Correspondance inédite du marquis de Sade/1788

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Texte établi par Paul BourdinLibrairie de France (p. 230-239).
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1788


Sur les conseils de l’abbé Gabriel, prêtre d’Apt résidant à Rome, Gaufridy veut renoncer à demander le rescrit relatif aux droits des coseigneurs de Mazan. La question de savoir s’il faut rester en instance ou se faire restituer la provision remise à l’abbé Féru, procureur de MM. de Sade et Causans à Rome, fait naître un grand débat entre l’avocat et Conil, petit notaire de Mazan, mais modèle achevé d’homme d’affaire officieux et subtil, gribouilleur et besogneux, outrecuidant et plat, quémandeur infatigable, plein d’esprit jusque dans le faux et dépourvu de dignité même dans le juste.

Le fils aîné de madame de Sade ne se relève pas de la fièvre maligne contractée à Belle-Isle et menace de tomber en consomption. Il serait digne d’être Provençal car « c’est la poudre », mais d’ailleurs bon enfant et très aimé de ses camarades. Il plaisante lui-même de son mal en écrivant à son frère qui prend le change sur sa gaîté et croit qu’il n’a pas été aussi atteint qu’on le dit. Le cadet a fait, en passant, la conquête de M. de Murs, vieux parent du marquis reclus dans son château avec une servante maîtresse qui est un vrai cerbère, et la marquise se montre enchantée de ce succès de son fils.

Depuis son arrivée à Malte le chevalier attend vainement les brefs qui lui seraient nécessaires pour obtenir une des commanderies qui viendront à vaquer dans le grand prieuré de l’oncle. Celui-ci, qui devait y pourvoir, n’y a plus pensé. Par contre il n’oublie pas de porter en compte vingt louis qu’il a remis à son petit-neveu.

Le grand prieur fait mettre à l’adjudication les travaux de Mazan. On n’ose regarder de trop près aux devis, mais la marquise tient du moins à ce que sa pension lui soit exactement payée. Elle demande à l’avocat de la conseiller sur l’emploi des vingt-deux mille livres qu’elle doit toucher dans la succession de sa tante Dazy. Les placements sont difficiles et ceux que l’on fait sur le roi sont hasardeux. Il y a beaucoup de faillites à Paris et elles ne sont pas moins nombreuses en province. Une lettre de change de deux mille livres, que Lions puîné a fait tirer par un sieur Boulouvard neveu, banquier à Arles, sur un de ses confrères parisiens, revient protestée ; mais, entre temps, le tireur lui aussi a fait faillite et Lions supplie la marquise et le grand prieur de ne pas mettre cette perte au compte de son père. C’est beaucoup demander car Lions aurait dû savoir que son homme n’était pas sûr ! Telle mésaventure ne lui serait pas arrivée s’il s’était adressé à l’oncle Boulouvard qui fait le même commerce. On en discutera pendant dix années entières.

Le grand prieur est revenu de Toulouse plus jeune et plus ingambe que jamais. Il va s’occuper des affaires et arrêtera tous les comptes si on veut bien lui laisser quelques semaines de repos pour s’y préparer. Les travaux que l’on fait au château de Mazan l’intéressent fort car il veut prendre ses quartiers d’hiver dans le Comtat. Il ordonne d’y transporter les meubles de Saumane, et cette opération fait trembler madame de Sade qui supplie Gaufridy de faire adroitement constater le transfert pour que l’ordre de Malte ne comprenne pas les effets déplacés dans la dépouille du grand prieur s’il vient à mourir. Mais l’avocat reçoit lui-même l’ordre d’envoyer à Mazan le plus beau lit de la Coste et la marquise ne peut le blâmer d’obéir au maître que la famille s’est donné.

Madame de Sade perd son aïeule, mère de la présidente, qui meurt de la fièvre à Paris, à l’âge de quatre-vingt-douze ans et trois mois.

