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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Honoré (marché Saint-)

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Honoré (marché Saint-).

Situé dans la rue du Marché-Saint-Honoré. — 2e arrondissement, quartier du Palais-Royal.

Ce marché a été formé sur l’emplacement du couvent des religieux Jacobins dont nous donnons ci-après l’historique.

À l’article concernant la rue des Grés, nous avons parlé de l’établissement de ces religieux à Paris. Nous avons dit que le désordre s’étant glissé dans cette communauté, on sentit la nécessité d’introduire une réforme qui, n’ayant pas été acceptée par les religieux, donna lieu à leur expulsion de la capitale. Remplacés en 1505 par des Jacobins réformés de Hollande, ceux qui abandonnaient Paris se disséminèrent dans les provinces de France où ils portèrent leurs dérèglements. Sébastien Michaëlis, général des Jacobins, conçut le dessein de faire revivre la ferveur primitive. Dans un chapitre de l’ordre de Saint-Dominique qui se réunit à Paris en 1611, ce révérend père proposa l’établissement d’un second couvent de Jacobins dans cette ville. Après quelques difficultés, la permission en fut accordée par lettres-patentes du mois de septembre de la même année, qui furent registrées au parlement en 1613. Henri de Gondi, évêque de Paris, donna pour cette fondation une somme de 50,000 livres. Avec ce secours et les libéralités de plusieurs particuliers, les religieux achetèrent un enclos de dix arpents et firent construire un couvent et une église. Cette communauté, ayant été supprimée en 1790, devint propriété nationale. L’église fut louée moyennant 1,200 fr. par an, le 1er avril 1791, à la société des amis de la constitution, plus connue dans l’histoire de la république sous le nom de Jacobins. Cette société célèbre y tint ses séances jusqu’au 21 brumaire an III (11 novembre 1794). Cependant les bâtiments qui composaient l’ancienne communauté des Jacobins avaient été vendus par le domaine de l’état le 5 mai 1792 moyennant 4,715,000 fr. Parmi les clauses insérées dans le contrat, figurait l’obligation de livrer le terrain nécessaire à l’ouverture d’une rue de 30 pieds de largeur, pour communiquer de la rue Saint-Honoré à la rue Neuve-des-Petits-Champs. L’acquéreur ne s’étant pas libéré fut déchu de son acquisition.

« Loi du 28 floréal an III. La Convention Nationale, après avoir entendu le rapport de son comité de sûreté générale ; décrète : — Article 1er. L’emplacement des ci-devant Jacobins, rue Honoré, est consacré à l’établissement d’un marché public ; ce marché portera le nom de Neuf-Thermidor. Il sera établi conformément au plan annexé au présent décret. — Art. 2e. Les terrains nécessaires aux constructions indiquées par ce plan seront vendus en la même forme que les autres domaines nationaux. L’administration des domaines est chargée de faire cette adjudication dans le plus bref délai ; les bâtiments seront vendus séparément. — Art. 3e. La maison du notaire Rouen, étant un objet indispensable d’intérêt public pour effectuer la communication de la rue Honoré à celle des Petits-Champs, l’administration des domaines est autorisée à en faire l’acquisition, sous l’indemnité et d’après le mode prescrit par la loi, etc. Visé par le représentant du peuple, inspecteur aux procès-verbaux, signé S.-E. Mounet. Collationné à l’original par nous, président et secrétaires de la Convention Nationale ; à Paris le 29 floréal an III de la République Française ; signé Boissy, président, Mollevaut et Peyre, secrétaires. » — Une décision ministérielle du 18 prairial an VIII, porte : — « Article 1er. Le marché public auquel l’emplacement des ci-devant Jacobins, rue Honoré, est consacré, sera construit d’après les plans du citoyen Louis, architecte, qui demeurent approuvés à cet effet. — Art. 2e. Les maisons qui seront bâties sur cet emplacement ne pourront avoir plus de quinze mètres de hauteur, y compris le comble, et les rues moins de 10 m. de largeur. — Art. 3e. La salubrité exigeant qu’il soit pris des précautions, il sera établi une fontaine au milieu du marché, etc. Signé L. Bonaparte.» — Les bâtiments et terrains dépendant de ce couvent furent définitivement adjugés le 29 messidor suivant au citoyen Bodin, pour 300,100 fr. Les principales conditions imposées à l’adjudicataire étaient ainsi conçues : « Conformément à la décision du ministre de l’intérieur du 18 prairial an VIII ; 1o il sera établi, sur l’emplacement du ci-devant couvent des Jacobins, un marché public ; 2o les maisons qui y seront construites, ne pourront avoir plus de 15 m. de hauteur, y compris le comble, et les rues moins de 10 m. de largeur ; 3o il sera établi une fontaine au milieu du susdit marché ; 4o sur la superficie totale de l’emplacement, il sera pris une superficie de 9,822 m. qui sera employée en maisons, lesquelles seront composées d’un rez-de-chaussée, etc… le tout conformément aux plans, coupes, élévations et profils, dressés par le citoyen Louis, architecte et sous la conduite et direction de l’architecte qui sera nommé par le ministre de l’intérieur. Toutes les constructions des bâtiments à faire sur ce terrain, s’élèveront à la somme de 2,500,000 francs, non compris dans cette somme le pavement des places et des rues, lequel néanmoins restera à la charge de l’adjudicataire, etc… 7o L’adjudicataire ne pourra exiger des marchands et marchandes qui apporteront des denrées au marché aucune rétribution pour raison des emplacements qu’ils occuperont sur le carreau forain du d. marché, place ou rues adjacentes, etc. » — Nous lisons dans un décret impérial du 31 janvier 1806. « 1o Les adjudicataires des terrains des Jacobins, ou leurs ayant-cause, sont déchus de l’adjudication à eux faite, et la commune de Paris subrogée aux lieu et place desd. adjudicataires… 5o Les terrains environnant le marché des Jacobins seront vendus par la ville de Paris, et à son compte par lots, ainsi qu’il sera réglé par un cahier de charges, soumis à l’approbation du ministre de l’intérieur. » Ce cahier des charges imposant des conditions onéreuses relativement au mode des constructions, les ventes ne s’effectuèrent qu’avec lenteur. Enfin le 27 avril 1809, le ministre décida que les acquéreurs auraient la faculté de construire à leur gré en se conformant toutefois aux règlements de voirie. L’aliénation complète des terrains s’opéra facilement par suite de cette décision. — Sur l’emplacement du couvent des Jacobins, on a formé les rues et place du marché Saint-Honoré. L’impasse Saint-Hyacinthe a été prolongée et convertie en rue. Le marché construit sur les mêmes terrains et d’après les plans de M. Molinos, architecte, a été inauguré en vertu d’une ordonnance de police du 14 novembre 1810. Il se compose de quatre halles très étendues qui servent d’abri, avec plusieurs étaux de bouchers. Deux bornes-fontaines fournissent les eaux nécessaires. Ce marché occupe une superficie de 6,557 m.