Cours d’agriculture (Rozier)/APPEAUX

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Marchant (Tome onzièmep. 152-156).
◄  APPAT
APPELANTS  ►


APPEAUX. On nomme appeau tout instrument qui sert à imiter le cri d’un oiseau ou d’une bête sauvage ; et lorsque l’abondance du gibier ou le goût de la chasse porte un habitant de la campagne à dresser des pièges aux oiseaux, ou aux bêtes qui fréquentent son voisinage, il lui devient indispensable de se munir, en une infinité de rencontres, d’appeaux qui rendent sa chasse moins pénible, et sur-tout plus fructueuse.

Il y a des appeaux particuliers et propres à certains oiseaux exclusivement ; il y en a de communs à plusieurs espèces, et qu’on emploie dans les pipées. On en a fait aussi pour quelques bêtes qui viennent à la voix de celles de leur espèce, telles que le cerf, le chevreuil, le sanglier, le renard, le lièvre, etc.

On se sert d’appeaux particuliers dans les chasses aux alouettes, aux cailles, aux perdrix rouges et grises, aux vanneaux et pluviers, aux bécasses, canards et oies sauvages.

L’appeau le plus commun pour les alouettes, est un petit cylindre de fer-blanc creux, de six ou huit lignes de diamètre, et deux ou trois d’épaisseur. Cet instrument a assez exactement la forme d’une petite dame à jouer : ses deux faces ou tables sont percées diamétralement d’un petit trou par lequel l’air, attiré du dehors, lorsque l’appeau est placé entre les lèvres, produit un petit sifflement imitatif de la voix de l’alouette. Quelquefois une des faces de cet appeau est convexe ou en calotte, et cette construction est même plus estimée ; le côté convexe se place entre les lèvres. On imite encore cet appeau au moyen d’un noyau de pêche que l’on aplatit, des deux côtés, avec une meule ou sur une pierre, et que l’on perce diamétralement ; on le vide ensuite de son amande et l’on s’en sert comme du précédent. Quelques oiseleurs estiment beaucoup un appeau de cuivre ou d’argent, formé d’un tuyau long de trois pouces et demi, dont l’ouverture supérieure a environ deux lignes de diamètre, et qui va en diminuant jusqu’à l’autre extrémité où l’ouverture n’est que d’une demi-ligne. Une petite branche plate, soudée le long de ce tube, à partir de la moitié de sa longueur, forme en cet endroit un très-petit anneau pour y passer un fil, et, descendant vers le plus petit bout du tuyau, y embrasse et fixe une petite boule lenticulaire et creuse, de la grosseur d’un fort noyau de bigarreau, et percée d’un trou sur l’arête. Cette boule est soudée de façon que le trou se présente obliquement à l’extrémité inférieure du tube, dans lequel on souffle par l’autre bout pour en tirer le son désiré.

Un troisième appeau à alouettes, et le plus parfait de tous, est fait d’os ou d’ivoire, long de deux pouces, un peu plus gros qu’une plume à écrire par en bas, présentant au haut, pour l’insufflation, un tube plus petit et presque pointu, percé dans sa partie inférieure d’un trou par côté, et garni dans son intérieur, au dessus et au dessous de ce trou, de bouchons percés comme dans l’appeau à cailles. Ce petit instrument rend un son très-clair et très-imitatif. Les appeaux d’alouettes servent aux bec-figues, linottes, et autres petits oiseaux.

L’appeau de la caille se compose d’un os arrangé en sifflet, et d’une petite poche de cuir dont la pression fait résonner ce sifflet. Les amateurs emploient de préférence l’os de l’aile d’une oie ou d’un héron ; d’autres prennent celui de la cuisse d’un lièvre ou d’un chat ; mais on se sert aussi très-communément d’un os de mouton que l’on est, au reste, obligé de polir, sur-tout en dedans. La longueur de cet os est de deux pouces à deux pouces et demi ; aux deux tiers de sa longueur, on le perce d’un trou latéral dont les bords sont amincis. Le bout de l’os le plus voisin du trou est bouché avec de la cire dans laquelle on laisse une ouverture comme dans le bouchon d’un sifflet, et qui correspond au dessous du trou. L’autre extrémité est fermée d’un petit morceau de liége aussi percé d’un trou, dont la forme et la dimension contribuent à la qualité plus ou moins claire des sons du sifflet. C’est à l’extrémité de l’os, fermée de cire, que s’adapte la bourse de cuir qui en fait le soufflet. Dans quelques appeaux, cette bourse est contournée en spirale ou vis de pressoir ; elle est terminée par un petit morceau de bois en forme d’olive allongée qui sert à tenir l’appeau, et à tirer et pousser alternativement le soufflet, pour lui faire rendre un cri imitatif de celui de la caille. Cette bourse est moins parfaite que celle qui peut s’adapter au même sifflet, et qui est unie et plate, longue de quatre pouces, large de deux doigts environ, et remplie de crin frisé comme celui qu’emploient les tapissiers ; ce qu’on obtient en le faisant bouillir. Il faut observer de coudre à points serrés la peau ou le maroquin dont on se sert en cette occasion, pour ne pas laisser de passage à l’air. Si l’on veut faire jouer cet appeau, on étend la bourse dans la paume de sa main gauche, et l’on ploie l’indexe la même main par dessus. On frappe ce même doigt a petits coups avec le revers du pouce de la main droite, ou même du plat des deux premiers doigts de la même main ; cette percussion doit être faite avec une certaine mollesse pour produire des sons bien imitatifs. Cet appeau se nomme courcaillet ; quelquefois le sac ou bourse est revêtu de poils pour rendre les petits coups encore plus doux.

