Concours départemental d’animaux reproducteurs, tenu au Puy, le dimanche 29 septembre 1878

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Concours départemental d’animaux reproducteurs, tenu au Puy, le dimanche 29 septembre 1878


Rapporteur : M. A. Jacotin.

Le Comice agricole a tenu le dimanche 29 septembre, jour de la Saint-Michel, le concours départemental, sous la présidence d’honneur de M. le Secrétaire général de la préfecture. L’exhibition des animaux a montré, une fois de plus, la voie d’amélioration dans laquelle est entrée l’agriculture dans notre pays. Les sujets exposés étaient, en effet, remarquables par leur nombre et leurs qualités, et le jury a dû souvent se livrer a un examen très-attentif avant de décerner les prix.

Dès dix heures du matin, le jury commençait ses opérations par l’espèce chevaline. Les étalons, généralement de race percheronne, attestaient des progrès sensibles, et montraient tout le parti qu’on devait en tirer pour les multiples besoins de l’agriculture et de l’État.

Les juments suitées d’un produit ont surtout exigé une grande attention de la part du jury qui a dû, à raison du choix exceptionnel des sujets, doubler les prix primitivement attribués à cette catégorie. Les pouliches promettaient d’excellents reproducteurs ; seuls, les poulains non hongrés faisaient défaut, et le Comice s’est vu dans l’impossibilité de leur donner les encouragements qui leur étaient réservés.

L’ensemble de l’exposition de l’espèce bovine était des plus satisfaisants, et l’abondance des sujets a rendu nécessaire un long et consciencieux triage. Notre belle race du Mezenc dominait, et les races d’Aubrac, bretonne et tarentaise, quoiqu’en nombre restreint, étaient représentées par de remarquables spécimens. Toutefois, le Comice engage nos agriculteurs à n’user qu’avec modération des races étrangères, et à employer surtout celle du Mezenc qui, outre ses aptitudes au travail et à un engraissement facile, est bonne laitière et qui, du reste, convient parfaitement aux conditions particulières du climat et de l’agriculture du pays.

L’espèce ovine laissait à désirer, et, parmi les huit prix dont le jury disposait, trois seulement ont été décernés. Le Comice a regretté que les spécimens de cette race de moutons, connue sous le nom de bizet, et qui offre à l’éleveur de notre département toutes les chances d’un élevage sûr et fécond, ne fussent pas plus nombreux. Le bizet est parfaitement approprié à notre climat ; il joint à une chair succulente et aromatisée, les qualités de bon reproducteur, et peut, d’ailleurs, se prêter avec avantage à la sélection.

Dans l’espèce porcine, les races indigènes ou françaises étaient seules représentées. Les sujets permettaient de constater les heureux résultats que l’on peut obtenir par la sélection.

Bien qu’il n’entrât pas dans le programme du concours de primer les instruments agricoles, le Comice a voulu cependant récompenser les louables efforts de divers exposants de machines à battre, de charrues et de jougs. Il a aussi voté à M. Musnier une mention très-honorable pour son exposition de millet provenant de cultures faites aux environs du Puy, dans des terrains volcaniques, cultivés seulement depuis quelque temps.

En résumé, dans son ensemble, le concours a été des plus brillants. La sélection bien conduite, et surtout bien appliquée, a produit d’excellents résultats dans les différentes espèces, et le seul conseil que le Comice puisse adresser à nos agriculteurs est de les engager vivement à persévérer dans la voie qu’ils se sont tracée.

À cinq heures, après les opérations du jury, a eu lieu la distribution des prix dans la salle de l’Alcazar, généreusement offerte pour cette circonstance, par son propriétaire, M. Avinenc. À côté de M. Brousse, secrétaire général, président, et sur l’estrade, prennent place les bureaux de la Société des amis des sciences et du Comice agricole, ainsi que les membres du jury. Dans la salle se presse une foule nombreuse d’exposants.

Avant de procéder à l’appel des lauréats, M. le Président prend la parole en ces termes :


« Messieurs,

« Les organisateurs de ce Comice m’ont fait l’honneur de m’en confier la présidence à la place de M. le Préfet. Je les en remercie bien sincèrement, mais je regrette de ne pouvoir exprimer, aussi bien que l’eût fait le chef de l’administration départementale, l’intérèt que le Gouvernement de la République attache à ces concours et la joie que nous, ses dévoués serviteurs, éprouvons à les voir s’implanter de plus en plus dans les habitudes de ce riche pays. Rendons grâce aux hommes intelligents qui se sont dévoués à cette bonne œuvre, et qui la soutiennent, sans autre récompense que le plaisir d’être utiles, par leur infatigable activité. Félicitons aussi les éleveurs, propriétaires ou colons, de leur empressement à venir tenter les chances de cette épreuve et de leur diligence à préparer ces beaux sujets proposés à l’admiration des connaisseurs.

