Curumilla/02

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Curumilla
Paris, Amyot (pp. 14-27).
III.  ►

II

La Mission.

Valentin, après s’être brusquement séparé du général, ainsi que nous l’avons rapporté à la fin de notre précédent chapitre, ne sembla nullement s’inquiéter d’être poursuivi, et si dans le premier moment il avait pressé le pas, il ne tarda pas à le ralentir.

Arrivé à peu près à une centaine de mètres de l’endroit où avait eu lieu son entrevue avec don Sébastian, il s’arrêta, leva les yeux au ciel et parut s’orienter, puis il reprit sa marche ; mais au lieu de se diriger vers la Mission, il lui tourna complétement le dos, fit un crochet sur la droite et revint sur la rive du fleuve, dont il s’était d’abord éloigné.

Bien qu’en ce moment sa course fût assez rapide, le chasseur paraissait fortement préoccupé, ses regards erraient machinalement autour de lui ; parfois il s’arrêtait, non pas pour écouter quelque bruit inconnu, mais par suite des pensées qui l’obsédaient et lui ôtaient le sentiment des choses extérieures.

Évidemment Valentin cherchait la solution d’un problème qui l’embarrassait.

Enfin, au bout d’un quart d’heure environ, il entrevit une faible lueur à quelques pas devant lui ; cette lueur brillait à travers les arbres ; elle semblait indiquer un campement.

Valentin s’arrêta et siffla doucement. Au même instant les branches d’un buisson, situé à cinq où six mètres de lui, s’écartèrent sans bruit, et un homme parut.

Cet homme était Curumilla.

— Eh bien, demanda Valentin, est-elle venue ?

L’Araucan baissa affirmativement la tête.

Le chasseur fit un geste de mauvaise humeur.

— Où est-elle ? dit-il,

L’Indien indiqua du doigt le feu que le chasseur avait aperçu.

— Le diable emporte les femmes ! grommela le chasseur ; ce sont les êtres les moins logiques qui existent. Comme elles se laissent toujours guider par la passion, elles renversent souvent sans y songer les plus sûres combinaisons.

Puis il ajouta à haute voix :

— N’avez-vous donc pas fait ma commission ?

Cette fois l’Indien parla.

— Elle ne veut rien entendre, dit-il, elle veut voir.

— Je le savais, s’écria le chasseur ; elles sont toutes les mêmes, têtes folles bonnes à faire des grelots pour les mules ! Et encore, celle-ci est une des meilleures ! Enfin, conduisez-moi près d’elle, je vais tâcher de la convaincre.

L’Indien sourit d’un air railleur, mais il ne répondit pas ; il se détourna et guida le chasseur vers le feu.

En quelques secondes le chasseur se trouva sur la lisière d’une vaste clairière au centre de laquelle, auprès d’un bon feu de bois mort, doña Angela et sa camérista Violanta étaient accroupies sur des monceaux de fourrures.

À dix pas derrière les deux femmes, plusieurs peones, armés jusqu’au dents, attendaient, appuyés sur leurs longues lances, le bon plaisir de leur maîtresse.

Doña Angela leva la tête au bruit causé par l’approche du chasseur, et poussa un léger cri de joie.

— Vous voilà donc enfin ! s’écria-t-elle, je désespérais de vous voir arriver.

— Peut-être eût-il mieux valu que je ne vinsse pas, répondit-il avec un soupir étouffé.

La jeune fille n’entendit pas ou feignit de ne pas entendre la réponse du chasseur.

— Votre campement est-il loin d’ici ? reprit-elle.

— Avant de nous y rendre, dit le chasseur, il faut que nous causions un peu, señora.

— Qu’avez-vous donc de si intéressant, ou plutôt de si pressé à me dire ?

— Vous allez en juger.

La jeune fille fit le geste de quelqu’un qui se résigne à écouter une chose qu’elle sait d’avance lui devoir être désagréable.

— Parlez, dit-elle.

Le chasseur ne se fit pas répéter deux fois l’invitation.

— Où Curumilla vous a-t-il rencontrée ?

