Cours d’agriculture (Rozier)/APHTE

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Hôtel Serpente (Tome premierp. 586-589).
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APHTE, Médecine rurale. Les aphtes sont de petits ulcères superficiels, qui viennent dans la bouche, au palais, à la langue, aux gencives, au gosier, à l’estomac & aux intestins, & qui sont accompagnés d’une chaleur brûlante.

On distingue plusieurs espèces d’aphtes, à raison de leur malignité ou de leur bénignité. Ces derniers creusent peu & sont blancs ; les premiers sont noirs, creusent profondément, & sont très-douloureux ; quelquefois ils sont les produits de la vérole ou du scorbut. Les enfans qui tètent encore y sont plus sujets que ceux qui sont sevrés ; la croûte laiteuse marche quelquefois aussi de compagnie avec cette infirmité. Le levain trop abondant de la croûte laiteuse, reflue vers les glandes, & fait naître des aphtes. Cette maladie est rare chez les personnes dans la vigueur de l’âge ; mais quand elles en sont attaquées, elles annoncent la présence de la vérole ou du scorbut ; chez les vieillards, elles sont la preuve de la décomposition du sang.

La cause qui produit les aphtes, est le dépôt d’une humeur âcre sur les glandes de la bouche, du gosier, de l’estomac & des intestins : mais pourquoi ce levain se dépose-t-il plutôt sur les glandes que sur d’autres parties ? Quelle est la nature de ce levain ? C’est ce que nous ignorons encore. Nous savons seulement que ce levain paroît être acide & fort caustique, & qu’il existe plus volontiers chez les enfans dont les nourrices mènent une vie désordonnée, & qui font usage de liqueurs spiritueuses & d’alimens très-chauds. On sait d’ailleurs que l’acide domine dans la constitution des petits enfans ; que leur urine, leurs excrémens, & toute l’habitude de leur corps exhalent une odeur aigre ; c’est pourquoi ils sont plus exposés que les grandes personnes, à être tourmentés par les aphtes, sur-tout si on leur donne des alimens trop âcres, si on leur fait boire du café, du vin ou des liqueurs. Si le lait qu’ils tètent est de mauvaise qualité, il s’aigrit, & il porte son action plutôt sur la bouche que par-tout ailleurs, parce que c’est sur cette partie qu’il fait sa première impression ; enfin, il n’est pas inutile d’observer que la mal-propreté peut donner naissance aux aphtes, en rendant les humeurs plus acrimonieuses.

Lorsque les enfans sont menacés des aphtes, leur humeur change, ils éprouvent un mal-être qui les fait crier, parce que la matière propre à donner naissance aux aphtes roule dans la masse du sang ; l’odeur d’aigre se fait sentir plus qu’à l’ordinaire, leur appétit se perd, ils éprouvent de petites coliques suivies de dévoiement : quand ils sont encore au teton, la nourrice éprouve, dès que l’enfant a cessé de teter, une grande démangeaison au sein, & une grande chaleur à la bouche de l’enfant pendant qu’il tète. Si l’enfant est en âge de parler, il indique l’endroit qui lui fait mal, en montrant sa bouche. Si on examine la bouche du petit malade, on apperçoit de petits ulcères blancs, arrondis & superficiels dans les commencemens ; si le mal croît, la fièvre s’élève, l’enfant ne peut plus teter & dépérit ; si les aphtes se multiplient, les lèvres, la bouche, le gosier & le col grossissent, & l’enfant avale avec peine. Si les aphtes gagnent le gosier & l’estomac, l’enfant rejette par le vomissement toutes les nourritures qu’il prend : si les aphtes s’étendent jusque dans le ventre, l’enfant est tourmenté de coliques & de dévoiemens sanguins, de matières infectes : enfin, si les aphtes sont épidémiques, comme en automne, au printems, & dans les grandes chaleurs, beaucoup expirent, victimes de ce fléau destructeur.

Les aphtes deviennent une maladie sérieuse, parce que la succion & la déglutition étant gênées, la nourriture des enfans ne se fait qu’imparfaitement, ou se fait mal ; il arrive même quelquefois que cette intéressante fonction, la nutrition, est absolument impossible. Quand les aphtes gagnent le gosier, l’estomac, la poitrine & les intestins, le danger croît ; alors ces innocentes créatures éprouvent de vives douleurs, sont tourmentées par une toux cruelle : quand les aphtes sont dans la poitrine, elles ne prennent aucun repos, elles sont sans cesse agitées, le sommeil fuit de leurs paupières, les humeurs se dépravent, & le danger est des plus éminens. Le danger croît en proportion que les aphtes descendent, & il est porté à son dernier degré quand elles déchirent les intestins. Lorsque les aphtes sont épidémiques, elles menacent du plus grand danger, parce qu’elles sont toujours compliquées avec des fièvres malignes de mauvais caractère : on les guérit aisément quand elles n’ont pas gagné le gosier & l’estomac ; mais elles sont le plus souvent incurables, quand elles siégent dans les intestins. Si les enfans continuent de teter, l’espérance n’est point perdue ; mais s’ils refusent le teton par l’excès des douleurs, & par l’impossibilité d’avaler le lait, leurs jours foibles & délicats ne tardent pas à s’éteindre.

