Compte-rendu du 30 juillet 1944 sur l’attaque de Souillac

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Insigne de la promotion colonel Delmas de l’École des officiers de la gendarmerie nationale de MELUN (77)


Compte-rendu du 30 juillet 1944 sur l’attaque de Souillac
1944
par le colonnel Delmas, alias Drouot[n 1]


P.C. Secteur II, le 30 juillet 1944, F.F.I

Le 19 juillet 1944, vers midi trente, un convoi allemand composé de 30 véhicules (voitures, camions) précédé et suivi d’engins blindés, s’est présenté sur la route nationale 20 dans le dispositif de harcèlement des groupes Vény. Immédiatement prévenu, je vois devant moi défiler à vive allure les camions allemands. L’intervalle de sécurité n’est pas respecté. Il y a des à-coups dans la colonne et l’on a l’impression très nette que ce détachement veut franchir de l’espace, s’en aller, gagner le Nord à toute vitesse. Il y a du silence, il n’y a pas un coup de feu. Depuis Montauban, ce détachement a pu venir jusqu’ici sans entraves. Tout en somme pouvait paraître parfait au chef de détachement. La colonne continue mais, arrivée à la auteur de Loupiac, les choses changent et se gâtent.

Le fusil mitrailleur du groupe avancé du secteur II, placé sur la falaise de la route ouvre le feu sur les camions et prend tout le convoi d’enfilade. Les balles pleuvent un peu partout sur les camions. D’un seul coup, c’est la panique. Si, auparavant, le convoi marchait à vive allure et allègrement, il n’en est plus de même maintenant : c’est l’arrêt brusque. Toutes les voitures s’arrêtent : on voit par la pensée le geste des conducteurs cherchant à arrêter rapidement leur véhicule. Le fusil mitrailleur continue son tir : j’entends parfaitement la détonation de trois ou quatre grenades, quelques coups de fusil complètent le tout et le petit groupe décroche pour se porter dans les bois voisins. Il avait raison : des premières voitures, les Allemands ont mis pieds à terre et cherchent à prendre de revers le petit noyau de résistance. Trop tard, ils sont déjà partis. Le temps de fouiller autour de cet endroit maudit et c’en est fini.

Sur l’ordre du chef de convoi, tout le monde monte en voiture et en route direction le Nord. Ils pensaient peut-être que c’était fini : un petit accroc sur la route. Cela ne faisait que commencer. Arrivés au lieu-dit « Crézelade » la situation change. Si, à la hauteur de Loupiac, ils ont été reçu par un fusil mitrailleur, ici c’est deux qui leur souhaitent la bienvenue et, lorsque la colonne arrivé, ces deux armes entrent en jeu. La première vide tous ses chargeurs. La deuxième la moitié. Tout le groupe ouvre le feu. C’est un beau vacarme et, pour compléter le jeu, des grenades sont déversées sur les véhicules. Malheureusement je crois que les grenades n’ont pas fait tout le mal qu’elles auraient dû faire en raison de ce que tous les camions étaient couverts. Nos hommes ont bien jeté les grenades sur les camions mais elle ont glissé et explosé par terre.

Si, au premier accroc de Loupiac, c’était la panique, ici, c’est la débandade. Tous les camions s’arrêtent brusquement et rentrent les uns dans les autres. Ce n’est pas fini. L’officier met son détachement en marche et en route pour Souillac où il a semble-t-il hâte d’arriver. Malheureusement pour lui, il a le poste dit « La cuve à goudron » qu’il faut franchir. Il ne s’en doute pas.