— À l’hacienda, au moment où je montais à cheval pour venir ; je n’attendais que lui pour me mettre en route.

— Il a cherché à vous dissuader de cette démarche ?

— C’est vrai ; moi j’ai voulu absolument venir et je l’ai contraint à me conduire ici.

— Vous avez eu tort, Niña.

— Pour quelle raison ?

— Pour mille.

— Ceci n’est pas répondre ; dites-m’en une.

— Votre père, d’abord.

— Il n’est pas encore arrivé à l’hacienda. Je serai de retour avant qu’il ne vienne ; je n’ai rien à craindre de ce côté-là.

— Vous vous trompez ; votre père est arrivé ; je l’ai vu, j’ai causé avec lui.

— Vous ! où ? quand ?

— Moi, ici, il y a une demi-heure.

— C’est impossible, dit-elle.

— Cela est. J’ajouterai même qu’il m’a voulu tuer.

— Lui ?

— Oui.

La jeune fille demeura un instant pensive ; au bout de cet instant, elle releva sa tête mutine, et la secouant à plusieurs reprises :

— Tant pis ! dit-elle résolûment ; quoi qu’il arrive, j’irai jusqu’au bout.

— Qu’espérez-vous de cette entrevue, Niña ? ne savez-vous donc pas que votre père est notre ennemi le plus acharné ?

— Ce que vous me dites là arrive trop tard, à présent ; il fallait me faire ces objections lorsque je vous ai fait parvenir ma demande.

— C’est vrai ; mais, alors, j’avais encore des espérances que, maintenant, je ne puis conserver. Croyez-moi, Niña, ne vous obstinez pas à voir don Luis. Retournez le plus vite possible à l’hacienda. Que pensera votre père s’il ne vous voit pas en arrivant ?

— Je vous répète que je veux avoir avec don Luis une conversation des plus importantes ; il le faut, pour lui et pour moi.

— Songez aux conséquences d’une telle démarche.

— Je ne songe à rien. Je vous avertis que si vous refusez plus longtemps d’exécuter votre promesse envers moi, j’irai seule trouver le conde.

Le chasseur la considéra un instant avec une expression singulière ; il secoua tristement la tête, et lui prenant et lui serrant affectueusement la main :

— Que vôtre volonté soit faite, répondit-il doucement, nul ne peut changer son destin ; venez donc, puisque vous l’exigez ; Dieu veuille que votre obstination ne cause pas de grands malheurs !

— Vous êtes un oiseau de mauvais augure, dit-elle en riant ; partons ! partons ! Vous verrez que tout cela finira beaucoup mieux que vous ne l’espérez.

— J’y consens ; seulement confiez-vous à moi et laissez ici votre escorte.

— Je ne demande pas mieux ; je n’emmènerai que Violanta.

— Comme il vous plaira.

Sur un signe de sa maîtresse, la camérista s’approcha des peones, toujours immobiles, et leur intima l’ordre de ne quitter sous aucun prétexte la clairière avant son retour.

Alors, guidées par Valentin, les deux femmes se dirigèrent vers le campement des flibustiers ; Curumilla formait l’arrière-garde.

Arrivés à une centaine de mètres au plus, Valentin s’arrêta.

— Qu’avez-vous ? lui demanda doña Angela.

— J’hésite à troubler le repos de mon ami ; peut-être me saura-t-il mauvais gré de vous avoir conduite vers lui, répondit Valentin.

— Non, fit-elle, vous me trompez, telle n’est pas votre pensée en ce moment.

Il la regarda avec étonnement.

