De l'agriculture (chapitres 126 à 150)

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Traduction sous la direction de M. Nisard, 1877
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Chapitre 126[modifier]

Préservatif contre la colique, la dyssenterie, les teignes et les vers. Si vous souffrez d’une indigestion, de la dyssenterie, si les teignes et les vers vous tourmentent, prenez trente grenades sures, broyez-les, mettez-les dans un vase avec trois conges d’un vin noir et dur, et bouchez. Trente jours après vous pouvez le déboucher et vous en servir, en le prenant à jeun à la dose d’une hémine.

Chapitre 127[modifier]

Remède contre les indigestions et les rétentions d’urine. Cueillez des fleurs de grenadier lorsqu’elles s’épanouiront, mettez-en trois mines dans une amphore, ajoutez-y un quadrantal de vin vieux et une mine de racine de fenouil. Bouchez l’amphore, ne l’ouvrez qu’après un mois, et servez-vous de la liqueur. Quand vous voudrez digérer ou uriner, vous pourrez en boire à volonté sans aucun danger. Le vin préparé de cette manière est également un préservatif contre la teigne et les vers. Quand un enfant en est tourmenté, ne le laissez pas souper. Le lendemain prenez une drachme d’encens, une drachme de miel cuit, et un setier de vin d’origan, administrez-lui le remède à jeun à la dose de trois oboles, suivant son âge, et une hémine de vin. Faites-le monter dix fois sur la pierre à moudre et sauter en bas ; ordonnez-lui la promenade.

Chapitre 128[modifier]

Crépissage des habitations. Si vous voulez crépir votre habitation, choisissez une terre où domine soit la craie, soit l’ocre ; mêlez-y de l’amurque et de la paille hachée. Laissez fermenter le tout pendant quatre jours. Après quoi vous le travaillerez avec le râble, et vous vous en servirez pour crépir. Cet enduit éloignera l’humidité nuisible, ne se laissera pas entamer par les rats, empêchera l’herbe de croître et les murs de se lézarder.

Chapitre 129[modifier]

Aire à battre le blé. Béchez la terre en la pulvérisant, arrosez-la d’amurque en telle abondance, quelle en soit saturée autant que possible, pulvérisez-la de nouveau, et nivelez-la à l’aide du cylindre ou de la batte. Ce nivellement empêchera les fourmis de la soulever, et les pluies de la détremper.

Chapitre 130[modifier]

Répandre de l’amurque au pied des arbres. Arrosez d’amurque crue les troncs d’olivier et les autres bois ; exposez-les au soleil pour favoriser l’imbibition. Cela les empêcbera de fumer, et en facilitera la combustion.

Chapitre 131[modifier]

Offrande pour les bœufs. Faites aux dieux une offrande pour la santé de vos boeufs. Commencez à labourer au printemps : débutez par les sols pierreux et sablonneux, et terminez par ceux qui sont les plus compactes et les plus humides.

Chapitre 132[modifier]

Manière de la faire. Voici comment il faut faire cette offrande : présentez à Jupiter Dapalis une coupe de quelque vin que ce soit. Ce jour sera chômé par les boeufs, par les bouviers, et par ceux qui feront le sacrifice. Au moment du sacrifice vous ferez cette prière : « Jupiter Dapalis, je remplis mon devoir en t’offrant cette coupe de vin dans ma maison et au sein de ma famille ; à cette cause daigne l’avoir pour agréable. » Lavez ensuite vos mains, prenez le vin, et dites : « Jupiter Dapalis, agrée ce festin que je dois t’offrir. Reçois ce vin placé devant toi. » Si vous le trouvez bon, présentez une offrande à Vesta. Le festin présenté à Jupiter consiste en un morceau de porc rôti, et en une coupe de vin intacte. Faites cette offrande sans y toucher ; le festin terminé, semez le millet, le panis, l’ail et la lentille.

