De la cellule normale et pathologique

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DE LA

CELLULE NORMALE ET PATHOLOGIQUE


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THÈSE


POUR LE


DIPLÔME DE MÉDECIN-VÉTÉRINAIRE


Présentée et soutenue


À L’ÉCOLE DE TOULOUSE


PAR


E.-Firmin MUSSOTTE
Médecin-Vétérinaire
Né à Hostons (Gironde)


───


TOULOUSE

IMPRIMERIE J. PRADEL ET BLANC

rues des Gestes, 6


───


1869




À LA MÉMOIRE DE MON PÈRE






À MA MÈRE






À MES SŒURS






À MES PARENTS





À MES PROFESSEURS






À MES AMIS





ÉCOLES IMPÉRIALES VÉTÉRINAIRES




Inspecteur général


M. H. BOULEY O. ❄, Membre de l’Institut de France, de l’Académie de Médecine, etc.




ÉCOLE DE TOULOUSE


Directeur


M. LAVOCAT ❄ Membre de l’Académie des Sciences de Toulouse, etc.


Professeurs


MM. LAVOCAT ❄, Physiologie et Tératologie.
Anatomie des régions chirurgicales.
LAFOSSE ❄, Pathologie médicale et maladies parasitaires.
Police sanitaire.
Jurisprudence.
Clinique et Consultations.
LARROQUE, Physique.
Chimie.
Pharmacie et Matière médicale.
Toxicologie et Médecine légale.
GOURDON, Hygiène générale et Agriculture.
Hygiène appliquée ou Zootechnie.
Botanique.
SERRES, Pathologie et Thérapeutique générale.
Pathologie chirurgicale.
Manuel opératoire et Maréchalerie.
Direction des Exercices pratiques.
ARLOING, Anatomie générale.
Anatomie descriptive.
Extérieur des animaux domestiques.
Zoologie.


Chefs de service


MM. BONNAUD Clinique et Chirurgie.
MAURI Anatomie, Physiologie et Extérieur.
BIDAUD Physique, Chimie et Pharmacie.
JURY D’EXAMEN
――
MM. BOULEY O. ❄, Inspecteur-général.
LAVOCAT ❄, Directeur.
LAFOSSE ❄, Professeurs.
LARROQUE,
GOURDON,
SERRES,
ARLOING,
Bonnaud, Chefs de Service.
Mauri,
Bidaud,


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PROGRAMME D’EXAMEN
Instruction ministérielle du 12 octobre 1866.
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THÉORIE Épreuves
écrites
Dissertation sur une question de Pathologie spéciale dans ses rapports avec la Jurisprudence et la Police sanitaire, en la forme soit d’un procès-verbal, soit d’un rapport judiciaire, ou à l’autorité administrative ;
Dissertation sur une question complexe d’Anatomie, de Physiologie et d’Histologie.
Épreuves
orales
Pathologie médicale spéciale ;
Pathologie générale ;
Pathologie chirurgicale ;
Maréchalerie, Chirurgie ;
Thérapeutique, Posologie, Toxicologie, Médecine légale ;
Police sanitaire et Jurisprudence ;
Agriculture, Hygiène, Zootechnie.
PRATIQUE Épreuves
pratiques
Opérations chirurgicales et Ferrure ;
Examen clinique d’un animal malade ;
Examen extérieur de l’animal en vente ;
Analyses chimiques ;
Pharmacie pratique ;
Examen pratique de Botanique médicale et fourragère.
INTRODUCTION.


Omne vivum ex cellula.


L’Étude de l’anatomie générale ou Histologie a été poussée dans ces derniers temps jusqu’à ses plus grandes limites. L’intervention du microscope, découvert au dix-septième siècle par Jansen, a rendu à la science un service signalé, et donné aux recherches anatomiques une direction nouvelle et assurée. Autrefois, Haller et les anciens anatomistes, considéraient le corps des animaux comme formé de fibres et de lamelles. À la fin du xviiie siècle Meckel et Milne-Edwards, prétendaient que la fibre n’était autre chose qu’un alignement de globules. Ce n’est que plus tard, lorsque Dutrochet et Raspail eurent découvert la cellule primordiale, que Schleiden fonda la théorie cellulaire dans les végétaux ; Schwan l’appliqua ensuite aux tissus animaux en la complétant et la généralisant. La cellule, pour eux, devait être le point de départ de toute organisation, et de toute formation animale ou végétale, normale ou pathologique.
De la cellule Normale


Définition.


