Description d’un parler irlandais de Kerry/1

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Première partie. Structure du mot : alternances.




PREMIÈRE PARTIE



STRUCTURE DU MOT :
ALTERNANCES










PREMIERE PARTIE
STRUCTURE DU MOT : ALTERNANCES

§ 1. Les éléments du discours se laissent assez aisément répartir, dans notre parler, en mots, pleins, et en particules (quoiqu’il existe, naturellement, des cas de transition) ; le mot est tonique ; la particule, proclitique ou enclitique, est atone ; le mot est assujetti à plusieurs systèmes de modifications significatives (alternances internes, finales et initiales, suffixation, préfixation, désinences) ; la particule ne subit que des modifications d’ordre phonique, non significatives.

Si l’individualité du mot, définie par son accent, est bien plus nette que celle de la particule, l’identité en est en revanche bien moins saisissable, du fait de ces variations, qui n’épargnent aucun de ses éléments. Soit un mot comme αun (ceann) « tête » : le génitif précédé de l’article aura la forme (ə) çi:nʹ (an chinn) : la mutation initiale a transformé l’occlusive en spirante ; l’alternance caractéristique du cas a palatalisé la nasale finale, entraînant le passage à i: de la diphtongue. On voit que l’identité du mot réside, non dans un noyau de phonèmes sensiblement stables, mais dans la succession d’alternances définies en un ordre donné : /ç/ + αu/i: + n/, ou plutôt (puisque l’alternance vocalique est ici fonction de l’alternance consonantique finale) : /ç/ + αun/i:nʹ.

Les alternances consonantiques et vocaliques, qualitatives et quantitatives, à la différence des autres procédés de flexion, se retrouvent sous les mêmes formes (quoique non pas dans les mêmes conditions ni avec les mêmes valeurs) dans le nom et dans le verbe. On les passera donc en revue, avant d’aborder la description des différentes espèces morphologiques et de leur fonctionnement.

Alternances.

§ 2. Il y a deux types d’alternances : internes ou finales; initiales.

Les alternances internes ou finales sont consonantiques ou vocaliques.

Les alternances (ou mutations) initiales sont exclusivement consonantiques.

I. ALTERNANCES INTERNES OU FINALES

Alternances consonantiques. — Ici encore il faut distinguer deux types :

A. — Corrélation de palatalité.

Cette corrélation joue un rôle considérable dans la morphologie et en particulier dans la flexion nominale : distinction du cas direct et du génitif (§ 25), du cas direct et du datif (§ 34), du cas direct et du vocatif (§ 25), du génitif et du datif (§ 36 sq.), du singulier et du pluriel (§ 42), etc. ; elle occupe une place plus restreinte dans la flexion verbale, où elle marque cependant l’opposition des deuxième et troisième personnes du singulier au prétérit (§ 168), des troisièmes personnes du singulier du futur et du conditionnel, etc.

On a ainsi :

p/ sop (sop) « touffe », gén. sipʹ (suip).
b/ gob (gob) « bec », gén. gʷibʹ (guib).
t/ kɑt (cat) « chat », gén. kα (cait).
d/ fɑdə (fada) « long », comp. fʷidʹə (fuide).
k/ olk (olc) « mal », gén. masc. ilʹkʹ (uilc).
g/ bro:g (bróg) « soulier », datif bro:gʹ (bróig).
m/ lɑum (lom) « dénudé », comp. limʹə (luime).
n/ αun (ceann) « tête », plur. kʹi:nʹ (cinn).
ŋ/ŋʹ lu:ŋg (long) « navire », datif li:ŋʹgʹ (luing).
f/ sgɑrf (scarf) « écharpe », gén. sgαrʹfʹ (scairf).
v/ gαnʹəv (gaineamh) « sable », datif gαnʹəvʹ (gainimh).
χ/h kuəχ (cuach) « coucou », gén. kuehə (cuaiche).
χ/ do:lhəχ (d’ólfadh) « il boirait », o:lhəgʹ (ólfaidh) « il boira ».
s/ʃ voləs (mholas) « je louai », voləʃ (mholais) « tu louas ».
r/ αr (fear) « homme », gén. et plur. fʹirʹ (fir).
l/ pɑul (poll) « trou », gén. pʷi:lʹ (poill).

