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Cours d’agriculture (Rozier)/ARRACHIS

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Hôtel Serpente (Tome premierp. 702-703).


ARRACHIS. Ce mot est particuliérement consacré pour les forêts, & désigne l’enlèvement frauduleux des plants d’arbres. Les ordonnances des eaux & forêts défendent les arrachis de chêne, de charme, &c. dans les bois du roi, & de lever des plants sur les souches.

Lorsqu’on abat une forêt, ne seroit-il pas plus avantageux d’arracher même la souche pour semer ou planter de nouveau dans ce terrain que l’opération de dessoucher auroit profondément remué ? L’expérience a prouvé & prouve chaque jour que le bois de brin l’emporte à tous égards sur le bois de souche ou de rejet. En effet, qu’attendre des racines, par exemple d’un vieux chêne, qui fournissoient à peine à sa subsistance ? elles sont aussi décrépites que lui, & ses canaux séveux sont aussi oblitérés, aussi obstrués que ceux du tronc & de ses branches. C’est ainsi que pense M. Duhamel ; & son avis sur ce sujet, qu’il a profondément médité, est d’un grand poids. Il dit : « dans les hautes futaies les souches sont nécessairement fort grosses & fort espacées ; si on coupe l’arbre à fleur de terre, ainsi que prescrit l’ordonnance, elles pousseront, à la vérité, quelques jets entre le bois & l’écorce ; mais comme l’aire de la coupe ne se recouvre jamais d’écorce, le bois se pourrit, endommage la naissance des nouveaux jets que le vent éclate ensuite très-aisément. Les racines de ces arbres abattus fort gros, périssent pour la plupart en terre, & les autres se trouvent souvent usées. On peut donc dire qu’une haute futaie ainsi abattue, ne peut jamais faire, par la suite, ni une belle futaie, ni un beau taillis. » C’est, suivant M. Duhamel, une des plus grandes causes de la destruction des forêts. Il faudroit donc n’adjuger les hautes futaies qu’à condition d’arracher les arbres, de dresser & essarter le terrain. À l’égard du propriétaire, il n’aura plus qu’à faire donner quelques labours à la charrue, & faire répandre sur ce terrain du gland pour un semis nouveau. Cependant, comme les arrachis de bois sont très-fertiles, sur-tout dans les plaines & sur les coteaux à pente douce, on peut en tirer d’abondantes récoltes pendant plusieurs années, & les remettre ensuite en bois.

Les adjudicataires & les marchands de bois diront vainement que cette manière d’arracher les arbres avec leurs souches, est trop dispendieuse pour eux ; la plus grande longueur de la pièce de bois par la partie qui reste en terre, surtout par celle que l’on perd par l’entaille lorsque l’arbre est gros, les dédommagera de leurs avances, quand même ils ne compteroient pour rien le bois provenant des grosses racines.