De l’Imitation de Jésus-Christ (Brignon)/Livre 4/15

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Traduction par Jean Brignon.
Bruyset (p. 345-347).


CHAPITRE XV.
Que la grace de la devotion est le fruit de l’humilité & de l’abnégation de soi-même.
Le Maistre.

IL faut que vous désiriez avec ardeur la grace de la devotion, que vous la demandiez instamment, que vous l’attendiez patiemment & avec confiance, que vous la receviez avec action de graces, que vous la conserviez avec humilié, que vous y cooperiez avec ferveur, & qu’enfin vous vous resignez entiérement à la volonté divine de quelque maniere, & en quelque tems qu’il plaise au Seigneur de vous visiter.

Vous devez sur tout vous humilier, quand vous sentez que la devotion vous manque : mais il ne faut pas pour cela vous décourager, ni vous attrister excessivement.

Dieu donne souvent tout d’un coup, & lorsqu’on s’y attend le moins, ce qu’il a long tems refusé : il donne aussi quelquefois à la fin de l’Oraison ce qu’il ne vouloit pas donner au commencement.

S’il donnoit trop tôt & à contretems ce qu’on lui demande, l’homme encore foible n’en pourroit pas profiter.

C’est pourquoi vous devez attendre que Dieu vous communique l’esprit de devotion, & esperer que vous l’obtiendrez enfin par votre patience.

Mais s’il ne veut pas vous le donner, ou qu’aprés vous l’avoir donné, il vous l’ôte insensiblement, ne vous en prenez qu’à vous-même, & n’en atrribuez la cause qu’à vos pechez.

Ce qui empêche qu’on ne l’obtienne, ou qu’on n’en sente l’effet, est quelquefois assez peu de chose ; si toutefois on doit compter pour peu de chose ce qui prive l’ame d’un si grand bien.

Quoiqu’il en soit, tâchez seulement de surmonter cet obstacle, quel qu’il puisse être, grand ou petit, & vous aurez tout ce que vous souhaitez.

Car du moment que vous vous serez résigné entre les mains du Seigneur, ne cherchant en rien vôtre propre satisfaction, mais vous proposant de lui plaire en tout, vous vous trouverez dans une grande tranquillité, & intimement uni à lui, parce que tout votre contentement sera d’accomplir la divine volonté.

Ceux donc qui n’envisagent que Dieu seul, avec un cœur simple, & une intention droite, & qui sçavent se défaire de toute passion de haine ou d’amour pour les créatures, ceux là méritent d’obtenir du Ciel la grace de la devotion.

Car quand Dieu trouve des vaisseaux vuides, il y verre liberalement ses benedictions celestes.

Et à proportion qu’un homme s’efforce de se détacher des choses d’ici-bas, de s’humilier, de mourir entierement à lui-même, il reçoit une plus grande abondance de graces, & est plus libre pour se porter aux choses du Ciel.

Alors il voit que la main du Tout-puissant est avec lui ; il le voit, il est surpris de cette merveille, il en est ravi, & tout transporté de joye ; il s’abandonne pour toûjours à la conduite de son Seigneur & de son Dieu.

C’est ainsi qu’est beni celui qui cherche Dieu de tout son cœur ; & l’on peut dire avec raison qu’il n’a pas reçu son ame en vain. Car c’est à lui principalement que nôtre-Seigneur se communique dans la sainte Eucharistie ; parce que s’il s’en approche ce n’est point pour sa propre consolation, ni pour sa propre devotion, mais pour la seule gloire de Dieu, préferable à toute devotion & à toute consolation.