Pour guérir les aphtes, il faut sevrer l’enfant s’il est encore à la mamelle. Si les aphtes sont le produit du mauvais lait de la nourrice, on lui en donne alors une bonne ; on fait prendre à l’enfant cinq grains de rhubarbe dans vingt-quatre grains de magnésie blanche ; on répète ce remède deux & trois fois par jour ; on le baigne, on baigne aussi la nourrice, on la fait vivre de végétaux, on lui refuse la viande, & on lui fait respirer un air sain. Si on ne trouve pas une bonne nourrice au moment qu’on en a le plus pressant besoin, on nourrit le petit enfant avec des lavemens faits avec la décoction d’orge, les lentilles, que l’on verse sur des pistaches & des amandes douces ; on le tient chaudement, la transpiration se rétablit, & il ne tarde pas à recouvrer la santé.

On a proposé le cautère, mais son effet est trop long, & l’enfant meurt avant d’en avoir éprouvé les bienfaits. On a conseillé les vésicatoires, mais ils font naître la fièvre, & elle est toujours à craindre dans les aphtes, & à cet âge.

On les fait vomir avec l’ipécacuanha, & on leur tient le ventre libre avec le sirop de rhubarbe à la dose d’un gros.

Il faut avoir grand soin de nettoyer la bouche pour faire tomber les chairs fongueuses ; on se sert de caustiques, l’eau de Rabel ou de vitriol, adoucie avec le miel. Quand les aphtes sont petits, il suffit de se servir de décoction de feuilles de ronce avec du miel ; on fait pencher la tête de l’enfant ; & avec le doigt couvert d’un linge imbibé de ces médicamens, on touche plusieurs fois par jour les aphtes ; on a ensuite le soin de lui faire pencher la tête en devant, pour qu’il rejette ce qui pourroit rester dans sa bouche de ces médicamens ; on peut encore toucher les aphtes avec la barbe d’une plume. Si les aphtes font des progrès, on frotte le gosier & le ventre avec des adoucissans, tels que les huiles d’olive ou d’amande douce, les décoctions d’orge, de graine de lin, afin de prémunir les entrailles : on a soin de tenir le ventre libre par des purgatifs légers.

Si le petit enfant souffre cruellement, & ne goûte aucun instant de repos, on peut lui donner quelques calmans, quelques gouttes de sirop diacode, dans une cuillerée d’eau d’orge. L’illustre Rivière, dans un cas semblable, n’a pas hésité de donner à son fils un grain de laudanum, avec succès.

Lorsque les aphtes sont dans l’estomac & les intestins, on fait usage des adoucissans, des mucilagineux ; on prend encore du jus de raves cuites sous la cendre, auquel on ajoute un peu de miel rosat, & de tems en tems on en fait prendre à l’enfant ; le jus de carottes peut suppléer le jus de raves : si le petit rendoit le sang par les selles, il faut lui faire avaler de la dissolution de gomme arabique.

Pour empêcher que les aphtes de la bouche ne s’étendent plus loin, on fait bouillir de la sauge dans le vin, on passe, on ajoute du miel, & on recommande à la nourrice de toucher de tems en tems la bouche du petit malade, avec son doigt, garni d’un linge trempé dans cette liqueur. Nous avons dit plus haut, que quelquefois les aphtes, sur-tout quand ils étoient noirs ou profonds, annonçoient l’existence de la vérole ou du scorbut ; il faut alors examiner le père, la mère & la nourrice, attaquer ces vices par les remèdes qui leur sont propres : sans ces précautions, les enfans périssent, tristes & douloureuses victimes des débordemens du père, de la mère ou de la nourrice. M. B.


Aphtes, Médecine vétérinaire. Ce sont de petits ulcères superficiels qui se montrent dans l’intérieur de la bouche des animaux. Le siège principal de cet accident est l’extrémité des vaisseaux excrétoires des glandes salivaires, & de toutes les glandes qui fournissent une humeur semblable à la salive ; ce qui fait que le palais, la langue & le gosier de l’animal se trouvent attaqués de cette maladie.

La cause des aphtes est un suc visqueux & âcre, qui s’attache aux parois de toutes ces parties, & y occasionne, par son séjour, ces espèces d’ulcères.

On juge de la malignité des aphtes par leur couleur & leur profondeur. Ceux qui sont superficiels, transparens, blancs, séparés les uns des autres, & qui se détachent facilement sans être remplacés par de nouveaux, ne sont pas dangereux. Les lotions de rue, d’ail, de vinaigre les guérissent radicalement. Mais ceux, au contraire, qui creusent profondément, s’agrandissent, deviennent noirs ou de couleur livide, sont d’une espèce maligne. Tel est, par exemple, le chancre qui occupe ordinairement le dessous de la langue des chevaux ; (voyez Chancre) telle est encore la pustule maligne, de la nature du charbon, qui fait bientôt périr le bœuf & le cheval, s’ils ne sont promptement secourus. (Voyez Charbon) Les autres espèces d’aphtes n’étant que les symptômes ou les effets de quelque maladie, cèdent à l’usage des remèdes qui leur sont propres. Il nous reste seulement à dire qu’il est très-important dans toutes les maladies, d’examiner la bouche des animaux. Les aphtes venant tantôt d’une cause, tantôt d’une autre, exigent un traitement différent. M. T.