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David triomphant

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IA




PERSONNAGES
DAVID.
ELIAB, frère de David.
ABINADAB, frère de David.
SAÜL, roi d'Israël.
ABNER, chef de l'armée.
ACHINOAM, reine.
JONATHAN, fils du roi.
ABINADAB, fils du roi.
MELCHISUA, fils du roi.
MEROB, fille du roi.
MICHOL, fille du roi.
DOEG.
ADRIEL.
PHALTIEL.
TROUPE DE DAMES D'Israël.
DEMI-TROUPE DE DAMES d'Israël.
SATAN.



PROLOGUE
Vous attendez de nous, de vous nous attendons
De plaisir à plaisir les réciproques dons.
Votre attente n'est vaine. Ici, Seigneurs et Dames,
Du plaisir vous aurez, duquel seront vos âmes
Contentes, si on peut en la terre moleste (5)
Sentir contentement de quelque bien céleste.
Céleste est l'argument issu du ciel serein
Et dicté de l'esprit du Père souverain.
Si donc vous désirez qu'un tel plaisir vous plaise,
Vous nous rendrez ce bien que sans bruit et à l'aise (10)
Nous soyons écoutés, ensemble ayons de quoi
Nous contenter de vous et silence coi.
Hé Dieu ! Ne vaut pas bien la céleste matière
D'être écoutée en paix et patience entière ?
Tel personnage ici vous verrez entre nous (15)
Et le pourrez ouïr qui n'est pas tel que vous.
Tel que vous n'est David bien qu'il soit mortel homme,
Ainsi il va cheminant dessus la terre, comme
Un saint ange de Dieu. C'est lui qui en jeune âge
Vous veut représenter ici son personnage (20)
Pensez-vous de David la geste et la faconde
Etre bien provenant de la terre féconde ,

Non, non. Ce qu'il sait faire et parler il l'apprit

Du seul Père céleste et de son saint Esprit.

Que si quelqu'un de vous aime mieux d'aventure, (25)