« Les hommes qui n’ont pas vécu un peu de la vie des champs ne se doutent pas de la somme de patience, de soins, de savoir nécessaires au travailleur agricole pour perfectionner une race et en tirer de vigoureux et élégants produits. Un tel dessein exige la connaissance des lois qui président à l’alimentation des animaux, à l’hygiène des étables, à la sélection des espèces, à la culture des prairies. Ces notions résultent de l’enseignement agricole donné dans les fermes modèles et surtout, de la tradition et de l’observation journalière. Il y a souvent plus de science pratique dans la tête d’un modeste paysan que dans celle d’un bachelier, et cette science vient se résumer et s’exprimer dans chacune des bêtes de cette remarquable exhibition ou de celle qui a procuré au département de la Haute-Loire de si brillants succès dans le grand concours de Paris.

« L’enseignement théorique de l’élevage, et, en général, de l’agronomie, qui pourrait épargner à beaucoup les tâtonnements de la pratique et accélérer la diffusion des découvertes applicables à la culture du sol et à l’amélioration du bétail, est malheureusement trop peu répandu encore. Mais j’ai hâte de vous dire que le gouvernement de la République, qui a déjà fondé une école supérieure d’agriculture en pleine prospérité, s’occupe, à cette heure, d’une organisation sérieuse de cet enseignement et vient de consulter nos Conseils généraux sur quelques-unes des plus importantes questions de son programme. L’affection qu’il professe pour les classes agricoles nous assure de sa diligence à le réaliser.

« Cette affection ne date pas d’un jour. La première Révolution, dont nous procédons, fut faite par nos ancêtres surtout au profit des paysans. Elle fonda votre liberté, la nôtre, sur la ruine des castels et des droits seigneuriaux. Elle affranchit leurs têtes de sa servitude ; elle libéra la terre du monopole constitué par d’antiques usurpations au profit d’un petit nombre de privilégiés ; elle rendit possible, par ses réformes, le morcellement du sol qui facilite à chacun de vous l’accès de la propriété foncière et procure aux habitants des moindres villages une aisance qui contraste heureusement avec l’horrible misère où les trois dernières monarchies du siècle passé avaient réduit nos ancêtres.

« Je ne puis me défendre d’une pénétrante émotion quand, au sein de cette réunion, je compare votre sort à celui de vos pères.

« Massillon, évêque de Clermont-Ferrand, écrivait, en 1740, au ministre Fleury : « Le peuple de nos campagnes vit dans une misère affreuse, sans lit, sans pain, sans meubles ; la plupart même, la moitié de l’année, manquent du pain d’orge et d’avoine qui fait leur unique nourriture et qu’ils sont obligés d’arracher de leur bouche et de celle de leurs enfants pour payer les impositions. »

« Le duc d’Orléans dit un jour au roi en plein conseil : « Dans mon canton de Touraine, il y a plus d’un an que les hommes mangent de l’herbe. » En Auvergne, l’assemblée provinciale de 1787 déclare que, si on ne se hâte d’alléger le fardeau du peuple écrasé, le pays perdra à jamais sa population et sa culture. Dans la Limagne même, les paysans sont exténués et misérables. Le fisc prélève jusqu’à cinquante pour cent du revenu des contribuables. Un auteur contemporain estime que, de la fin du XVIIe siècle jusqu’en 1715, près d’un tiers de la population, environ 6 millions d’individus, avait péri de misère et de faim.

« Grâce à la première Révolution, ces temps de désolation sont passés et ne reviendront pas. J’en ai pour preuve la richesse de cette belle exposition qui atteste de votre invincible attachement à la terre et votre habileté à la féconder par le patient labeur de vos mains. Jouissez-en sans inquiétude, et soyez assurés que la République, qui vous en a faits les maîtres, saura bien vous en conserver, contre toute atteinte, la libre et paisible possession. Amendez vos champs, remplissez vos étables, perfectionnez vos races chevaline et ovine, vous accroîtrez, en même temps que votre fortune, la richesse nationale et vous contribuerez ainsi, pour votre part, à montrer au monde l’inépuisable vitalité d’un pays qui, grâce à la République, sort de ses terribles épreuves plus puissant et plus énergique que jamais. »

Après le discours de M. le Secrétaire général, discours interrompu à plusieurs reprises par des applaudissements, M. Émile Mauras, président du Comice, s’exprime de la manière suivante :


« Messieurs,

« Tout en regrettant l’absence du premier magistrat du département, appelé à Paris par une invitation de M. le Ministre de l’intérieur, ainsi que l’empêchement de notre sympathique maire et député, M. Morel, nous remercions M. le Secrétaire général d’avoir bien voulu accepter la présidence et remplacer M. le Préfet. Qu’il reçoive, pour ce dernier, l’expression de notre gratitude pour tout l’intérêt qu’il a pris, dès son arrivée, à la fortune et à la prospérité agricole de notre pays.

