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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Charenton (rue de)

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Charenton (rue de).

Commence aux rues du Faubourg-Saint-Antoine, no 2, et de la Contrescarpe, nos 72 ; finit à la place au-devant de la barrière de Charenton. Le dernier impair est 187 ; le dernier pair, 194. Sa longueur est de 2 080 m. — 8e arrondissement, quartier des Quinze-Vingts.

Son nom lui vient du village de Charenton auquel elle conduit. De la petite rue de Reuilly à celle Montgallet on la trouve désignée sous le nom de la Planchette, et de la rue Montgallet jusqu’à le barrière elle se nommait de la Vallée de Fécamp. Cette dernière dénomination lui avait été donnée parce qu’elle avait été bâtie sur un terrain appelé au XVe siècle le Bas-Fécamp. — Une décision ministérielle du 16 ventôse an XII, signée Chaptal et une ordonnance royale à la date du 1er juin 1828, ont fixé à 12 m. la moindre largeur de la rue de Charenton. Les constructions portant les numéros ci-après ne sont pas soumises à retranchement 31, 33, 49, 51, 85, 87, 89 ; de 95 à 113 inclusivement, 123, 125, de 137 à 151 bis inclusivement, 155, 157, 181, 16, 18, 50, 70, 76, 82, 94, 100, 102 ; de 120 à 134, 140, 142 ; de 162 à 168, et la propriété à l’encoignure de la place devant la barrière. — Égout entre les rues Moreau et Beauveau. — Conduite d’eau dans presque toute l’étendue. — Éclairage au gaz dans une partie de cette rue (compe Parisienne).

La vallée de Fécamp est devenue tristement célèbre par le massacre des protestants. Le dimanche 26 septembre 1621, ces religionnaires revenaient de leur prêche situé à Charenton. Arrivés au Bas-Fécamp, ils furent assaillis par une troupe de furieux, de vagabonds et de voleurs armés. Ces brigands attaquèrent d’abord ceux qui étaient en carrosse ; mais la résistance qu’on leur opposa les contraignit à se retirer. Ils résolurent alors d’aller piller ceux qui se trouvaient sans armes. Sur leur chemin ils arrêtèrent plusieurs bourgeois qui n’étaient pas protestants, et, sous le prétexte de s’assurer s’ils étaient bons catholiques, s’ils portaient des chapelets, ils leur enlevèrent leurs bourses qui pendaient alors à la ceinture. Cependant les protestants, après avoir soutenu le combat de la vallée de Fécamp, se disposaient à rentrer dans Paris par la porte Saint-Antoine lorsqu’ils furent assaillis de nouveau près de cette porte. Le ministre protestant cherche à calmer ces furieux en leur disant : « Ah messieurs, faut-il massacrer des hommes !… Le roi l’a-t-il commandé ?… » Alors ces pages, ces laquais, ces crocheteurs se jettent sur le ministre en criant : « C’est la mort du duc de Mayenne qui est venue jusqu’ici !… » Avec leurs épées ils lui coupent le nez et les oreilles, le mutilent d’une manière horrible, et vont promener ces glorieux débris dans la capitale.

Au coin de la rue Moreau, no 10, était situé le couvent des Filles-Anglaises, dont nous traçons ici l’origine. Les désordres de la guerre forcèrent ces religieuses à quitter Nieuport ; elles se réfugièrent à Paris en 1658 et logèrent dans une maison du faubourg Saint-Jacques. Deux ans après elles achetèrent rue de Charenton une maison et un jardin, et leur établissement fut confirmé par lettres de 1670. La première pierre de leur église avait été posée le 2 juin 1672. Ce couvent, qui avait reçu le nom de Bethléem, fut supprimé en 1790. Devenu propriété nationale il fut vendu en trois lots les 7 et 17 vendémiaire an VIII.