Les cellules sont de petits corps arrondis vésiculeux, échappant à l’œil nu, et ne pouvant être étudiées sans le secours du microscope. Les plus petites cellules ont de 0mm 2 à 0mm 4 et les plus grandes de 0mm 4 à 0mm 8. Une cellule complète est constituée par une enveloppe transparente et délicate, renfermant un contenu liquide, au milieu duquel nagent des granulations ; parmi celles-ci, il y en a une plus volumineuse que les autres, et à laquelle on a donné le nom de noyau. Ce dernier n’est autre chose que la reproduction d’une cellule plus petite avec son enveloppe, son contenu, ses granulations, et parmi ses dernières, une plus développée que les autres, qui porte le nom de nucléole.


Origine de la cellule


L’ovule, qui est le premier germe de tout être vivant, a été assimilé à une cellule, il présente, en effet, la même composition que cette dernière, sous un plus grand volume. La membrane externe ou vitelline de l’ovule pourrait être comparée à la membrane de la cellule ; son vitellus ou jaune, au liquide de cette dernière ; sa vésicule germinative, au noyau, et sa tâche germinative, au nucléole. L’ovule n’étant autre chose qu’une cellule, on peut dire que tous les animaux doivent leur accroissement à celle-ci ; tous les tissus seront formés par elle. Il ne pourra plus y avoir qu’un seul élément anatomique primordial : la cellule ; on pourra remplacer (l’omne vivum ex-ovo), par une expression plus juste (omne vivum ex cellula.)

L’ovule sera donc le premier germe des cellules, et, celles-ci donneront naissance aux tissus. Dans les premiers jours de la gestation, on voit en effet l’ovule, que nous considérerons comme la cellule primordiale, se segmenter et former par ses segmentations de nouvelles cellules dans son intérieur. « Ce mode de formation a été appelé formation intracellulaire. » Ce sont toutes ces cellules qui, en se développant, vont créer tous les tissus. Sur un animal parfait, on trouve des tissus en grand nombre, différents les uns des autres ; ceux-ci, constitués par des cellules aussi différentes, donnant naissance, les unes au tissu musculeux, nerveux ; les autres au tissu conjonctif, glandulaire, etc. Jamais on n’a vu une cellule de tissu musculeux se transformer en cellule nerveuse. Il n’y a guère que les cellules du tissu conjonctif qui puissent, par un phénomène non encore expliqué, se transformer en tissu nerveux et musculeux. Par conséquent, l’ovule devra créer de prime-abord des cellules nerveuses, musculeuses, etc. Comment se fait-il que celles-ci, filles d’une cellule identique, jouissent de la propriété de se tranformer ? On se demande quelles sont les modifications, les phénomènes que chacune va subir pour pouvoir constituer des tissus si différents ? Une seule explication plausible se présente : l’ovule, pour se développer, prend ses sucs nourriciers dans le sein de la mère ; au moment où il subit le phénomène de la segmentation, il tient déjà à la matrice ; la mère lui envoie son propre sang ; c’est dans ce dernier que chaque cellule prend les éléments divers qui la rendent apte à la création des différents tissus. L’œuf des oiseaux, qui représente encore une cellule primordiale, n’est pas greffé, comme l’ovule, dans le sein de la mère, et ne peut, par conséquent, en tirer sa nourriture ; mais la nature prévoyante a entouré le jaune ou véritable cellule d’un liquide albumineux nourricier, et c’est dans ce liquide que les cellules qui se seront formées par la segmentation de la moitié du jaune, puiseront les diverses substances nécessaires à leur développement, pour que chacune soit le point de départ du tissu qu’elle doit former.


Théorie cellulaire et génération spontanée des cellules.


Nous venons de voir comment la création des cellules peut se faire dans le sein de l’ovule. Cette action a fait dire à Virchow que toute cellule doit donner naissance à une cellule, et que là où il n’y en a point, il ne saurait y en venir. Cette opinion du célèbre histologiste Allemand a été combattue par Mandl, Robin, Kolliker, qui professent la génération spontanée des cellules, et ne pensent pas que celles-ci soient nécessaires pour en engendrer d’autres. Quoiqu’il en soit de ces différentes opinions, nous allons décrire ces divers modes de génération, en commençant par celui de la cellule par la cellule. On n’en connaît guère que deux manières : ce sont la scission et la formation endogène. Le premier phénomène qui s’accomplit au sein d’une cellule qui va multiplier par un quelconque de ces modes, c’est la séparation ou la division du noyau en deux parties. Quelquefois, il arrive que par un travail qui se forme dans la cellule mère, de jeunes noyaux en plus ou moins grand nombre apparaissent spontanément, et sans scission préalable. Alors chacun de ces noyaux agit en quelque sorte par attraction, attire à lui une portion du contenu granuleux dans la partie de la cellule mère qui répond à la sphère d’action. Ensuite la cellule s’étrangle entre ces formations nouvelles ; elles restent quelque temps accolées ; puis chacune devient libre par la résorption des parois, formant ainsi des cellules complètes qui, à leur tour, donneront naissance à de nouvelles. D’autres fois, un noyau appliqué sur la paroi de la cellule fait hernie au-dehors en forme de cul-de-sac qui se sépare de la mère par un cloisonnement.