On voit qu’à la spirante χ correspondent deux formes palatales : h, à l’intérieur du mot, et , à la finale ; est en corrélation soit avec g soit avec une double forme vélaire : à côté de χ, que l’on a dans les formes personnelles du verbe, où la spirante constitue une désinence caractéristique, et est maintenue comme telle, on a zéro à la finale des substantifs : sɑurə (samhradh) « été », gén. sɑurəgʹ (samhraidh) ; duə (duadh) « peine », gén. duegʹ (duaidh).

§ 3. Un mot peut contenir une double alternance. C’est le cas lorsque l’alternance morphologique intéresse la consonne finale d’un groupe de forme liquide ou n, + ə (non notée dans l’orthographe usuelle) + spirante ou occlusive sonore (voir pour le détail de ces groupes, Phonétique, § 244 sq.).

On a ainsi :

boləg (bolg) « ventre », gén. bʷilʹəgʹ (builg).
borəb (borb) « grossier », gén. masc. bʷirʹəbʹ (buirb).
tɑrəv (tarbh) « taureau », gén. tαrʹəvʹ (tairbh)

et même dorəs (doras) « porte », gén. dirʹəʃ (dorais) ; mais dʹɑ:rəv (deallramh) « apparence », gén. dʹɑ:rəvʹ (deallraimh).

§ 4. De cette corrélation dépend, comme il ressort des exemples cités, une corrélation vocalique parallèle (cf. Phonétique, § 93) :

On a ainsi :

u/i muk (muc) « porc », datif mʷikʹ (muic).
o/e obərʹ (obair) « travail », gén. ebʹərʹə (oibre).
o/œ kos (cos) « pied », datif kœʃ (cois).
o/i dorən (dorn) « poing », gén. dirʹənʹ (duirn).
α/i αr (fear) « homme », gén. fʹirʹ (fir).
ɑ/i lɑg (lag) « faible », comp. ligʹə (laige).
α/e sbʹαl (speal) « faux », gén. sbʹelʹə (speile).
ɑ ɑrəm (arm) « arme », gén. αrʹəmʹ (airm).

Dans les mêmes conditions où les voyelles brèves sont soumises à l’alternance d’une forme vélaire et d’une forme palatale, les voyelles longues subissent des modifications plus ou moins sensibles, mais qui n’altèrent pas profondément la nature du phonème, et qu’on laissera ici de côté (voir Phonétique, §§ 97 sq. et 111); en revanche, dans le cas de certaines diphtongues, cette même alternance se traduit en oppositions bien tranchées :

ɑu/i bɑul (ball) « membre », gén. bʷi:lʹ (boill).
ɑuu kɑurhə (cabhartha), gén. de kαurʹ (cabhair) « secours ».
αu/i: αun (peann) « plume », gén. pʹi:nʹ (pinn).
αu/eu αurəχ (meabhrach), gén. de mʹeurʹ (meabhair) « raison ».
/e: iəsg (iasc) « poisson », gén. e:ʃgʹ (éisc).
/ie sriən (srian) « bride », gén. srienʹ (sriain).
i:α/e: sgʹi:αl (scéal) « histoire », gén. sgʹe:l (scéil).
/ue uən (uan) « agneau », gén. uenʹ (uain).

Le degré palatal en i:, s’opposant aux degrés vélaires ɑu et αu, n’apparaît que devant ou devant nasale palatale en syllabe fermée.

§ 5. B. — Corrélation de sonorité (partielle).

Cette corrélation sert principalement à caractériser le thème de futur par opposition au thème de présent (§ 160) ; on en rencontre également le degré sourd dans quelques formations de génitif et de pluriel (§§ 31 et 47), ainsi que dans l’adjectif verbal (§ 71).

On a ainsi :

b/p αbəgʹ (leabaidh) « lit », gén. α (leabtha) ou αpən (leabthan).
d/t he:dʹəχ (do shéideadh) « il soufflait », he:tʹəχ (do shéidfeadh) « il soufflerait ».
g/k tɑgən (tagann) « il vient », tɑkəhə (tagtha) « venu ».
m/mh kroməmʹ (cromaim) « je courbe », krɑumhə (cromtha) « courbé ».
n/nh αχ (leanadh) « il suivait », αnhəχ (leanfadh) « il suivrait ».
ŋg/ŋk αŋgə (teanga) « langue », plur. αuŋkəχə (teangtha).
r/rh tʹi:rʹ (tír) « terre », plur. tʹi:rhə (tíortha).
/lʹh dʹilʹəχ (d’fhilleadh) « il retournait », dʹilʹhəχ (d’fhillfeadh) « il retournerait » (pour l’alternance quantitative, voir § 7).

