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De l’ancienne médecine (trad. Littré)/Argument

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Traduction par Émile Littré.
Baillière (1p. 557-569).

ΠΕΡΙ ΑΡΧΑΙΗΣ ΙΑΤΡΙΚΗΣ.

DE L’ANCIENNE MÉDECINE.


ARGUMENT.

Le livre de l’Ancienne Médecine contient à la fois une polémique, une méthode et un système ; c’est ce qui m’a décidé à le mettre en tête de ce que je regarde comme les œuvres propres d’Hippocrate ; car, placé ainsi, il forme une sorte d’introduction, d’autant meilleure et plus fidèle qu’elle est due à l’auteur lui-même et qu’il ne s’y mêle rien d’étranger.

Je vais examiner successivement sur quoi porte la polémique, quelle est la méthode, en quoi consiste le système.

La polémique est dirigée contre ceux qui, posant d’abord une hypothèse, en font dériver, comme d’une seule cause, l’origine de toutes les maladies. Expliquons cela davantage. Du temps d’Hippocrate, les médecins admettaient le chaud, ou le froid, ou le sec et l’humide, dans le corps humain ; c’était leur hypothèse : et, cela fait, ils faisaient dériver toutes les maladies ou du chaud ou du froid, ou du sec, ou de l’humide. J’ai eu déjà l’occasion de m’expliquer, dans l’Introduction, p. 192, sur ce qu’il faut penser de ces qualités ; et ici je dirai seulement que les anciens médecins qui attribuaient à une seule d’entr’elles toutes les maladies, ne faisaient pas autre chose que ceux qui, parmi les modernes, ont attribué toutes les maladies soit au genre nerveux, soit aux altérations du sang.

Hippocrate les combat par une double argumentation, l’une particulière, l’autre générale.

L’argument particulier est celui-ci : un homme épuisé par un mauvais régime, le guérirez-vous par le chaud, ou le froid, ou le sec, ou l’humide ? Non, vous le guérirez par un bon régime, sans savoir dire quelles sont les qualités qui dominent dans les substances réparatrices que vous lui administrez. De plus, quand vous prescrivez une substance à un malade, pouvez-vous dire qu’elle soit simplement chaude, ou froide, ou sèche, ou humide, et n’est-elle pas douée d’une foule d’autres propriétés efficaces ? Il est donc vrai que votre hypothèse est en contradiction avec les faits.

Mais elle ne l’est pas moins avec la philosophie de la science, et c’est là l’argument général. Nul, dit Hippocrate, n’est autorisé à placer la médecine sur une hypothèse quelle qu’elle soit ; car la médecine a des faits positifs desquels il faut partir de préférence à toute supposition. Hippocrate ne permet l’hypothèse que là où les observations directes manquent, et il cite pour exemple les objets célestes ou les objets cachés sous la terre. Alors, retraçant l’enchaînement même de l’expérience médicale, et y rattachant la sûreté de la science, il reprend de haut le commencement de la médecine, il montre qu’elle a des analogies avec les améliorations que l’alimentation primitive des hommes reçut dans le cours des siècles ; puis il expose comment se révélèrent les mauvais effets de la nourriture dans les maladies ; et enfin il enseigne comment la médecine proprement dite est née de cet ensemble d’observations réelles et positives, découverte si belle et si utile qu’on a cru devoir la consacrer en l’attribuant à un Dieu. Cette vue de la naissance de la médecine est fondée sur de très anciennes idées. Ainsi Isocrate dit en parlant des Égyptiens : « Ils ont inventé la médecine pour le soulagement des hommes, non cette médecine qui use de remèdes périlleux, mais celle qui se sert de moyens aussi sûrs, dans leur emploi, que notre nourriture quotidienne, et qui est si avantageuse que les Égyptiens sont, de l’aveu de tous, le peuple le plus sain et vivant le plus long-temps[1]. » Strabon parle de même de la médecine des Indiens, laquelle a recours le plus souvent, non aux médicaments, mais à l’alimentation[2].