Dans la formation endogène, les noyaux formés dans le sein de la cellule mère, s’entourent d’une membrane et l’on voit ainsi plusieurs cellules enfermées dans une seule. Ces filles de la même mère s’agrandissent, se développent ; la cellule mère restant la même, sa membrane se déchire sous l’effort de celles qui s’accroissent dans son intérieur. Le plus souvent la membrane de la cellule génératrice se dissout et met ainsi en liberté les nouvelles qu’elle a créées.

Quand on regarde un tissu au microscope, et qu’on aperçoit des cellules présentant plusieurs noyaux, on peut dire que ces dernières sont en voie de génération ou en état de gestation.

Le mode de génération spontanée des cellules, suivant l’opinion des auteurs cités, se fait d’une toute autre manière. D’après eux, les cellules peuvent prendre naissance dans le blastème, liquide demi transparent, ou finement granulé, encore appelé plasma, suc nourricier qui s’échappe au travers des parois des vaisseaux capillaires. Les granulations qui se trouvent dans le plasma, se réunissent, se groupent pour former un noyau, qui est le premier germe de la cellule : il modifie le liquide qui l’entoure, se crée une membrane d’enveloppe aux dépens de la fibrine contenue dans le blastème. De cette façon, une cellule se trouve créée de toutes pièces. La formation des globules de la lymphe et du chyle, d’après Robin, se fait encore par génération spontanée. Dans le chyle liquide, transparent et lactescent, se trouvent suspendus, en quantité considérable, de petits granules ressemblant à une fine poussière. Ces granules élémentaires, s’accolent en formant un noyau. D’autres granulations circonscrivent ce dernier, forment une membrane qui laisse entre elle et le noyau une certaine distance ; dans cet espace, nage un liquide plus ou moins graisseux ; le globule se trouve formé et ressemble à une cellule. D’autres fois, celles-ci se réunissent en petite sphère, les granulations de la périphérie forment la membrane externe, les internes se dissolvent en laissant une grosse granulation qui forme le noyau.

Ces deux opinions de la génération spontanée et de la théorie cellulaire ont donné lieu à une foule de discussions auxquelles ont pris part la plupart des histologistes Français et Allemands. Les premiers admettent, en même temps, la génération spontanée et la formation cellulaire. Les seconds ne veulent que la théorie cellulaire, à l’exclusion de la formation spontanée. Pour ne pas être aussi exclusifs que ces derniers, nous admettons les deux modes de formation, nous appuyant, pour ce qui a trait à la génération spontanée des cellules, sur ce qui se passe dans un fait clinique qui nous a frappé dans le courant de nos études.

Considérons ce qui arrive dans la pleurite et dans la pleuropneumonie ; dans ces maladies, il se forme dans les plèvres une exsudation plastique. C’est une sérosité jaunâtre ou opaline, ne renfermant pas de cellules. Cependant, au bout de quelque temps, ce liquide s’organise, il se forme des plaques molles et filandreuses interposées entre les feuillets des plèvres, qu’elles réunissent en formant de fausses membranes. Celles-ci sont composées de cellules à noyau et de matière amorphe. On y distingue des fibres analogues à celles du tissu cellulaire ; elles acquièrent en quelques jours toutes les propriétés d’un véritable tissu. Pour que ce dernier se soit formé, il a donc fallu qu’il y ait génération spontanée de cellules, puisque le liquide exsudé n’en renfermait pas. Les partisans de la théorie cellulaire pourraient bien objecter que ces fausses membranes ont pu se développer aux dépens des cellules des plèvres : celles-ci, en se surajoutant bout à bout, auraient organisé le plasma, de façon à donner naissance aux fausses membranes. Mais cette objection est facilement détruite ; en effet, dans les premiers jours de leur formation, on peut détacher avec facilité ces fausses membranes de la plèvre sans déchirer cette dernière, ce qui prouve que le tissu anormal et les cellules se sont formés sans la participation des membranes séreuses. Tout au plus aperçoit-on celles-ci comme hérissées de petits prolongements rougeâtres à forme conique, enfoncés dans l’exsudation de la même façon que les villosités du placenta fœtal le sont dans les follicules agrandis de la muqueuse utérine. Ce n’est que plus tard, lorsque le tissu a acquis un peu plus de consistance, que les fausses membranes font corps avec les feuillets des plèvres.

Quoiqu’il en soit, si le mode de génération des cellules peut varier, il est une chose invariable et essentielle : c’est que le noyau précède toujours la cellule ; son intervention paraît nécessaire pour donner naissance à cette dernière.


Forme.
.

