Dans la rue (Bruant)/Baryton

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche

Ernest Flammarion (Volume IIIp. 63-67).


BARYTON


Oui, mon vieux, me v’là baryton.
Tous les soirs ej’ chante au caf’ conce,
J’ai d’la gueule et j’attaqu’ dans l’ton…
J’fais la pige à Monsieur Léonce…
Et j’pagnotte à tir’-larigot…
C’tte vi’-là, vois-tu, c’est un rêve !…
Les femm’s veul’nt toutes d’mézigo…
                        J’la r’lève…


Pas au suif… ni à la mi’ d’pain…
Non, au beurr’ : Rien qu’des femm’s du monde !
Chaqu’ nuit c’est un nouveau chopin,
J’navigue d’la brune à la blonde.
Et tu sais… pas plan d’y couper,
L’soir, à la sortie, on m’enlève…
C’est à qui m’aura pour souper…
                        J’la r’lève…

J’étais pas né pour le turbin :
Dans l’temps, quand nous étions arpettes,
Tous les lundis j’allais au bain
Chez Fill’ry, fair’ des galipettes,
Ya pas un métier qui m’allait…
Mais à force d’me mettre en grève
J’ai trouvé celui qu’i’ m’fallait
                        J’la r’lève…


Oui, mon vieux, ej’fais comm’ tu f’rais
Si c’est toi qu’tu s’rais à ma place ;
Tu voudrais pas que j’pay’ les frais
Quand ej’peux passer d’vant la glace.
Non… D’abord on a ça dans l’sang…
L’père Adam, avec la mère Ève,
Mangeait d’la pomm’… moi c’est du blanc…
                        J’la r’lève…