Cours d’agriculture (Rozier)/PROPOLIS

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 396-399).


PROPOLIS.


Section Première.

Qu’est-ce que la Propolis, & quelles sont ses qualités ou propriétés distinctives ?

La propolis est une résine où une gomme gluante & tenace, de couleur brune, & quelquefois rougeâtre. Pline en distingue de trois sortes, dont la première est appelée Metys, la seconde Pistoceron, & la troisième Propolis. Les deux premiers noms ne désignent qu’une propolis plus ou moins pure, c’est-à-dire plus ou moins mêlée avec de la cire. La propolis est une résine qui se durcit beaucoup avec le temps ; elle le dissout aisément dans l’esprit de vin, & dans l’huile de térébenthine ; & quoiqu’elle puisse toujours être ramollie par la chaleur, ainsi que la cire, elle en diffère extrêmement. Svammerdam ne l’a point connue, puisqu’il dit que la propolis que les abeilles emploient à boucher les trous de la ruche y étoit la même chose que la cire brute dont elles se servoient pour fermer leurs cellules. Elle en diffère essentiellement par la couleur brune que n’a pas ordinairement la cire, & par une plus grande dureté, & ténacité. Lorsqu’elle est échauffée, elle répand une odeur très-aromatique qu’on trouve fort agréable, & celle de la cire, quelque nouvelle qu’elle soit, ne plaît jamais autant. Elle a une sorte de ductilité que la cire n’a point : quand on en tire un morceau ramolli par la chaleur, par les deux bouts, il ne s’étend sans se casser qu’après avoir été alongé, & qu’il est devenu aussi mince qu’un fil. Plus tenace que la cire, elle s’attache plus facilement aux doigts quand elle n’est point trop desséchée. Elle offre bien des variétés selon les différentes ruches d’où elle est tirée, soit par rapport à sa consistance, soit aussi par rapport à sa couleur & à son odeur : il y en a qui a un parfum très-agréable lorsqu’on la brûle, & d’autre qui en a moins.


Section II.

Sur quels arbres ou quelles plantes les abeilles vont elles recueillir la Propolis ?

M. Pluche veut absolument que la propolis soit un composé de sucs amers que les abeilles recueillent sur certaines plantes qu’il ne désigne point, sur les pailles & les bois pourris, & dans les liqueurs altérées ou aigries. On ne peut guère imaginer comment une telle composition donneroit un tout qui seroit une gomme très-aromatique. Bien des auteurs prétendent que les abeilles la recueillent sur les peupliers, les bouleaux & les saules. M. Riem, de la société économique de Lauter dans le Palatinat, assure que c’est sur les pins, & les sapins qu’elles vont la ramasser. Cette opinion est d’autant plus vraisemblable que la résine qui découle de ces arbres, nous montre les mêmes propriétés que la propolis, même odeur aromatique quand elle est brûlée, & même ténacité. M. de Réaumur qui a vu mille fois les abeilles se décharger de la propolis, qui a été témoin de la peine qu’elles ont à s’en débarrasser, &. de quelle manière elles l’emploient, n’a pu les observer dans les temps qu’elles faisoient cette récolte.

Dans toutes les ruches on trouve de la propolis, par conséquent partout elle est nécessaire aux abeilles, pour les travaux intérieurs de leur habitation ; cependant elles ne sont pas toutes à portée des saules, des peupliers, des bouleaux, ni des pins & des sapins : ces arbres la fournissent sans doute aux abeilles qui les ont dans leur voisinage ; mais quand elles en sont fort éloignées, où la prennent-elle ? Ne seroit-ce point trop se hasarder que de dire que toute gomme qui découle des arbres, principalement des cerisiers, des pruniers, des pêchers, des amandiers, peut servir aux abeilles pour fermer les ouvertures qu’elles veulent condamner dans leur habitation. Ce n’est-là qu’une simple conjecture que la seule expérience & de nouvelles observations peuvent vérifier. Ces sortes de gommes n’ont pas, il est vrai, l’odeur qu’a la propolis ; mais peut-être qu’en séjournant dans la ruche, elles contractent l’odeur agréable du miel & de la cire qui y sont contenus.


section III.