— Mon Dieu ! continua-t-elle avec animation, croyez-vous donc que je ne sache pas ce qui en ce moment vous tourmente ? C’est de voir une jeune fille de mon âge, riche, bien née, faire, ainsi que vous dites, vous autres, une démarche inconvenante et qui, lorsqu’elle sera connue, la perdra inévitablement de réputation. Eh ! mon Dieu ! nous autres Américaines, nous ne sommes pas comme vos femmes froides et compassées d’Europe, qui font tout par poids et mesure : nous aimons ou nous haïssons ; ce n’est pas du sang, c’est la lave de nos volcans qui circule dans nos veines ! Mon amour, c’est ma vie ! Peu m’importe le reste. Demeurez ici quelques instants ; laissez-moi arriver seule ; don Luis, j’en suis convaincue, comprendra et appréciera à sa juste valeur ce que je fais. Ce n’est pas un homme ordinaire, lui ; je l’aime, vous dis-je. Dans un amour véritable et ardent comme le mien, il y a une certaine attraction magnétique qui fait qu’on ne peut le dédaigner.

La jeune Mexicaine était splendidement belle en prononçant ces paroles ; la taille cambrée, la tête rejetée fièrement en arrière, l’œil étincelant et la lèvre frémissante, il y avait à la fois en elle de la vierge et de la bacchante.

Dominé malgré lui par l’accent de la jeune femme, ébloui par sa resplendissante beauté, le chasseur s’inclina respectueusement devant elle, et d’une voix émue :

— Allez donc, lui dit-il doucement, et Dieu veuille que, grâce à vous, mon frère se rattache à la vie !

Elle sourit avec une inexprimable expression de finesse et de sécurité, et, légère comme un oiseau, elle s’envola rapidement au milieu des buissons.

Valentin et Curumilla, assez rapprochés du camp pour voir ce qui s’y faisait, sans cependant que le bruit de la voix arrivât jusqu’à eux, résolurent d’attendre où ils se trouvaient en ce moment et de n’intervenir que si leur présence devenait absolument nécessaire.

Le campement se trouvait dans le même état où le chasseur l’avait laissé en le quittant pour se rendre auprès du général ; don Luis et don Cornelio dormaient profondément.

Doña Angela demeura un instant silencieuse, fixant sur don Luis un regard dans lequel rayonnait une inébranlable résolution ; elle se pencha doucement sur lui. Mais au moment où sans doute elle allait poser légèrement sa main sur son épaule pour l’éveiller, un bruit soudain la fit tressaillir, elle se redressa vivement, jeta autour d’elle un regard effrayé, et se rejetant brusquement en arrière, elle disparut au milieu des buissons.

À peine s’était-elle éloignée, que le bruit, qui sans doute avait frappé ses oreilles et interrompu l’exécution de son projet, devint de plus en plus fort, et bientôt il fut facile de reconnaître le bruit cadencé des pas d’une nombreuse troupe en marche, et les grincements sourds des roues de plusieurs wagons.

— Vos compagnons arrivent, dit rapidement doña Angela à Valentin en le rejoignant, ils ne sont plus qu’à une courte distance de la Mission ; puis-je toujours compter sur vous ?

— Toujours, répondit-il.

— J’ai changé d’avis : ce n’est pas de cette façon que je veux m’expliquer avec le comte, c’est en face de tous, à la lumière du soleil ; bientôt vous me reverrez parmi vous. Adieu, je retourne à l’hacienda ; préparez le comte à ma visite.

Après avoir fait un dernier signe d’adieu au chasseur et lui avoir souri, la jeune fille remonta à cheval et s’éloigna au galop, suivie de son escorte.

— Oui, je préparerai Louis à la recevoir, murmura le chasseur en la suivant un instant des yeux. Cette enfant a le cœur noble, elle aime réellement mon frère de lait. Qui sait quelle sera la conséquence de cet amour ?

Et après avoir deux ou trois fois secoué la tête d’un air songeur, il regagna le campement, accompagné de Curumilla, dont l’impassibilité indienne ne se démentait pas et qui semblait complétement étranger à tout ce qui se passait autour de lui.

Valentin réveilla Louis.

Celui-ci fut debout en un instant.

— Avons-nous du nouveau ? demanda-t-il.

— Oui, la compagnie arrive.

— Déjà, oh ! oh ! elle a fait diligence, ceci est de bon augure.

— Demeurerons-nous longtemps ici ?

— Non ; deux jours au plus, le temps de faire un peu reposer les gens et les bêtes.

