Correspondance de Voltaire/1734/Lettre 399

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Correspondance : année 1734
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 33p. 415).
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399. — Á M. DE FORMONT.
À Monjeu, par Autun, ce 25 avril.

On ne peut, mon cher Formont, vous écrire plus rarement que je fais, et vous aimer plus tendrement. Je passe la moitié de mes jours à souffrir, et l’autre à étudier ou à rimailler ; il se trouve que la journée se passe sans que j’aie le temps d’écrire ma lettre. Vous serez peut-être étonné de la date de celle-ci. Moi, au fond de la Bourgogne ! moi, qui n’aurais voulu quitter Paris que pour Rouen ; mais c’est que je me suis mêlé de marier M. de Richelieu avec Mlle de Guise, et qu’il a fallu dans les règles être de la noce. J’ai donc fait quatre-vingts lieues pour voir un homme coucher avec une femme. C’était bien la peine d’aller si loin !

Mais voici bien une autre besogne. On vend mes Lettres, que vous connaissez, sans qu’on m’ait averti, sans qu’on m’ait donné le moindre signe de vie. On a l’insolence de mettre mon nom à la tête, et, malgré mes prières réitérées de supprimer au moins ce qui regarde les Pensées de Pascal, on a joint cette Lettre aux autres. Les dévots me damnent ; mes ennemis crient, et on me fait craindre une lettre de cachet, lettre beaucoup plus dangereuse que les miennes. Je vous demande en grâce de me mander ce que vous pourrez savoir. Jore est-il dans votre ville ? est-il à Paris ? Pourrait-on, au moins, faire savoir mes intentions à ceux qui ont eu l’indiscrétion de débiter cet ouvrage sans mon consentement ? Pourrait-on, au moins, supprimer mon nom ? Adieu, mon sage et aimable ami. Je suis bien fou de me faire des affaires pour un livre.