C’est dans cette masse d’expériences, c’est dans ce passé tout entier qu’est posée la base de la médecine ; c’est de là qu’il faut partir sous peine de s’égarer. Une hypothèse substituée à la réalité que l’on possède ici, est une déviation de la vraie route, et une erreur capitale, qui change une science véritable en une spéculation vide et sans fondement. Hippocrate va jusqu’à dire que par une autre méthode il est impossible de rien trouver, n’admettant pas que l’on puisse trouver quelque chose si on s’appuie sur une hypothèse, et croyant que séparer des faits la science, c’est la séparer de sa racine et la frapper de stérilité.

Hippocrate appelle nouveaux les systèmes qui cherchaient, dans un élément unique, ou le jeu régulier de la vie ou les altérations de la maladie ; en effet ces systèmes provenaient de l’influence de l’école d’Élée. Xénophane, Parménide, Zénon, Mélissus avaient soutenu que l’univers forme une immense unité ; Zénon même avait introduit, dans sa physique, les quatre qualités du chaud, du froid, du sec et de l’humide. Ces philosophes étaient antérieurs à Hippocrate ; leur doctrine influa, comme cela arrive toujours, sur la médecine ; et le temps nécessaire pour que cette influence se fît sentir, explique connnent Hippocrate signale la nouveauté des opinions qui importent, dans la pathologie, l’idée systématique des Éléates, et veulent rattacher à une seule cause l’origine de toutes les maladies. Le gendre d’Hippocrate, Polybe, combat en physiologie une doctrine semblable et il remarque expressément que soutenir l’unité de composition du corps, c’est justifier la doctrine de Mélissus[3].

En faisant la critique de ceux qui, de son temps, prétendaient ramener à une ou à deux causes l’origine de toutes les maladies, Hippocrate a condamné d’avance tous les systèmes qui reposent sur une base semblable. Ses arguments, dirigés contre des médecins disciples de la philosophie d’Elée, portent, dans la série des siècles, contre les Pneumatiques, qui plaçaient les maladies dans le pneuma, contre les Méthodiques, qui les attribuaient au laxum et au strictum ; contre les Iatrochimistes, qui en accusaient ou la fermentation, ou l’alcalinité, ou l’acidité ; contre ceux enfin qui les imputaient à l’incitabilité ou à l’irritation. Dans tous ces systèmes en effet, on part d’une hypothèse : c’est qu’il n’y a dans le corps que la propriété d’après laquelle on systématise toute la pathologie ; or, l’hypothèse est trompeuse, dit Hippocrate, elle éloigne des réalités, et il ajoute qu’elle est même inutile dans une science qui a des faits pour point de départ. Stahl a répété avec une grande justesse, après Hippocrate : « Debet ante omnia medica pathologia occupari circa res veras qua vere sunt et existunt (Stahl, p. 442).

La méthode d’Hippocrate ressort immédiatement de sa polémique ; avant tout, il veut que la médecine s’étaie sur les observations, sur les faits, sur ce qu’il appelle la réalité, mais ce n’est pas tout, et là ne se borne pas la règle qu’il impose. Les observations, les faits la réalité sont bien sans doute ce que chacun voit et éprouve[4] ; mais le domaine en est encore plus étendu, et la tradition de la science fournit des observations, des faits, une réalité qu’il faut prendre en considération et développer par un sage emploi du raisonnement, λογισμῷ προσήκοντι. Certes, il est impossible d’avoir une vue plus nette et plus étendue de l’étude de la médecine.

Voilà la méthode d’Hippocrate ; voici son système. Il vit, dans le corps humain, pendant la santé et pendant la maladie, les humeurs se modifier et se lier, par leurs modifications mêmes, aux conditions de ces deux états. Il en conclut que la santé est maintenue par le juste mélange des humeurs, et que la maladie est produite par leurs inégalités. Il admit encore, attendu le changement de ces humeurs, qu’elles subissent une coction qui les fait rentrer dans leurs justes limites. Enfin, le temps étant une condition nécessaire du développement pathologique, il essaya de constater la règle des crises et des jours critiques.

Tel est son système ; mais, remarquons-le bien, il n’a cru, dans tout cela, faire aucune hypothèse ; car il appelle hypothèse ce qui est une pure conception de l’esprit, sans démonstration possible ; et lui, il s’appuie sur des faits et des observations dont il pense faire un légitime usage.