Le vieux Lions meurt à son tour. Il a laissé quarante mille livres à son fils puîné qui le seconde depuis six ans et l’a recommandé, avant de passer, à madame de Sade et à l’avocat. Mais c’est l’aîné qui a la saisine et va prendre la place de son père, si le seigneur n’en décide autrement. Une compétition s’ensuit et le grand prieur ennuyé s’esquive sans avoir rien décidé. Lions aîné a la gérance d’Arles au détriment de son cadet qui vaut mieux que lui.

On bâtit à Mazan, mais on laisse tomber en ruine la chapelle servant de sépulture que la famille possède à Avignon. Elle est si dégradée que l’on n’y peut plus célébrer les saints mystères. Un certain frère Maurice essaie en vain d’intéresser la piété et l’amour-propre de la marquise en lui citant l’exemple des familles nobles qui ont des chapelles dans la même église et qui les entretiennent à grand frais. Le grand prieur ne trouve pas quatre cents livres à distraire pour cette pieuse restauration.

En cette année dix-sept cent quatre-vingt-huit, M. de Sade paie pour la dernière fois à la révérende chambre apostolique de Carpentras la redevance annuelle de deux écus d’or, valant chacun six livres deux sols six deniers grosse monnaie, et d’une livre de cire qu’il doit pour les fief et juridiction de Saumane.

Ce seigneur justicier est mis au même instant dans une autre chambre de la Bastille où il ne trouve que les quatre murs et un mauvais lit. Il entreprend de la meubler, mais il lui manque, pour terminer son arrangement, une somme de vingt louis qu’il demande à sa femme. La marquise, qui est malade, envoie cette requête au grand prieur, lequel la transmet à Gaufridy, en approuvant fort qu’on défère au désir de sa nièce.

L’état de madame de Sade n’est point bon. Ses jambes, qu’elle a trop forcées, lui refusent le service : elle ne peut ni marcher ni rouler. Elle suit un régime coûteux et incommode. Ses dépenses excèdent le revenu qu’on lui fait et ses fils, comme son mari, ont de perpétuelles exigences. La mort déjà prévue du dauphin va entraîner un deuil de six mois et elle n’a point de noir à se mettre, non plus que sa fille. Gaufridy lui envoie de la Coste ce qu’il peut en trouver. La marquise n’est point esclave de la mode.

Le chevalier fait une escale à Toulon et vient surprendre le grand prieur pendant un de ses séjours dans le Comtat. Il le trouve très occupé de l’avancement de ses travaux car la communauté de Carpentras, qui veut capter des eaux dans le domaine de Saint-Cloud, lui a demandé de renoncer au bail à vie que M. des Isnards lui a passé de cette terre. Le vieillard a promis de donner sa réponse à son prochain retour de Toulouse, lorsque le logement qu’il fait faire à Mazan sera fin prêt !

La Soton, une ancienne connaissance de la Coste, a été dépossédée des écoles et des bureaux du sel et du tabac par la malignité du curé. Elle se trouve, par surcroît, en butte aux vexations des huguenots. Madame de Sade, qui la protège, veut qu’on lui cherche une place dans le Comtat et demande à Gaufridy de lui donner quelques louis. Mais l’avocat la tient en médiocre estime et ne met pas d’empressement à s’acquitter de la commission. Nous verrons la fille de Soton à Paris, où elle se rend à cheval pour plaider les vieilles querelles de sa mère à la barre de la Convention nationale, et Gaufridy manquera d’y perdre la tête.

M. de Sade ne se lasse pas de manger des chinois et en redemande.




Le Chevalier est mécontent de l’insouciance du grand prieur. « Malte, ce 3 février 1788 ».*

……Est il possible que mon oncle ai oublié jusqua present de demender le bref qui me conserne pour la comanderi dabort simagine til quil na qua demender pour obteneir cest une grace que lon n’obtient si aisément quil le crois et dalieur il est en rente au ier de mai et dici la il y a 3 mois qui est apeu pres le tems quil faut pour recevoire des nouvelles de rome conté lallée et lavenue a la vérité ce nest que la 2e commenderie quil peut donner mais nest il pas possible qu’il en vaque deux apeu pres de ce même tems je lui ecrie au sujet d’un maladie qu’il a eut a toulouse et je me garde bien cepandent de lui parler de cela pour moi je ne le conçois pas il y a ici le neveu du gd prieur de St Gile qui est dans le même cas que moi mai il y a bien longtemps quil est en regle adieu mon chere mr gaufroidi a revoire il faut esperer que ce sera a la fin de lannée au plus tard

Che de Sade.