« Que l’administration municipale du Puy reçoive aussi nos remerciements, pour avoir bien voulu assister à notre fête.

« Le Comice agricole est fier de vous dire combien il est satisfait des résultats obtenus par les éleveurs dans les concours, soit dans celui des animaux gras, soit dans celui de Fay-le-Froid, soit enfin dans celui d’aujourd’hui, qui n’a jamais été plus brillant.

« Notre foi est grande dans l’avenir agricole de notre pays et vous avez fortifié aujourd’hui nos espérances. Soyez persuadés que, de son côté, le Comice s’appliquera à vous donner toutes les garanties nécessaires, afin de reconnaître et d’encourager vos efforts dans la voie du progrès agricole.

« Nous espérons, pour des jours prochains, pouvoir disposer de prix plus nombreux, en y comprenant des instruments aratoires, donner des récompenses aux vieux serviteurs et aux membres de notre brave population rurale qui auront créé le plus de prairies artificielles.

« Vous le savez mieux que moi : la source de vos bénéfices les plus réels se trouve dans l’élevage. Augmentez donc le nombre de votre bétail, en vous attachant à perfectionner les races du pays ou celles qui sont admises dans nos concours.

« Ce sera pour vous encourager dans cette voie que nous donnerons des primes aux créateurs de prairies artificielles ou à ceux qui perfectionneront nos produits de culture, encore enrayés par la routine, il faut bien le reconnaître. Faites donc profiter vos enfants de l’instruction que le gouvernement de la République tâche de propager dans tous les villages, et alors nous marcherons avec plus de sûreté, tous unis et forts, vers le progrès universel, seul but de nos désirs et de nos efforts. »

Puis M. Aymard, dans une courte et brillante improvisation, félicite les membres du Comice de l’organisation du Concours départemental. Il leur rend hommage, au nom de la Société des amis des sciences, de l’industrie et des arts, pour le zèle dévoué et désintéressé qu’ils apportent à nos intérêts agricoles, et termine en remerciant M. le docteur Henri Filhol, savant paléontologiste de Toulouse, d’avoir bien voulu, en vue d’études de nos races d’animaux domestiques, assister aux opérations du jury.

Enfin, M. le Secrétaire du Comice a procédé à la proclamation des prix dans l’ordre qui suit :


Espèce chevaline.
1re section
Étalons.
1. Prix.  
Abel Jean-Pierre, des Vastres.
2.  —   
Mialon Vital, de Craponne.
3.  —   
Thomas Pierre, de Masfreys, commune de Cayres.
4.  —   
Non décerné.
5.  —   
    Id.
6.  —   
    Id.


2e section
Juments suitées d’un produit.
1. Prix.  
Philippe Joseph, de Costaros.
2.  —   
Terrasse-Mazaudier, du Puy.
3.  —   
Reynaud Baptiste, de Bleu, commune de Saint-Vidal.
4.  —   
Blanc-Marthory, du Puy.
5.  —   
Ferrand Félix, de Vorey.
6.  —   
Pharisier François, de Talobre.
7.  —   
Valette Baptiste, de Saint-Christophe.
8.  —   
Talobre Augustin, du Brignon.
9.  —   
Gimbert Pierre, de Vals.
10. —   
Gratuze-Mallat, du Puy.
11. —   
Colomb Symphorien, de Sanssac.
12. —   
Dumas Auguste, de Ronzet.
13. —   
Chassaing, marchand de charbon à la gare du Puy.


3e section
Pouliches d’un à deux ans.
1. Prix.  
Talobre Augustin, du Brignon.
2.  —   
Dumas Auguste, de Ronzet.
3.  —   
Montagne Joseph, de Saint-Vidal.
4.  —   
Liogier Henri, de Saint-Germain-Laprade.
5.  —   
Garnier Pierre, de Lissac.
6.  —   
Roméas Régis, de Chaudeyrolles.
7.  —   
Miramand Jean-Pierre, de Solignac.
8.  —   
Cesson Jean-Baptiste, du Puy.


4e section
Pouliches de deux à trois ans.
1. Prix.  
Poble Pierre, de Cougeac, commune de Saint-Paulien.
2.  —   
Brunel Antoine, d’Adiac, commune de Beaulieu.
3.  —   
Sigaud Pierre, du Brignon.
4.  —   
Colomb Symphorien, de Sanssac-l’Église.
5.  —   
Jouve Pierre, des Vastres.
6.  —   
Crespy Auguste, de Laussonne.
7.  —   
Bertrand Étienne, de Céaux-d’Allègre.
8.  —   
Clauzier Julien, de Chaudeyrolles.


