Cours d’agriculture (Rozier)/RHUME

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Hôtel Serpente (Tome huitièmep. 606-608).
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RHUME. Maladie occasionnée par la suppression de la transpiration. L’expérience de tous les jours & de tout les lieux, prouve que les personnes qui sont le plus habituellement exposées au grand air, sont les moins sujettes au rhume, & qu’au contraire celles qui habitent des appartemens trop chauds, sont presque continuellement enrhumées ; la chaleur raréfie le sang, augmente la transpiration, & lorsqu’il survient un air froid la circulation est arrêtée. Que l’on suppose dans l’hiver un appartement échauffé au 15e degré du thermomètre de Réaumur, que le froid extérieur soit également au 15e degré, cette différence de 30 degrés de l’un à l’autre, doit nécessairement surprendre la personne qui sort de chez elle, arrêter sa transpiration, & il est très-rare qu’elle ne revienne très-enrhumée ; plus l’appartement d’où l’on sort est chaud, & plus on doit prendre de précautions avant de s’exposer à l’air : elles seront plus nécessaires encore si on doit rester sans faire de mouvement & dans un lieu moins chaud. Les personnes souvent enrhumées, dit M. Tissot, ne sont jamais robustes, elles tombent souvent dans des maux de langueur, & la facilité de s’enrhumer est une preuve de la facilité avec laquelle la transpiration se dérange & le poumon s’engorge, ce qui est toujours très-dangereux.

Tout rhume est une maladie inflammatoire, ou du poumon, ou de la gorge, ou d’une membrane qui garnit intérieurement les narines & l’intérieur de quelques cavités qui se trouvent dans les os de la joue & du front, qui toutes communiquent avec le nez.

Il règne plusieurs préjugés sur les rhumes, dit encore M. Tissot, qui tous peuvent avoir des conséquences fâcheuses. Le premier c’est qu’un rhume n’est jamais dangereux. L’on ne meurt pas effectivement d’un rhume tant qu’il n’est que rhume ; mais quand on le néglige, il jette dans des maladies de poitrine qui tuent. Les rhumes emportent plus de gens que la peste, répondit un très-habile médecin, à un de ses amis qui lui disoit : je me porte bien, je n’ai qu’un rhume. Un second préjugé, c’est que les rhumes n’exigent point de remèdes, & que plus on en fait, plus ils durent. Le dernier article peut être vrai, vu la mauvaise façon dont on les traite ; mais le principe est faux. Les rhumes ont leurs remèdes comme tous les autres maux, & se guérissent avec plus ou moins de facilité, suivant qu’ils sont mieux ou moins bien conduits. Une troisième erreur, c’est que non-seulement on ne les regarde pas comme dangereux, mais on les croit même salutaires ; il vaut mieux, sans doute, avoir un rhume qu’une maladie plus fâcheuse ; mais il vaudrait beaucoup mieux n’en avoir aucune. Tout ce qu’on peut raisonnablement dire, c’est que quand, une transpiration arrêtée devient cause de maladie, il est heureux qu’elle produise un rhume plutôt que quelque maladie très-grave, comme il arrive souvent ; mais il seroit à préférer que ni la cause, ni l’effet n’eussent existé. Un rhume prouve toujours un dérangement dans les fonctions de notre corps, une cause de maladie. Il est une maladie réelle, qui quand elle est violente, porte une atteinte sensible à toute la machine ; il faut regarder tous les rhumes comme des espèces de fièvres, qui ne diffèrent de lapleurésie, de la fluxion de poitrine & de l’esquinancie, que par le peu d’intensité.

Du rhume de cerveau, ou enchiffrenement. Cette maladie, ainsi qu’il a déja été observé, n’est point dans le cerveau ; son siège est dans l’intérieur des narines, dans les sinus frontaux & maxillaires. Elle est occasionnée par une suppression de transpiration, à laquelle sont sujettes les personnes qui suent facilement de la tête, qui se promènent au serein, ou s’exposent à un courant d’air ou froid ou humide. On commence par sentir une pesanteur dans toutes les parties qui avoisinent le nez, & un engorgement dans les narines ; bientôt le malade ne peut plus se moucher, il distille des narines une humeur claire & âcre, qui s’épaissit peu à peu à mesure que l’engorgement se dissipe ; il perd l’odorat, le goût & l’appétit.

