Comment transformer nos échecs en triomphe/Chapitre I
CHAPITRE PREMIER
OÙ L’ON S’EN TIENT AUX DONNÉES DU VIEUX BON SENS : LES ÉCHECS SONT DES EXPÉRIENCES COÛTEUSES, MAIS FRUCTUEUSES. LES DÉBOIRES CHANGÉS EN VICTOIRES
Commençons par une simple vérité de bon sens : nous sommes instruits par nos échecs. Il n’y a même guère que nos déconvenues pour nous instruire vraiment, pour nous faire réfléchir sur leurs causes, pour nous faire dire, comme une petite correction aux enfants : « Je ne recommencerai plus ! »
Une déception dans le passé, ce sera même plus qu’une victoire pour l’avenir, ce sera une série indéfinie de victoires que nous remporterons désormais à chaque occasion, par notre sagesse, par notre prudence chèrement achetées.
Pour transformer nos échecs en victoires, il faudra donc commencer par le nier carrément ! Oui ! il faudra nous dire : « Ce n’est pas un véritable échec que j’ai subi : c’est une expérience que j’ai faite, c’est un enseignement que j’ai reçu et dont je vais tirer profit, c’est pour moi l’occasion d’un progrès inattendu. »
Voici un homme riche qui vient de perdre sa fortune au jeu. Il songe au suicide. Puis il se ressaisit. Il ne doit pas abandonner les siens. Il se met au travail pour la première fois de sa vie. Il nourrit sa famille, il élève ses enfants. Il apprend à connaître les joies du foyer. Il n’aurait jamais cru que l’existence, dans l’effort, pût avoir une telle saveur. Il a transformé son échec en victoire !
Mais le bien n’est sorti du mal que par la force de sa volonté. Tout est dans le caractère. N’est-ce pas le noble caractère de Joseph qui a pu changer un forfait en bienfait [1] ?
Il peut fort bien se faire, d’ailleurs, que nous n’ayons absolument rien à nous reprocher, que notre échec soit dû à une circonstance indépendante de notre volonté et impossible à prévoir ; que d’affaires, par exemple, qui semblaient de tout repos, peuvent engloutir nos biens ! Que d’accidents ! Que de sinistres ! Que de maladies !
En ce cas, votre victoire, ce sera de relever la tête et de mettre courageusement en œuvre tout ce qui vous reste de moyens ! Voyez Gutenberg : entièrement ruiné par la perfidie d’un infâme associé qui s’appropria tous les bénéfices de sa magnifique invention, il s’appliqua aussitôt à fonder un nouvel établissement et ne cessa pas de perfectionner les procédés de l’imprimerie après l’avoir créée.
Voyez Denis Papin ! Abreuvé de déceptions et de persécutions, victime des pires jalousies, voyant le bateau à vapeur qu’il avait inventé mis en pièces par les bateliers du Weser, il inventait toujours, sans se laisser abattre, de nouvelles améliorations à ses machines, qui ont transformé la vie de l’humanité !
Tout dépend donc de nos attitudes en face de la vie ; les vrais malheurs et les vrais bonheurs, les vraies défaites et les vrais triomphes sont contenus dans notre caractère, dans la faiblesse ou dans la force de notre volonté ! Et nous voulons en donner encore deux exemples historiques :
Dans le premier, nous voyons un homme de caractère faible qui devient la victime de ses passions et transforme alors en désastres les premiers triomphes de son talent. Il s’agit d’un célèbre peintre italien du xvie siècle, Guido Reni, que nous appelons le Guide. Il acquit, de bonne heure, la plus haute renommée, à tel point que le pape Paul V l’appela à Rome et allait passer avec lui des heures dans son atelier. Ses succès et ses richesses le perdirent : la débauche et le jeu engloutirent sa fortune. Devenu indifférent à l’art comme à la gloire, ayant laissé s’étendre en lui jusqu’à l’ombre de son talent, il mourut dans la fainéantise, la misère et le mépris général.
Dans notre second exemple, qui nous est fourni par Honoré de Balzac, nous voyons une volonté de fer transformer en victoires, dans l’ordre de la création littéraire, ses déconvenues dans l’ordre matériel. Il se lançait dans toutes sortes d’entreprises industrielles et commerciales, où son manque de sens pratique le faisait échouer piteusement. Il dit lui-même : « En 1828, je n’avais que ma plume pour gagner ma vie et payer 125 000 francs de dettes. » Il se met à écrire plus de douze heures par jour : il entreprend sa Comédie humaine et met sur pied une des œuvres les plus gigantesques du xixe siècle.
L’aisance qu’il convoitait aurait-elle été pour lui plus féconde que sa lutte contre la misère ? Une vie trop facile risque toujours d’être la mort de l’esprit !
