100%.png

Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Antin (rue de la Chaussée d’)

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche


Antin (rue de la Chaussée d’).

Commence à la rue Basse-du-Rempart, no 2, et au boulevart des Italiens, no 28 ; finit à la rue Saint-Lazare, nos 79 et 81 ; le dernier impair est 63 ; le dernier pair, 72. Sa longueur est de 608 m. — Les numéros impairs sont du 1er arrondissement, quartier de la Place-Vendôme ; les numéros pairs, du 2e, quartier de la Chaussée-d’Antin.

Cette rue, aujourd’hui l’une des plus belles de la capitale, n’était encore, à la fin du XVIIe siècle, qu’un chemin tortueux qui commençait à la porte Gaillon et conduisait aux Percherons. On l’appelait alors chemin de l’Égout-de-Gaillon, des Porcherons, de la Chaussée-de-Gaillon.

Le Pré-des-Porcherons était pour les roués de la régence ce que le Pré-aux-Clercs avait été pour les raffinés de la ligue, un rendez-vous de débauches et de duels.

Au commencement du XVIIe siècle, le quartier Gaillon cherchait à s’étendre et brisait la digue que lui opposait le rempart. Un arrêt du conseil, du 31 juillet 1720, ordonna de redresser le chemin de Gaillon jusqu’à la barrière des Porcherons (située rue Saint-Lazare), dans la largeur de 10 toises, et de planter ledit chemin d’un rang d’arbres de chaque côté. Mais le bureau de la ville ayant représenté qu’il serait plus convenable et plus utile de faire une rue droite de 8 toises de large, et de redresser l’égout jusqu’à la barrière, une ordonnance du 4 décembre de la même année autorisa ce changement : l’égout fut revêtu de murs et voûté, et la rue percée et alignée d’après le plan présenté.

On la nomma rue de l’Hôtel-Dieu, parce qu’elle conduisait à une ferme appartenant à cet hôpital, puis rue de la Chaussée-d’Antin, parce qu’elle commençait au rempart en face duquel avait été bâti l’hôtel d’Antin, depuis de Richelieu. Mais cette voie publique n’était pas au bout de ses métamorphoses patronymiques.

Paris, le 5 avril 1791 : « Messieurs, l’Assemblée nationale et la ville de Paris ont rendu à M. Mirabeau les honneurs funèbres. Sa cendre sera déposée dans la basilique destinée aux grands hommes, et elle y sera placée la première. Cette reconnaissance publique est un devoir de la patrie ; elle est en même temps la politique d’un pays où l’on veut former les hommes. Une des destinations durables et publiques que l’on peut rendre à l’homme qui a si bien servi la constitution française serait de donner son nom à la rue où il a habité et où nous l’avons perdu. On se rappellera toujours qu’il y a vécu. La tradition y conservera son nom. Il me parait honorable pour la municipalité de l’y fixer. J’ai en conséquence l’honneur de proposer au conseil-général d’arrêter que la rue de la Chaussée-d’Antin sera désormais appelée la rue de Mirabeau et qu’une inscription conforme y sera sur-le-champ apposée.

Je suis avec respect, Messieurs, votre très humble et très obéissant serviteur, Bailly. » Et plus bas, MM. du conseil-général de la commune.

« Le conseil-général délibérant sur la proposition de M. le maire, y a généralement applaudi, et d’une voix unanime a arrêté que la rue de la Chaussée-d’Antin sera désormais appelée la rue de Mirabeau, et qu’il y sera sur-le-champ apposé une inscription conforme. Charge le corps municipal de tenir la main à l’exécution du présent arrêté, qui sera imprimé, affiché et envoyé aux quarante-huit comités des sections. Approuvé, Oudet-Dejoly, secrétaire-greffier. » Peu de temps après, au-dessus de la porte de cet hôtel, qui porte aujourd’hui le no 42, fut scellée une table de marbre noir sur laquelle on grava en lettres d’or ces deux vers de Chénier :

L’âme de Mirabeau s’exhala dans ces lieux !
Hommes libres, pleurez ! Tyrans, baissa les yeux !

Cette inscription fut enlevée en 1793, et la rue porta le nom du Mont-Blanc, en mémoire de la réunion de ce département à la France, par décret du 27 novembre 1792.

En 1816, la municipalité parisienne passa l’éponge sur l’inscription révolutionnaire, et cette voie publique reprit sa monarchique appellation.

Une décision ministérielle, du 28 février 1807, signée Champagny, a fixé la moindre largeur de la rue de la Chaussée-d’Antin à 13 m. 61 c. La maison no 66 est seule soumise à un faible retranchement. — Égout ; conduite-maîtresse d’eau ; éclairage au gaz (compe Anglaise).

La grande figure de Mirabeau n’est pas la seule illustration que rappelle à notre souvenir la rue de la Chaussée-d’Antin.

Un ministre financier, une danseuse célèbre, un prélat, cardinal par la grâce de son neveu, une séduisante et douce créole, depuis impératrice, un valeureux soldat de l’empire, qui devint sous la restauration l’orateur le plus brillant et le plus populaire, ont successivement habité cette rue.

Le financier s’appelait Necker ; son hôtel porte aujourd’hui le no 7. Ce fut ensuite l’hôtel Récamier.

L’hôtel du no 9, le palais de la danseuse, était plus somptueux que celui de l’ancien contrôleur général des finances. Mlle Guymard sut gagner, à la pointe de ses pirouettes, sa réputation, sa fortune et le cœur de cet excellent prince de Soubise, qui était plus à son aise aux pieds d’une danseuse, qu’à la bataille de Rosbach, en face du grand Frédéric. Un jour la jeune et belle damnée, en s’éveillant, se dégoûta de sa maison de Pantin qui sentait la roture ; elle voulut un hôtel dans cette rue que hantait le beau monde. Ledoux se mit à l’œuvre et bientôt une fête merveilleuse inaugura le temple de la déesse. Cet hôtel contenait un théâtre assez vaste pour loger cinq cents personnes.

Après le ballet, Mlle Guymard se donnait le délassement de la comédie jouée par l’élite des pensionnaires du roi.

La maison no 62 a été construite en 1826 sur l’emplacement d’un petit hôtel habité par Joséphine avant son mariage avec Bonaparte.

Dans ce même hôtel mourut, le 26 novembre 1825, l’illustre général Foy, à l’âge de cinquante ans.

Quatre mots suffisent pour rappeler cette noble existence courage, talent, franchise et loyauté !

Cette rue, qui commençait à l’hôtel de Montmorency et finissait à celui du cardinal Fesch, compte aujourd’hui soixante-sept propriétés qui rapportent plus au fisc que quatre cent cinquante maisons du quartier Saint-Marcel.