Chapitre 133[modifier]

Multiplication des arbres fruitiers et autres. Les drageons que poussent les racines des arbres seront couchés en terre, et leur sommet relevé, afin qu’ils puissent prendre racines. Levez-les en temps propice et plantez-les soigneusement Le figuier, l’olivier, le grenadier, le cognassier, le poirier-coin, tous les pommiers, le laurier de Cypre, celui de Delphes, le myrte épithalame, le myrte blanc et le noir, le noyer d’Aveline, celui de Préneste, le platane, se propagent de boutures enlevées à la souche principale. Les arbres qu’on affectionne seront plantés soigneusement dans des pots. Pour leur faire prendre racines sur l’arbre même, on se munit d’un pot troué ou d’un petit panier. On y fait passer la branche, on les remplit de terre qu’on a soin de tasser, et on les laisse sur l’arbre. Deux ans après on coupe la branche au-dessous du point d’insertion, et on la plante avec le panier. On pourra ainsi faire prendre des racines vigoureuses à toute espèce d’arbres. Pour multiplier la vigne on emploie aussi ces paniers, qu’on remplit bien de terre ; on sèvre l’année suivante, et on plante un pieu.

Chapitre 134[modifier]

Avant la moisson immoler la truie précidanée. Avant la moisson, faites de la manière suivante le sacrifice de la truie precidanée : Immolez à Cérès la truie précidanée, femelle du porc, avant de couper l’épeautre, le blé, l’orge, la fève, et la semence de raves. Le vin et l’encens nous rendront propices, Janus, Jupiter et Junon. Avant de sacrifier la truie, présentez un gâteau à Janus en lui faisant cette prière : « Janus, notre père, au nom de mon humble offrande, je te présente mes supplications afin que tu m’accordes ta protection pour moi, pour mes enfants, pour ma maison et mes gens : » Offrez aussi à Jupiter un gâteau et cette prière : « Jupiter, au nom de ce gâteau, je te conjure d’écouter mes prières, et de nous accorder ta protection, à mol, à mes enfants, à ma maison, et à mes gens. » Présentez ensuite le vin à Janus en lui disant : « Janus, notre père, avec un gâteau je t’ai adressé ma prière suppliante : reçois de même avec bonté ce vin que je t’offre. » Adressez-vous ensuite a Jupiter : « Jupiter, reçois ce gâteau, reçois ce vin placé devant toi. » Alors immolez la truie précidanée. Aussitôt que les entrailles auront été divisées, on présentera à Janus son gâteau, et on l’adorera comme précèdemment. On offrira de même a Jupiter des prières et le gâteau, comme on l’a déjà fait. On présentera du vin à Janus et à Jupiter, comme lorsqu’un leur offrait les gâteaux. Ensuite on consacre à Cérés les entrailles de la victime, et du vin.

Chapitre 135[modifier]

Lieux où il faut acheter les tuniques, les casaques, les ustensiles de fer et autres. On se pourvoira à Rome de tuniques, de toges, de saies, de casaques et de sabots ; à Calvi et à Minturne, de capuchons, d’ustensiles en fer, de faux, de pelles, de houes, de haches, de harnais, de chausse-trapes, de chaînettes ; à Vénafre, de pelles ; à Suesse et en Lucanie, de chars ; à Albe, de traîneaux ; à Rome, de futailles et de bassins ; de tuiles à Venafre. Pour les terres compactes les araires devront être tirés de Rome, et de la Campanie pour les terres poreuses : les meilleurs jougs se tirent de Rome ; on y trouvera aussi les socs les plus acérés. On tirera les trapètes de Pompeïa ; les clous, de Nole, près des murs de Rufrus ; les serrures, de Rome. On trouvera à Capoue des seaux, des jattes à huile, des vases pour l’eau, des urnes pour le vin, et tous les autres ustensiles en cuivre. On trouvera à Nole les corbeilles de Campanie, et ce sont les meilleures. Les cordes de poulies et toute la corderie se tirent de Capoue. Les corbeilles romaines viennent de Suesse et de Casinum : mais celles de Rome sont préférables. Celui qui fait faire à Casinum des câbles de pressoir les payera cinquante écus chez Tunnius ; à Vénafre, C. Mennius les fait payer cent écus. Huit bons cuirs ne sont pas de trop pour ces câbles. Les nôtres ne devront être ni vieux, ni maniés, ni imprégnés d’une trop grande quantité de sel. On les tannera et on les huilera, puis on les fera sécher. On devra couper le câble sur une longueur de soixante-douze pieds, et lui donner trois tourons, dont chacun aura neuf courroies de deux doigts de large. Quand II sera cablé, il ne mesurera plus que quarante-neuf pieds en longueur. La jonction sur les coutures aura une course de trois pieds ; il ne restera ainsi que quarante-six pieds. En le violentant par l’extension, Il s’allongera de cinq pieds et aura une longueur totale de cinquante et un pieds. Pour les plus grands pressoirs Il faut que le câble ait cinquante-cinq pieds ; cinquante-un suffisent pour les petits. La longueur la plus convenable de la courroie pour les charrettes est de soixante pieds ; la petite corde aura quarante-cinq pieds : les guides pour la charrette auront trente-six pieds ; les guides pour l’araire vingt- six, les traits vingt sept et demi ; les cuirs qui fixent le timon aux jougs auront dix-neuf pieds ; la petite corde quinze pieds. Pour la charrue les premiers auront douze pieds, et la seconde huit pieds. Les pressoirs les plus grands auront quatre pieds et demi, les meules auront trois pieds et demi de diamètre, sur un pied et une palme d’épaisseur par le milieu, au sortir de la carrière ; il y aura deux doigts de distance entre le miliaire et le rebord du bassin ; ce rebord aura cinq doigts d’épaisseur. Ceux du second ordre auront quatre pieds et une palme de largeur ; il y aura un pied un doigt entre le miliaire et le rebord du bassin ; ce rebord aura cinq doigts d’épaisseur ; leurs meules auront trois pieds et cinq doigts d’épaisseur Vous ferez dans les meules un trou rond qui let traversera de part en part, en conservant d’un côté à l’autre le même rayon de six pouces. Ceux du troisième ordre auront quatre pieds de largeur. Il y aura un pied entre le miliaire et le rebord du bassin ; ce rebord aura cinq doigts d’épaisseur ; la meule aura trois pieds deux doigts de diamètre et un pied et deux doigts d’épaisseur. Lorsque le trapète aura été amené à l’endroit où vous voudrez le placer, vous le monterez et l’ajusterez sur le lieu même.