Dite bien des chose a ripere qua vous le verez.


La marquise demande des conseils à Gaufridy pour le placement de ses fonds.

……Je vous consulte, monsieur l’avocat, pour un objet que voici, marquez-moi votre avis : je suis remboursée de vingt-cinq mille livres, c’est-à-dire je les aurai à disposer avant la fin de l’année. Les placer sur le roi ou particuliers, vu la tournure des affaires, cela n’est pas bien sûr, sur des terres par privilège, c’est bon, mais l’on n’a pas les fonds quand l’on veut, et, avec des garçons au service, l’on peut avoir besoin d’un moment à l’autre de tout emporter.

Avec cela, je serai bien aise d’en tirer le cinq pour cent, n’ayant pas trop de revenus.

S’il se trouvait quelque bien à acheter sûrement au denier vingt cela me paraîtrait plus solide. Que pensez-vous ? Cela n’est pas aisé à résoudre ; ce que je désire, c’est que cela soit solide……

Bonsoir, monsieur l’avocat. Nous nous portons tous assez bien. Je dis assez parce que mon fils revient bien doucement. Il est toujours faible et pâle. J’essaierai de lui faire prendre le lait d’ânesse, ce mois de mai. Ce 19 mars 1788.

Montreuil de Sade.

Quittante d’imposition.*

1787

QUITTANCE des quatre quartiers de l’imposition faite par le Corps de la Noblesse en l’année 1787, à raison de 60 livres par florin.[1]

JE soussigné, Trésorier du Corps de la Noblesse, ai reçu de Monsieur le comte de Sade des mains de Mr Gaufridy et deniers du Sr Audibert son fermier la somme de deux cent soixante livres qui lui compete pour les quatre quartiers de l’imposition faite par le Corps pour le paiement du premier et second Vingtième et charges du Corps de l’année 1787, à raison de 60 livres par florin, et pour quatre florins quatre sols… denier… à quoi son fief de la Coste se trouve afloriné a l’art. 796 vig[2] d’Apt dans l’état qui m’a été remis par le Corps. Comme aussi j’ai reçu treize livres six sols pour le sol pour livre et droit de quittance. Et neuf livres quatorze sols pour intérêts de retard.

À Aix le vingt neuf mars mil sept cent quatre vingt huit.

Bonnet.

La marquise annonce à Gaufridy l’incendie de l’hôtel des menus plaisirs du roi. (21 avril 1788).

……Mon fils va mieux et je crois qu’il sera en état d’aller au mois de juin à son régiment……

Je voudrais quelquefois avoir des ailes pour aller voir un peu comme tout est, mais Dieu sait les événements sur terre. Pour moi, je passerai ma vie à ne pouvoir rien statuer. Pour mon argent à placer, je me déciderai peut-être à prendre des billets des fermes générales. En lisant l’acte de l’administration, vous devez avoir remarqué que je ne suis pas maîtresse sur cet article.

L’hôtel des menus plaisirs du roi a brûlé en totalité avant hier. C’est une perte d’un million pour les décorations de l’opéra, sans les bâtiments qui étaient très considérables puisque cela formait un carré de bâtiments et une cour immense dans le milieu. Tout est rasé ; il brûle encore dans les fondements, mais il n’y a rien à craindre pour Paris parce que l’on a abattu les maisons d’à côté pour empêcher la communication. Il n’y a péri personne heureusement. Il y a cependant un pompier que l’on ne retrouve pas. Bonsoir, monsieur l’avocat……


La marquise se félicite que le grand prieur ait nommé Gaufridy juge de la Coste. (Ce 15 juin 1788).