5e section
Poulains non hongrés âgés de un à deux ans.
1. Prix.  
Non décerné.
2.  —   
Fabre Adolphe, de Farigoules, commune de Bains.
3.  —   
Dumas Auguste, de Ronzet.
4.  —   
Non décerné.
5.  —   
    Id.
6.  —   
    Id.
7.  —   
    Id.


Espèce bovine.
(Races et sous-races, croisées ou non.)
1e section (Mâles)
Taureaux âgés de un à deux ans.
1. Prix.  
Philippe Joseph, de Costaros.
2.  —   
Espenel Antoine, d’Espaly.
3.  —   
Clauzier Régis, de Saint-Julien-Chapteuil.
4.  —   
Exbrayat André, de Taulhac.
5.  —   
Rocher Victor, de Sanssac-l’Église.
6.  —   
Hilaire Louis, du Puy.


2e section
Taureaux âgés de deux à trois ans.
1. Prix.  
Saugues Irénée, de Saint-Jean-de-Nay.
2.  —   
Bernard Philippe, de Saint-Germain-Laprade.
3.  —   
Narce Henri, de Ceyssac.
4.  —   
Thomas Pierre, de Cayres.
5.  —   
Valiorgues Étienne, de Ceyssac.
6.  —   
Baffy Ferdinand, de Saint-Christophe-d’Allier.


1re section (Femelles)
Génisses âgées de un à deux ans.
1. Prix.  
Orphelinat de Chadenac.
2.  —   
Teyssonneire Étienne, d’Espaly.
3.  —   
Pestre Claude, de Taulhac.
4.  —   
Eyraud Louis, des Estables.
5.  —   
Teyssonneire Augustin, d’Espaly.
6.  —   
Philippe Joseph, de Costaros.
7.  —   
Bernard Antoine, de Vals.
8.  —   
Jarousse Claude, du Puy.
9. supp. 
Aurel Baptiste, du Monteil.


2e section
Génisses âgées de deux à trois ans.
1. Prix.  
Morand-Trintinhac, du Puy.
2.  —   
Terrasse-Mazaudier, du Puy.
3.  —   
Raymond Pierre, de Vals.
4.  —   
Visconte Jacques, d’Espaly.
5.  —   
Eyraud Louis, des Estables.
6.  —   
Teyssonneyre Étienne, d’Espaly.
7.  —   
Giban Étienne, d’Espaly.
8.  —   
Jouve Jean-Pierre, des Vastres.
9. supp. 
Roux, de Saint-Christophe-sur-Doleson.


3e section
Vaches de tout âge.
1. Prix.  
Bernard Auguste, de Vals.
2.  —   
Pestre Claude, de Taulhac.
3.  —   
Orphelinat de Chadenac.
4.  —   
Michel Régis, des Estables.
5.  —   
Chas-Plantin, du Puy.
6.  —   
Eyraud Louis, des Estables.
7.  —   
Soulier Antoine, d’Ours-Mous.
8.  —   
Arnaud Augustin, de Vals.
9.  —   
Bernard André, de Vals.
10. —   
Pascal Jean-Pierre, d’Espaly.
11. supp. 
Soulier Pierre, d’Ours-Mons.
12. —   
Bonhomme Justin, de Vals.


Espèce ovine.
(Lot de cinq animaux sans distinction de races, croisés ou non croisés.)
1. Prix.  
Saugues Irenée, de Saint-Jean-de-Nay.
2.  —   
Non décerné.
3.  —   
Chanal Pierre, de Chaudeyrolles.
4.  —   
Non décerné.
5.  —   
    Id.
6.  —   
Bernard Jean, d’Arlempdes.
7.  —   
Non décerné.
8.  —   
    Id.


Espèce porcine.
1re section
Races indigènes ou françaises.
1. Prix.  
Orphelinat de Chadenac.
2.  —   
Gravier Antoine, du Puy.
3.  —   
Brottes Adolphe, de Champclause.
4.  —   
Machabert Antoine, du Puy.
5.  —   
Demourgues Pierre, de Saint-Germain.
6.  —   
Guelle Benoît, du Puy.
2e section
Croisements divers.
1.  —   
Non décerné.
2.  —   
    Id.
3.  —   
    Id.
4.  —   
    Id.
5.  —   
    Id.
instruments agricoles.
Machine à battre primée.

M. Exbrayat, du Puy.

Charrues primées.

M. Brunel, du Puy.

Jougs primés.

M. Jean, du Puy.

produits agricoles

Mention très-honorable à M. Musnier, pour son exposition de millet.

Élèves de la Ferme-école (encouragement) 
 30 fr.


A. Jacotin,
Secrétaire du Comice agricole et de la Société
des amis des sciences, etc., de la Haute-Loire
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