Chapitre 136[modifier]

Conditions à imposer au colon partiaire. Dans le territoire de Cassinum et de Vénafre on donnera au métayer le huitième du produit dans un bon sol, le septième dans un sol ordinaire, le sixième dans un sol médiocre si le partage se fait au panier, et le cinquième s’il se fait au boisseau. Dans les meilleurs terrains de Vénafre on ne donne au colon que la neuvième partie mesurée avant le dépicage. Si l’on fait moudre en commun, le métayer payera son droit de mouture proportionnellement à la part qui lui est attribuée. II aura la cinquième partie du produit de l’orge et des fèves après le battage.

Chapitre 137[modifier]

Conditions à imposer au vigneron partiaire. Que le propriétaire surveille d’une manière sévère les vignes, les terres, les arbres et les cultures qu’il laisse en métayage. Il abandonnera au colon le foin et les fourrages nécessaires à l’entretien des bœufs que réclament les travaux. Tout le reste sera partagé sans distinction.

Chapitre 138[modifier]

Travaux permis aux bœufs les jours de fête. Il est permis d’atteler les bœufs pendant les jours fériés, pourvu que ce soit pour le transport du bois, des pailles et du blé qu’on ne donne point. Les mulets, les chevaux, les ânes ne chôment jamais que les fêtes de famille.

Chapitre 139[modifier]

Manière d’élaguer un bois. Préliminaires usités à Rome avant d’élaguer un bois. Offrez un porc en expiation, et prononcez ces paroles : « Qui que tu sois, dieu ou déesse, divinitè à qui ce bois a été consacre, accepte l’offrande que je te fais avant de l’élaguer. En mémoire de ce sacrifice pardonne cet élagage que nous ferons, moi ou les miens sous mes ordres. C’est dans ce but qu’en l’offrant ce porc en expiation, je te conjure d’accorder ta protection à moi, à ma maison, à mes gens et à mes enfants. Agrée l’offrande expiatoire de ce porc que je vais te sacrifier. »

Chapitre 140[modifier]

Sacrifice expiatoire à offrir en cas de défrichement. SI vous voulez défricher, faites un autre sacrifice expiatoire de la même manière, si ce n’est que vous y ajoutez ces paroles : « En cas qu’on vienne à y travailler. » Une fois la besogne commencée, travaillez tous les jours sur quelque partie ; car s’il y a interruption à cause des fêtes publiques ou de famille il faut recommencer le sacrifice.