On voit que le degré sourd des phonèmes qui ne possèdent pas de formes sourdes dans le parler est constitué par le phonème suivi de h, et d’ailleurs partiellement assourdi de ce fait (voir Phonétique, §§ 87 et 75).

§ 6. C. — Alternance spirante finale ou ‑gʹ final/zéro.

Des thèmes terminés par ‑v, ‑vʹ, ‑χ, ‑gʹ (susceptible d’alterner avec ‑χ, § 2) perdent leur spirante (ou ‑gʹ finale devant désinence vocalique; d’où alternance, au cours de la flexion, entre voyelle brève ou longue + spirante (ou ) et voyelle longue : knɑ:v (cnámh) « os », gén. knɑ: (cnámha); tʹigʹ (tigh) « maison », gén. tʹi: (tighe) ; tɑləv (talamh) « terre », gén. tɑˈlu:n (talmhan); kəˈlʹαχ (cailleach) « vieille femme », gén. kαlʹi: (caillighe) ; αnəgʹ (ceannuigh) « achète », kαni:mʹ (ceannuighim) « j’achète ».

§ 7.Alternances vocaliques.

Il y a lieu de distinguer, d’une part, la corrélation de palatalité, qui est conditionnée par la corrélation consonantique parallèle et qui a été décrite avec celle-ci (§ 4); d’autre part les alternances quantitatives; les deux types d’alternances se trouvent d’ailleurs fréquemment combinés.

B. — Alternances quantitatives.

Dans certains radicaux une voyelle longue ou une diphtongue alterne en syllabe fermée avec une voyelle brève en syllabe ouverte, devant liquide ou nasale : l, (écrits ll), r, (écrits rr, ou devant dentale), m, , n, (écrits nn, ou devant dentale), ŋ (ng). On a ainsi :

ɑ:/ɑ, α kɑ:rdʹə (cáirde), plur. de kɑrə (cara) « ami » bʹɑ:rhə (bearrtha) « rasé », αrəmʹ (bearraim) « je rase ».
o:/o do:rʃə (doirse), plur. de dorəs (doras) « porte ».
i:/i mʷi:lʹ (moill) « délai », gén. mʷilʹə (moille).
ɑi kɑilʹtʹə (caillte) « perdu », kαlʹəmʹ (caillim) « je perds ».
ɑu/o drɑum (drom) « dos », gén. dromə (droma).

Cette alternance se trouve fréquemment combinée avec le type A, un degré long vélaire s’opposant à un degré bref palatal, ou inversement :

lɑum (lom) « dénudé », gén. masc. et datif fém. li:mʹ (luim), gén. fém. et compar. limʹə (luime) ; soləs (solas) « lumière », plur. si:lʹʃə (soillse); un mot peut ainsi présenter quatre degrés de la voyelle radicale : klɑun (clann) « race », gén. klinʹə (cloinne), dat. kli:nʹ (cloinn), plur. klɑnə (clanna).

C. — Enfin, les déplacements de l’accent dus à l’attraction exercée par certaines syllabes longues ou demi-longues (cf. Phonétique, § 259 sq.) déterminent un troisième type d’alternances vocaliques, la voyelle tonique passant au timbre ə quand elle devient atone : təˈsɑχ (tosach) « début », gén. ˈtosəgʹ (tosaigh). Voir les exemples §§ 25 et 35.

§ 8. 3º. — Alternances intéressant le syllabisme.

α) Consonne + ə + liquide ou nasale, en syllabe fermée alterne avec consonne + liquide ou nasale, devant voyelle, dans les cas où le groupe consonantique ainsi constitué est de ceux que le parler admet en position médiane (cf. Phonétique, § 221 sq.) :

lɑsərʹ (lasair) « éclair », gén. lɑsrəχ (lasrach);

uəsəl (uasal) « noble », comp. ueʃlʹə (uaisle) ; ɑbərʹ (abair) « dis » ɑbri:mʹ (abruighim) « je dis » ; imʹərtʹ (imirt) « jouer », i:mʹrʹi:mʹ (imrighim) « je joue » ; ʃαχənʹ (seachain) « prends garde ! », ʃαχno:d (seachnóchad) « je prendrai garde ».