Comment les Abeilles font-elles la récolte de la Propolis ?

M. de Réaumur qui n’a pu surprendre les abeilles quand elles font la récolte de la propolis, les a observées dans une circonstance qui doit être la même, & qui offre les mêmes particularités, dans la manière dont elles s’acquittent de ce travail. Il ôta le bouchon du trou supérieur d’une de ses ruches, & quoiqu’il fût enlevé, il resta beaucoup à l’ouverture, de cette gomme tenace dont elles avoient eu soin de l’enduire & de la sceller ; comme elle n’étoit point desséchée de façon qu’elles ne pussent plus l’enlever, elles se mirent aussitôt à l’ouvrage pour profiter de ce qui en étoit resté. Cette récolte leur donne beaucoup de peine, & est très-difficile à faire ; ce n’étoit qu’après avoir travaillé fort long-temps, qu’elles venoient à bout d’en détacher un très-petit morceau, avec leurs dents, & lorsqu’elles y avoient réussi, une jambe de la première paire s’approchoit tout de suite des dents pour y prendre la petite portion qu’elles tenoient encore après l’avoir détachée & la passoit à la jambe de la seconde paire du même côté, qui l’empilait dans la palette triangulaire ; à peine cette petite portion étoit-elle placée, que les dents retournoient pour en détacher encore. Une abeille n’a pas si-tôt fait sa charge de propolis que de cire brute, il lui faut beaucoup plus de temps pour en remplir les deux palettes triangulaires qui sont placées aux jambes de la troisième paire ; & quand il faut s’en débarrasser, c’est une nouvelle peine, & elle a besoin du secours de ses compagnes.

Lorsqu’une abeille arrive avec ses deux palettes triangulaires remplies de propolis, elle invite ses compagnes à venir partager sa peine, & à l’aider à se débarrasser de son fardeau. Touchées des maux qu’elle a endurés en travaillant pour la société, elles se rendent à son invitation, & s’approchent d’elle pour lui ôter sa charge ; aussitôt une d’entre elles avance sa pince que font les dents sur la palette triangulaire où est la propolis, pour en détacher un morceau qu’elle emporte, & une autre vient après elle, pour en enlever aussi une portion & l’emporter : elles sont quelquefois obligées de tirailler si fort cette gomme tenace, que les poils qui bordent la palette triangulaire rendent encore plus difficile à enlever, parce qu’elle y est un peu attachée, que les jambes de celle qu’en décharge, cèdent aux efforts de ses compagnes officieuses, de sorte qu’on diroit que c’est un malfaiteur de la république qu’elles mettent à la question.


Section IV.

Quel usage les abeilles font-elles de la Propolis ?

Les abeilles employent la propolis comme une sorte de ciment dont elles bouchent toutes les ouvertures de leur habitation, qui sont inutiles, ou qui pourroient leur nuire par la suite ; souvent elles s’en servent pour enduire une bonne partie des parois intérieures de leur ruche. Dans d’autres circonstances elle leur est d’une grande ressource quand elles veulent bâtir une prison aux limaces & limaçons qui ont la stupidité de pénétrer dans leur domicile. Ces animaux, sans défense, cèdent bientôt, & meurent sous les coups d’aiguillons qui les punissent de leur témérité imbécile ; ce sont des masses énormes pour les abeilles, qui n’entreprennent pas même de les transporter hors de leur habitation. Cependant, pour prévenir la mauvaise odeur de ces cadavres qui pourroient les infecter, elles les couvrent de toute part de propolis. M. Maraldi rapporte qu’il a vu un limaçon qu’elles en avoient enduit par-tout : M. de Réaumur a vu la même chose sur des limaces, & entre autres sur un limaçon, qui avoit appliqué les bords de l’ouverture de sa coquille sur un carreau de ses ruches vitrées : les abeilles avoient appliqué un cordon épais de propolis tout autour de l’ouverture de la coquille, & contre le carreau de verre. Le limaçon se trouva arrêté par cette matière bien plus tenace que celle qu’il emploie lui-même pour se fixer quelque part. M. D. LA.