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Contes d’hier/1

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Daoust & Tremblay (p. préf).


PRÉFACE


Voici des contes, des contes jolis, bien écrits, intéressants, de chez nous, avec un parfum de terroir qui ne déplaît pas. Loin de là. J’ai l’honneur de les présenter à l’ami lecteur, à la lectrice amie surtout, en lui promettant des heures charmantes, des heures paisibles passées dans une lecture honnête et qui ne laisse après elle que d’aimables souvenirs.

J’aime les contes. Ils sont vieux dans la littérature française. Jadis, il y a bien longtemps, on les appelait fabliaux, puis on les a nommés nouvelles. Aujourd’hui ils ont conquis le nom qui va leur rester, je l’espère, un nom plein de sens et où s’enchâsse, sertie de réminiscences d’enfance, la poésie de la vie familiale. Les contes ont bercé nos jeunes ans, éveillé notre imagination, instruit et formé notre cœur. À l’aide de ces récits fantaisistes, souvent inventés pour les besoins du moment, on nous a alors réprimandés, éclairés, loués. Et si l’on excepte les contes si peu lestés de moralité, servis régulièrement dans certains milieux à la société frivole qui ne s’amuse plus et qu’on veut amuser quand même, n’est-ce pas le but de tous ces petits romans condensés : faire passer une vérité, donner une leçon, montrer très beau le devoir très pénible, élever d’une poussée soudaine l’âme hésitante vers un idéal noble et pur, tout autant que stigmatiser un vice, montrer la laideur d’un défaut ? — Rapide et court, léger et plein d’entrain, parfumé comme une fleur et vibrant comme un chant, le conte fait du bien en même temps qu’il plaît. C’est tout le programme classique et il y est magnifiquement rempli.

Andrée Jarret a composé de ces contes. Elle les offre aujourd’hui au public. Je les ai lus, la plupart, au moment même où ils paraissaient dans les revues ou les journaux. Ils me frappèrent alors. J’y relevais des détails délicats, une grande aisance de style, ici et là du pittoresque saisissant et de l’émotion contagieuse. C’était dans la littérature la transposition d’un art bien féminin ; l’auteur semblait de son aiguille fine et habile tracer sous mes yeux les dessins et les arabesques d’une broderie élégante et harmonieuse. Aussi quand l’idée lui vint de les rassembler, d’en faire un volume, sans hésitation j’ai dit oui.

Le volume est entre vos mains, ami lecteur, lectrice amie. Ouvrez-le avec indulgence, vous serez bientôt sous le charme des beautés qu’il renferme. Vous vivrez grâce à lui des heures radieuses et calmes au milieu de gens que vous connaissez déjà, ce sont nos gens ; sous un ciel que vous avez souvent admiré, notre ciel ; dans un décor dont les détails vous sont familiers, le décor de nos maisons, de nos fermes, de nos campagnes, de nos villes. À l’auteur, devenue votre amie et qui mérite de l’être, vous direz, en fermant son livre : Quand nous reviendrez-vous ? — Elle a un trop grand amour du travail, une facilité trop spontanée, une sensibilité trop vive, un esprit d’observation trop fin, pour ne pas répondre immédiatement : Bientôt !

M. M.