L’appeau des perdrix rouges est fait de buis tourné en forme d’un très-gros œuf, mais dont les pointes s’allongent de manière à présenter deux tuyaux longs de quinze lignes environ. Ces deux tubes ne suivent pas la direction du grand diamètre de l’œuf, mais ils font chacun un angle très-ouvert avec cette direction ; l’intérieur de la machine est creux, et ouvert sur un côté d’un trou circulaire de dix-huit à vingt lignes de diamètre. Les deux tubes extérieurs qui terminent les pointes de l’œuf sont garnis de deux tuyaux qui s’avancent l’un sur l’autre dans l’intérieur de l’appeau, et se dirigent presque comme s’ils devoient sortir chacun par le bord du trou circulaire dont je viens de parler ; mais ces deux tuyaux se terminent avant de se rencontrer, et leurs deux orifices se correspondent obliquement, à une ligne environ de distance. L’un est d’un plus petit diamètre, et celui-là est de plume pour l’ordinaire ; l’autre pourroit le contenir, et il est communément en bois comme la machine. Le premier reçoit l’air par le tuyau extérieur dans lequel il est enchâssé : l’autre tuyau extérieur, qui sert d’étui au second, est bouché à son extrémité. Cette marche, mise en jeu, donne une espèce de sifflement sourd.

L’appeau à perdrix grises est cette même petite boîte ou cylindre plat, creux et percé, qui a été décrit pour l’alouette ; il en diffère seulement par son diamètre qui est plus grand, et porte environ un pouce. On fait ces appeaux en métal, ou en buis tourné ; quelques uns ont une de leurs faces bombée ; dans d’autres, le trou est bordé d’un petit renflement qui fait mamelon et qui se place en devant. Le cri de la perdrix grise est difficile à imiter, et il faut savoir moduler par intervalles, avec la langue, l’air qu’on aspire par les trous de l’appeau.

On se sert pour les pluviers d’un sifflet fait de l’os de la cuisse d’un mouton, long de trois pouces et demi : une de ses extrémités est garnie de cire, et présente le bec d’un sifflet ordinaire ; dans la longueur sont deux autres trous, l’un vers le milieu qui s’ouvre et se ferme alternativement avec le doigt ; l’autre, vers l’extrémité inférieure, est aussi bouché de cire, mais on y pratique avec une épingle un trou dont l’ouverture modifie la qualité du son. On emploie encore pour ces oiseaux, ainsi que pour les vanneaux, une espèce de petite trompette garnie intérieurement d’une anche de cuivre mince, dont la vibration donne le cri du vanneau. Au défaut de cet instrument, on y supplée par un morceau de bois fendu et garni d’une feuille de lierre. En appelant le vanneau, on attire aussi les pluviers qui en suivent sans doute la société.

Le canard sauvage s’appelle avec un instrument fait en forme de petit baril long de deux pouces ; ses deux extrémités ont neuf lignes environ de diamètre, et sou ventre ou renflement en a douze. Il est percé diamétralement aux deux bouts, garni dans l’intérieur d’une anche de cuivre placée en long, et sur laquelle l’air est soufflé par un trou qui se trouve au milieu du ventre de l’instrument.

Les appeaux de bécasse et d’oie sauvage, ainsi que ceux pour le cerf, chevreuil, etc., sont faits d’après les mêmes formes et mécanisme que la trompette du vanneau ; ils diffèrent seulement les uns des autres par les proportions. On sent que les différences des longueurs et grosseurs de ces instrumens doivent leur donner, du grave à l’aigu, une grande variété de sons.

On a pour la pipée deux espèces d’appeaux, savoir les appeaux à sifflet, et les appeaux à languettes.