Je viens, monsieur l’avocat, de perdre ma grand-mère âgée de quatre-vingt-douze ans et trois mois d’une fièvre qui l’a emportée en quinze jours. C’est la mère de ma mère[3]……

J’approuve très fort que mon oncle vous ait dit de remplir le nom du juge par le vôtre et c’est là où je voudrais avoir l’autorité pour avoir part à cette nomination. En cas de discussion avec le seigneur, vous savez que cela ne fait aucune difficulté……

À l’égard des affaires du temps, c’est ici comme chez vous et par tout le royaume de même, excepté que l’on n’est pas si charitable, de sorte que le bas palais meurt de faim ; cela fait pitié.

Mon fils est à Rennes ; jusqu’à présent il ne lui est rien arrivé. De nouvelles, nous n’en pouvons mander ; il faut être sûr de son fait, l’on dit tant de choses !……


Ripert avise l’avocat que le grand prieur demande à souffler avant d’arrêter ses comptes. (4 juillet 1788).

……J’attends l’arrivée de M. le grand prieur pour vous écrire. Il vient d’arriver lundi dernier juin. Il est venu faire une tournée à Mazan. Je lui ai parlé de nos comptes ; il m’a répondu qu’il fallait le laisser un peu reposer et que, dans le mois d’août, il ferait tout ce que vous voudriez et qu’il passerait tous nos comptes……

M. le grand prieur vient toujours que plus jeune. Il se porte très bien, il se propose de passer tout son quartier d’hiver à Saint-Cloud ou à Mazan. On travaille fortement à finir un appartement au château de Mazan ; il paraît y prendre goût……


La marquise se félicite que son argent ne soit pas sur le roi. (23 août 1788).

……L’arrêt du conseil[4] ici fait grand bruit ; vous le verrez dans la gazette de France. Heureusement que le peu d’argent que j’ai ici, je ne l’ai pas sur le roi. J’aimerais mieux l’enlever que d’y mettre. Ceux qui me doivent ne peuvent me rembourser au temps promis parce qu’ils ont des effets sur le roi, mais je leur ai signifié, avec le respect que je leur dois, que je ne demande ni fonds ni intérêt jusqu’à ce qu’ils le puissent, et qu’ils m’obligent même de garder. Ce moment-ci de crise ne peut durer, quoique l’on n’ait pas foi aux états généraux.

Le grand conseil doit juger cette semaine les criminels. Je n’ai pas encore touché ma lettre de change sur M. Jaume. Il l’a acceptée pour le vingt-huit. J’espère qu’il ne me paiera pas en billets de la caisse d’escompte[5], car l’on ne va pas au marché avec……


La marquise est inquiète des projets du grand prieur sur les meubles de Saumane et parle des nouvelles publiques. (12 septembre).

Mon oncle a été à Saint-Cloud et à Mazan. Quelqu’un, qui ne veut pas être nommé, m’a écrit qu’il avait grondé Ripert de ce qu’il n’avait pas fait transporter les meubles de Saumane à Mazan. Je ne répondrai rien à cet article, mais s’il les fait transporter, il faudrait constater ce transport pour qu’à sa mort l’ordre de Malte ne mît pas la main dessus comme lui appartenant. Vous êtes bon et sage pour faire cela adroitement…… Nous avons été dans un « boulvary[6] » d’événements, de crainte, de billets et de banqueroute, de joie, de révolte. Tout cela à la lettre est arrivé par la bêtise d’un commandant qui a fait tirer et sabrer le peuple mal à propos[7].

Tout est calme. J’étais pendant ce temps chez ma mère à la campagne où j’étais malade. Je suis mieux et serait purgée lundi.

……M. de Sens n’est point exilé. Il s’est retiré forcément et voyage par prudence. M. le prince de Conti n’est rien. M. Necker est à la tête des finances ; il prête huit millions au roi, qu’il remportera si les choses ne tournent pas bien. Il s’en explique tout haut. Les cours ont leur lettre de rappel, mais ne se sont pas encore assemblées, attendu que l’on n’est pas d’accord.

Le vrai est que l’on dit beaucoup de choses et que l’on ne sait pas [le] vrai. Les effets montent ou baissent selon les nouvelles.