La forme type de la cellule est la forme sphérique qui se rencontre dans la lymphe, le chyle, dans les couches profondes de l’épiderme, dans le tissu adipeux, le lait et le mucus. Elles sont polygonées dans les couches moyennes de l’épiderme, dans le foie ; polygonées ou cylindriques dans les divers épithéliums ; discoïdes dans le sang. On trouve enfin des formes extrêmement irrégulières. Quand les cellules éprouvent une résistance pendant leur développement, elles peuvent rester petites dans le sens de l’obstacle et se développer beaucoup dans le sens où elles sont libres ; de là il résulte une multitude de figures bizarres, les unes rondes à une extrémité et pointues à l’autre ; d’autres polyédriques, lamellaires, coniques, étoilées, présentant des angles, des pointes, des excroissances très variés. Il est par conséquent impossible de pouvoir formuler une loi, pour fixer la forme que doit avoir une cellule dans tel ou tel tissu. Lorsque tous les éléments d’un tissu cellulaire doivent avoir une régularité parfaite, il faut que toutes les cellules croissent régulièrement et simultanément.

Mode d’action de la cellule.


Toute cellule est un être vivant, c’est-à-dire qu’elle peut être considérée comme un animal indépendant, une unité vitale propre. Le corps de l’animal représente une véritable organisation sociale, la réunion en une seule d’une masse d’existences individuelles, dépendantes dans de certaines limites les unes des autres. Toute impulsion ou excitation communiquée à un organe et la fonction qui en résulte, n’en émane pas moins de chaque élément en particulier, et n’en est pas moins personnelle à chaque cellule. Ce qui le prouve, c’est que celle-ci a une vie propre ; elle peut subir diverses altérations sans que le sort des cellules voisines s’en ressente en aucune façon. Ainsi, dans un os carié les cellules osseuses peuvent être détruites ou malades, sans que les voisines en souffrent ou soient malades. Indépendamment de son propre contenu, chaque cellule régit et modifie une portion du contenu qui l’entoure, dans un espace répondant à la sphère d’action de chacune d’elles ; c’est cette partie de substance extra-cellulaire que Virchow a appelé « Territoires cellulaires. » Celui-ci subit les diverses transformations qui lui sont imprimées par la cellule, qui le façonne, soit en substance cartilagineuse, soit en fibres ou en lamelles, comme dans le tissu conjonctif. De tout ce qui précède, il résulte que toute cellule est un être animé, qui vit et qui meurt au milieu d’un territoire parfaitement limité.

Toute cellule nous présente un organe clos, possédant une membrane très fine, se laissant facilement traverser par un courant endosmotique et exosmotique. Elle reçoit dans son intérieur les liquides nécessaires à son existence, et en même temps pour faire subir à ces derniers les modifications qui doivent servir à la formation des tissus ; en dernier lieu, ceux-ci sont rejetés au dehors, soit comme produits d’excrétion, soit comme substance de formation.

L’action qui se passe dans l’intérieur d’une cellule, les modifications qu’elle fait éprouver au liquide qu’elle contient, ne peuvent guère être expliqués. Cependant on peut, pour ainsi dire, affirmer que cette action ou que ces modifications sont exclusivement dévolus au noyau. Toute cellule privée de son noyau se détruit, disparaît ou meurt. Le noyau est chargé des fonctions nutrititives et modificatrices dans la cellule. Ce que l’on pourrait désigner sous le nom de fonction animale est exclusivement réservé à la membrane et à son contenu. Les propriétés de contraction, de sensation et de sécrétion, semblent n’avoir aucun rapport direct avec le noyau.


Du principe vital de la cellule.

La grande question du principe vital, qui a agité les savants de toute antiquité, pourrait aussi être recherchée dans la cellule. Celle-ci n’étant autre chose qu’un petit être distinct de celui qu’il concourt à former, si on pouvait trouver en elle le principe de vie, la question pourrait peut-être recevoir une solution qui jusqu’ici fait défaut à la science. Toutes les théories présentées jusqu’à ce jour laissent beaucoup à désirer. Les uns ont vu le principe vital dans le cerveau, les autres dans la moelle, les autres dans le grand sympathique ; chacun prétendant que l’unité vitale se trouvait dans l’organe désigné à l’exclusion des autres. Si le principe vital était exclusivement enfermé dans les centres nerveux, il faudrait que ceux-ci fussent constitués par un tout uniforme. Mais le cerveau, la moelle, les nerfs, sont ; comme le reste de l’organisme, divisés en un nombre prodigieux de centres minimes ; chaque cellule nerveuse est un point central d’où part l’influx nerveux ; une seule cellule ganglionnaire ne donne pas tout le mouvement, c’est de la réunion de tous ces foyers que part le principe vital. On peut dire que celui-ci n’existe pas dans un seul système à l’exclusion des autres, mais encore que ce principe émane de la réunion de toutes les cellules formant des centres minimes d’unité vitale. C’est la réunion de tous ces centres qui constitue le point de départ de tout principe vital. L’existence de l’animal n’est donc autre chose que la réunion d’un nombre incalculable de vies, puisque les cellules sont innombrables dans leur structure.

