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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Luxembourg (palais du)

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Luxembourg (palais du).

Situé dans la rue de Vaugirard, en face de la rue de Tournon. — 11e arrondissement.

Sur une partie de l’emplacement occupé par le palais du Luxembourg, Robert de Harlay de Sanci fit bâtir, vers le milieu du XVIe siècle, une grande maison accompagnée de jardins. Dans un arrêt de la cour des aides, rendu en 1564, cette propriété est qualifiée d’Hôtel bâti de neuf. Le duc de Pinci-Luxembourg en fit l’acquisition, et ajouta en 1583 et 1585 plusieurs terrains contigus pour l’agrandissement des jardins. Ce domaine passa ensuite à la reine Marie de Médicis, qui l’acheta le 2 avril 1612 moyennant 90,000 livres. Ce fut sur ce vaste emplacement que la veuve de Henri IV conçut le projet de faire construire une habitation toute royale. Jacques de Brosse fournit les dessins du monument, et dirigea les travaux avec tant d’activité, qu’en peu d’années l’édifice se trouva complètement terminé. Il devait porter le nom de palais Medicis, mais la reine l’ayant légué à Gaston de France, duc d’Orléans, son second fils, il prit la dénomination de palais d’Orléans, ainsi que le prouvait une inscription qui demeura sur la principale porte jusqu’au commencement de la révolution, mais l’ancien nom de Luxembourg à prévalu et sert encore à désigner ce monument. Après la mort du second fils de Henri IV, ce palais échut par moitié à la duchesse de Montpensier, l’autre partie lui fut abandonnée moyennant la somme de 500,000 livres. Une transaction le fit passer en 1672 à Élisabeth, duchesse d’Orléans et d’Alençon, qui le céda au roi en mai 1694. Ce palais fut depuis occupé par la duchesse de Brunswick et par Mademoiselle d’Orléans, reine douairière d’Espagne. Il rentra à la mort de cette princesse dans le domaine royal, et Louis XVI le donna, par édit du mois de décembre 1778, à Louis-Stanislas-Xavier, fils de France, Monsieur, à titre et par augmentation d’apanage. Le palais du Luxembourg devint au commencement de la révolution propriété nationale. En 1792, il fut converti en prison. Le 4 novembre 1794 le directoire exécutif s’y installa.

« Conseil des Cinq-Cents. Commission législative. Séance du 3 nivôse an VIII. Projet de résolution adopté. — Article 1er. Le sénat conservateur et les consuls entreront en fonctions le 4 nivôse an VIII, etc. — Art. 7e. Les édifices nationaux ci-après désignés seront affectés aux diverses autorités constituées : 1o le palais du Luxembourg, au sénat conservateur ; 2o le palais des Tuileries, aux consuls ; 3o le palais des Cinq-Cents, au Corps-Législatif ; 4o le palais Égalité, au Tribunat, etc. » (Extrait du Moniteur du 3 nivôse an VIII.)

Après la chute de l’empire, le palais du Luxembourg reçut une nouvelle destination. — Ordonnance royale du 4 juin 1814. « Louis, etc. Voulant pourvoir à ce que la chambre des pairs de France soit environnée dès son entrée en fonctions de tout ce qui peut annoncer à nos sujets la hauteur de sa destination, nous avons déclaré et déclarons, ordonné et ordonnons ce qui suit : — Article 1er. Le palais du Luxembourg et ses dépendances telles qu’elles seront par nous désignées, sont affectés à la Chambre des Pairs, tant pour y tenir ses séances, y déposer ses archives, que pour le logement des officiers, ainsi que le tout sera par nous réglé et établi. — Art. 2e. La garde du palais de la Chambre des Pairs, celle de ses archives, le service de ses messagers d’état et huissiers, sont sous la direction d’un pair de France, choisi par nous, sous la dénomination de Grand-Référendaire de la Chambre des Pairs. — Art. 3e. Il résidera au palais, et ne pourra s’absenter sans notre permission expresse, etc. Signé Louis. »

Ce palais, dont nous venons de tracer rapidement l’origine, est sans contredit un des plus beaux de l’Europe ; et cependant on ignore jusqu’au lieu et jusqu’à la date de la naissance et de la mort de l’illustre architecte qui le construisit.

Marie de Médicis avait habité, à Florence, le palais Pitti, séjour habituel des grands ducs de Toscane. La veuve de Henri IV voulut que le palais de ses pères servît de type à l’édifice que Jacques de Brosse allait élever. Mais le génie du grand architecte ne put s’assujettir au programme arrêté par la reine.

« Si l’on excepte, en effet, dit M. Quatremère de Quincy, ce style de bossages dans lequel l’architecte français resta, quant au goût colossal du genre, à un degré fort inférieur à ce qui put lui servir de modèle chez l’architecte Florentin, on sera obligé de dire que les deux édifices ont les plus grandes dissemblances dans le plan général, dans l’ensemble des élévations variées, et tant à l’intérieur que dans les distributions intérieures. Bernini, qui vit le bâtiment terminé lors de son voyage, à Paris, convenait qu’il n’y avait nulle part de palais, ni mieux bâti, ni plus régulier.

