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Comment transformer nos échecs en triomphe/Chapitre IV

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CHAPITRE IV

COMMENT TRANSFORMER EN SUCCÈS LES MÉCOMPTES SUBIS DANS L’EXERCICE DE VOTRE CARRIÈRE

Vous n’avez pas réussi autant que vous l’espériez dans l’exercice de votre profession. Vous n’avez pas obtenu l’avancement sur lequel vous aviez cru pouvoir compter.

Il faut absolument découvrir les causes précises de ces échecs plus ou moins complets et les faire totalement disparaître !

Nous ne saurions évidemment prétendre nous occuper ici de chacune des carrières possibles. Mais nous croyons pouvoir vous donner quelques directives fondamentales, précieuses pour tous ceux qui ont affaire à des chefs ou à un public, c’est-à-dire pour tous les cas.

Cherchez d’abord quels peuvent être vos défauts professionnels, qui sont, au fond, des défauts de votre caractère. Ils sont peut-être minimes en première apparence, mais ils ont suffi pour réduire à néant les effets de toutes vos qualités.

Quand vous aurez éliminé ces défauts, vos qualités personnelles pourront se manifester clairement et produire tous leurs fruits.

Quels sont les défauts les plus fréquents ?

1o Les velléités maladroites et prématurées d’indépendance. Vous n’avez pas attendu d’avoir la pleine confiance de vos chefs pour prendre des initiatives hardies et dangereuses. Persuadés, et peut-être justement, de votre mérite, vous n’avez pas marqué, dès le début, assez de déférence, assez d’humilité, vous avez même confondu devant témoins vos supérieurs hiérarchiques, et, alors qu’il fallait leur suggérer simplement la bonne idée, leur laisser croire qu’ils l’avaient trouvée tout seuls, vous avez eu le tort d’avoir trop clairement raison contre eux. Ainsi vous vous êtes attiré leur inimitié quand vous aviez précisément l’occasion d’obtenir une estime spéciale !

2o Vous n’avez pas su, d’une façon générale, vous adapter à vos chefs, comprendre leurs méthodes, leurs intentions, leurs préférences, leurs penchants les plus intimes. Vous n’avez pas su faire momentanément abstraction de vos vues personnelles. Il faut savoir sortir de vous-mêmes, prévenir les désirs des personnes de qui dépend votre avenir, et parfois savoir ce qu’elles veulent mieux qu’elles ne le savent elles-mêmes : soyez sûrs alors de leur reconnaissance ou, tout au moins, soyez sûrs qu’elles vous confieront des tâches d’un ordre plus élevé et sauront vous rémunérer en conséquence.

3o Vous n’avez pas su prendre les intérêts de l’entreprise. Sans commettre de graves négligences, vous n’avez pas eu l’« esprit de la ruche ». Quels que soient vos soucis et même vos malheurs personnels, il faut qu’au bureau ou à l’atelier vous ne viviez plus que pour la « maison » qui vous fait travailler. Plus sont considérables les obstacles qui sembleraient pouvoir vous détourner de votre besogne, plus vos directeurs vous sauront gré de les avoir surmontés. Car ils ont mille façons de juger très justement de l’intérêt que vous portez au but et au succès de l’entreprise. Qu’on nous permette une anecdote significative : un jeune homme se présente pour être employé par la maison Michelin. On lui répond : « Vous serez reçu dans un moment ; veuillez attendre ici. » Et on le fait asseoir sur un banc qui regarde le boulevard. Au bout d’un quart d’heure, on le fait entrer. « Combien avez-vous vu de voitures munies de pneus Michelin depuis que vous êtes là ? — Mais… je n’en sais rien. — Comment ? vous n’avez pas remarqué s’il y en avait un bon nombre, une bonne proportion ? — Eh ! non ! — Alors, vous pouvez vous retirer. Vous êtes incapable de prendre sérieusement les intérêts de la maison Michelin ! »

Il faut que les administrateurs sentent que les intérêts de l’établissement sont devenus les vôtres !

Ce qui nuit beaucoup à la profession, surtout en France, c’est l’excès d’individualisme. Ayez l’esprit de collaboration qui fait régner la confiance mutuelle, chacun travaillant dans la joie.

4o Vous n’avez pas réussi parce que vous n’avez pas su vous rendre indispensable.

Il faut absolument que votre chef puisse se reposer sur vous plus que sur tout autre. S’il vous a confié une tâche particulière, il faut qu’il puisse être certain qu’elle sera accomplie à la perfection et qu’il n’a plus du tout à s’en préoccuper lui-même. Soyez de ceux sur qui on peut compter, et votre avenir est assuré. Facilitez le travail de vos directeurs ; évitez-leur de la peine ; dispensez-les de toute vérification. Attirez sur vous l’attention en démontrant par votre zèle, je dirai même par votre enthousiasme, que vous êtes irremplaçable !

