Cours d’agriculture (Rozier)/POIREAU, ou PORREAU, ou POURREAU

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 70-73).


POIREAU, ou PORREAU, ou POURREAU. Tournefort le classe dans la quatrième section de la neuvième classe des fleurs régulières & en lys, composées de six pétales, & dont le pistil devient le fruit ; il l’appelle porrum commune capitatum. Von-Linné le classe dans l’hexandrie monogynie, & le nomme allium poreum.

Fleur ; en lys, composée de six pétales oblongs, étroits, concaves, droits ; le calice est un spath ovale, qui s’ouvre pour laisser sortir plusieurs fleurs.

Fruit ; petite capsule large, à trois lobes, à trois loges, à trois valvules ; renfermant plusieurs semences presque rondes.

Feuilles ; elles partent de la racines sont planes ; elles embrassent la tige par leur baie ; elles sont repliées en gouttières, longues, terminées en pointe.

Racine ; bulbe oblongue, composée de tuniques blanches.

Port. La tige s’élève d’entre les feuilles, à la hauteur de deux pieds, droite, ferme, pleine de suc ; les fleurs naissent au sommet, disposées en manière de tête ou d’ombelle.

Lieu. Les jardins potagers, la plante est bienne, fleurit en mai ou en juin, suivant le climat.

Cette espèce de poireau est appelée longue, pour la distinguer d’une variété nommée courte, c’est-à-dire, dont la partie que l’on mange est moins alongée que dans la précédente. Cette variété résiste mieux aux gelées que l’espèce longue.

Culture. On le sème comme l’oignon à la fin de l’hiver, chacun suivant son climat. Lorsque le semis est un peu fort, il est temps de le replanter. La veille de l’opération, on arrose largement la porette, afin d’en faciliter l’extraction le lendemain. Plusieurs auteurs conseillent de raccourcir les feuilles, & de supprimée scrupuleusement toutes les racines. Quant à moi je suis d’un sentiment très-contraire, je fais enlever, le plus doucement qu’il est possible, la plante avec toutes ses racines, & on les ménage en la mettant en terre, de manière qu’elle ne s’aperçoit presque pas d’avoir changé de place. Le poireau, à la vérité, reprend facilement par la première méthode, mais il reprend bien plus vite par la seconde, & devient par la suite bien plus gros que les autres. C’est une expérience facile à répéter, & qui convaincra de la nécessité de conserver les racines à toutes les plantes qu’on veut transplanter.

Dans les jardins à planches, on plante les raies de poireaux à six ou huit pouces de distance, & on espace de la même manière les pieds les uns des autres. Dans les climats méridionaux où l’on est obligé d’arroser par irrigation, (consultez ce mot) l’ados porte ordinairement un pied de largeur, mais pour ménager le terrain, on rapproche les pieds à quatre pouces, & quelques jardiniers plantent des deux côtés de l’ados, ce qui gêne beaucoup le travail quand l’on veut que la place de l’ados devienne celle de la rigole par laquelle coule l’eau. Il vaut beaucoup mieux ne planter que d’un seul côté, & travailler plus souvent la terre.

Cette plante demande de fréquens arrosemens pendant l’été, & qu’on coupe deux à trois fois ses feuilles, afin qu’il en repousse de nouvelles & afin de faire grossir les parties bulbeuses.

Lorsque les poireaux sont plantes, on donne une forte mouillure qui entraîne la terre dans les trous que l’on avoit laissé ouverts.

On se sert de la houlette ou du plantoir pour mettre en terre les poireaux, & on les enfonce à peu près à la profondeur de six pouces.

À l’approche des grands froids, chacun suivant son climat, on enlève de terre tous les poireaux de l’espèce longue, & on les enterre dans ce qu’on appelle le Jardin d’hiver, très-près les uns des autres. On peut encore ouvrir une fosse dans une partie du jardin, & enterrer le poireau jusqu’aux feuilles, & rang par rang, en les séparant avec un peu de terre ; pendant les froids rigoureux, ou les couvre avec beaucoup de paille de litière. Dans les provinces du midi, cette précaution est ordinairement inutile ; mais si réellement le froid se fait sentir, on ne la négligera pas. Après l’hiver, toujours dans les provinces méridionales, on consommera les poireaux, que l’on aura conservés, & on laissera en place & à un pied de distance, ceux qui sont destinés à monter en graine ; mais si la place qu’ils occupent est essentielle pour les semis ou plantations d’autres légumes, rien n’empêche qu’on ne les transplante à la tête de quelques carreaux ou dans un coin du jardin. Dans le Nord, on tire de la fosse les poireaux dont on veut avoir de la graine, & on les plante à demeure après l’hiver.

Lorsque la graine est mûre, on coupe les tiges par le pied, on les secoue sur des draps ; cette première graine est la meilleure & on ne doit pas la mêler avec les autres. Après que les tiges sont restées pendant plusieurs jours exposées sur les draps, à la grosse ardeur du soleil, on les secoue de nouveau, c’est la seconde qualité de graine. La tête ensuite froissée dans les mains donne la graine de troisième qualité & la plus médiocre. La première graine se conserve pendant deux ans, bonne à semer. Elle se conservera pendant trois ans, si on la laisse dans ses têtes, & si ces têtes sont suspendues dans un lieu sec.