Le vrai remède est de se tenir la tête chaudement, de mettre les pieds dans l’eau avant de se coucher, & sur-tout d’exposer tout le visage à la vapeur de l’eau chaude qu’on a placée dans un vase. La tête & le vase doivent être recouverts avec des linges, afin d’empêcher l’évaporation de l’eau. On peut répéter ce bain de vapeurs trois ou quatre fois dans la journée, ayant grand soin de s’essuyer exactement aussitôt après, & de ne pas s’exposer au contact d’un air froid ou humide ; ce bain de vapeurs produit toujours un très-bon effet, pris au moment que l’on va se mettre au lit.

Des rhumes de poitrine. Ils affectent plus ou moins ce viscère, suivant son degré d’inflammation. Suivant l’intensité du mal, on supprimera les alimens trop nourrissans, & le malade se contentera de crème de riz, ou de panade, ou de pruneaux ; sa boisson sera de l’eau d’orge, édulcorée avec du miel ou avec du sucre, & acidulée avec le suc d’orange ou de citron, une décoction de réglisse peut suffire. Toutes boissons délayantes, rafraîchissantes & légèrement acides, sont indiquées dans le cas présent ; si le malade se sent pressé par le besoin de manger, on lui donnera des confitures acides avec du pain.

Le meilleur régime & le plus expéditif, est de faire rester longtemps le malade au lit, & de lui procurer une douce sueur, en lui faisant prendre quelque boisson délayant & un peu chaude ; ce moyen suffit très-souvent, & prévient presque toujours les suites fâcheuses de la maladie ; mais si on laisse le mal se fortifier par des délais, si on le néglige dans le commencement, il en résulte ou la péripneumonie, ou une pulmonie mortelle. (Consultez ces mots) Il faut cependant convenir qu’on s’écoute trop quelquefois dans les rhumes. Une personne qui pour un rhume léger se renferme dans une chambre chaude, & boit abondamment des liqueurs chaudes, donne lieu par là à un tel relâchement dans les solides, qu’il est ensuite fort difficile de leur rendre le ton qu’ils avoient auparavant.

Il ne convient pas dans cette maladie de s’exposer sans nécessité à un grand froid, il faut également se préserver de trop de chaleur ; ceux qui s’enferment dans des chambres fort chaudes ne guérissent point, & comment y guérir ? ces chambres indépendamment du danger que l’on court en les quittant, enrhument en produisant une légère inflammation de poitrine.

Ce qu’il convient de faire quand la maladie & la saison le permettent, c’est de joindre au régime un exercice modéré, comme de se promener, de monter à cheval, d’aller en voiture &c. Souvent un rhume opiniâtre qui a résisté à tout les remèdes, cède à un régime & à un exercice convenables quand on les continue pendant le temps nécessaire.

Mettre les pieds dans l’eau tiède, se tenir au lit, boire de l’eau de gruau, dit M. Buchan, détruira plus promptement le spasme & rétablira plus surement la transpiration, que tous les frigorifiques échauffans des apothicaires ; voilà tout ce qu’il convient de faire pour un rhume simple ; & si on s’y prend de bonne heure, on manquera rarement de le guérir.

Nombre de gens tentent de se guérir d’un rhume en s’enivrant, cette expérience est téméraire, pour ne rien dire de plus, & ne peut être que celle d’un fou ; il est vrai qu’elle peut quelquefois réussir en rétablissant subitement la transpiration ; mais s’il y a quelques degrés d’inflammation, ce qui arrive souvent, les liqueurs fortes au lieu de diminuer le mal ne font que l’augmenter ; c’est ainsi qu’un rhume simple peut être changé en une fièvre inflammatoire ; d’autres prennent de la thériaque, des confections, des ratafias ; ces moyens sont également pernicieux ; la thériaque peut convenir dans les rhumes, & même dans la toux, mais c’est à la fin ; plutôt elle peut procurer une inflammation, soit de poitrine, soit de gorge, & quand on la prend à la fin du rhume, il faut qu’on ait peu soupé, & que le soupé soit digéré. Les apothicaires ne manquent jamais de faire prendre des loochs à leurs malades, ils sont utiles dans les seuls cas où il n’existe point d’inflammation, ou qu’elle est sur sa fin. Ils sont nuisibles pendant l’accroissement des maladies inflammatoires de la poitrine, dans la toux essentielle.

Sur la fin de l’année 1788, les habitant de presque toutes les provinces méridionales furent attaqués d’un catarrhe froid que l’on prenoit mal-à-propos pour un rhume. La thériaque, le vin vieux, l’infusion des fleurs de sureau, produisirent de très-bons effets, & les loochs & les sirops de mou de veau, les pâtes de guimauve, &c. prolongèrent la maladie, parce qu’ils n’étoient pas indiqués par la nature du mal.