Le temps, qui a passé sur sa méthode sans l’altérer, n’a pas respecté son système. J’ai parlé ailleurs, en général, de la pathologie humorale, de la coction et des crises[5], et je retrouverai plus loin l’occasion d’en examiner certaines applications particulières. Seulement je ferai remarquer qu’Hippocrate a essayé d’ajouter, à sa doctrine des humeurs, quelques notions sur l’influence de la structure des organes. Mais là l’imperfection des connaissances de son temps ne lui a pas permis de s’élever à des considérations étendues ; et, en comparant le peu qu’il en dit, avec les longs détails qu’il donne sur les mouvements des humeurs, on voit combien l’observation de ces mouvements avait été plus cultivée par les anciens médecins que l’observation des organes.

J’ai recherché à quels systèmes antérieurs pouvait se rattacher le système d’Hippocrate, et il m’a semblé que l’idée fondamentale provient d’Alcméon, et par conséquent dérive d’une source pythagoricienne. En effet, avant qu’Hippocrate ne prétendît que le juste mélange des qualités, δύναμιες, est la cause de la santé, et leur dérangement la cause de la maladie, Alcméon avait dit : « Ce qui maintient la santé, c’est l’égale répartition des qualités, δυνάμεων, de l’humide, du chaud, du sec, du froid, de l’amer, du doux et des autres ; la domination d’une seule d’entre elles produit les maladies, et cette domination est délétère[6]. » Ce système est exactement celui d’Hippocrate ; le sens et même les expressions sont semblables. Le juste mélange, la crâse, l’isonomie, la symétrie et l’harmonie, étaient, dans le fond, des doctrines pythagoriciennes. Philolaus, autre pythagoricien, avait dit de la façon la plus générale, que, les principes des choses n’étant ni semblables ni homogènes, il était impossible qu’ils fussent ordonnés, si l’harmonie ne les pénétrait de quelque manière que ce fût[7]. Ce principe, dans son application particulière à l’organisation du corps, s’est traduit par l’harmonie, par la symétrie, par le juste mélange des humeurs. L’harmonie, dans le langage pythagoricien, était synonyme de symétrie[8]. Du moment que la doctrine d’Hippocrate est ainsi rattachée à un philosophe pythagoricien, il n’est plus étonnant d’y trouver les nombres jouissant d’une grande importance. De là la recherche attentive des jours critiques, et les calculs qu’Hippocrate, en divers endroits de son livre, a fondés sur cette considération. Galien assure que la priorité de la doctrine de la crâse appartient à Hippocrate ; en cela il se trompe, nous venons de le voir, mais il ajoute que cette doctrine distingue Hippocrate d’Empédocle, et que ce dernier, attribuant, il est vrai, la composition de notre corps et de tous les corps situés autour de la terre aux mêmes quatre éléments, l’attribue, non au mélange de ces éléments, mais à leur juxtaposition dans leurs parties les plus ténues[9]. Hippocrate différait donc d’Empédocle en un point essentiel. De là vient la réprobation dont il l’a frappé dans une phrase du traité de l’Ancienne médecine, phrase qui manque dans tous les imprimés, et dont je dois l’importante restitution à un manuscrit.

C’est dans le cours de l’exposition de son système que, s’interrompant tout-à-coup, il consigne une grande pensée, qui est le résumé de toute sa philosophie sur la science de la vie, à savoir, que, pour étudier le corps humain, il faut l’étudier dans ses rapports avec toute chose. Cette pensée a été relevée et citée par Platon, et c’est sous l’inspiration du philosophe et du médecin que Pascal a dit : « Les parties du monde ont toutes un tel rapport et un tel enchaînement l’une avec l’autre, que je crois impossible de connaître l’une sans l’autre et sans le tout. »