Le poste est placé à un tournant prenant d’enfilade toute la route. Le chef qui commande n’est pas homme à se laisser influencer par l’arrivée massive de ce convoi. Non seulement il dispose de deux fusils mitrailleurs mais aussi d’une mitrailleuse. Il a ses armes en position et prêtes à tirer : les hommes couchés sont invisibles. Lui observe. Le convoi arrive. Sans la moindre hésitation, le Lt Thibault laisse s’engager la colonne jusqu’à sa hauteur et, lorsque tout le convoi est dans la nasse, il commande l’ouverture du feu. À ce moment les deux fusils mitrailleurs donnent. La mitrailleuse tire, mais pendant quelques instants seulement : une bande de 250 cartouches a pu être passée. Les hommes tirent. Tout va très bien. Encore une fois le convoi est arrêté. Troisième panique. Les postes tiennent plus de 20 minutes, mais à un moment donné ils sont obligés de se replier. Les Allemands passant par la vieille route (voir croquis n°2) les prennent à revers. Quelques coups de feu sur les arrivants et c’est la guerre en rase campagne. Le calme revient. Nos hommes gagnent le repli prévu. Les Allemands ne poussent pas, ne poursuivent pas.Ils sont indolents quoique jeunes, très jeunes. Enfin, le convoi se remet en route pour Souillac mais ça ne marche pas très bien. Les moteurs sont touchés, les mises en marche difficiles et ce n’est qu’attachés les uns aux autres que les camions peuvent arriver non sans avoir encore une fois essuyé le feu au pont de Lauzac. Il était temps, le convoi n’en peut plus. Il faut à tout prix revoir les moteurs, posséder aux réparations nécessaires avant de prévoir une poussée plus en avant.

Il est environ 15 heures. Le convoi est immobilisé à Souillac pendant plus de trois heures. Vers 17 heures, je décide d’exécuter une reconnaissance vers Souillac. Je savais parfaitement qu’ils étaient là. Je voulais me rendre compte. Je pars avec la voiture de mon P.C. et je me porte en direction de la ville. Je fais garer ma voiture à quelque 100 mètres avant le pont de Lanzac et pousse à pied jusqu’au pont. Je ne trouve personne, sauf une femme qui se précipite vers moi et me dit : « Monsieur, partez d’ici, vous allez vous faire tuer. Les Allemands sont là ». « Ne vous inquiétez pas, Madame, lui dis-je, j’ai une mission, je l’accomplirai. » Je redescends l’avenue qui conduit à Souillac. Arrivé à l’entrée de la place des Marronniers je tombe, sans le savoir, sur le convoi allemand à l’arrêt. Les Allemands sont là, tournant autour des voitures, vérifiant les moteurs. J’ai eu le temps de compter trente véhicules, chiffrer à 250 environ le nombre de fantassins composant le convoi et me suis retiré ma mission terminée. La colonne a quitter Souillac vers 18 heures, 18 heures 30, en passant par le secteur occupé par les F.T.P entre le nord de Souillac et La Chapelle-Auzac (voir croquis n°3). Elle a essuyé le feu de ce groupement mais avec moins de vigueur que dans le secteur II groupe Vény. En outre, les F.T.P ont eu un peu de panique.

Puis, le convoi s’engage et entre dans la partie occupée par le secteur IV. Il a été quelque peu malmené et le fait le plus saillant est l’incident du char qui, avant l’ouverture du feu et sans le savoir, s’arrête face à un groupe en position sur la route pour vérifier son moteur. Très sagement, personne ne dit rien, mais le feu a été ouvert sur l’équipage en train de réparer. Dans l’ensemble, tout le monde s’est bien tenu, mais principalement les éléments du secteur II. Les Allemands ont dû avoir des pertes. Nous savons déjà qu’ils ont eu des morts dans la partie sud du dispositif. Nous savons aussi qu’ils ont fais soigner les blessés à Souillac. Mais nous ne saurons jamais le chiffre exact de leurs pertes, car, comme on le sait, les Allemands emportent toujours leurs morts et leurs blessés. À la suite de cette affaire je signale que nos hommes sont parfaitement à la hauteur de la situation. Je crois devoir signaler qu’à la suite de ce combat il est peu probable que la colonne « Hermann Goering » qui nous est signalée passe et emprunte le même trajet.

Le lieutenant-colonel Drouot commandant provisoirement le secteur II, Signé : Drouot.

Notes et références[modifier]

  1. document publié près de quatre décennies plus tard dans Ombres et espérances en Quercy : 1940-1945, les groupes Armée secrète Vény dans leurs secteurs du Lot, éd. Privat Toulouse,‎ 1980, [présentation en ligne]