Comme va la nuisance à terrestre nature,
Quelque plaisir mortel et qui passe en la terre,
Il verra le retour d'une mortelle guerre,
Verra en cette riche et triomphante entrée
De dames d'Israël une troupe accoutrée (30)
De sompteux atours, il orra leurs chansons
Desquelles vont en l'air et se perdent les sons.
Il verra au surplus que l’action présente
Le naturel en soi de cela représente
Que les poètes vains veulent qu’on nomme et die, (35)
Suivant l’antiquité, du nom de tragédie.
Le tragique au théâtre induit devant les yeux
Les personnes des rois, des princes, des faux dieux.
Il feint les dieux tonnant, les déesses armées,
Il fait vaincre par eux, et fondre les armées. (40)
Ici le roi Saül qui en cette guerre a
La victoire, en honneur retourner on verra.
On y verra la reine et leur fils Jonathan,
Le vaillant prince Abner et le prince Satan,
Sous qui le monde entier se rend serf à sa honte (45)
Et qui est même auteur des dieux dont je vous conte,
Ces dieux, ces princes grands, et semblables sont ceux
Qu’on induit volontiers en ces tragiques jeux.
Mais vous, si me croyez, et avez bonne envie
Laisser la terre, et tendre à la céleste vie (50)
Sans tant vous arrêter à chose qui ne sert,
Faites plutôt profit du bien qui ne se perd.
Regardez un David pour le suivre à la trace,
Lequel est inspiré d’une divine grâce.
C’est lui qui le premier parlera et pourrez (55)
L’ouïr, avec lequel Jonathan vous orrez.
Eux, leurs frères ensemble, et autres hommes, tiennent
Compagnie à Saül, et de la guerre viennent.
Là sont-ils tous campés à cette heure au chemin,
Et là est Gabaa, ville de Benjamin, (60)
Où ils vont arriver. Hors cette ville un chœur
De dames sortira au-devant du vainqueur.
Là-dedans sont encor, sans la troupe d’icelles,
La reine Achinoam et ses filles pucelles,
Qui attendent le Roi, comme vous pourrez voir. (65)
Nous vous requérons donc faire votre devoir
De vous rendre attentifs et qu’il nous soit loisible
Ces choses vous montrer en silence paisible.
DAVID.
On ne pourrait trouver, mon frère, encore un homme,
Puisque voulez ainsi que frère je vous nomme,(70)
Parmi tout Israël de qui la foi se tienne
Envers vous plus entière et sûre que la mienne.
JOANATHAN.
Ne pensez que jamais de votre foi je doute,
Mais tenez sûr aussi qu’en moi cette âme toute
Plus n’habite, mon frère, ains la vraie amitié (75)
L’a partie à nous deux par égale moitié.
DAVID.
Tant plus étroitement vers vous cela m’oblige
Que ne l’ai mérité. Bien ici vous suppli’-je,
Par cette foi promise entre nous sûre et bonne,
Que, si par moi un tort cause ne vous en donne (80)
Cette sainte amitié jamais ne soit enfreinte.
JOANATHAN.
Comment ? Que je l’oublie ? En êtes-vous en crainte ?
DAVID.
Non, je n’en doute pas. Mais la foi d’entre nous
Permet que librement je parle seul à vous.
Le bon cœur, la vertu, le sang royal j’honore, (85)
Grands dons de Dieu en vous. D’autre part je n’ignore
Mon état humble et bas. Non, non, l’honneur mondain
Ni le bien qui se perd et s’envole soudain
Ne me feront jamais par favorable accueil
Au monde méconnaître ou concevoir orgueil.(90)
Je sais bien qui je suis et mon devoir honneste
Requiert par cette foi que je vous admoneste,
De vous connaître aussi. Mais aussi sais-je bien
Qu’il n’est prince mortel, tant soit homme de bien,
Qui ait et garde en soi la fermeté requise. (95)
Maint et maint controuveur lui pâlit et déguise
Le vrai par faux rapports, et la foi bien souvent
Branlante, il éracine et fait voler au vent.
JOANATHAN.
En Dieu qui seul ne faut j’ai certaine espérance
Qu’il ne lairra faillir ni fléchir l’assurance (100)
Que promise vous ai, ni que de vous recule
Mon cœur qui n’est enclin facile ni crédule
Au parler des flatteurs. Telles gens n’eurent onques
Ni auront, si Dieu plaît, de moi faveurs quelconques.
Tenez sûr à jamais cette amour fraternelle
Et jà, comme je veux demeurer ferme en elle,
J’ai plus d’aise de voir comme par la contrée
Vous recevez l’honneur de mainte belle entrée,
En triomphe conduit dedans chacune ville,
Que si même l’amas de la tourbe civile (110)
Me venait au devant et tel honneur exquis
Etait, par fait de guerre, à moi-même acquis.
DAVID.
L’honneur dont vous parlez ne me rend glorieux.
A Dieu seul il est dû, au Dieu victorieux
Qui m’anime au combat, qui ma dextre évertue, (115)
Qui du fier Goliath a la gloire abattue.
A Dieu seul et non pas à l’homme transitoire
Appartient à jamais le prix de la victoire.
JONATHAN.
C’est Dieu, bien je le sais, de qui secours avons
Et à qui la victoire entière nous devons. (120)
Aussi est-ce à lui seul, à qui pour vous, mon frère,
Du combat mis à fin le haut los je réfère.
Je le prie au surplus vouloir rendre avancé
Heureusement en vous ce qu’il a commencé.
Que pour mieux confirmer l’heur de notre alliance (125)
Il fasse que mon père ait désir à fiance.
Vous donner, comme il doit, Mérob ma sœur aînée
Qui ne pourrait au monde être mieux assignée.
DAVID.
Je ne présume tant de moi, tenez-le seur,
Qu’avoir il m’appartienne à femme votre sœur (130)
Ni d’être gendre au roi. Un tel honneur advienne
A qui est estimé digne qu’il lui convienne.
JONATHAN.
Si on cherche à qui mieux il doive convenir
Et si le roi pour bon veut mon conseil tenir,
Quand on aurait loisir d’élire un homme au choix
En tout le monde entier, je vous donne ma voix.
Mais il est temps d’aller vers le roi sans séjour.
Jà est allé Abner lui donner le bonjour.
ELIAB.
C’est bien une grand’ merveille qu’on voie
Ainsi d’allégresse et de joie (140)
Le peuple partout incité
Sortir de chacune cité
Au devant du roi arrivant,
Qu’ils viennent ensemble au-devant
De David notre jeune frère (145)
Et qu’on ne lui fait moins de chère
Qu’on ferait même au fils du roi.
ABINABAD .
On n’a point vu, comme je crois,
Si on regarde les matières,
Le temps, les annales entières (150)
De ce qui en Israël passe,
Qu’à l’homme de qualité basse,
Si ce n’est que Dieu en main forte
Guidât son peuple d’autre sorte,
On ait porté pareil honneur (155)
Depuis que Joseph, gouverneur
De l’égyptienne province,
Montât en dignité de prince.
SAMMA.
Cela en la dure saison
Servit à toute la maison, (160)
Tant à ses frères qu’à son père.
Telle sera, comme j’espère,
La faveur que notre frère a,
Qui notre avantage fera.