Chapitre 141[modifier]

Purification des terres. Faites circuler autour de la terre la victime suovitaurilienne. Je t’ordonne, Manius, de promener cette triste victime autour de mon domaine et de ma terre, soit en totalité, soit seulement sur la partie que tu jugeras à propos de purifier, afin qu’il l’aide des dieux le succès couronne mes entreprises. Auparavant offrez du vin à Janus et à Jupiter, et dites : Mars notre père, je te conjure d’être propice à moi, à ma maison et à mes gens ; c’est dans cette intention que j’ai fait promener une triple victime autour de mes champs, de mes terres et de mes biens, afin que tu en écartes, éloignes et détourne les maladies visibles et invisibles, la stérilité, la dévastation, les calamités et les intempéries : afin que tu fasses grandir et prospérer mes fruits, mes grains, mes vignes et mes arbres : afin que tu conserves la vigueur a mes bergers et à mes troupeaux, et que tu accordes santé et prospérité à moi, à ma maison et à mes gens. Aussi, pour purifier ma champs, mes terres et mes biens, et pour faire un sacrifice expiatoire, daigne agréer ces trois victimes à la mamelle que je vais immoler. Mars notre pére, agréez dans ce but ces trois jeunes victimes. Saisissez le couteau pour empiler les galettes et le gâteau, et offrez-les. A mesure qu’on immolera le porc, l’agneau et le veau, on dira : Sois glorifié par cette victime suovitaurilienne. II n’est point permis de prononcer les mots porc, agneau, veau. Si ces victimes n’ont point apaisé la divinité, on fait cette prière : Mars notre père, si quelque chose t’a déplu dans ce sacrifice des trois jeunes victimes, accepte en expiation ces trois autres. Si on présume que l’une ou deux des victimes n’a pas été agréée, on fait cette prière : Mars notre père, puisque le sacrifice de ce porc ne t’a pas été agréable, accepte ce porc en expiation.

Chapitre 142[modifier]

Devoirs de l’intendant. Il fera ce que le maître commande, exécutera les travaux que réclame la terre. Il fera les achats et les préparatifs convenables ; il se procurera et soignera les provisions de bouche et des vêtements pour les gens de la ferme ; il écoutera surtout attentivement les ordres du maître. II faut de plus qu’il se mette en rapport avec la ménagère, et qu’il sache lui donner ses ordres pour que le maître, à son arrivée, trouve préparé et bien en ordre ce dont il a besoin.

Chapitre 143[modifier]

Devoirs de la première servante. II surveillera la ménagère, afin qu’elle remplisse ses devoirs. Si le maître te l’a donnée pour épouse, n’en cherche point d’autres. Inspire-lui de la crainte, et fais en sorte qu’elle ne soit point prodigue ; qu’elle voie le moins possible ses voisines ou d’autres femmes ; qu’elle ne reçoive personne ni à la ferme, ni chez elle ; qu’elle ne mange point ailleurs et ne soit pas coureuse : qu’elle ne fasse point de sacrifice ; qu’elle ne charge personne d’en faire pour elle ; sans l’ordre du maître on de la maîtresse ; qu’elle se souvienne que le propriétaire offre des sacrifices pour tous ses gens. Amie de la propreté, qu’elle tienne toujours la ferme propre et balayée : A l’arrivée des kalendes, des ides, des nones et des jours de fête, elle suspendra au foyer une couronne de fleurs. Dans ces jours elle consacrera tous ses loisirs à prier les lares de la maison. Que toujours elle ait des aliments préparés pour toi et pour les gens ; qu’elle ait un poulailler bien peuple et des oeufs en abondance ; qu’elle fasse une ample provision de poires sèches, de sorbes, de figues, de raisins cuits au soleil, de sorbes confites dans du vin cuit, des poires et des raisins en caisse, et des coings. Qu’elle enfouisse dans la terre des pots contenant des raisins stratifiés avec des marcs. Qu’elle tienne également sous la terre des noix fraîches de Préneste enfermées dans des pots de terre. Qu’elle ait en réserve des coings de Scantium, des coings sauvages, et tous les autres fruits de garde. Cette provision doit se renouveler avec soin toutes les années. Elle saura se procurer de bonne farine et du gruau fin.