Ainsi un certain nombre de thèmes nominaux et de thèmes verbaux (dits « à syncope »), se terminant en liquide ou nasale, apparaissent-ils au cours de la flexion sous forme disyllabique à la finale ou devant les désinences commençant par une consonne, sous forme monosyllabique devant les désinences commençant par une voyelle (cf. § 161).

Le développement, qui se poursuit actuellement, de voyelles furtives à l’intérieur de nombre de groupes implosivo-explosifs tend d’ailleurs à généraliser la forme disyllabique dans toute la flexion de ces thèmes: on aura ainsi mαdʹənʹ (maidin) « matin », gén. mαdʹənʹə (maidne) etc. ; pour le détail des faits voir Phonétique, § 221 sq.

β) Les déplacements de l’accent au cours de la flexion (voir plus haut), entraînant la chute de voyelles atones et le développement de voyelles furtives, commandent un autre type d’alternances syllabiques : pərˈʃαχ (praiseach) « gruau d’avoine », gén. ˈprαʃgʹə (praisce), dat. ˈprαʃəgʹ (praisigh) ; bərˈdɑχ (bradach) « voleur », gén. ˈbrɑdəgʹ (bradaigh) ; voir Phonétique, § 281.

II. ALTERNANCES INITIALES

§ 9. Les alternances consonantiques initiales jouent un rôle important dans la flexion tant nominale que verbale : la forme de la consonne initiale suffit à caractériser le genre du nom et de l’adjectif (§§ 14 et 136), le cas vocatif (§ 98), le genre et le nombre du possesseur (§ 103), les temps passés et secondaires (§ 165), la fonction interrogative et relative (§ 217), les diverses valeurs de la fonction relative (§ 226), etc.

Les alternances initiales, à la différence des alternances médianes et finales, reposent sur l’opposition non de deux, mais de trois termes, une consonne pouvant présenter, à côté de la forme dite « radicale », une forme dite « aspirée », et une forme dite « nasalisée » (ces termes consacrés n’ayant pas ici leur valeur phonétique rigoureuse) : cette alternance phonologique peut être neutralisée, par suite de la nature du phonème. C’est ainsi qu’on a :

p, , asp. f, , nas. b, .

po:sən ʃe (pósann sé) « il épouse », fo:sən ʃe (a phosann se) « qu’il épouse », bo:sən ʃe (an bpósann sé ?) « épouse-t-il ? »

t, , asp. h, nas. d, .

tʹitʹ (tuit !) « tombe ! », hitʹ (thuit) « (il) tomba », dʹitʹən ʃe (an dtuiteann sé ?) « tombe-t-il ? »

k, , asp. χ, ç, nas. g, .

ə kαˈʃlʹɑ:n (a caisleán) « son château (à elle) », ə χαˈʃlʹɑ:n (a chaisleán) « son château (à lui) », ə gαˈʃlʹɑ:n (a gcaisleán) « leur château ».

b, , asp. v, , nas. m, .

bərdɑ:n (bradán) « saumon », ɑnəvərdɑ:n (anabhradân) « un très gros saumon », αr nɑ mərdɑ:n (fear na mbradán) « l’homme aux saumons ».

Pour le maintien de b, après labiale, la où l’on attendrait l’aspiration, cf. Phonétique, § 309.

d, , asp. ǥ, j, nas. n, .

dʹi:həl (dícheall) « possible, ce qu’on peut faire de mieux », ə ji:həl (a dhícheall) « son possible », ə nʹi:həl (a ndícheall) « leur possible ».

g, , asp. ǥ, j, nas. ŋ, ŋʹ.

glʹəmɑχ (gliomach) « langouste », gén. ə glʹαməgʹ (an ghliomaigh), αr nə ŋlʹəmɑχ (fear na ngliomach) « l’homme aux langoustes ».

m, , asp. v, (b, ), nas. m, .

mɑ:hərʹ (máthair) « mère », vɑ:hərʹ (a mháthair) « mère ! », ɑ:r mɑ:hərʹ (ár máthair) « notre mère ». Pour le degré « aspiré » b, de m, après labiale : lʹem bɑ:hərʹ (lem’ mháthair) « avec ma mère », cf. Phonétique, § 309.

f, , asp. zéro, nas. v, .

