Cours d’agriculture (Rozier)/MÉTÉORISME

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Hôtel Serpente (Tome sixièmep. 516-519).


MÉTÉORISME. Médecine Rurale. Tension & élévation douloureuse du bas-ventre, qu’on observe dans les fièvres putrides, & qui manquent rarement dans celles qui sont strictement malignes.

Cette maladie est presque toujours effrayante & en impose quelquefois aux médecins les plus expérimentés, en les empêchant de donner certains remèdes utiles. Mais, pour n’être point embarrassé, il faut distinguer le météorisme produit par l’inflammation du bas-ventre, & le météorisme qui dépend d’un boursoufflement des boyaux, occasionné par des vents, par des matières vaporeuses, ou par un empâtement putride dans l’estomac, & les premières voies.

Dans le météorisme inflammatoire, les douleurs que les malades ressentent au bas-ventre, sont vives & aiguës ; ils ne peuvent supportes la plus légère application de la main sur cette partie ; leur pouls est dur, fréquent, serré & tendu ; leur sommeil est toujours interrompu par des songes fatiguans ; ils sont tourmentés par les veilles ; les urines qu’ils rendent, quelquefois avec peine & douleur, sont rouges, enflammées, sans sédiment, & en petite quantité. Le hoquet, la constipation, le délire & la convulsion surviennent ; leur langue est sèche, aride & brûlante ; la soif qu’ils éprouvent est très-ardente, & la boisson froide, bien loin de les soulager, les embrase davantage, & ne fait qu’augmenter la violence des douleurs.

Le météorisme, au contraire, produit par une cause putride, ou par des vents, ou par des matières vaporeuses, est sans fièvre, & quoique le ventre soit tendu, pour l’ordinaire il est sans douleur, & le pouls diffère peu de l’état naturel. De plus, on n’observe point un assemblage de symptômes aussi effrayans que dans le météorisme inflammatoire.

Les purgatifs produisent de très bons effets, & dissipent le plus souvent cette maladie ; on peut les combiner avec les carminatifs & les anti-hystériques, sur-tout si l’on a à combattre la pourriture d’un côté, des vents & des matières vaporeuses d’un autre.

C’est mal-à propos que les médecins s’alarment dans cette espèce de météorisme, il est le plus souvent l’ouvrage de la nature, & l’annonce d’une évacuation prochaine. C’est aussi d’après cette observation que les purgatifs sont si recommandés, puisqu’ils aident la nature dans ses efforts.

Il n’en est pas de même du météorisme inflammatoire. Le mal est plus grand, la crainte est mieux fondée, & le danger plus imminent. On ne doit pas perdre de temps, soit dans le choix des remèdes, soit dans leur emploi. La saignée du bras sera plus ou moins répétée, selon l’état du pouls, celui des forces, & le degré d’inflammation.

L’émétique & les purgatifs seroient ici extrêmement nuisibles, & ne feroient qu’aggraver le mal, & exposer les malades au danger le plus évident de perdre la vie.

Les huileux, les relâchans, le petit lait, une limonade légère à laquelle on mêlera quelques grains de nitre, les fomentations émollientes sur le bas-ventre, sont les vrais remèdes curatifs de cette maladie, ils ne diffèrent point de ceux qui conviennent dans l’inflammation du bas-ventre. (Voyez Inflammation) M. Ami.


Météorisme tympanite. Médecine Vétérinaire. C’est une tuméfaction du ventre, produite par la raréfaction de l’air.

Le ventre est distendu, la respiration s’exécute avec peine, l’animal bat des flancs, les matières fécales sont souvent retenues ; l’animal témoigne de la douleur, par l’agitation continuelle où il est lorsqu’on frappe le ventre, il résonne à-peu près comme un tambour.

Première espèce. Tuméfaction des estomacs du bœuf, de la chèvre & de la brebis, causée par la raréfaction de l’air.

Si l’air se ramasse ou se développe en grande quantité dans les estomacs du bœuf, de la chèvre & de la brebis, il s’y raréfie ; le ventre se tuméfie, la respiration devient difficile, la digestion se dérange, l’animal souffre, s’agite, bat du flanc, & ne rend point de vents par l’anus ; le ventre résonne quand on le frappe, sans donner aucun signe de fluctuation de matière liquide. Nous n’avons aucun signe pour découvrir la tuméfaction de l’estomac du cheval : la petitesse & la situation de ce viscère dans cet animal, la grandeur des gros intestins, empêchent toujours de s’en appercevoir, tandis que la panse du bœuf, de la chèvre & de la brebis, est si grande qu’elle ne sauroit être distendue, sans augmenter sensiblement le volume du ventre.

Causes. On attribue les principes de cette maladie aux substances nutritives trop abondantes en air, telles que les pommes, les courges, les trèfles, la luzerne, &c. puisque ordinairement les animaux ne sont attaqués du météorisme tympanite, qu’après avoir mangé avec avidité de ces alimens, & sur-tout de la luzerne. On peut encore joindre à ces causes, la boisson des eaux impures.