C’est dans l’activité que nous trouvons le caractère de la vie, dans une activité à laquelle chaque partie apporte, suivant ses propriétés, une action qui lui est particulière. Celle-ci, qui a cependant quelque chose de similaire dans chaque partie individuelle, et par laquelle la vie concorde avec celle des autres, a fait regarder la vie comme une chose unique puisant son origine dans un point de départ commun ; mais cette activité n’est suscitée dans aucune partie du corps et ne peut être trouvée dans une même partie à l’exclusion des autres. Partout, pour obtenir la manifestation de l’activité vitale, il faut nécessairement une excitation ou une irritation. L’excitabilité est le seul critérium qui nous permette de juger si une partie est ou non vivante. On ne peut reconnaître à la vue, même à l’aide du microscope, si un muscle est mort ou vivant ; l’idée de mort repose donc sur l’absence d’excitabilité.

Prenons une cellule pigmentaire dans la couche profonde de l’épiderme, plaçons-la sous le microscope ; le grossissement nous permet de voir quels sont les phénomènes vitaux qui se passent en elle. Toute cellule pigmentaire renferme dans son intérieur des granulations, les unes tournant autour d’un cercle fictif, les autres sur elles-mêmes en décrivant des trajets plus ou moins sinueux ; cette giration, étudiée la première fois par Brown, lui a fait donner le nom de mouvements Browniens. C’est dans ceux-ci que nous trouvons l’activité vitale des cellules. Toutes présentent ces mouvements, mais ils sont plus apercevables sur les cellules pigmentaires dont les granulations sont colorées. Cette activité, ces mouvements ont d’abord été attribués à leur position sous le microscope ; mais comme les courants vont dans différents sens, ce ne peut être une cause. D’autres ont voulu que ces mouvements soient dus à l’évaporation inégale du liquide renfermé dans la cellule, qui déplacerait les molécules, les renverrait de l’une à l’autre et produirait ce mouvement d’oscillation particulier. La meilleure explication donnée de cette activité vitale repose sur une loi physique, dont nous avons déjà parlé sur le phénomène d’endosmose et d’exosmose. La cellule en rapport avec le blastème, son liquide intérieur tendant à sortir, se dirige du centre à la circonférence ; le liquide ambiant pénétrant dans l’intérieur entraîne celui qui reste dans une autre direction ; de là ces mouvements, cette activité vitale qui sert à la nutrition de la cellule, à sa transformation, et à la création de nouvelles ; activité qui n’est due qu’à l’excitabilité du liquide qui l’entoure.

Si nous voulons voir d’une façon plus évidente le mouvement des cellules, nous n’avons qu’à remplacer la cellule pigmentaire par une autre d’épithélium vibratile ; celle-ci est surmontée par de petits cils qui se meuvent dans un certain sens, et poussent dans ce sens les petits corpuscules qui s’approchent d’eux. Cette action qui se passe, ces mouvements des cils, sont dus à une excitation ; en effet, si on laisse à elle-même la cellule pendant quelque temps, les cils ne se meuvent plus. Veut-on leur faire reprendre leurs mouvements ? Il n’y a qu’à ajouter sur le porte-objet du microscope une dissolution de soude ou de potasse, les cils reprennent leurs mouvements. La potasse et la soude agissent dans la production de ce phénomène par irritabilité ou par excitation. Chaque cellule à son mode d’irritabilité particulière, pour les unes c’est la soude, pour les autres ce sont d’autres corps. L’organisme renferme beaucoup d’agents physico-chimiques qui peuvent agir sur l’organisation des cellules, celles-ci pourront donc prendre dans le plasma les principes nécessaires à leur excitabilité.

La vie se résumant dans la fonction, la nutrition et la formation, si on excite une cellule, on réveille en elle une activité spéciale qui la rend propre à fonctionner, à nourrir et à créer d’autres parties. La vie de la cellule n’est donc due qu’à une excitation qu’elle puise dans les liquides organiques.


Rôle de la cellule dans la formation des tissus.

Nous avons vu que les cellules régissaient un certain territoire, qu’elles modifiaient le liquide qui les entourait, de façon à faire prendre à ce dernier les modifications qui lui étaient nécessaires à la création des tissus. D’autres fois, c’est dans le contenu de la cellule que ces phénomènes se passent. Les tissus sont alors formés par les métamorphoses successives des cellules, qui, s’accolant les unes aux autres, perdent peu à peu, par résorption et dans des directions déterminées, les parois par lesquelles elles correspondent ; formant ainsi les fibres du tissu musculeux, fibreux, les tubes nerveux et les réseaux musculaires.