Les philosophes et médecins combattus par Hippocrate, étudiant le corps humain en soi, déduisaient tous les changements qu’il subit de la considération d’une seule propriété ; et ils tiraient cette déduction en vertu d’une doctrine assez semblable à celle de certains médecins de nos jours qui ont expliqué toutes les maladies par les lésions anatomiques. Au contraire, Hippocrate regarde le corps vivant comme une substance dont les propriétés ne peuvent être déterminées à priori, ni en vertu, disait-il alors, de la composition du chaud, du froid, du sec ou de l’humide, ni en vertu, aurait-il dit de nos jours, de la texture des parties. Les chercher de cette façon, c’est les chercher par une mauvaise route ; et ces propriétés ne se laissent pénétrer que par une expérimentation générale qui constate quels effets la substance vivante reçoit de chaque chose. La connaissance de ces effets constitue la connaissance du corps humain. C’est là ce que j’appellerai le vitalisme d’Hippocrate, vitalisme qui, prenant la vie comme une chose positive et l’être vivant comme une substance, en recherche les rapports d’action et de réaction avec les divers objets de la nature ; vitalisme qui restera éternellement vrai à côté de tous les travaux qui ont pour but et ont eu, il faut ajouter, pour résultat de jeter, par l’examen de la forme et de la texture, une grande lumière sur certains phénomènes de l’organisme. À mesure que l’explication avance, la vie recule, elle s’échappe, et à jamais demeurera insaisissable ; de sorte que nous devons toujours considérer l’être qu’elle anime, comme un corps doué de propriétés qu’il s’agit d’étudier par l’expérience, comme un corps duquel il faut apprendre, ainsi que le dit Hippocrate, comment il se comporte à l’égard de chaque chose. Or, c’est ce que rien au monde ne pourrait faire deviner à priori. Qui, pour me servir d’un exemple choisi par Hippocrate lui-même, aurait prévu, en recherchant l’organisation du cerveau, que le vin en dérange les fonctions ? Et à qui encore la connaissance anatomique du corps humain aurait-elle appris que les miasmes marécageux produisent une fièvre intermittente ?

C’est ici le lieu de remarquer (car Hippocrate lui-même me conduit à cette remarque, qui ne me semble pas sans importance) que la physiologie se compose de trois parties essentielles : la première est l’étude du développement de l’être depuis la fécondation jusqu’à la mort ; la seconde est l’étude du mécanisme des fonctions ; la troisième est l’étude des effets que l’organisme, en tant que substance vivante, éprouve de toutes les choses avec lesquelles il se trouve en rapport. Ces trois parties ont été très inégalement traitées ; en général, les modernes ont donné une attention particulière à la seconde. Les recherches anatomiques et les expériences physiologiques ont produit de très grands résultats et éclairé le jeu de plusieurs fonctions qui étaient restées un mystère pour nos prédécesseurs. La première partie, c’est-à-dire le développement de l’individu depuis le commencement jusqu’à la fin de la vie, a commencé à être traitée avec tout le soin qu’elle mérite, et elle forme une longue et admirable section du grand ouvrage de M. Burdach[10]. Mais la troisième partie n’a pas encore obtenu autant de considération ; elle appartient plus directement à l’hygiène et à la pathologie, et elle a appelé plus que les autres l’attention d’Hippocrate et des anciens en général.

Le livre de l’Ancienne Médecine, si remarquable par la rectitude du jugement et par la profondeur des pensées, ne l’est pas moins par la beauté et l’excellence du style ; là, la forme est en tout digne du fond. Les périodes, généralement longues, sont construites avec une régularité parfaite ; les membres de phrase s’y balancent et s’y complètent de manière à satisfaire aussi bien l’oreille que l’esprit ; l’expression, pleine de justesse et de clarté, est toujours grave et ferme ; et cependant elle se colore d’intervalle en intervalle, de façon qu’on reconnaît l’écrivain qui, maître de son sujet et de lui-même, s’arrête dans les limites tracées par un goût naturel. C’est certainement un beau morceau de la littérature grecque ; et ce traité est un modèle achevé de la discussion scientifique sur les points généraux et élevés de la médecine.

Peut-être était-il difficile de reconnaître ces mérites dans les précédentes éditions, telles qu’elles donnent le traité de l’Ancienne Médecine : c’est un des livres qui ont le plus souffert de la négligence des copistes, et c’est aussi un des livres où la collation des manuscrits m’a permis d’apporter les changements les plus considérables, et, j’ose dire, les plus heureux. J’ai pu remplir des lacunes, rendre clairs des passages ou très obscurs ou absolument inintelligibles, rétablir la régularité des phrases troublée en plusieurs endroits, et publier, au lieu d’un texte interrompu çà et là par des taches, par des omissions, par des altérations de toute nature, un texte épuré où tout marche et se suit sans difficulté. Il n’y a guère que deux ou trois points où les manuscrits m’ont fait défaut, et où j’ai eu recours aux conjectures. Ceux qui compareront le texte vulgaire avec celui que j’ai imprimé, et qui jetteront un coup-d’œil sur les variantes que j’ai recueillies et discutées reconnaîtront les améliorations importantes que le livre de l’Ancienne Médecine doit à une collation exacte des manuscrits.