Ainsi, quand nous vous parlons de transformer en victoires vos déboires financiers, nous ne prétendons pas vous offrir une baguette de prestidigitateur qui, d’un chapeau vide, fera jaillir des millions. Mais ce que nous vous apportons est ce qu’il y a de plus réel et de plus sûr, parce qu’entièrement conforme aux lois les plus profondes de la nature humaine. Comprendre l’insuffisance et le vide des biens matériels perdus, saisir la valeur suprême des efforts qu’il est toujours en votre pouvoir d’accomplir, éprouver la satisfaction intime et infiniment précieuse qui les accompagnera, goûter la sainte ivresse d’une lutte acharnée contre le malheur : voilà un projet que vous pouvez certainement retirer de notre message. C’est, d’ailleurs, la faculté de l’effort qui, seule, peut vous permettre de reconquérir tout ou partie des avantages matériels perdus, mais l’effort à lui seul donne l’impression de la plénitude et la joie du triomphe, car il est en lui-même, quels que puissent être ses résultats, la plus belle victoire de l’homme, celle qui contient toutes les autres !
Oui, l’essentiel dépend de nous, l’essentiel se passe en nous ! Et nous pouvons admirer la profondeur du mot célèbre d’un des sept sages de la Grèce, Bias de Triène, lorsqu’il quittait cette ville où étaient auparavant toutes ses possessions et qui venait d’être mise à sac : il déclarait, en levant ses mains vides : « J’emporte tous mes biens avec mol ! »
Exercices. — Comme application de ce qui précède, nous vous recommandons les exercices de réflexion et d’autosuggestion que voici[2].
I. — Réflexion.
Prenez un quart d’heure chaque soir, avant votre sommeil, pour répondre aux questions suivantes :
1o Quels sont les divers échecs d’ordre matériel que vous déplorez dans votre vie passée ? dans l’année ? dans la semaine ? Ont-ils vraiment l’importance que vous leur avez attribuée sur le moment ?
2o Quelles en ont été les causes ? Étaient-elles entièrement dans des événements imprévisibles et indépendants de votre volonté ? N’étaient-elles pas aussi et principalement en vous-même ? Précipitation ou lenteur excessive de vos décisions ? Imprévoyance ? Imprudence ? Insuffisance de réflexion ? Entraînement par des tendances et des désirs qui auraient dû être dominés ?
3o Demandez-vous surtout comment vous pouvez, à l’avenir, réagir contre ces habitudes néfastes, contre ces dispositions intérieures. Vous seul savez vos « défauts de la cuirasse ». Vous seul devez forger vos propres armes.
4o Enfin, songez que le succès extérieur, et en particulier le succès pécuniaire, n’est rien à côté de la richesse de la vie intérieure ; songez que la tranquillité et l’approbation intime d’une conscience satisfaite, que la loyauté, l’effort et le don de soi à ceux qu’on aime et au triomphe d’un idéal sont les vraies valeurs et le vrai bonheur : songez surtout qu’aucune catastrophe ni aucune puissance humaine ne peuvent vous ravir ces biens suprêmes ; et, lorsque vos échecs matériels vous auront appris cela, vous les aurez transformés en victoires !
II. — Autosuggestion.
Répétez vingt fois de suite, le soir, avant le sommeil, le matin dès votre réveil, les formules générales que voici :
« Les pertes que J’ai subies ne sont pas aussi importantes que je l’ai cru. Je les réparerai par mes efforts et mon travail.
» Je suis plein de courage, et c’est l’essentiel. Je tirerai le meilleur parti des événements. À quelque chose malheur est bon. Des conséquences heureuses vont m’apparaître.
» Par la force de ma volonté, je changerai mon échec en victoire. J’aurai toujours la suprême joie d’avoir fait mon devoir. »
Mais les meilleures formules seront celles qui se trouveront le plus en rapport avec les circonstances particulières de votre vie. Celles-là, nous ne saurions vous les fournir, c’est à vous de les inventer, et ce sont justement les expressions que l’on a inventées qui deviennent le plus puissamment actives.
- ↑ Mais c’est aussi le caractère qui change le bien en mal ! Un jeune homme de vingt-quatre ans fut victime… d’un héritage. Ayant vécu jusque-là dans le travail, grisé par 50 000 francs inattendus, il s’empressa de mener ce qu’on appelle une « joyeuse vie ». Quand ce Pactole fut épuisé, il ne trouva rien de mieux que de se tirer deux coups de revolver. Telle est l’histoire de Raymond Prunier, extraite du Journal, juillet 1935.
- ↑ Pour s’éclairer sur la puissance de l’autosuggestion, voir dans la série « Le Succès dans la Vie » notre opuscule relatif au perfectionnement du caractère.