— Peut-être vaudrait-il mieux pousser de suite en avant.

— Je le voudrais comme toi, mais c’est impossible, puisque les quarante mille rations que nous devions trouver ici ne sont pas encore arrivées, et que nous sommes contraints de les attendre.

— C’est vrai.

— Je suis d’autant plus contrarié de ce contretemps, que nos vivres diminuent rapidement. Cependant, ne laissons pas voir notre désappointement à nos compagnons, faisons contre fortune bon cœur ; ils savent que nous les avons devancés ici afin de tout préparer en fourriers, laissons-leur croire que nous avons réussi.

Valentin s’inclina affirmativement.

La nuit était presque finie ; déjà, à l’horizon, le ciel commençait à se nuancer de larges bandes blanchâtres, les étoiles avaient toutes disparu et s’étaient, les unes après les autres, éteintes dans les profondeurs du ciel ; le soleil n’allait pas tarder à se lever.

Curumilla jeta une brassée de bois sec dans le foyer, afin de raviver sa flamme et de neutraliser les effets de l’air glacial de la nuit.

— Caramba ! s’écria don Cornelio en s’éveillant en sursaut, je suis gelé, moi, tant les nuits sont froides.

— N’est-ce pas ? lui dit Valentin ; eh bien, si vous voulez vous échauffer, rien n’est plus facile, accompagnez-moi.

— Je ne demande pas mieux ; où allez-vous ?

— Écoutez !

— J’écoute. Tiens, fit-il au bout d’un instant, serait-ce la compagnie ?

— Elle-même. Mais il est inutile que nous nous dérangions, la voici.

En effet, en ce moment, l’avant-garde française déboucha dans la Mission.

D’après les traités passés avec la société , quarante mille rations devaient être préparées à la Mission pour la compagnie française.

Le comte avait remis le commandement au colonel Florès, avec ordre de faire diligence, et accompagné de Valentin, de Cornelio et de Curumilla, il avait poussé en avant.

Malheureusement, la société, n’avait pas rempli ses engagements avec la loyauté que le comte était en droit d’attendre d’elle ; au lieu de quarante mille rations, il n’en avait trouvé que la moitié environ, rangées avec une certaine symétrie dans une cabane en ruines.

Ce manque de parole était d’autant plus préjudiciable aux intérêts de l’expédition que le comte, grâce à cette manœuvre perfide, se trouvait presque dans l’impossibilité de pousser plus loin, puisqu’il allaient quitter définitivement les terres habitées et cultivées pour s’enfoncer dans le désert.

Au reste, depuis le départ de la compagnie de Guaymas, le mauvais vouloir des Mexicains avait en toutes circonstances été si évident qu’il avait fallu à don Luis une énergie surhumaine et une volonté de fer, pour ne pas tomber dans le découragement et ne pas se retirer devant ces obstacles semés sous ses pas comme à plaisir avec une animosité sans égale.

Cependant, jusqu’alors les Mexicains n’avaient pas osé manquer aussi effrontément à leurs engagements ; il fallait qu’ils se sentissent bien forts, ou du moins que leurs précautions fussent bien prises, et qu’ils se crussent enfin sûrs du succès, pour lever ainsi le masque.

D’autant plus que le comte n’avait trouvé à la Mission personne pour lui donner livraison, au nom de la société, des rations préparées, et que les gens qui se jouaient aussi indignement de lui n’avaient même pas daigné affaiblir par un prétexte, quelque mauvais qu’il fût, la trahison dont en ce moment ils se rendaient coupables.

Don Luis prévit, d’après un semblable procédé, que le dénoûment de l’odieuse comédie jouée par les Mexicains approchait, il se prépara à faire bravement tête à l’orage.

Les Français ont une qualité charmante : c’est que partout où ils vont, lorsqu’ils se trouvent réunis en troupe, ils emportent avec eux cette gaieté et cette joyeuse insouciance qui caractérise leur nation, toujours prêts à plaisanter dans les circonstances les plus difficiles, et prenant leur parti avec une grande facilité des désagréments les plus imprévus.