En résumé, le livre de l’Ancienne Médecine donne une idée des problèmes agités du temps d’Hippocrate, et de la manière dont ils étaient débattus. Il s’agissait, dans la plus grande généralité de la pathologie, de déterminer la cause des maladies ou, en d’autres termes, de poser les bases d’un système de médecine. Certains médecins disaient que cette cause, étant une, résidait dans une propriété unique du corps, propriété qu’ils spécifiaient. Hippocrate répétait qu’en fait, cela était en contradiction avec l’expérience, qu’en principe une hypothèse était suspecte et stérile, et qu’il n’y avait de sûreté que dans l’étude des faits et dans la tradition de la science qui y ramène. Ainsi, quatre cents ans avant J.-C., on essayait de rattacher toute la médecine à une seule propriété hypothétique, comme on l’a essayé de nos jours ; mais cette propriété était ou le chaud, ou le froid, ou l’humide, ou le sec. Quatre cents ans avant J.-C., un esprit sévère et éclairé combattait de telles opinions au nom de l’expérience, montrait que les causes des maladies ne pouvant pas se ramener à une seule, le champ de la pathologie générale était bien plus vaste qu’on ne croyait ; et formulait ce que l’observation lui avait permis de conclure ; mais sa conclusion n’embrasse guère que le trouble dans le mélange des humeurs, que leur coction et leurs crises. Depuis lors, la méthode de ceux qu’Hippocrate avait combattus, et la méthode d’Hippocrate, l’hypothèse et l’observation se sont perpétuées, ainsi que le témoigne l’histoire de la médecine ; mais ce ne sont plus ni l’ancienne hypothèse, ni l’ancienne observation.

Il est certainement instructif d’étudier, dans le cours du temps, les problèmes tels qu’ils ont été posés, et les discussions qu’ils ont soulevées. On le voit, la science antique a de grandes ressemblances avec la science moderne ; dès l’époque que nous sommes forcés de regarder comme l’aurore de la médecine, dès les premiers monuments que nous possédons, les questions fondamentales sont débattues, et les limites de l’esprit humain sont touchées. Mais en dedans de ces limites, la science trouve, dans une immensité inépuisable de combinaisons, les matériaux qui la font grandir ; et il est impossible de ne pas reconnaître que, sur un sol et avec les aliments que lui fournissent les choses et l’expérience, elle se développe en vertu d’un principe interne de vie, qui réside dans l’enchaînement nécessaire de son développement successif.

Bibliographie.

Le traité de l’Ancienne Médecine a été l’objet des publications suivantes :

Zvingerus l’a publié, dans sa collection, avec le texte grec, des variantes et une traduction. C’est une fort bonne édition. Il y a joint un commentaire difficile à lire à cause de la forme tabellaire.

Gorræus a donné (in-4o 1544), avec la traduction latine, le texte grec ; c’est encore un bon travail.

Cornarius l’a publié en latin (Basil. 1543 in-4o).

Euseb. Schenk, Dissertatio de iis quæ Hippocrates tradidit in proæmio de veteri medicina, 1619 in-4o. Je n’ai pas vu cette dissertation.


Ex libris Hippocratis de nova et prisca arte medendi deque diebus decretoriis epithomae Michælis Angeli Blondi. Romæ 1545. C’est une simple traduction des traités de l’Art et de l’Ancienne Médecine, traduction qui m’a paru mauvaise.


Fl. Schuyl pro veteri medicinâ, Lugd. Bat. et Amstelod. apud Gaabesquios. 1670, in-24. C’est une polémique en faveur de Sylvius, où l’auteur s’appuie beaucoup du livre de veteri medicina.


In Hippocratis librum de veteri medicina Lucæ Antonii Portii Neapolitani paraphrasis, Romæ, 1681. C’est une traduction très libre où l’auteur a introduit quelques développements. Il pense que la doctrine qu’Hippocrate expose dans ce traité est celle de Démocrite. J’ai fait voir qu’Hippocrate avait emprunté à Alcméon une de ses notions fondamentales sur la santé et la maladie.


