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Comment féconder son imagination/Chapitre I

CHAPITRE PREMIER
L’IMPORTANCE CAPITALE DE L’IMAGINATION

Bien des personnes souffrent de ne pas avoir la repartie plus prompte, ou, lorsqu’elles auraient pour rôle d’animer la conversation, constatent à regret qu’il ne leur vient pas grand’chose à l’esprit ; ou bien encore elles se voient incapables d’écrire une réponse digne de la lettre charmante et spirituelle qu’elles viennent de recevoir. Leurs idées sont justes, et elles le sentent bien, mais elles ne savent pas les soutenir éloquemment. Ces personnes peuvent être pleines de mérite ; elles manquent, malheureusement, d’imagination !

C’est à elles que nous nous adressons en particulier, pour leur fournir les meilleurs moyens de remédier à cette déficience. Mais c’est à bien d’autres points de vue que l’imagination est une faculté indispensable, créatrice de toutes les grandes œuvres de l’homme, une faculté maîtresse qui donne à la vie son charme tout en assurant le succès. L’imagination n’est pas seulement essentielle à l’artiste, au musicien, au poète, c’est d’elle aussi que jaillissent les découvertes du savant et de l’inventeur, c’est d’elle enfin qu’a besoin l’homme d’action, le stratège combinant les plans de la victoire, l’industriel préparant une exploitation, l’apôtre organisant par avance une œuvre sociale : et, tout comme la femme de lettres fait preuve d’imagination par un nouveau roman, sa cuisinière en fait preuve aussi par une nouvelle sauce, et sa couturière ou sa modiste par une nouvelle toilette, par un nouveau chapeau.

Dans une situation complexe et embarrassante, c’est l’imagination qui fournit la solution désirée ; et le chef d’entreprise qui part en voyage ne peut se reposer sur son fondé de pouvoirs que s’il peut compter sur sa faculté d’improviser, le cas échéant, tout comme lui-même, le dénouement d’une difficulté inattendue.

Nos chemins sont rarement tout tracés dans nos existences, c’est à chacun d’imaginer le sien.

Nous croyons donc être fort utile à notre lecteur en lui permettant d’accroître sa faculté d’imagination.

Mais personne n’ignore que l’imagination peut devenir aussi la source des plus grands dangers, et que notre grand penseur Malebranche l’appelait « la folle du logis, cette folle qui se plaît à faire la folle ». Parmi ses détracteurs, on peut encore nommer Pascal, aux yeux de qui elle n’est qu’une « maîtresse d’erreur et de fausseté ».

Et il est bien vrai que l’imagination, en nous faisant vivre dans le monde de nos rêves, risque de nous dégoüter entièrement du monde réel, et d’engendrer ainsi l’inaction, la tristesse, le désespoir.

C’est elle aussi qui fomente les crimes les plus abominables, les forfaits qui nous révoltent le plus violemment par leur atroce originalité. Il fallait de l’imagination pour songer, dans un assassinat resté célèbre, à la baignoire et à l’acide sulfurique destinés à faire disparaître les cadavres. Et de quelle imagination diabolique nos ennemis n’ont-ils pas fait preuve récemment dans leurs chambres de torture !

C’est l’imagination qui fait souvent les plus grands scélérats comme les plus grands héros ; et, lorsqu’on y songe, on n’est pas étonné de voir d’illustres bandits devenir, comme Vidocq, d’illustres policiers. L’une et l’autre carrière peuvent réclamer une ingéniosité peu commune, et Arsène Lupin, dans la jolie pièce de théâtre dont il a fourni le sujet, dit avec raison cette parole moralisatrice qui convient fort bien à son cas :

« Il n’est pas donné à tout le monde de pouvoir devenir un très habile voleur, et il est bien plus simple de rester un honnête homme. »

La discipline est même, ici comme ailleurs, la condition indispensable de la fécondité. De même, il nous faut scrupuleusement éviter la dispersion de nos puissances mentales, et canaliser vers l’utile et vers le bien les sources d’énergie infiniment précieuses de notre imagination.

Vous pourriez consacrer deux mois à chacune des séries d’exercices indiqués dans les cinq chapitres qui vont suivre, car nous avons cherché à les disposer dans un ordre logique et de difficulté croissante ; cela vous ferait dix mois pour aller au bout de la méthode. Mais vous pouvez aussi vous contenter d’un mois et, ensuite, reprendre la série. L’essentiel est dans la constance de l’effort et dans la ferme confiance en un résultat qui ne saurait manquer.