Cours d’agriculture (Rozier)/INSOMNIE

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Hôtel Serpente (Tome cinquièmep. 680-681).


INSOMNIE, Médecine rurale. Affection morbifique qui tient le malade éveillé dans le cours de la fièvre, & suspend le sommeil dont il a besoin.

On en distingue deux sortes, celle qui vient dans l’état de santé, & celle qui accompagne la maladie.

Les causes immédiates de l’insomnie dans l’état de santé, sont des songes fatigans, des frayeurs imprévues, la tension des fibres du cerveau, les vives passions de l’ame, l’irritation du système nerveux, l’affection vaporeuse, les chagrins ; enfin, tout ce qui peut augmenter le mouvement de la masse du sang, & exciter sa fermentation, peut produire l’insomnie.

On doit encore y comprendre l’usage abusif du vin, des liqueurs spiritueuses, du café.

Les alimens trop poivrés & trop épicés, les veilles immodérées excitent cette maladie, en imprimant au sang & aux autres humeurs un certain degré d’âcreté, & une qualité corrosive. On remédie aisément à l’insomnie qui dépend des dernières causes dont on vient de parler : les malades s’abstiendront de tout aliment échauffant, & prendront, pour leur boisson ordinaire de l’eau de poulet ; on opposera à l’insomnie produite par une abondance de sang, la saignée & une diette sévère ; on combattra celle qui sera l’effet de la tension des nerfs & de leur sensibilité, par des relâchans & des narcotiques modérés.

Cette dernière cause est la plus ordinaire & la plus commune, c’est pourquoi on doit prescrire aux malades l’eau de poulet nitrée, l’orangeade, l’orgeat, une légère limonade, & leur donner tous les soirs une émulsion faite avec demi-once de semences froides majeures, qu’on écrasera dans un mortier, en les arrosant d’une suffisante quantité d’eau de laitue ; on ajoutera à la colature, dix grains de nitre purifié, & une demi-once sirop diacode.

Les bains de jambes, les demi-bains, les bouillons de tortue, la décoction de quelques escargots de vigne, qu’on aura écrasés dans un mortier, sont des remèdes très-adoucissans, & très-propres à faire cesser l’insomnie, sur-tout s’ils sont aidés du repos de l’ame & du corps ; les lavemens d’eau pure, le régime végétal, les crèmes de riz, d’orge, le sagou, la semoule, produisent les effets les plus salutaires.

En général, ce n’est qu’à la dernière extrémité qu’il faut recourir aux préparations d’opium ; elles sont le plus souvent nuisibles. Il vaut mieux leur préférer une combinaison de camphre & de nitre ; son effet est plus sûr, moins dangereux, & plus conforme aux vues de la nature.

Quand l’insomnie accompagne les maladies aiguës, elle est presque toujours subordonnée à la maladie essentielle. Le sommeil ne revient que lorsque la cause qui l’a produit, est détruite, ou du moins presque enlevée. Il est alors inutile d’insister sur les narcotiques qui seroient à coup sûr nuisibles, sur-tout dans le commencement de la maladie, ils augmenteroient la fluxion. Ce n’est que dans les insomnies qui proviennent d’une cause particulière, telle qu’une douleur vive survenue à la suite de quelque coup, ou de quelque chute, ou qui est produite par des exostoses, par un ulcère, ou par une carie invétérée, qu’on peut & qu’on doit donner de l’opium, du laudanum, & même certaines préparations cuivreuses, qui, d’après Vanhelmont, sont de très puissans hypnotiques, très-bien indiqués dans ces circonstances.

Il n’est pas indifférent de faire observer qu’on peut beaucoup nuire avec l’opium, & qu’il faut le donner aux malades à une très-petite dose, sur-tout en commençant ; on débute par leur en prescrire un quart de grain, & par degrés on les accoutume à une dose plus forte ; souvent même on y ajoute du castoreum, qui passe pour être très-propre à le corriger.

L’opium n’est pas le seul remède qu’on puisse employer ; le sirop de karabé, le laudanum liquide de Sydenham, la liqueur minérale anodine d’Hoffman, le laudanum, & les pillules de cynoglosse peuvent remplir les mêmes vues, modérer les mouvemens violens & désordonnés des esprits, procurer le sommeil, & augmenter les forces.

Je crois devoir ajouter que l’usage de la liqueur anodine Hoffman ne nuit aucunement au cerveau. C’est aussi d’après cette considération, que Lieutaud n’est point surpris qu’elle soit préférable aux autres préparations d’opium dans la plus grande partie des cas où ce genre de remède est indiqué. La dose de cette liqueur est depuis dix gouttes jusqu’à trente ; on la prend toujours dans une potion appropriée. M. AMI.