Divers traités sur les panacées, ou remèdes universels, sur les abus de la médecine ordinaire, avec une traduction d’Hippocrate de la cause des maladies, et des avis de Van Helmont sur la composition des remèdes, par Jacques Massard, doyen du collège des médecins de Grenoble, de l’académie royale des nouvelles découvertes de médecine, à Paris. 2e édition. Amsterdam, 1686, in-24.

L’auteur qui intitule le traité de l’Ancienne Médecine traite de la cause des maladies et de l’ancienne médecine, dit p. 87, dans un court préambule : « Hippocrate a composé ce traité de l’ancienne médecine contre certains novateurs de son temps qui établissaient pour la cause des maladies le chaud et le froid, le sec et l’humide, et par ce faux principe, renversaient le fondement de l’ancienne médecine. Ce grand homme combat cette erreur dangereuse, et fait voir que le fondement de la médecine doit être sensible, qu’il faut juger des aliments et des remèdes par le rapport qu’ils ont avec la nature et suivant les biens et les maux qu’on en reçoit, et non pas sur des suppositions imaginaires, comme faisaient ces nouveaux auteurs. Il prouve que les aliments ne profitent ou n’incommodent pas en tant que chauds et en tant que froids, mais par le rapport qu’ils ont avec la nature et suivant les biens et les maux qu’on en reçoit. »

Suit la traduction, où l’auteur a supprimé plusieurs passages.


Jo. Henr. Schulze, De medico vehementer laudari digno ad Hippocratem de veteri medicina, Halæ, 1755, in-4o. Je n’ai pas vu cette dissertation.

  1. Isocr. in laude Busiridis.
  2. P. 677, Basil., 1549.
  3. Τὸν Μελίσσου λόγον ὀρθοῦν. Pag. 20, Éd. Frob.
  4. À ce sujet je ne puis m’empêcher de signaler une ηouvelle ressemblance de Platon, avec l’auteur du livre de l’Ancienne Médecine. Hippocrate y dit qu’il ne faut pas s’écarter de la réalité (ἀποτεύξεσθαι τοῦ ἐόντος). Platon dit de même, que l’être qui pourrait se dépouiller des sens et de tout le corps pour n’user que de l’intelligence, rencontrerait plus que tout autre, la réalité (ὁ τευξόμενος τοῦ ὄντος, Phœdon, t. 1, p. 114, Éd. Tauchn.)
  5. Voyez à ce sujet le livre de M. Houdart, intitulé : Études historiques et critiques sur la vie et la doctrine d’Hippocrate, Paris 1836. M. Houdart combat, avec beaucoup de vivacité, les points principaux du système hippocratique. Il a très bien saisi le caractère pronostique de ce système, caractère qui a déterminé la rédaction des histoires particulières des Épidémies. Il a traité, avec une grande liberté d’esprit, toutes les fables dont on a orné la vie du médecin de Cos ; enfin quoiqu’il ne se soit occupé qu’en passant de l’authenticité des différents écrits de la Collection hippocratique, il a reconnu et montré, comme avait fait avant lui M. Ermerins dans sa Thèse, que les Prénotions de Cos ont servi de matériaux au Pronostic d’Hippocrate. On voit que le livre de M. Houdart est un ouvrage où j’ai puisé des idées et des démonstrations qui m’ont instruit.
  6. Plut., De plac. phil., v, 30.
  7. Ἐπεὶ δέ ἀρχαὶ ὑπῆρχον οὐχ ὅμοιαι οὐδ’ ὁμόφυλοι ἐοῦσαι, ἤδη ἀδύνατον ἦν ἂν καὶ αὐταῖς κοσμηθῆμεν, εἰ μὴ ἁρμονία ἐπεγέντο, ᾧτινι ἂν τρόπῳ ἐγένετο. Stob., Ecl., 1, p. 460 ; Bœckh, Philol., no  4.
  8. Τὰς συμμετρίας ἂς καὶ ἁρμονίας καλεῖ (Πυθαγόρας). Plut., De plac. phil., 1, 3.
  9. T. V, p. 8, Éd. Basil.
  10. Traité de physiologie, considérée comme science d’observation, trad. de l’allemand, par A. J. L. Jourdan, Paris, 1837 — 1839, 8 volumes in-8o.