C’était cette heureuse disposition, soigneusement entretenue par le comte, qui avait jusque là sauvegardé la compagnie, et avait empêché, malgré tout, l’expédition de péricliter.

Non-seulement aucun symptôme de découragement ne se laissait voir parmi les hommes, mais encore ils étaient aussi remplis d’ardeur et d’espoir qu’au premier jour.

La Mission fut occupée militairement par la compagnie ; on se trouvait sur la limite du désert et il était bon de commencer à se garder avec soin.

Les canons furent braqués à chaque angle du quartier général, des sentinelles placées de distance en distance ; enfin cette Mission, triste et abandonnée la veille, sembla tout à coup renaître, les décombres furent déblayés, et la vieille église des Jésuites, plus qu’à demi ruinée, prit subitement l’apparence d’une forteresse.

Lorsque le comte eut donné les ordres nécessaires à l’installation de la compagnie et qu’il se fut assuré de leur entière exécution, il se fit rendre compte par le colonel Florès de la façon dont il s’était acquitté de ses fonctions de chef provisoire.

Le colonel Florès, seul au milieu des Français, et se sentant par conséquent dans la gueule du loup, était trop fin pour ne pas agir ostensiblement avec la plus stricte loyauté ; il comprenait que, du moment où il serait soupçonné, il serait perdu ; aussi, en toute occasion, faisait-il preuve de bonne volonté et agissait-il avec une circonspection dont Valentin lui-même, cet éternel douteur, était presque la dupe, bien qu’il sût cependant parfaitement à quoi s’en tenir sur le caractère mexicain.

Puis le comte se retira à l’écart avec le chasseur, et les deux frères de lait eurent entre eux un entretien qui, à en juger par sa durée et surtout par l’air soucieux de don Luis lorsqu’il se termina, devait avoir été fort important.

En effet, Valentin, accomplissant sa promesse envers doña Angela, mit le comte au courant des événements de la nuit, et non-seulement lui rapporta ce qui s’était passé entre lui et la jeune fille, mais encore il lui raconta succinctement les détails de son entrevue avec le général sur les bords du fleuve.

— Tu le vois, ajouta-t-il en terminant, la situation se tend de plus en plus, c’est la guerre qu’ils veulent.

— Oui, c’est la guerre ; mais tant qu’il me restera le plus faible espoir, sois convaincu, frère, que je ne leur donnerai pas la satisiaction de leur fournir le prétexte d’une rupture.

— Il faut jouer plus serré que jamais, frère ! Du reste, je me trompe fort, ou avant peu nous saurons à quoi nous en tenir.

— C’est aussi mon avis.

En ce moment, don Cornelio parut suivi de Curumilla.

— Permettez, dit-il au chasseur, je désirerais que vous me missiez d’accord avec le chef, qui s’obstine à me dire que nous sommes en ce moment surveillés de près par une embuscade indienne.

— Hein ? fit Valentin en fronçant le sourcil, que dites-vous donc, don Cornelio ?

— Voilà ; en me promenant aux environs de la Mission avec le chef, j’ai ramassé ceci :

— Voyons, dit Valentin.

Don Cornelio lui remit un mocksens, que le chasseur examina attentivement pendant quelques minutes.

— Hum ! fit-il, ceci est sérieux. Où avez-vous trouvé cela ?

— Sur la plage.

— Que pensez-vous de cela, chef ? dit Valentin en se tournant vers l’Araucan.

— Le mocksens est neuf, il a été perdu. Curumilla a vu des traces nombreuses.

— Écoutez, dit vivement don Luis, ne parlez à personne de cette découverte ; nous devons nous défier de tout, la trahison plane autour de nous, elle nous menace de tous les côtés à la fois. Pendant que je ferai augmenter la force de nos retranchements, sous prétexte d’un plus long séjour ici, toi, frère, tu iras à la découverte avec le chef, et tu t’assureras de ce que nous avons réellement à craindre des Indiens.

— Sois tranquille, frère ; de ton côté, fais bonne garde.