Chapitre 144[modifier]

Conditions pour la récolte des olives. Voici à quelles conditions il convient de donner à forfait la récolte des olives. Que toutes les olives soient diligemment récoltées à la guise du propriétaire, ou de son remplaçant, ou de celui a qui les fruits ont été vendus. On ne les pincera point, on ne les gaulera pas non plus sans l’ordre du maître. Si quelqu’un enfreint la loi, son travail ne sera payé ni à lui, ni à l’entrepreneur de la cueillette. Ceux qui sont occupés à la récolte jureront devant le maître, ou devant son préposé, qu’ils n’ont soustrait, ni eux ni leurs camarades, aucune portion de la récolte d’olives faite sur le domaine de L. Manlius. Si quelqu’un refuse le serment, ni le propriétaire ni l’entrepreneur ne lui payeront point sa part proportionnelle, et il ne lui sera rien dû. Il présentera une caution pour la bonne récolte des olives, n cette caution devra être agréée par L. Manlius. Les échelles seront rendues dans le même état qu’elles auront été prêtées, excepté celles qui auraient été brisées par suite de vétusté. Si elles sont détériorées, on en rendra de pareilles, ou bien le prix en sera déduit par experts. Si par la faute de l’entrepreneur le propriétaire éprouve quelque dommage, il faut entrer en composition. On prendra pour arbitre un homme bien famé. L’entrepreneur est tenu d’avoir assez de monde pour cueillir et pour amasser les olives ; s’il le fait pas, on diminue sur le prix la valeur du travail qu’il a cédé ou sous-loué. Il ne s’appropriera ni fruit, ni bois provenant de la plantation. Si quelqu’un de ses ouvriers en emporte, on déduira sur le prix convenu quarante sestertil pour chaque soustraction, et l’entrepreneur ne donnera pas cette somme à l’ouvrier. Toutes les olives seront mesurées bien propres dans le boisseau à olives. Il occupera constamment cinquante personnes, dont les deux tiers pour faire la récolte à la main. Il ne faut pas permettre qu’un ouvrier employé à la récolte ou au pressurage des olives soit payé plus cher que de coutume, à moins que l’entrepreneur n’affirme qu’il se l’est associé pour ce moment. Si cela a lieu, le maître ou son préposé peut exiger le serment de tous les associés. S’ils refusent de jurer, personne ne paye ni ne doit payer le travail qu’exigent la récolte et la manipulation des olives. La bonne main pour une récolte de douze cents muids sera de cinq muids d’olives salées, neuf livres d’huile épurée, cinq sestertii et cinq quadrantals de vinaigre pour toute la récolte ; si l’on ne donne point d’olives salées, on payera chaque muid à raison de cinq sestertii.

Chapitre 145[modifier]

Conditions pour la fabrication de l’huile. Marché à forfait pour le pressurage de l’olive. Travaillez consciencieusement au gré du propriétaire ou de l’homme à qui il a confié la surveillance de la fabrication. Employez, si cela est nécessaire, des séries d’ustensiles. Choisissez pour ouvriers des hommes agréables au surveillant ou à celui qui a acheté l’huile. Servez-vous du trapète. Si le propriétaire a été forcé de louer de ouvriers supplémentaires, ou de faire marché avec un autre, entrez en composition, ou le prix convenu vous sera forcément diminué. Ne détournez aucune portion de l’huile, ni pour vous en servir ni pour la dérober, et n’employez que celle qui vous aura été donnée par le surveillant ou par le propriétaire. Si on a volé de l’huile, chaque soustraction sera punie d’une amende de quarante sestertii, ou d’une égale diminution sur le prix. Ceux qui fabriquent l’huile jureront devant le propriétaire ou devant son intendant qu’il n’ont soustrait, eux ni personne, ni huile ni olive de la provenance du domaine de L. Manlius. Ceux qui ne prêteront point ce serment ne recevront pas de l’entrepreneur le prix de leur travail, et le propriétaire ne le devra pas à l’entrepreneur. Ne vous associez personne sans l’agrément de propriétaire ou du surveillant. Si par la faute de l’entrepreneur le propriétaire a éprouvé quelque dommage, on fera une déduction sur l’estimation d’un homme d’une probité reconnue. S’il demande de l’huile verte, le propriétaire donnera de l’huile et du sel pour prix supplémentaire et deux victoires.

Chapitre 146[modifier]