Suivant MM. Lebert et Robin, les éléments nouveaux ne feraient que prendre la place des anciens. Ce serait par conséquent aux dépens du blastème résultant de la fluidification spontanée des cellules élémentaires, que naîtraient les divers éléments des tissus. Les cellules embryonnaires ne seraient que des éléments transitoires, qui disparaîtraient par dissolution ; le tissu nouveau se formerait au fur et à mesure que le tissu primitif disparaîtrait. Cette manière de voir ne nous paraît pas très juste ; en effet, dans le tissu musculaire et au milieu de ses fibres, nous retrouvons encore le noyau constitutif de la cellule ; si cette dernière s’était dissoute, on ne devrait plus en trouver de vestiges. On peut donc conclure que tous les tissus prennent naissance par la métamorphose des cellules, ou par la transformation du liquide soumis à leur influence.

La formation des tissus peut être ramenée à trois modes d’action bien distincts ; dans le premier, la cellule reste la même et ne fait subir de changements qu’à la substance qui l’entoure. Dans le second, le blastème et la cellule subissent, tous les deux, des transformations. Enfin, dans le troisième, les cellules seules se modifient de façon à constituer à elles seules un tissu.

Nous allons considérer ces différents modes en commençant par le premier ; c’est-à-dire la transformation du blastème en tissu, par l’intermédiaire des cellules, celles-ci restant entières dans ce dernier. Nous en avons un exemple dans la formation du cartilage. Dans les premiers jours de la vie, le cartilage est constitué par une substance hyaline, limpide, transparente ou finement granulée. La création de celle-ci est due à l’action des cellules qui, nageant dans le blastème, le transforment en substance cartilagineuse. Ce qui le prouve, c’est que dans le cartilage tout formé, on trouve des espaces en plus ou moins grand nombre renfermant une ou plusieurs cellules ; ces espaces ont été appelés capsules du cartilage. Quand celui-ci est en voie de formation, les cellules sont toutes appliquées contre les parois des capsules, de façon à pouvoir être en rapport avec le liquide qu’elles doivent transformer ; cette action accomplie, elles deviennent plus petites et laissent entr’elles et ce dernier, ces espaces considérés autrefois, mais à tort, comme une cellule mère renfermant des cellules filles.

Dans le second mode de formation des tissus, les cellules et le blastème subissent tous les deux des phénomènes modificateurs. Ceci se rencontre dans le tissu conjonctif le plus répandu dans l’économie. Les cellules primitives préparent la substance fondamentale qui les entoure, par une suite de métamorphoses, de manière à la transformer en fibres et en fibrilles ; puis, ce travail achevé, ces cellules prennent une forme plus ou moins rameuse, s’unissent par leurs prolongements, s’anastomosent, perdent leurs noyaux, et forment la fibre élastique. Cependant, il reste quelques cellules entières qui ne se modifient pas pour pouvoir, au besoin, créer d’autres fibres et d’autres cellules ; on pourrait les appeler cellules formatrices.

Enfin, dans le troisième mode, les cellules seules subissent des transformations, soit dans leur forme, soit dans leur structure intime. L’épiderme nous en offre un premier exemple ; les cellules, dans le réseau muqueux de Malpighi, sont toutes accolées les unes aux autres, sans qu’on puisse distinguer la substance qui les unit. Ces cellules, en se multipliant, poussent les plus superficielles à la surface de la peau ; celles-ci, en y arrivant, s’aplatissent, leur contenu se durcit, leur noyau disparaît ; elles prennent une consistance cornée et forment la partie la plus externe de l’épiderme. Cette disposition met ainsi la peau à l’abri des corps étrangers. Dans le tissu musculaire, la transformation des cellules est encore plus complète ; au lieu de perdre, elles acquièrent au contraire une construction plus variée. Les cellules embryonnaires, dans ce dernier, s’allongent, se soudent bout à bout, les cloisons de jonction disparaissent ; il en résulte un ensemble de fibres qui présentent des étranglements à leurs points de jonction. Le contenu de la cellule devient, dans ce cas, le siège d’un travail de fibrillation avec segmentation ; de leur agglomération résulte la constitution d’un faisceau primitif. Le noyau est conservé ; il reste dans un point au milieu des fibres : quelquefois, il s’allonge sans subir d’autres modifications. Il demeure comme élément générateur de nouvelles cellules ; le travail est le même pour la formation des tubes nerveux.

