Cours d’agriculture (Rozier)/RÉPLÉTION

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 589-590).


RÉPLÉTION. Abondance de sang & d’humeurs dans les vaisseaux, qui, en dérangeant l’ordre des fonctions, donne naissance à une infinité de maladies. On comprend encore sous cette dénomination, l’embarras de l’estomac & des premières voies, par une trop forte surcharge d’alimens. (Voyez Indigestion.) La plénitude ou réplétion est vraie & générale quand elle affecte tout le système vasculaire, & qu’elle vient de l’abondance du sang dans toute sa capacité ; elle est au contraire particulière & fausse, lorsqu’elle n’intéresse que les vaisseaux qui se distribuent à un seul organe, & qu’elle est produite par le gonflement & la dilatation du sang qui occupe un volume plus considérable que dans l’état naturel. Il en existe une autre espèce, qui attaque les forces vitales, dans laquelle les malades éprouvent beaucoup de fatigue, de lassitude, des douleurs vagues, des mal-aises, & une anxiété à la région précordiale.

En général, les personnes qui sont fortes & robustes, qui ont un tempérament vif & sanguin, qui s’adonnent à la bonne chère, & à l’usage des liqueurs fortes, sont les plus exposées à cette maladie ; celles qui ont de l’embonpoint, qui se livrent au sommeil, qui vivent d’alimens trop abondans en suc nourricier, ou qui, accoutumées à des évacuations périodiques dont la suppression aura lieu, sans être remplacées par d’autres flux, n’en sont point à l’abri. On sait que les jeunes gens qui fatiguent beaucoup, & qui pour l’ordinaire sont gros mangeurs, portent une disposition à la plénitude.

D’après cela nous admettrons pour cause de cette maladie, l’abus des six choses non naturelles, & tout ce qui pourra altérer & préparer plus vite la nourriture, & la convertir en suc nourricier. La saignée est sans contredit le meilleur moyen pour combattre avec avantage la plénitude ou la réplétion ; son emploi doit être modéré dans la fausse plénitude & dans celle qui porte des impressions sur les forces ; celle-ci au contraire exige l’usage des remèdes toniques & fortifians, & dégénère presque toujours en paralysie, ou en apoplexie, quand elle continue pendant quelque temps. Aussi exige-t-elle des remèdes plus longs, & une diète plus sévère ; elle survient toujours à des personnes foibles & délicates, qui ont le pouls mou & lâche. Un exercice modéré, des frictions sèches, mais bien graduées sur la peau, l’usage du quinquina & des martiaux, celui des eaux minérales gazeuses, les promenades à l’air libre, la dissipation, & la modération dans les vives passions de l’ame, sont les seuls & vrais remèdes qui conviennent à cette dernière espèce de plénitude ; mais la vraie exige encore beaucoup d’autres secours que la saignée. On conseillera aux malades diverses boissons rafraîchissantes, telles que la limonade, l’orangeade, l’orgeat, une diète sévère ; on leur interdira l’usage des alimens trop nourrissans ; on leur prescrira une nourriture aqueuse, prise des plantes potagères de la saison ; on leur recommandera un exercice modéré, l’exposition à l’air frais, l’usage du petit lait nitré. Ils doivent aussi s’abstenir de tout aliment salé, épicé & de haut goût, qui, en excitant un orgasme dans les humeurs, déterminerons, à coup sûr, une fausse plénitude, qui nécessiteroit la saignée & les divers moyens qu’on vient d’indiquer, avec un peu plus de réserve.