Le sifflet des premiers est gros comme le pouce, et terminé par un corps ovale et creux, de la figure et de la grosseur d’un œuf d’oie ; ce corps est percé sur le milieu d’un petit trou qui sert à varier les tons. Avec cet appeau, bien fait, on imite la chouette, le coucou et la tourterelle.

Il y a encore une autre espèce de sifflet pour le coucou, la tourterelle, et les ramiers ; sa forme est celle d’un cône tronqué, ou d’une moyenne lunette d’approche, dite lorgnette à spectacle. Il a environ trois pouces de long, vingt lignes de diamètre à son extrémité supérieure, et dix ou douze à la plus étroite. C’est sur le bord de l’extrémité la plus large qu’est placée l’embouchure du sifflet ; l’extrémité inférieure est fermée, et percée seulement au milieu d’un trou d’une ligne environ de diamètre ; ce trou, bouché et débouché tour à tour, sert à former dans le son du sifflet un intervalle de deux tons pleins, ce qui donne le cri du coucou, La tourterelle a un roucoulement monotone qui s’obtient en sifflant avec le trou débouché. La matière de ces appeaux est la corne, l’ivoire ou le bois, entr’autres, le bois d’ébène.

Les appeaux à languettes sont d’ordinaire très-connus des habitans de la campagne. Ce sont certaines feuilles placées à nu entre les lèvres, ou enfermées entre deux surfaces de bois très-rapprochées l’une de l’autre. Quelques oiseleurs pipent avec deux petites lames de fer-blanc, dont l’une est un peu plus longue que l’autre ; l’excédant de la première est replié aux deux bouts sur la petite, et sert à fixer entre deux un petit ruban ; cet appeau s’appelle une pratique. Il en est un particulièrement destiné à contrefaire la chouette : c’est un petit bâton long d’environ quatre pouces, et gros comme le petit doigt, de bois de troène ou de coudrier. On pratique dans le milieu une entaille longue de quinze ou dix-huit lignes, et creusée jusqu’à la moitié de l’épaisseur du bâton ; le petit morceau de bois enlevé de cette entaille, ou un autre pareil, se rajuste ensuite dans ce même espace, après qu’il a été recouvert d’une petite bande prise dans la pellicule de l’écorce du cerisier. Les extrémités du petit morceau de bois, frottant contre les deux rebords de l’entaille, servent à tendre et fixer la pellicule dont on vient de parler. Il faut encore avoir soin que cette petite écorce ait un peu de jeu entre les deux surfaces qui la couvrent. Pour cela, ces deux surfaces doivent être écartées l’une de l’autre, de l’épaisseur d’une foible lame de couteau, observant de plus que l’ouverture par où l’on souffle soit plus serrée que celle par où l’air sort. Il y a une manière plus simple de faire ces mêmes pipeaux, en fendant son petit bâton par le milieu et dans toute sa longueur ; ou creuse ensuite légèrement les deux surfaces, excepté à quelques lignes de leurs extrémités ; on place entre deux une feuille de chiendent, ou l’épiderme du cerisier, et l’on arrête avec un fort fil les deux bouts appliqués l’un contre l’autre. Les pipeaux, dont la languette est prise dans le bois même, se font de coudrier, de chêne ou de saule ; après qu’on a aplati jusqu’au centre le petit bâton dont on veut se servir, on lève sur la longueur une lame aussi mince qu’il est possible, que l’on recouvre ensuite d’une autre pièce du même bois, évidée de manière à ce que la petite lame puisse vibrer et comme frémir dans cette espèce de fourreau.

Enfin les oiseleurs se servent de feuilles nues pour piper et frouer, principalement de la feuille de lierre, de celle de saule, et de celle d’une espèce de chiendent, dit aussi herbe à piper. La feuille de lierre, percée d’un trou carré à son milieu, est repliée de manière à former un cône ou cornet évasé ; on tient la pointe de ce cône entre les trois premiers doigts d’une main. On a aussi des instrumens de métal qui imitent cette disposition. Avec les feuilles, et sur-tout avec le chiendent placé entre les lèvres, et soutenu à quelque distance par le pouce et l’index de chaque main, des oiseleurs habiles obtiennent des sons singulièrement imitatifs.

Le chiendent que l’on doit préférer pour cet usage, est celui qui aime les bois un peu sombres et humides, dont les feuilles sont minces, n’ont qu’une très légère côte, et ne sont couvertes que d’un duvet presque insensible. On recommande aussi de choisir les feuilles du milieu de la plante, celles du haut étant trop tendres, et celles du bas trop dures.

Le chiendent dont la feuille est plus duvetée peut servir aussi, pourvu qu’on le fasse macérer pendant environ trois heures entre quatre feuilles de papier gris, imbibées d’eau mêlée de vinaigre, Voy. l’article Pipée. (S.)