Je finis parce que je n’y vois plus clair, que je suis fatiguée ; d’avoir été malade m’a bien arriérée pour bien des choses. Ne soyez pas inquiet de moi parce que je suis réellement beaucoup mieux.


La marquise a besoin d’argent pour satisfaire aux demandes de son mari. (14 octobre 1788).

Depuis un mois, monsieur l’avocat, je suis malade, sans avoir de fièvre cependant, ni rien de dangereux. Je suis faible, je digère très difficilement. Je profite d’un jour, un peu plus de force, pour vous écrire de dire à mon oncle qu’il vient d’être accordé à son neveu un invalide pour faire sa chambre, son lit, auquel on donne un louis par mois. Il le garde quand il est malade, fait ses commissions, sous l’aveu et les ordres des officiers. Cela fait par conséquent une augmentation de dépense de près de trois cents livres que j’espère que mon oncle voudra bien vous autoriser à payer. Plus il m’a demandé huit louis, que j’ai envoyés, pour le déménagement et changement de chambre plus commode, et M. de Sade veut y faire faire bien des petites choses pour sa commodité, comme tentures, etc… Cet article-ci est une fois payé. Il m’a demandé aussi un lit, une couverture, matelas pareil à son ancien lit de camp, parce que il veut avoir un lit dont il soit sûr. Vous connaissez sa délicatesse. Quand j’aurai payé tout cela, je vous marquerai à quoi cela monte……


J’approuve ce que madame de Sade demande dans la présente lettre. À Saint-Cloud, ce 14 octobre 1788.
Le bailli de Sade.



M. de Sade change de chambre et s’excuse d’importuner sa femme de ses demandes d’argent alors qu’elle est malade. (Sans date).

Je suis bien fâché, ma chère amie, de vous coûter aussi cher dans un temps surtout où vous êtes malade, mais, quand j’ai commencé cette dépense, j’ignorais votre incommodité ; je ne l’aurais sûrement pas faite si je l’avais sue.

Je me suis bien trompé sur l’article de mon déménagement. Il va beaucoup plus haut que je ne l’avais cru, non qu’assurément j’ai fait la plus petite dépense inutile et qu’il y ait seulement un louis donné en luxe ; tout est de première nécessité et tout se réduit à une vieille tapisserie, un lit de camp, du sapin et du papier ; il n’y a pas absolument autre chose dans ma chambre ; et cependant il me faut encore vingt louis. Tu voudras bien, ma chère amie, me faire le plaisir de les tenir prêts pour la fin de ce mois sans faute, car tout est presque fini, il n’est plus temps de reculer. Si tu désires mon bien être dans la malheureuse position où je suis, n’y aie pourtant pas de regret, car au moins je serai aussi bien qu’on peut l’être en prison, et sainement, ce qui est le plus important. Je t’embrasse et te supplie de te bien ménager. Tu ne saurais croire combien ton état m’inquiète et combien je suis désolé de te causer, dans cet instant-ci, tant de dépenses et d’embarras.

Il faut absolument que tu accuses sous peu de jours la réception de celle-ci, sans quoi je serai contraint à prier les officiers de t’en faire part de ce qu’elle contient. Adieu ; des nouvelles de ton état, je te conjure.


La marquise demande qu’on lui envoie des vêtements noirs pour le deuil de sa fille et le sien si le dauphin vient à mourir. (22 octobre 1788).

……J’apprends que M. le dauphin est mal au point de ne pouvoir aller bien loin[8], ce qui nous fera un deuil encore de six mois. J’ai besoin de noir, le mien étant tout usé et ma fille n’en ayant point. Quelque cher que me coûte le port, cela sera moins cher que d’acheter du neuf ; ainsi, aussitôt cette lettre, faites faire une caisse de ce que vous trouverez à moi de robes noires et de couleur et même linge et, entr’autres, une espèce de drap de lit entouré d’une mousseline de la hauteur d’un jupon, si cela n’a pas été pris. Tout cela fera poids et envoyez-moi cela par les rouliers à mon adresse à Sainte-Aure.