Propriétés médicinales. La racine crue a une saveur âcre, une odeur forte ; elle est diurétique, emménagogue, & la semence est apéritive & foiblement diurétique. La racine est un diurétique actif, & particulièrement le suc qui en est exprimé. Le poireau est indiqué dans les coliques néphrétiques par gravier ; dans la difficulté d’uriner, causée par des humeurs pituiteuses ; dans l’asthme pituiteux : on emploie quelquefois la racine sous la forme de cataplasme, lorsqu’il faut accélérer la suppression des tumeurs inflammatoires.

Poireaux, Porreaux. Médecine vétérinaire. Les porreaux sont de petites tumeurs dont la base est plus étroite que l’extrémité ; elles sont recouvertes d’une petite pellicule grisâtre, dénuée de poils & arides ; tantôt ce sont de petits mamelons d’où suinte une légère humidité ; ceux-ci, pour l’ordinaire produisent beaucoup de sérosité ; on les trouve au canon, au boulet, au paturon & à la fourchette ; ils surviennent souvent à des chevaux qui ont eu des eaux aux jambes, & reconnoissent les mêmes causes. (Voyez Eaux aux jambes.)

Traitement. Lorsque les porreaux commencent à pousser, coupez le poil le plus près de la peau qu’il sera possible, & ensuite les porreaux eux-mêmes tout près de la peau : couvrez la plaie avec des étoupes trempées dans du vinaigre, pour premier appareil ; le lendemain, appliquez-y du vert-de-gris, mêlé avec le vinaigre ; réitérez le pansement deux fois par jour, promenéz, le cheval, & continuez jusqu’à parfaite guérison.

Existe-t-il, dit M. Huzard, des pprreaux considérables qui souvent gênent la flexion du pied, & font boiter l’animal ; il faut le laisser reposer, emporter les porreaux avec le bistouri, en toucher la racine avec le beurre d’antimoine, la dissolution mercurielle, ou ce qui est préférable encore, avec le cautère actuel ; l’escarre tombée, l’ulcère qui lui succède sera pansé avec le digestif, animé pendant quelques jours, ensuite avec la teinture d’aloès & les étoupes sèches, & s’il est léger, avec l’eau ou la pommade de saturne seulement ; on emploiera ce traitement de préférence si la base est étroite ; mais s’ils sont à base large, ou s’il faut que l’animal travaille, on se contentera de les toucher avec l’un des caustiques ci-dessus, ou la dissolution d’arsenic ; cette opération, sera répétée chaque fois que l’escarre tombera : ils se détruiront peu à peu ; cette dernière méthode est beaucoup plus longue que la précédente, & jamais aussi efficace. L’acide nitreux dans lequel on a fait dissoudre du sublimé corrosif, est un caustique puissant dont on s’est servi avec succès en pareil cas, ainsi que des acides minéraux concentrés. Il est important, au surplus, de prévenir l’inflammation que ces substances ne manqueroient pas d’exciter dans des sujets irritables, par le régime, tempérant & adoucissant prescrit à l’article Eaux aux jambes.

Il faut avoir une attention scrupuleuse à ne point laisser les poisons corrosifs entre des mains ignorantes, ou à la merci de chacun, afin d’éviter les accidens auxquels ils pourroient donner lieu. Voyez à ce sujet une observation de M. Barrier, vétérinaire à Chartres, Journal de Médecine, tome LIX, page 353.

Nous ferons observer aussi, qu’il est prudent d’employer toujours & uniquement les mêmes vases pour l’usage de l’eau de saturne ; la moindre erreur pourroit devenir funeste. Un cocher, pressé par la soif, prit un soir la bouteille qui en contenoit, pour celle à l’eau, & en but avidement une certaine quantité. Il reconnut sa méprise au goût styptique & sucré de la boisson. L’estomac étoit plein, il ne tarda pas à vomir abondamment. Il but beaucoup de lait, de l’eau d’anis, & enfin du vin. Se croyant hors de danger, il mangea comme à son ordinaire ; une diarrhée, accompagnée de coliques, de chaleurs d’entrailles, de tenesme, de mal-aise, de tremblement, d’éblouissemens, &c, fut la suite d’un pareil régime. Elle dura deux jours, & fut suivie d’une grande foiblesse, de sécheresse au gosier & de douleurs d’estomac qui ne se dissipèrent que peu à peu, à mesure que les forces revinrent. (Note 32eme à la suite des Essais sur les Eaux aux jambes des chevaux, ouvrage qui a remporté le prix d’encouragement que la société royale de médecine a donné sur les maladies des animaux, dans sa séance publique tenue au Louvre, le 26 août 1783, par M. Huzard, vétérinaire à Paris). Ce petit ouvrage annonce les plus grands talens, & nous confirme de plus en plus dans la bonne idée de cet artiste, qui exerce dans la Capitale notre art, avec autant de distinction que de discernement. Nous avons un frère qui a été dans le même cas du cocher exposé dans la note ci-dessus. Si nous rapportons tous ces exemples, c’est pour éclairer les habitans des campagnes sur des accidens qui pourroient tôt ou tard leur devenir funestes. M. T.