler le peuple ou nourrissez-le, comme consommateur de votre propriété. » C’est donc une taxe sur l’indolence et l’avarice. L’industrie a porté a 500 millions sterling le revenu national de l’Angleterre. En Irlande, où cette industrie n’existe pas, la moitié des habitans est sans ouvrage et réduite à un dénuement complet. Ils vivent d’alimens grossiers qu’ils obtiennent le plus souvent de la charité publique, et leur vie licencieuse engendre des habitudes, des sentimens et des vices incompatibles avec le bien-être de la société.

Le soin de sa propre conservation est la première loi de la nature. En admettant ce principe, M. Malthus peut-il réellement croire que les personnes et les propriétés se trouvent en sureté au milieu d’une population mourant de faim ? Encore une fois, le remède le plus efficace et le plus immédiate en Irlande contre l’absentisme [6], serait un fonds public destiné à donner du travail au peuple. Cette mesure lui inspirerait le sentiment de son indépendance ; elle le tirerait de son état d’oisiveté, de crime et de maladie ; elle lui donnerait des commodités qu’il n’a jamais connues, et lui créerait des nécessités qu’il chercherait à satisfaire. Le paysan, l’artisan laborieux pourraient prétendre à la richesse ; l’argent resterait dans le pays ; le fermier, le fabricant, le négociant trouveraient un débouché indigène pour leurs produits et leurs marchandises ; les revenus des terres augmenteraient, et, d’un autre côté, les propriétaires, que la misère du pays décidait à s’en éloigner, pourraient y passer leurs jours au sein de la paix et de l’abondance. L’Irlande prendrait bientôt une face toute nouvelle ; ses terres vagues seraient livrées à la culture ; les mines qui y abondent s’exploiteraient avec fruit ; la condition des habitans, si honteusement négligée jusqu’ici, s’améliorerait en peu de temps ; les manufactures seraient alimentées et encouragées, et s’il arrivait alors que l’on imposât au pays quelques mesures funestes à sa prospérité, comme les effets en seraient immédiatement sentis de ceux-là même qui ont voix dans la législature, le remède ne se ferait pas long-temps attendre.


  1. On se rappelle les courageux efforts de l’Association catholique irlandaise pour obtenir le bill d’émancipation. Les catholiques veulent poursuivre leur premier succès, et parvenir à une réforme radicale dans l’administration qui les gouverne. (Voy. la Revue des Deux Mondes, tome 1er, pages 68, 101 et 205.) Voici maintenant une Association protestante organisée à peu près de la même manière, mais dans un but tout différent.

    Effrayés de la puissance et du nombre toujours croissant des catholiques, les orangistes ont conçu le projet de leur opposer des colonies protestantes, qu’ils établiraient successivement sur les terres incultes d’Irlande. Ainsi, d’un côté, l’Association mettrait un terme aux émigrations continuelles des habitans, elle

    cicatriserait peu à peu la plaie profonde du paupérisme ; de l’autre, elle naturaliserait le protestantisme en Irlande, et chercherait et séduire les catholiques par la perspective d’une existence moins misérable et moins précaire. Ce plan développé par des publicistes anglais, est vaste, hardi, et prouve que les deux partis sont loin de se rapprocher encore. Chez un grand nombre d’orangistes, le fanatisme protestant ne s’est point modifié. Même intolérance pour les papistes, mêmes préjugés, même haine. Au surplus, le projet de colonisation de l’Irlande, quoique placée sous l’influence d’une idée étroite et exclusive, doit offrir tôt ou tard d’importants résultats, non-seulement pour la prospérité de cette île, mais encore pour celle de tout le Royaume-Uni.
  2. Il nous semble que la ferveur religieuse emporte beaucoup trop loin l’auteur de cet article ; aussi avons-nous cru devoir supprimer quelques expressions violentes et injurieuses qui ne sauraient atteindre la plupart des membres du clergé catholique d’Irlande. Nous comptons pouvoir bientôt représenter sous son véritable point de vue un pays si peu connu jusqu’à ce jour en Europe, et en Angleterre même.
  3. Protestant, sans doute ; l’auteur ne s’explique pas.
  4. Allocations votées par les grands jurys pour les dépenses du comté.
  5. On remarque dans la province de Galway trois lacs fort rapprochés les uns des autres : ce sont les lacs Corrèb, Mash et Caira. En taillant une galerie de cent cinquante toises de long, dans un roc de pierre calcaire, entre le premier et le second, on ouvrirait une navigation intérieure de cinquante milles, et dix-sept mille acres actuellement inondés seraient desséchés. Il en coûterait

    peut-être 30,000 livres st. ; mais la vente des terres obtenues par ce moyen en rapporterait 330,000.

    Si on enlevait la barre de la rivière de Cashen à Newry, on y gagnerait une navigation intérieure de trente milles, et deux cent mille acres de terre.

    En débarrassant la rivière de Lough-Gara d’un léger obstacle, on dessécherait aussi une vaste étendue de terrains submergés.

    Enfin, si on faisait disparaître la barre du Shannon, à Athlone, tout le sol que recouvrent les eaux du Lough-Ree serait rendu à l’agriculture, etc., etc.

  6. C’est ainsi qu’un appelle l’habitude d’émigrer que l’on remarque chez les Irlandais, et surtout parmi les classes riches.