» La plus grande dimension du palais du Luxembourg est de 180 pieds ; la moindre, c’est-à-dire celle de la face qui regarde la rue qui y aboutit est de 150 pieds. Son plan général forme un carré presque exact, dont toutes les parties sont en symétrie les unes avec les autres (on parle du plan général avant les modifications opérées par les nouvelles destinations). Sa simplicité répond à sa régularité. Il consiste en une très grande cour, environnée de portiques et flanquée dans ses angles de quatre bâtiments carrés qu’on appelle pavillons. Les vastes et spacieuses galeries qui font au rez-de-chaussée parcourir à couvert toute l’étendue du bâtiment, lui donnent un grand air de magnificence. La partie la moins heureuse de la disposition générale consiste, sur le jardin, dans la répétition de deux pavillons qui de ce côté composent la façade. Ces deux gros pavillons, trop voisins des deux qu’ils semblent doubler, se communiquent dans leur aspect une pesanteur réciproque. L’extérieur seul s’est conservé intact, et cette partie est celle qui constitue plus spécialement l’architecture. On peut considérer celle-ci sous deux rapports, savoir : la composition ou l’ensemble des masses et leur décoration.

» Sous le premier point de vue, ce palais mérite les plus grands éloges. On ne citerait guère en aucun pays un aussi grand ensemble, qui offrît avec autant d’unité et de régularité un aspect à la fois plus varié et plus pittoresque, surtout dans sa façade d’entrée. Cet effet résulte de l’avant-corps du milieu, couronné par cette coupole qui se trouve liée fort heureusement aux deux pavillons d’angle, et sert ainsi ou de motif, ou de raccordement à leur hauteur. De Brosse, en entremêlant sa composition de ces énormes pavillons, ne fit que suivre une des traditions des anciens châteaux forts dont la France était encore couverte. Mais ce qui aurait pu n’offrir que des disparates et des masses décousues, comme on le pratiquait autrefois, est devenu, au palais du Luxembourg, la source même d’une des beautés de sa composition, dans l’ensemble et l’effet de l’élévation. Loin donc que l’homme de goût se plaigne de leur répétition, il regretterait de ne les y pas trouver, ou qu’on les supprimât, tant l’architecte a su les rendre nécessaires à l’ordonnance générale.

» Quant à la décoration du palais, même esprit de régularité et d’unité. Les mêmes ordres règnent au-dehors de l’édifice, et dans toute son étendue, comme dans l’intérieur de la cour. Tout le rez-de-chaussée est en arcades formées par des pieds droits, ornés de pilastres plus ou moins accouplés, selon le plus ou moins de largeur du champ qu’ils occupent. L’ordre régnant partout au rez-de-chaussée est une sorte de prétendu toscan, coupé par des bossages, et de la manière la plus uniforme dans tout le développement de l’édifice.

» Le second ordre ou celui du premier étage se trouve appliqué avec la même uniformité en pilastres, sur toutes les parties de trumeaux entre les fenêtres, et en colonnes adossées dans toutes les masses formant avant-corps. Cet ordre est dorique ; son entablement est orné de triglyphes et de métopes, dont la distribution est devenue souvent irrégulière par l’effet de tous les ressauts partiels, qu’on ne pouvait guère éviter dans un ensemble composé de tant de masses diverses. Les bossages qui règnent dans toute l’ordonnance de cet étage, au lieu d’être continus en hauteur, sont à bandes alternatives, autant sur les trumeaux que sur les colonnes et les pilastres. Partout les bossages ont leurs angles arrondis. »

Des travaux considérables d’agrandissement ont été commencés en 1837 au Luxembourg, sous la direction de M. de Gisors. Ces travaux, achevés en 1842, ont coûté 300,000 francs pour les constructions, et 800,000 francs pour tous les objets d’art.

La décoration de la nouvelle salle des séances est remarquable. La voûte surtout est d’une grande magnificence. Quatre pendentifs, dans lesquels sont représentées la Sagesse, la Loi, la Justice et la Patrie, ont été exécutés par M. Abel de Pujol. Les trois grands médaillons et les six compartiments des fenêtres où l’on voit la Prudence, la Vérité et la Confiance, et les six plus illustres législateurs de l’antiquité, Moïse, Dracon, Solon, Lycurge, Numa et Justinien, ont été exécutés par M. Vauchelet. De chaque côté de l’hémicycle sont des sujets allégoriques peints par M. Blondel. Près du centre de la voûte, dans six médaillons, ont été placés les portraits couleur de bronze de Charles V, Louis XII, François Ier, Louis XIV, Napoléon et Louis XVIII.