Ne négligez aucun détail. Ayez l’amour du fini. Introduisez dans votre travail, quel qu’il soit, de ces petits perfectionnements de méthode qui font gagner du temps tout en fournissant un meilleur ouvrage. Ingéniez-vous. Mettez-vous tout entier dans votre œuvre. Que l’importance des buts poursuivis soit toujours devant vos yeux : prospérité de l’entreprise et amélioration de votre situation personnelle. « Qui veut la fin veut les moyens. » Toute la grandeur du but doit donc se reporter à vos yeux sur les plus humbles moyens. « L’ouvrier qui doit forger une simple tête de rivet, dit André Citroën, est aussi indispensable que l’ingénieur pour que la voiture roule sans catastrophe ! »

Que votre attention soit donc tout entière employée à votre tâche, et qu’aucun prétexte ne puisse la détourner. Vous serez vite repérés par vos employeurs si les causes perturbatrices qui agissent sur vos camarades n’agissent pas sur vous !

Que votre travail ne soit jamais purement machinal, votre pensée étant ailleurs. L’habitude libère, il est vrai, votre esprit et le dispense de la tension pénible de vos débuts. Mais ne laissez pas pour cela votre imagination errer à l’aventure, comme celle d’une ouvrière qui, interrogée par un psychologue, lui répondit qu’elle était devenue capable de faire son travail sans y penser, et qu’elle en profitait pour inventer chaque après-midi un roman dont elle était l’héroïne : elle rencontrait d’abord « le prince charmant », puis l’intimité s’établissait peu à peu, et, sa demi-journée finie, elle arrivait au mariage… Je suppose qu’elle variait un peu les détails d’un jour à l’autre, pour ne pas s’ennuyer de son propre rêve : mais je suis bien sûr qu’elle n’inventa jamais de la sorte aucun perfectionnement de son métier qui pût lui attirer des félicitations !

5o Si vous avez affaire à un public, vous êtes-vous dit : « Je vais attirer les clients par mon amabilité, par ma complaisance, par mon empressement à deviner leurs désirs, à chercher — si vous étiez dans un magasin — l’article pouvant plaire », au lieu d’insister sottement pour faire acheter ce qui, finalement, ne plaira pas ?

Insistons sur la bonne humeur. Elle est essentielle au succès. Rien n’est plus déplaisant à tous qu’un employé « faisant la tête ». Qui sait si vous n’avez pas provoqué les plaintes de quelque grincheux ?

En présence de vos supérieurs hiérarchiques, votre bonne humeur jointe à votre modestie désarmeront les reproches et leur feront succéder la bienveillance et l’oubli de vos torts. Elles vous gagneront — ou vous regagneront — la sympathie de tous !

6o Considérez enfin les absences de vos chefs comme des occasions uniques de gagner leur confiance, de faire briller vos qualités, de gravir des échelons ! Qu’à leur retour ils trouvent de la besogne : remplie de façon parfaite ; si un problème imprévu se pose pour vous et qu’il vous faille absolument le solutionner sans vos supérieurs, efforcez-vous de deviner ce qu’ils décideraient s’ils étaient là. Sachez éviter les responsabilités trop lourdes et trop dangereuses, mais sachez aussi assumer celles qui s’imposent, et, lorsque votre directeur rentrera, il sera ravi de voir que vous lui avez évité des ennuis et de la peine et ne pourra songer qu’à vous pour de plus hautes fonctions.

Exercices pratiques.

Réflexion. — Matin et soir, exercez-vous à la concentration de votre esprit sur les idées du chapitre qui précède.

Interrogez-vous loyalement et recherchez, parmi les causes qui y sont énumérées, celles qui peuvent être source de vos propres déconvenues.

Autosuggestion. — Combattez ensuite ces défauts par une autosuggestion persévérante, en imaginant vous-même les formules simples et énergiques qui conviennent à votre cas. Par exemple : « J’aime mon métier, car il est très utile aux autres et à moi-même. » « J’aime le travail parfait et sans reproche. » « Je suis toujours souriant et aimable avec tous. »

Tenez très sérieusement compte de tout ce qui précède dans l’exercice de votre profession, et, au lieu de vos échecs d’autrefois, vous ne compterez plus que des succès et de l’avancement. Votre bonheur sera le fruit de votre succès. Votre succès sera le fruit de votre valeur. Votre valeur sera le fruit de votre rééducation par vous-même !

Ne vous croyez pas incapable de réagir contre des habitudes déjà anciennes ! Si vous êtes encore jeune, vous êtes essentiellement plastique et épris de nouveauté, donc prêt à vous reforger vous-même et à forger du même coup votre avenir.

Si vous avez pris de l’âge, vous avez amassé un capital considérable d’expérience qui va maintenant fructifier !

Que vous comptiez plus ou moins d’années, immenses sont les ressources latentes que votre application fera jaillir à la lumière, pour votre joie et pour celle de tous !