Cours d’agriculture (Rozier)/POLYPE

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 172-175).


POLYPE. Médecine vétérinaire. Nous entendons ici sous ce nom une excroissance fibreuse, flasque, spongieuse & indolente qui se forme quelquefois, ou sur la membrane pituitaire, ou sur la tunique qui recouvre le larinx & le pharinx ; il se présente comme une espèce de chair morte, dans laquelle on apperçoit néanmoins des vaisseaux sanguins, & c’est proprement cette excroissance que les auteurs vétérinaires ont désignée sous le nom de souris ; mais la bizarrerie de cette expression ne doit pas étonner, & n’est qu’une preuve tres-sensible des ténèbres qui jusqu’ici ont obscurci l’art que nous professons.

L’effet ordinaire de cette tumeur dans les fosses nasales est de s’opposer plus ou moins considérablement à l’entrée & à l’émission de l’air inspiré & expiré, & lorsqu’elle a son siége dans la gorge, elle peut s’opposer encore à la déglutition, & rendre la respiration plus ou moins laborieuse ; ces suites différentes dépendent entièrement de son volume.

Les causes les plus ordinaires sont des commotions, la fracture, la perforation des os du nez, des cornets, des conques, des sinus maxillaires, la respiration d’un air échauffé & d’un air empreint & chargé de parties vitrioliques, un flux très-long & très-copieux par les naseaux, soit à raison d’une gourme, soit à raison d’un catarrhe, ou d’une morfondue, ( voyez ces mots) une blessure faite à la membrane pituitaire par un tuyau de paille qui se sera insinué dans l’une ou l’autre des fosses, ou par un autre corps quelconque, comme un clou ou autre instrument pointu avec lequel un maréchal ignorant entreprend de saigner un animal dans ces parties, Si alors il n’est pas étonnant que cette membrane séparée & détachée des parties osseuses, forme une ou quelquefois plusieurs espèces de sacs tuméfiés par l’humeur qui se rassemble dans son tissu cellulaire.

Ces sortes de polypes sont ordinairement à bases étroites, c’est-à-dire suspendus par un pédicule ; mais s’ils sont produits par des abcès farcineux ou morveux, (voyez Farcin, Morve) s’ils sont dus aux vices au à l’impureté de la masse, la base en est large, leur exposition ayant lieu plutôt en largeur & en profondeur qu’en hauteur ; ils sont livides, noirs, douloureux, & bien loin d’être bénins comme les autres, ils portent avec eux tous les caractères de la malignité, & sont bientôt suivis de la carie des os du nez, du spina acutofa dans les tables osseuses, de l’infection de l’haleine, du marasme & de la mort, sur-tout si l’on entreprend de les traiter par des médicamens locaux, ressources malheureuses & les seules le plus souvent employées par le commun des maréchaux qui ne savent pas que l’extirpation de ces excroissances en hâte toujours la renaissance & la végétation, & qui, incapables de faire la moindre distinction des cas, ne pensent pas que dans celui-ci les astringens, les caustiques, le feu & tous les moyens propres à réprimer des tumeurs bénignes, & à en arrêter les progrès, ne peuvent qu’irriter, & ne servent qu’a enflammer les polypes dont il s’agit, corrompant presque toujours les parties adjacentes & voisines, & exigeant principalement des remèdes intérieurs, & extérieurement des topiques anodins plutôt que des substances fortes & destructives qui accroissent sans cesse le mal, & multiplient les désordres qui l’occasionnent.

Les polypes qui surviennent dans la gorge, peuvent naître d’une expansion des polypes du nez, lorsqu’ils sont situés très-près des arrières-narines, c’est-à-dire des orifices postérieurs des fosses nasales ; ils sont assez souvent une sorte de l’inflammation excessive de l’arrière-bouche, ainsi que de la tuméfaction & de l’engorgement de la glande palatine, de la velo-palatine, des arithénoïdiennes, des pharyngiennes, &c. ; ils peuvent encore être attribués à des angines, à des aphtes (Voyez ces mots) & à d’autres ulcères malins qui les font placer parmi les tumeurs d’un genre vraiment dangereux.

À l’égard du prolongement & du relâchement de la membrane du voile du palais, & principalement de la tunique qui ceint & qui entoure le cartilage épizootique, prolongement ou relâchement qui peut être tels qu’ils opposent un obstacle au passage des alimens solides & même liquides, il n’en résulte pas proprement ce que nous appelons un polype.

Si néanmoins le corps ou le ligament pulpeux ou onctueux, dans lequel le cartilage dégénère, & par lequel il s’attache à l’angle du tiroïde, se tuméfie & s’abcède, cette tuméfaction forme une excroissance polypeuse très redoutable pour les chiens, ainsi qu’il est prouvé par l’expérience.

Le larinx des volatiles, sur-tout dans les poules & dans les dindes, est très-sujet à ces sortes de végétations ; mais la facilité que l’on a d’atteindre dans ces animaux les parties attaquées, de les couper & d’y porter des topiques convenables, en rend la présence bien moins effrayante.