Je suis mieux pour ma santé, mais je ne peux plus marcher. La voiture me fatigue, il me faut un régime très long et très constant pour me remettre ; je l’entreprends.

Si mon oncle refuse ce que demande M. de Sade, j’économiserai pour lui fournir, mais je ne le pense pas……

Je dois lui porter encore dix louis lundi, que j’emprunterai. Je ne veux pas parler de cela à mes parents, parce que l’on dirait que c’est des dépenses inutiles. Moi je pense que ce serait très cruel que de les lui refuser, ainsi je compte sur vous pour me tirer promptement de mon emprunt. J’ai apporté une partie de mon noir pour le deuil de ma belle-mère, mais pas tout. Cela doit être dans l’appartement que j’habitais au bas.

Vous direz à mon oncle que le régiment de mon fils n’est plus à Lorient, qu’il a passé à Nantes, ce qui me fait plaisir à cause de l’air qui sera meilleur……


Quittance des prêtres agrégés de Mazan.

J’ai reçu de M. Ripert, procureur de M. le comte de Sade, trois livres roi pour la rétribution du chanté que MM. les prêtres agrégés ont acquitté le second novembre pour la famille du dit seigneur comte de Sade à Mazan. Ce sept novembre mil sept cent quatre-vingt-huit.

Ripert, père agrégé.

La marquise se rétablit lentement, mais a perdu totalement l’usage de ses jambes. (21 novembre 1788).

……Avez-vous des nouvelles de mon petit chevalier ? Je n’en ai pas et, comme il est en caravane, je crains toujours la mer. Il me semble qu’il devrait m’avoir écrit de Toulon ou Marseille, comme il me l’avait promis……

Ma santé se rétablit bien doucement ; j’ai perdu totalement l’usage de mes jambes à force de les avoir forcées, je crois. L’on dit que cela reviendra, je n’en crois rien.


Ripert fils croit que le grand prieur a l’intention de venir s’installer dans les appartements qu’il fait faire au château de Mazan. (Mazan, 23 novembre 1788).

M. le grand prieur m’ayant chargé, avant son départ pour Toulouse, de faire finir incessamment les appartements commencés au château…… presse d’autant plus la confection de cet ouvrage, qu’il est presque déterminé à quitter Saint-Cloud, sur la demande que lui fait la communauté de la ville de Carpentras de se désister du bail à vie de ce château à lui passé par M. le comte des Isnard, le conseil d’icelle ayant délibéré d’en faire l’acquisition pour s’en procurer les eaux. À quoi il a répondu qu’à son retour de Toulouse il fera tout ce qui peut dépendre de lui pour en faciliter la vente. C’est ce qui me fait croire, monsieur, que M. le grand prieur, à son retour, viendra se camper à Mazan et qu’il sera peut-être aise de trouver cette occasion à se désister du dit bail.

M. le chevalier de Sade, ayant débarqué pour quelques jours à Toulon, se rendit à Carpentras lundi dernier, dans l’espérance de voir M. son oncle à Saint-Cloud, où il a passé trois jours seulement, et a été ensuite à Avignon voir sa tante de Raousset……




  1. Les biens nobles étaient taxés en Provence d’après leur afflorinement et chaque florin cadastral représentait cinq cents livres de revenu ; les biens roturiers, soumis à la taille, l’étaient selon le système de l’affouagement ou dénombrement des feux de chaque communauté. Le feu correspondait à cinquante-cinq mille livres cadastrales et chaque livre à mille livres de biens fonds.
  2. Viguerie.
  3. Dame Pélagie Partyet, veuve de messire Jean Masson de Plissay.
  4. L’arrêt de banqueroute du seize août.
  5. Autorisée par Turgot le vingt-quatre mars 1776. Elle émettait des billets depuis 1777 et jouit d’un grand crédit tant qu’elle fut indépendante de l’état.
  6. Hourvari ?
  7. M. le maréchal de Biron. Répression, avec ordre de rendre coup pour coup des attaques contre les gardes françaises et les gardes suisses (vingt-sept et vingt-huit août).
  8. Le dauphin est mort à Meudon le quatorze juin 1789.