nɑ: fʷilʹ ʃe (ná fuil sé ?) « n’est-il pas? » ; nʹi:lʹ (ní fhuil) « non, il n’est pas », vʷilʹ (an bhfuil ?) « est-il ? ». On a sporadiquement à l’initiale verbale ǥ comme degré aspiré de f, et j comme degré aspiré de , cela non seulement au prétérit mais aussi au présent: də ji:lʹ ʃe (do fhill sé) « il retourna » (cf. § 165).

s, ʃ, asp. h, ç, nas. s, ʃ (et voir plus bas § 11).

nə hi: (i n‑a shuidhe) « assis », nə si: (i n‑a suidhe) « assise » ou « assis (plur.) » ; ʃo:rʃə (Seóirse) « Georges », ço:rʃə (Sheóirse !) « Georges ! (voc.) ».

r, asp. nas. r.

ri:nʹ (righin) « coriace », ɑnərʹi:nʹ (anarighin) « très coriace ».

L’aspiration de r en ne se rencontre plus que chez des sujets âgés, et tend à se perdre, (cf. Phonétique, § 84).

n, et l, ne sont pas soumis à alternances dans notre parler.

On voit que les phonèmes χ, ç, j, ŋ, ŋʹ ne se présentent pas à l’initiale non modifiée (mais cf. § 98) ; v, , w se rencontrent à l’initiale de mots empruntés récents : vo:tə, angl. vote.

§ 10. En cas de groupe consonantique initial, la consonne initiale de groupe subit en règle générale les mêmes mutations que si elle se trouvait devant voyelle, sauf dans le cas de s, ʃ suivis de m, ou d’occlusive : ainsi pʹrʹαb (preab) « sursaut » də fʹrʹαb (de phreab) « brusquement » ; blɑs (blas) « goût », drœvlɑs (drochbhlas) « mauvais goût » ; gnʹi:v (gníomh) « action », nə ǥnʹi:v (i n‑a ghníomh) « réalisé » ; snɑs (snas) « éclat, poli », ɑnəhnɑs (anashnas), « poli parfait » ; mais, sans mutation : smu:tʹ (smúit) « poussière », ɑnəsmu:tʹ (anasmúit) « poussière épaisse », drœsgʹi:αl (drochscéal) « mauvaise nouvelle » ; nə stɑd (i n‑a stad) « arrêté ».

Dans le groupe initial fr‑, il arrive que f soit maintenu, de façon capricieuse, là où l’on attendrait le degré « aspiré », αrk frɑuŋkəχ (cearc franncach) « dinde » (litt. « poule française »).

Une initiale vocalique préfixe h, lorsqu’elle est précédée d’une particule terminée par une voyelle, dans tous les cas où une initiale consonantique ne serait pas affectée ; elle préfixe n, dans tous les cas où une consonne serait nasalisée : ə hɑhərʹ (a h‑athair) « son père (à elle) », ə ɑhərʹ (a athair) « son père (à lui) », ə nɑhərʹ (a n‑athair) « leur père », ɑ:r nɑhərʹ (ár n‑athair) « notre père ». On a sporadiquement au prétérit ou aux temps secondaires ǥ, représentant le degré aspiré de l’initiale vocalique vélaire : də ǥo:l ʃe (do dh’ól sé) « il but. »

§ 11. L’article provoque des alternances initiales d’un type particulier : une initiale vocalique précédée de l’article préfixe t, aux cas où une consonne ne serait pas modifiée ; après l'article et après è:n (aon) « un » s et ʃ initiales prennent la forme t, , au lieu de la forme « aspirée », habituelle, h, ç : ə tɑhərʹ (an t‑athair) « le père », ə tu:lʹ (an tsúil) « l'œil », ə sɑgərt (an sagart) « le prêtre », tʹigʹ ə tɑgərtʹ (tigh an tsagairt) « la maison du prêtre », sə tè:l (insan tsaoghal) « au monde » ; gɑχ è:n tɑurə (gach aon tsamhradh) « chaque été » ; pour le maintien des dentales initiales, dans les mêmes conditions, voir § 99.

Noter que t, , en alternance avec s, ʃ, ont naturellement une toute autre valeur morphologique que t, , alternant avec initiale vocalique, puisque dans le premier cas on a affaire à un degré « aspiré », dans le deuxième cas à un degré « radical ».