On ne doit pas confondre, au surplus, la maladie que nous considérons ici, avec celle à laquelle l’exsudation des fluides entre les deux lames de la membrane pituitaire, ou entre cette tunique & les os qu’elle recouvre, peut donner naissance. La tumeur s’abcède bientôt ; d’ailleurs, on la distingue aisément par le lisse & le poli de sa surface, par l’évasement de sa base, & par la fluctuation dont il est possible de s’assurer en y portant la main, si la chose est praticable, ou en introduisant une sonde aplatie, si le mal est très-profond eu plutôt trop voisin des orifices postérieurs des fosses.

Il y a peu de temps que l’on a vu à l’École Vétérinaire près de Paris, deux abcès de cette espèce, placés dans les deux cavités nasales à la hauteur de la partie supérieure des os du nez ; leurs effets ne différoient point de ceux des polypes ; ils gênèrent également la respiration qui étoit très-difficile ; leur ouverture donna issue à une grande quantité de matière suppurée, assez fluide, blanche & sans odeur. Cette évacuation dégagea le passage de l’air ; l’animal expira & inspira librement ; de simples injections d’eau d’orge miellée détergèrent, consolidèrent & cicatrisèrent promptement les ulcères ; du reste, l’état sain des os qui ne furent point à découvert, prouve ici que la collection de l’humeur exsudée s’étoit faite entre les deux lames de la membrane, muqueuse ; un purgatif minoratif termina la cure.

Comment peut on s’assurer de l’existence du polype ?

Les symptômes, au moyen desquels on peut reconnoître le polype dont nous parlons, sont tous ceux qui décèlent le défaut de l’entrée de l’air dans les poumons, & de son émission hors de ce viscère. Portez la main aux ouvertures nasales, vous distinguerez facilement celle qui n’en fournit que peu ou point du tout ; examinez dans les temps froids la condensation des vapeurs pulmonaires qui forment alors une espèce de nuage très-sensible à chaque expiration, l’orifice nasal embarrassé de ce polype, n’en laissera échapper que très-peu ; faites exercer l’animal, vous entendrez un sifflement qui sera la suite ou l’effet de la collision de l’air lors de son passage dans les fosses affectées ; cette collision sera en raison d’une part, de la célérité de la marche de ce fluide, & de l’autre, du volume du polype. Bouchez un des naseaux de l’animal, vous saurez & vous connoîtrez à peu près la forme, lorsqu’elle ne sera pas à portée des yeux, en portant une sonde aplatie dans le nez, au moyen de laquelle vous en parcourrez toute l’étendue.

Nous avons dit plus haut que le polype qui se prolongeoit dans le larinx gênoit autant la déglutition que la respiration ; mais si sa base est étroite, il ne doit pas alarmer. Pour reconnoître & juger de la situation, de l’étendue & de la forme de ceux qui occupent l’arrière bouche, il n’est besoin que de l’inspection & de l’introduction de la main.

Curation. Les moyens que l’art suggère pour la guérison de ces sortes de maux, sont généraux ou particuliers. Les premiers se prennent dans les altérans & les évacuans que nous administrons en breuvage ou en opiat ; ils sont tous relatifs à l’état actuel des parties malades & du sujet.

La tunique dans laquelle le polype siège est-elle relâchée ? le sujet est-il d’une constitution flasque & molle ? ayez recours aux styptiques, aux absorbans & aux martiaux. Y a-t-il rénitence, douleur & inflammation ? saignez, faites usage des délayans, des nitreux & des tartreux en breuvage.

La tumeur est-elle livide, fibreuse ? fournit-elle une sanie infecte ? employez le quinquina, la petite centaurée, la teinture de camphre, celle d’aloès, &c. À l’égard des purgatifs que vous aurez intention d’administrer, combinez-les de manière à remplir les indications.

Le choix des remèdes particuliers, c’est-à-dire de ceux que l’on applique extérieurement sur le mal, n’est pas moins important. Leur nature tonique, relâchant, astringente, rongeante, &c., doit être réglée d’après l’espèce de polype. La forme sous laquelle l’on doit employer ces topiques ou médicamens locaux n’est pas moins un effet de réflexion de la part du vétérinaire. Celle de vapeur est préférable, lorsqu’il y a de l’irritation ; celle d’injection, lorsque le sentiment des parties est moins exquis.

S’agit-il de l’opération ? il faut encore déterminer qu’elle est la méthode à préférer. L’incision, la cautérisation, l’extraction, la ligature, &c., sont autant de méthodes qui ont leurs avantages & leurs inconvéniens ; l’expérience prouve néanmoins que la méthode la plus sûre pour guérir le polype est de le couper toutes les fois que l’on peut y atteindre. Si l’instrument tranchant ne peut pas parvenir jusqu’au mal, tentez l’extraction avec des tenettes ou avec des pinces mousses par le bout ; poussez-les le plus avant qu’il vous sera possible, jusqu’à la racine de la tumeur que vous saisirez & que vous tirerez peu à peu, en faisant des demi-tours à droite & à gauche ; vous ferez peut-être obligé de la prendre à plusieurs lois, mais si vous parvenez à l’arracher en entier, il surviendra une hémorrhagie que vous arrêterez en portant sur la plaie un bourdonnet lié & imbibé d’eau de rabel. L’opération finie, faites des fumigations avec les plantes émollientes, ensuite des injections avec du vin tiède, terminez la cure avec des eaux vulnéraires & dessicatives, & par un purgatif minoratif. M. T.