Le météorisme est presque toujours accompagné de douleur : plus le ventre est tendu, plus la douleur est vive, & le danger considérable..

Curation. L’indication qui se présente à remplir, c’est d’augmenter la force contractile de la panse, pour surmonter la résistance qu’oppose le feuillet & la caillette (Voyez Estomac) à l’expulsion de l’air raréfié, lorsqu’on est persuadé sur-tout que les orifices du feuillet ne sont point enflammés.

Pour cet effet, prenez de bon vin blanc environ une chopine ; délayez-y de l’extrait de genièvre, deux onces, pour un breuvage que vous donnerez au bœuf. Ce remède administré, donnez-lui un lavement composé d’une forte infusion de fleurs de camomille romaine & de feuilles de séné, & réitérez-le toutes les heures ; appliquez sur le ventre & les flancs des linges trempés dans de l’eau à la glace, si vous êtes à portée de vous en procurer, dont vous renouvellerez l’application tous les quarts d’heure. Si l’animal n’éprouve aucun soulagement de ces remèdes, faites lui boire de l’eau à la glace, mais en petite quantité, de crainte d’occasionner des tranchées violentes & une inflammation considérable dans les estomacs. Faites promener & courir l’animal malade ; le mouvement de tout le corps, l’agitation des estomacs & des matières contenues, déterminent ordinairement le passage de l’air dans les intestins. Un breuvage composé d’un bon verre-d’eau-de-vie & de deux onces de sel de nitre, n’est pas à mépriser. Nous sommes parvenus, au moyen de ce remède, accompagné de quelques lavemens émolliens, à sauver à la campagne quelques bœufs expirans, que les bouviers, suivant la pratique ordinaire, tentoient vainement de soulager par maintes incisions faites à la peau, dans l’intention sans doute, de dégager le tissu cellulaire de l’air qui le rempliroit.

Si malgré tous ces moyens, le météorisme augmente, avec le battement des flancs, plongez le troicart dans le bas-ventre, & laissez-y la canulle jusqu’à ce que l’air contenu dans la panse se soit dissipé. Il vaut mieux, dans un cas désespéré, tenter un remède incertain, que de laisser périr évidemment l’animal. D’ailleurs, la blessure de la panse avec le troicart, n’est pas aussi dangereuse qu’on le prétend ; l’expérience prouve que la canulle étant retirée, les bords de la plaie se rapprochent, & les matières contenues dans la panse ne peuvent plus y passer.

Le météorisme dépend quelquefois d’une forte inflammation des orifices du feuillet : dans ce cas, ayez recours à la saignée, aux boissons adoucissantes, aux lavemens émolliens & mucilagineux, & à tous les médicamens capables de diminuer l’inflammation.

Deuxième espèce. Tuméfaction des intestins, par la raréfaction de l’air.

Cette espèce de météorisme attaque rarement le bœuf, la chèvre & la brebis, parce que les gros intestins de ces animaux sont musculeux, étroits, & chassent avec facilité l’air contenu ; mais le cheval, dont les gros intestins occupent la plus grande partie du ventre, & qui ne sont pas assez épais pour s’opposer aux efforts de l’air raréfié, est beaucoup plus exposé à cette maladie, qui le réduit, en très-peu de temps, à la dernière extrémité. Le ventre présente un gonflement considérable ; les matières fécales sont retenues, la respiration est difficile, les fonctions de l’estomac troublées, l’animal s’agite avec violence ; le ventre est dur, élastique, & sonore lorsqu’on le frappe, & s’il fore des vents par l’anus, î’animal paroît soulagé.

Traitement. Il n’y a pas de temps à perdre, si l’on veut sauver l’animal. Il faut se hâter de livrer passage par l’anus, à l’air renfermé dans l’intestin cœcum & colon. Ôtez donc promptement, avec la main enduite d’huile d’olive, les matières contenues dans l’intestin rectum ; administrez aussitôt des lavemens composés de la seule infusion de fleurs de camomille romaine, de même que les breuvages indiqués dans la tuméfaction de la première espèce. M. Vitet conseille d’introduire la fumée de tabac dans l’intestin rectum, à l’aide d’un long tuyau de bois ou de métal bien poli.

Quelques auteurs vantent les oignons & le savon, triturés, mêlés, ajoutés au poivre, & introduits ensemble dans l’intestin rectum, après l’avoir nettoyé avec la main : d’autres préfèrent un lavement de savon blanc dissout dans l’eau commune. Nous n’avons jamais éprouvé ce remède ; mais il nous paroît qu’il doit être contre-indiqué, s’il y a la plus légère inflammation ; dans ce cas, la saignée, la décoction de racine de guimauve, saturée de crème de tartre, l’oxycrat prescrits en lavement, sont les remèdes à employer. Selon M. Vitet, les lavemens & les boissons à la glace, ne conviennent pas au cheval ; ils diminuent bien la raréfaction de l’air ; mais ils augmentent la tension & l’inflammation des intestins, & mettent l’animal dans le cas de périr promptement. M. T.