Des idées accessoires

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Miscellanea philosophiques, Texte établi par J. Assézat et M. Tourneux, GarnierIV (pp. 28-29).

DES


IDÉES ACCESSOIRES


(inédit.)




Exemple. Il se joint dans toutes les têtes, au mot de père, les idées d’existence, d’éducation, de bienfaisance, de soins continus, d’intérêts de toutes les espèces, de dépenses faites, de leçons, de maîtres, d’établissement ; et ces idées entraînent celles de respect de la part des enfants, d’obéissance, de reconnaissance, de vœux pour la conservation de la vie, de douleurs à la mort.

Cependant ce père n’a rien fait pour cet enfant ; il ne lui a rien appris ; il l’a traité durement ; il lui a donné l’existence par goût pour le plaisir. Il a été dissipateur, il a rendu la mère malheureuse, il a ruiné la famille, il s’est déshonoré ; il a laissé en mourant les siens sans considération, sans état, sans instruction et sans fortune.

Il faut que cet enfant pleure la mort de son père au milieu des amis, des parents, des concitoyens qui s’en réjouissent ; c’est-à-dire qu’on lui impose le rôle d’hypocrite.

Un père, une mère dignes des larmes d’un enfant, ce sont les miens, qui m’ont tendrement aimé et qui ont tout fait pour moi depuis que je fus, jusqu’au moment où je les ai perdus.

Mais y en a-t-il beaucoup qui méritent les mêmes regrets ? Je n’en crois rien.

Que je fasse imprimer ces lignes, à l’instant même tout le monde se révoltera ; on dira que je prêche l’ingratitude aux enfants et que je décrie la paternité. Que les pères me détestent, que les mauvais pères me détestent plus que les autres, je n’en serai pas surpris ; mais je serai haï même des enfants, et ce seront peut-être ceux d’entre ces enfants qui devront le moins à leurs parents qui me détesteront le plus.

Les définitions des êtres moraux se font toujours par ce que ces êtres doivent être, et jamais par ce qu’ils sont. On confond sans cesse le devoir avec la chose.