Vente des olives sur pied. Olives à vendre sur pied dans le territoire de Vénafre. L’acheteur ajoutera au prix d’adjudication le centième pour franc-vingt. L’enchère actuelle est à cinquante sestertii, quinze cents livres d’huile poids de Rome, deux cents livres d’huile verte, cinquante muids d’olives tombées, dix muids d’olives cueillies à la main, le tout mesuré avec le muid à olives, dix livres d’huile à graisser. Pour l’usage des poids et des muids on abandonnera au maître deux cotyle de la première huile qui coulera. L’adjudicataire, quand même il aurait sous-loué, payera les olives récoltées et pressurées dans l’espace de dix mois à partir des calendes de novembre, sans reculer le payement après les ides. Ces fournitures seront livrées de bonne foi et sans retenue soit au maître, soit a son préposé, et on sera tenu de présenter une caution. Jusqu’à ce que l’acheteur se soit libéré en totalité ou du moins en grande partie, les ustensiles qu’il aura apportés sur le fonds serviront de nantissement, et on ne pourra en emporter quoi que ce soit. Si l’on en emporte, ils appartiendront au maître. Les pressoirs, les câbles, les échelages, les trapètes, et tous les objets qui auront été prêtés par le maître seront remis en bon état, à l’exception de ceux qui auront été brisés par vétusté. Si l’adjudicataire ne paye pas ce qu’il doit aux ouvriers employés à la récolte et au pressurage, le propriétaire payera, s’il le juge à propos ; mais l’adjudicataire devra et remboursera cette somme au propriétaire, et ses ustensiles cautionneront cette somme, comme il a été dit ci-dessus.

Chapitre 147[modifier]

Vente des raisins pendants. L’acheteur laissera sur place les lies et les marcs de raisin, sans les épuiser. Il emportera son vin aux premières calendes d’octobre ; s’il n’est pas emporté, le maître en disposera à son gré ; les autres conditions sont les mêmes que pour les olives sur pied.

Chapitre 148[modifier]

Vente du vin en cercles. Chaque culleus livré à l’acheteur se mesurera sur le pied de quarante et une urnes de vin qui ne sera ni acide ni graisseux. On le fera déguster trois jours avant la vente par un gourmet expert. Si l’acheteur ne le fait pas, le vin sera tenu pour dégusté. Si par le fait du propriétaire la dégustation n’a pu être effectuée sous trois jours, il sera laissé à l’acheteur un délai proportionnel au retard. Le vin sera mesuré avant les calendes de janvier qui suivront la vente ; sinon, il sera mesuré aux risques du propriétaire, en lui comptant néanmoins ce qui aura été mesuré auparavant- Si l’acheteur l’exige, le propriétaire jurera qu’il l’a fait en conscience. L’acheteur enlèvera le vin aux calendes d’octobre. S’il ne le fait pas, le propriétaire en disposera ; les autres charges sont les mêmes que pour l’olive sur pied.

Chapitre 149[modifier]

Location d’un pâturage. Conditions de louage pour un pâturage d’hiver. Déterminez les limites du pâturage, et permettez-en la dépaissance aux calendes de septembre ; si l’herbage est sec, défendez-en l’entrée lorsque les poiriers commenceront à fleurir ; si la prairie est arrosée, la dépaissance cessera aussitôt que les voisins de chaque côté le permettront, ou bien prenez avec eux un jour fixé d’avance. Dans tout autre cas, le pâturage cessera aux calendes de mars. Le maître se réservera le droit, pendant toute la durée du pacage, de mettre sur son terrain une paire de bœufs domptés et un cheval de somme : il se réservera également l’usage des légumes, des asperges, des bols, de l’eau, et le droit de passage. Si l’herbager ou les gardiens font éprouver quelque dommage au propriétaire, on s’en référera à la décision d’un homme juste : il en sera de même si le locataire a été lésé soit car le propriétaire, soit par ses gens, soit par ses troupeaux. Jusqu’à ce que le prix de location ait été payé en numéraire ou par hypothèque, les troupeaux et ceux qui les soignent servent de nantissement au propriétaire ; s’il s’élève des contestations sur différents points, elles seront portées au tribunal de Rome.

Chapitre 150[modifier]

Cession du revenu d’un troupeau. Conditions pour la cession du rendement d’un troupeau de brebis. L’usufruitier donnera au propriétaire pour chaque tête une livre et demi de fromage mi-sec, la moitié du lait qu’on traira les jours de fêtes, et de plus une urne de lait. A ces conditions on comptera comme faisant partie de l’usufruit tout agneau qui aura vécu un jour et une nuit, et l’usufruit finira aux calendes de juin ; ce sera à celles de mai si l’année est intercalaire. Le preneur ne promettra pas plus de trente agneaux. Les brebis non fécondes seront comptées sur le pied de deux pour une, relativement à la rente. Les agneaux et la laine ne se vendront qu’en plein jour. La caution ne sera levée qu’après dix mois. Le petit-lait de dix brebis servira à l’engraissement d’un porc. Le preneur fournira aussi pendant deux mois un berger qui servira de gage jusqu’à ce que le propriétaire soit payé ou soldé en hypothèques.


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