Correspondance de Voltaire/1753/Lettre 2539

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Correspondance : année 1753
Garnier (Œuvres complètes de Voltaire, tome 38p. 10-11).

2539. — DE M. DE MAUPERTUIS[1].
De Berlin, du 3 avril 1753.

Les gazettes disent que vous êtes demeuré malade à Leyptzig ; les nouvelles particulières assurent que vous n’y séjournez que pour faire imprimer de nouveaux libelles ; pour moi, je veux vous faire savoir des nouvelles de mon état et de mes intentions.

Je n’ay jamais rien fait contre vous, rien écrit, rien dit ; j’ay cru même indigne de moy de répondre un mot à toutes les impertinences que jusqu’icy vous avez répandues, et j’ay mieux aimé laisser courir des histoires de M. de La Beaumelle, dont j’avais le désaveu de lui par écrit, et cent autres faussetés que vous avez débitées pour tâcher de colorer votre conduite à mon égard, que de soutenir une guerre aussi indécente ; la justice que m’a fait le Roy de vos premiers écrits, ma maladie, et le peu de cas que je fais de mes ouvrages ont pu jusqu’ici justifier mon indolence.

Mais s’il est vray que votre dessein soit de m’attaquer encore, et de m’attaquer comme vous avez déjà fait par des personalités, je vous déclare qu’au lieu de vous répondre par des écrits ma santé est assez bonne pour vous trouver partout où vous serez et pour tirer de vous la vengeance la plus complette.

Rendez grâce au respect et à l’obéissance qui ont jusqu’icy retenu mon bras, et qui vous ont sauvé de la plus malheureuse aventure qui vous soit encore arrivée[2].

  1. Cette lettre est imprimée dans la Nouvelle Bigarrure (tome III, mai 1753). M. Th. Foisset l’a réimprimée d’après la copie trouvée dans les papiers du chevalier de La Touche ; nous conservons l’orthographe de la copie.
  2. Voyez cette lettre plaisamment résumée par Voltaire, et la réponse dans l’Akakia, tome XXIII, pages 581 er suivantes.