Coups d’ailes/Chanter, croire, aimer

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Bibliothèque de l’Action française (p. 73-76).

Jusqu’au bout


La lutte sera dure
Pour toi, mon pauvre gâs.
Sur la route peu sûre
Ne t’aventure pas.

— Je ne crains point l’orage,
Ô mère, c’est si beau,
Quand on a du courage,
Et la foi pour flambeau !


Oui, mais longue est la route.
On dit : chacun pour soi.
Et l’homme qui t’écoute
Se moquera de toi…
 
— Qu’importe à ma jeunesse
L’injure ou le mépris !
J’ai bien trop de noblesse
Pour demander sursis.

Mais la nuit sera noire.
Écoute mon sanglot.
J’ai si peur de la gloire…
Ne monte pas trop haut !

— Étouffez dans vos voiles
Le cri de votre coeur.
C’est auprès des étoiles
Que je serai vainqueur !


Pourquoi ne pas attendre ?
Rien ne te presse encor.
Reste ; je veux entendre
Un peu ; ton rire d’or !

— Et mon pays qui pleure ?
Et les méchants là-bas ?
Quand on dit : tout à l’heure,
On recule d’un pas.

On te tuera peut-être,
Ô toi, mon adoré.
J’en verrai se repaître
De ton sang, à leur gré…

— La mort me sera douce.
Le repos éternel.
Je mourrai sans secousse.
Les yeux fixés au ciel !


Va mon gâs ! Va mon brave !
Et si j’avais vingt ans,
Je me ferais l’esclave
De tes rêves tout blancs.