Jardin du Luxembourg. — L’antique destination d’une partie de ce jardin serait demeurée dans l’oubli, si des embellissements exécutés n’eussent occasionné de grands mouvements dans le sol, et exhumé une vérité enfouie depuis des siècles dans le sein de la terre. Sauval nous apprend qu’à l’époque où l’on jeta les fondements du palais du Luxembourg, on découvrit une figure en bronze représentant Mercure. « Quant au Mercure de bronze, dit-il, qu’on rencontra dans les fondations du palais d’Orléans, au commencement de la régence de Marie de Médicis, il n’avait pas plus de cinq à six pouces de haut ; à l’ordinaire il était nud et un pied en l’air ou pour marcher ou pour voler, mais contre la coutume il n’avait point de bonnet ; les ailes lui sortaient de la tête, et sur la paulme de la main droite il portait une bourse toute pleine. » — Dans les fouilles exécutées en 1801, on déterra quelques figurines de divinités, une petite idole de Mercure, une tête de Cybèle, toutes deux en bronze, et quelques instruments sans doute affectés aux sacrifices. Des objets servant à préparer des repas y furent trouvés en abondance. On y déterra un nombre infini d’autres ustensiles plus particulièrement destinés aux militaires et à leur habillement, tels qu’agraphes, boucles de différents genres avec leurs ardillons que les Romains nommaient fibulæ ; des boutons, des ornements de ceinturons, des harnais de chevaux et un bout de fourreau d’épée ; toutes ces découvertes semblent indiquer que l’emplacement où nous voyons aujourd’hui le jardin du Luxembourg, était occupé par un camp à l’époque de la domination romaine. Cette opinion se fortifie par suite des découvertes qui furent faites au mois d’octobre 1836. En creusant les fondements de la nouvelle Chambre des Pairs, M. de Gisors, architecte, a trouvé une série de puisards, une masse énorme de tuiles romaines, des débris de vases antiques, plusieurs statuettes en pierre et de nombreux fragments de poterie ; enfin, tout récemment, en fouillant le sol dans la partie du jardin du Luxembourg où l’on construisit l’Orangerie, on a trouvé à une profondeur d’environ 1 m. 50 c., quelques fragments de plâtrages revêtus encore de peintures, ainsi qu’un vase d’argent renfermant un grand nombre de médailles romaines.

Le jardin du Luxembourg est un des plus beaux de l’Europe. Dans les années 1793 et 1794, on se servit pour son agrandissement de l’enclos du couvent des Chartreux, sur lequel on construisit aussi des ateliers d’armes. Après la Terreur, ces ateliers furent abattus ; on conserva pourtant la pépinière des Chartreux, qui devint un des principaux ornements de ce jardin. À la fin de l’année 1795 on traça la magnifique avenue qui rattache le Luxembourg à l’Observatoire. Ce jardin fut aussi amélioré sous l’Empire. Les travaux, dirigés d’abord par Chalgrin, furent continués par Baraguei, architecte du palais des Pairs. Le plan de Jacques de Brosse a été presqu’entièrement modifié. Son ordonnance actuelle se compose d’un parterre entouré de plates-bandes, au milieu desquelles se trouve un grand bassin octogone. Des terrasses bordées de balustrades et recourbées en pente douce, entourent le parterre et le dominent.

Petit Luxembourg. — Ce petit palais, dont l’entrée est dans la rue de Vaugirard, à l’ouest du Luxembourg, fut construit vers l’année 1629, par ordre du cardinal de Richelieu, qui l’habita pendant qu’on bâtissait le Palais-Cardinal. Cet édifice terminé, son Éminence donna son hôtel de la rue de Vaugirard à la duchesse d’Aiguillon, sa nièce. Cette habitation prit alors le nom d’hôtel d’Aiguillon. Il passa plus tard à titre d’hérédité, au prince Henri-Jules de Bourbon-Condé, et reçut à cette occasion le nom d’hôtel du Petit-Bourbon. La princesse Anne, palatine de Bavière, veuve de Jules de Bourbon, le choisit pour sa demeure ordinaire. Elle y fit exécuter des réparations et accroissements considérables sous la direction de l’architecte Germain Boffrand, qui construisit le délicieux petit cloître situé entre l’hôtel et l’Orangerie.

La Société des Arts, fondée vers 1730, sous la protection de Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, tenait ses séances le dimanche et le jeudi de chaque semaine dans cet hôtel.

Le Petit-Luxembourg devint le siège du gouvernement directorial. Quatre des directeurs l’habitaient, le cinquième logeait dans le grand palais. Pendant les dix premiers mois de son consulat, Bonaparte demeura dans cet hôtel qui fut ensuite successivement occupé par son frère Joseph, roi de Naples, et par la reine d’Espagne. Le Petit-Luxembourg est maintenant la résidence du chancelier de France, président de la Chambre des Pairs. En 1812 et 1813, on a démoli les bâtiments qui établissaient une communication entre le grand palais et cet hôtel. Depuis 1830, il a été restauré de fond en comble, et une communication nouvelle par un jardin dessiné à l’anglaise vient d’être créée entre cet hôtel et le grand palais.