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Cours d’agriculture (Rozier)/BUFFLE

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Hôtel Serpente (Tome secondp. 488-489).
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BUFFLE. C’est une espèce de bœuf dont on se sert en quelques endroits de l’Italie, particuliérement dans le royaume de Naples & dans les États du pape, pour les mêmes usages que des bœufs en France. Il est plus grand & plus fort que le bœuf commun, moins facile à conduire, & assez souvent dangereux. Sa peau est plus douce, plus épaisse que celle du second, son poil est ordinairement noirâtre, & il a sur le front une touffe de poils frisés & crépus. Si on considère le volume de son corps, on trouvera sa tête trop petite & peu proportionnée ; ses cornes sont grosses, noires, légérement aplaties, recourbées en-haut, & un peu inclinées vers le dos.

Le buffle est originaire de l’Inde, d’Afrique, &c. d’où il fut amené en Italie vers la fin du seizième siècle. Cet animal diffère du bœuf par le caractère & par son éloignement à s’accoupler avec la vache. Le buffle, dit M. de Buffon, est d’un naturel plus dur & moins traitable que le bœuf ; il obéit plus difficilement ; il est plus violent ; il a des fantaisies plus brusques & plus fréquentes. Toutes ses habitudes sont grossières & brutes ; la figure grosse & repoussante ; son regard stupidement farouche ; il avance ignoblement son cou, & porte mal sa tête, presque toujours penchée vers la terre ; sa voix est un mugissement épouvantable, d’un ton beaucoup plus fort & beaucoup plus grave que celui du taureau. Il a les membres maigres, la queue nue, la mine obscure, la physionomie noire, comme le poil & la peau.

Les buffles sont cependant très-utiles. Comme leur corps est très-massif, ils sont propres aux labours, & on les laisse paître dans les bois. Lorsque le laboureur vient à la charrue, il fait signe à un de ses chiens de forte race, d’aller dans les bois ; le chien court, saisit avec la plus grande adresse un buffle par l’oreille, & sans quitter prise il l’amène à son maître qui l’attache sous le joug, pendant qu’il retourne dans le bois pour lui en chercher un autre, qu’il met à côté du premier.

Le laboureur leur fait tracer ses sillons, & les conduit facilement à l’aide d’une espèce de croissant de fer, dont les deux pinces entrent dans les naseaux de l’animal. Ce croissant étant suspendu sous le naseau, il fait tourner à volonté le buffle d’un côté ou d’un autre, en tirant une ficelle qui est attachée au morceau de fer, dont la pointe picotte le nez de l’animal. C’est ainsi que les hommes, pour dompter les animaux, les saisissent par leurs parties les plus sensibles. Lorsque les buffles ont fourni leur travail, on les ôte de la charrue, & ils retournent dans les bois se reposer & se nourrir jusqu’au lendemain, où les chiens viennent les y chercher de nouveau. Comme ces animaux portent naturellement leur cou bas, ils emploient en tirant tout le poids de leur corps ; aussi un attelage de deux buffles tire-t-il autant que quatre forts chevaux.

Les corses agissent à peu près comme les italiens pour avoir leurs bœufs qui errent dans les forêts. Ils les courent montés sur de petits chevaux, & leur jettent adroitement une corde qui les saisit par les cornes. Lorsque le labourage est fini, l’animal reprend sa liberté & retourne dans les bois.

Si au lieu de laisser errer le buffle dans les bois, on essayoit de l’élever comme le bœuf, il perdroit sûrement un peu de son caractère sauvage & brusque. Sa brusquerie n’est-elle pas une suite du tiraillement journalier par les chiens. C’est par la douceur qu’on subjugue les animaux ; les mauvais traitemens aigrissent le caractère, rendent l’animal revêche & impatient au joug. Cet exemple est frappant dans les chevaux.

La peau du buffle préparée & passé à l’huile, forme une branche de commerce assez considérable.

Le lait de la femelle du buffle sert, en Italie, à faire de très-bons fromages ; la chair n’est point agréable au goût.