Quoiqu’il en soit de ces trois modes de formation des tissus, il n’en est pas moins vrai que ces trois façons d’agir peuvent quelquefois se réunir. On trouve, en effet, dans la structure animale des tissus tellement compliqués, ayant tant d’analogie les uns avec les autres, leurs points de démarcation si peu marqués, qu’on peut dire que leur formation est complexe et appartenant à tous ces trois modes.


De la cellule pathologique.


Nature des cellules pathologiques, opinions diverses
des auteurs à leur sujet.

Nous avons vu jusqu’ici la cellule normale, soit en elle-même, soit dans son mode d’action dans la création des tissus ainsi que les diverses théories émises à leur sujet. La cellule pathologique a, elle aussi, donné naissance à des discussions qui n’ont pas encore reçu de solution. Pour les uns elle peut être assimilée à une cellule normale ; pour les autres elle en diffère présentant des caractères distinctifs qui leur a permis de la distinguer dans les diverses tumeurs pathologiques qu’elle concourt à former. Ceux qui veulent que la cellule pathologique ne soit qu’une cellule normale, prétendent que leur accumulation dans certains points de l’organisme ne soit due qu’à un vice d’aberration dans les fonctions vitales. Ceci est vrai pour les tumeurs qui ne présentent rien de virulent, et dont la présence dans un point donné du corps n’entraîne pas de répercussion. Mais pour les tumeurs malignes, dont la présence donne lieu à une infection générale, on pourrait leur demander quel est le point de départ de cette aberration ? comment il se fait qu’elle ne se produise pas plus souvent ? La raison pour laquelle, dans un grand nombre d’individus, soumis aux mêmes influences, les uns deviennent cancéreux, tandis que les autres restent indemnes ? Virchow, qui partage l’opinion de l’identité des cellules normales et pathologiques, nous en donne une explication plus vraie au premier abord, mais qui cependant ne satisfait pas.

D’après ce savant histologiste, les changements qui surviendraient dans une cellule pathologique, ne proviendraient que d’une perturbation des cellules normales, causée par un agent étranger à l’organisme. Cet agent irritable ou excitant, troublerait leur mode de nutrition, les ferait changer de nature sans que ces changements soient appréciables à l’aide du microscope. Les cellules normales, sous le coup de cette excitation, au lieu de s’assimiler les principes nutritifs, ne prendraient que des éléments destructeurs. La cellule, pathologique ne serait donc qu’une cellule normale dont le mode de nutrition a été changé. Mais dans un même groupe d’animaux, tous les individus peuvent être soumis à l’action de tous ces agents excitables ; pourquoi les uns seraient-ils plutôt frappés que les autres ? On n’a pu encore donner d’explications à ce sujet.

Dans ces derniers temps, on a fait intervenir les ferments pour expliquer la formation des cellules pathologiques ; d’autres n’ont vu que des sporules, des microzoaires ou des microphites capables de produire ces phénomènes en s’introduisant dans l’organisme. Enfin, en dernier lieu, est venue la génération spontanée des cellules ; ceux qui soutiennent cette opinion ont dit à leur adversaires : « Si vous n’admettez pas cette genèse, il faudra conclure que tous les animaux naissent avec les éléments du cancer, de la tuberculose, etc. Ces affections seront à l’état latent dans l’animal, et il suffira, d’après vous, d’un agent morbifique quelconque pour les faire développer ; ce qui est inadmissible vu la rareté de ces affections. »

De tout ce qui précède, il résulte que les auteurs qui veulent que la forme des tumeurs pathologiques ne soit due qu’à une aberration des cellules, ont raison pour ce qui a trait aux tumeurs bénignes. Quant aux tumeurs malignes, nous croirons à la génération spontanée des cellules jusqu’à ce que le contraire nous soit suffisamment démontré. Néanmoins, nous allons décrire les différentes cellules pathologiques, leurs modes d’action dans la création des tissus hétéromorphes se rapprochant en tout de la formation des tissus homœomorphes, en différant cependant par quelques points que nous allons développer, ce qui permet de leur assigner un caractère distinctif.

Dans le fibrôme, tumeur bénigne, les cellules sont analogues à celles que l’on trouve dans le tissu cellulaire ou fibreux ; la tumeur qui résulte de leur agglomération n’est pas dangereuse. Il en est de même des tumeurs mélaniques dues aussi à l’agglomération des cellules pigmentaires, ou bien aux granulations de pigment mises en liberté par la dissolution de la membrane celluleuse.

Celle-ci est un peu plus dangereuse que le fibrôme, parce qu’elle peut donner lieu à des métastases après son extirpation.

Les épithéliômes, ainsi nommés parce qu’ils sont constitués par des cellules ressemblant à celles de l’épithélium normal. Cependant ces dernières sont plus grandes, présentant des formes plus variées ; elles s’enveloppent, s’enroulent pour former de petits globes. Mais ce qui les distingue surtout, c’est le nombre considérable de noyaux libres dans l’intérieur des tumeurs, ce qui leur a fait donner le nom de nucléaires.

Les tumeurs malignes et qui peuvent porter préjudice à la santé des animaux, présentent des caractères bien plus tranchés. Les tubercules sont composés de granulations, quelques-unes pigmentaires, qui donnent à la tumeur une couleur jaunâtre, et de globules ou cellules presque sphéroïdes ; enfin d’une substance hyaloïde grisâtre interposée à ces corpuscules.

Dans le fibroïde, ou encore appelé tumeur fibro plastique, les cellules sont ordinairement très petites, allongées en forme de fibres ; leur longueur est deux ou trois fois plus grande que leur largeur ; leur accolement constitue la trame fibreuse. Elles renferment un noyau arrondi ou légèrement allongé avec un petit nucléole brillant. Ce qui constitue principalement le caractère de ces tumeurs, c’est le nombre quelquefois considérable des noyaux libres par la disparition de la membrane celluleuse. Le plus ou moins grand nombre de ces derniers dans l’intérieur d’une tumeur fibreuse, la rend plus ou moins dangereuse.

Le cancer est constitué par une tumeur plus ou moins dure, suivant sa période d’état : On y rencontre des cellules entières, appelées cellules cancéreuses, et des noyaux cancéreux ; ceux-ci sont libres, et quelquefois on ne trouve qu’eux dans une tumeur cancéreuse. Les cellules cancéreuses sort petites et assez régulières ; quelquefois elles revêtent les formes les plus bizarres ; la plupart ne renferment qu’un seul noyau. Toutefois, il n’est pas rare d’en trouver deux ou plusieurs dans la même ; enfin on rencontre encore de grandes cellules qui en contiennent d’autres avec leurs noyaux. Le noyau libre est presque arrondi, ayant une apparence grenue, possédant un nucléole dont la largeur est remarquable. C’est le caractère distinctif des cellules cancéreuses, caractère nié par quelques auteurs qui ont prétendu rencontrer ces nucléoles dans l’intérieur d’autres tissus. Ces nucléoles sont quelquefois nombreux dans les noyaux. Le reste de la tumeur cancéreuse est formée par du tissu fibreux, production homœomorphe dont nous n’avons pas à nous occuper.

Si dans tous ces tissus les cellules pathologiques peuvent être comparées à des cellules normales, il est une chose qui n’existe pas dans ces dernières ; c’est la grande quantité de noyaux libres qu’on y rencontre. Nous avons vu que toute cellule normale privée de son noyau disparaît. Dans les éléments pathologiques, c’est le corps de la cellule qui se détruit, le noyau reste libre. C’est le plus ou moins grand nombre de ces derniers dans une tumeur qui la rend plus ou moins maligne.

On a nié pendant longtemps la spécificité des tumeurs malignes ; les uns se sont basés sur la variation de forme des cellules, les autres ont prétendu que les tumeurs pathologiques ont la propriété de transformer les tissus en leur propre substance. Aujourd’hui on s’accorde à reconnaître que cette action se passe bien différemment ; la tumeur détruit les tissus et prend leur place. On a ajouté que si la cellule cancéreuse avait une vertu spécifique, on pourrait inoculer le cancer et le communiquer. Il est vrai que l’on a inoculé la tuberculose ; les uns ont dit avoir réussi à produire la maladie ; les autres ont soutenu le contraire. On a fait la même chose avec l’ichor cancéreux, liquide résultant du ramollissement du cancer, sans réussir à faire développer ce dernier. Mais si les uns ont réussi et les autres échoué, nous trouvons l’explication de ce constraste dans les belles expériences que M. Chauveau a publiées dernièrement. D’après ce savant physiologiste, l’action du virus ne résiderait pas dans les liquides, mais dans les granulations que ceux-ci contiennent. Or, en inoculant l’ichor cancéreux, il se pourrait que ce dernier ne renfermât pas de granulations, et par conséquent fût impuissant à faire développer la maladie, puisque c’est dans celles-ci que réside le spécifique virulent. On s’est demandé d’où provenaient ces granulations virulentes, et si celles qui sont enfermées dans les cellules l’étaient aussi ? On peut répondre par l’affirmative. En effet, au début il n’existe aucune granulation libre dans les tumeurs ; toutes sont contenues dans les éléments cellulaires, en voie de multiplication dans son intérieur ; c’est ensuite par la dissolution de la membrane celluleuse que les granulations deviennent libres.

On peut dire que toute cellule pathologique renferme dans son intérieur des granulations jouissant de propriétés spécifiques. Une cellule normale qui entretient la vie et concourt à la formation des tissus, ne pourra être comparée à la cellule pathologique renfermant un principe destructenr donnant la mort aux tissus qui l’entourent.

E.-F. MUSSOTTE.