Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Odéon (théâtre royal de l’)

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Odéon (théâtre royal de l’).

Situé sur la place de ce nom. — 11e arrondissement, quartier de l’École-de-Médecine.

Des lettres-patentes données à Compiègne, le 30 juillet 1773, et registrées au parlement le 19 août suivant, contiennent l’exposé ci-après : « Louis, etc… L’hôtel dans lequel nos comédiens français donnaient leurs représentations, était devenu dans un tel état de caducité, qu’il n’était plus possible de les y continuer. Pour ne point laisser interrompre un spectacle devenu célèbre par les acteurs encore plus par les drames qu’ils représentent, et dont le but est de contribuer autant à la correction des mœurs et à la conservation des lettres, qu’à l’amusement de nos sujets, nous avons bien voulu permettre aux comédiens français l’usage de notre théâtre du palais des Tuileries ; mais nous reconnûmes dès lors l’impossibilité d’y laisser subsister un spectacle public, s’il nous plaisait de séjourner dans la capitale de notre royaume ; d’ailleurs, l’étendue et la disposition primitive de ce théâtre, pour un autre genre de spectacle, ont fait connaître qu’il était incommode aux acteurs de la comédie, par la nécessité de forcer continuellement leur voix pour se faire entendre, inconvénient qui, en rendant la déclamation pénible et désavantageuse, préjudicie également à la santé des acteurs et à la satisfaction des spectateurs, etc… » — Ces considérations déterminèrent le roi à faire construire une nouvelle salle, et l’emplacement de l’hôtel de Condé fut choisi comme le plus convenable à cette destination. Sa majesté ordonna qu’une nouvelle salle de la comédie française serait établie sur les terrains de l’hôtel de Condé, au moyen de l’acquisition faite en son nom, et que de nouvelles rues seraient ouvertes pour faciliter la circulation aux abords de ce théâtre. Moreau, maître-général des bâtiments de la ville, fut chargé de l’exécution de ce projet qui consistait, entr’autres dispositions, à édifier la nouvelle salle à l’endroit où viennent aboutir aujourd’hui, dans le carrefour de l’Odéon, les rues de Condé et Monsieur-le-Prince. Le 1er novembre suivant, l’hôtel de Condé fut vendu au roi moyennant la somme de 3 000 000 livres. Les travaux, commencés à cette époque, furent exécutés avec lenteur. Ils étaient très peu avancés en 1779, lorsque Louis XVI, par lettres-patentes du 10 août, crut devoir les arrêter : « parce qu’en même temps, dit sa majesté, qu’il nous aurait paru plus convenable qu’un monument de ce genre, et dont la propriété devait nous demeurer, fut exécuté sous les ordres du directeur-général de nos bâtiments, arts et manufactures, nous aurions jugé devoir adopter différents changements, tant relatifs à la construction, décoration et embellissement de cette salle, qu’à sa situation. Nous aurions pensé aussi qu’au lieu de faire construire cette salle dans le bas de l’hôtel de Condé, il était plus convenable de la placer dans la partie la plus voisine du Luxembourg, afin que plus rapprochée du palais que nous avons donné à notre très cher et amé frère, Monsieur, pour son habitation et celle de notre très chère et amée soeur, Madame, elle soit un nouvel agrément pour leur habitation, en mêmes temps que pour nos sujets qui, avant d’entrer ou en sortant du spectacle de la Comédie-Française, auront à proximité une promenade dans les jardins du Luxembourg ; mais pour que cet établissement ne soit pas dans les circonstances actuelles, à charge à nos finances, nous avons cru devoir écouter les propositions qui nous ont été faites de la part du sieur Pierre-Charles Machet de Velye, de faire faire à ses frais la construction de la d. salle et hôtel de la Comédie Française, sous les ordres du sieur comte d’Angiviller, directeur et ordonnateur de nos bâtiments, et sous la conduite et d’après les plans et devis des sieurs de Wailly et Peyre (Marie-Joseph), et par nous approuvés, et de faire tous les frais nécessaires à ce sujet, etc… » — Ces lettres-patentes qui ordonnèrent, en conséquence, la construction de la salle et l’ouverture de plusieurs rues, aux frais dudit sieur Machet de Velye, officier du point d’honneur, furent registrées au parlement le 7 septembre suivant. Les devis des travaux à exécuter fixaient la dépense à 1 600 000 fr. MM. de Wailly et Peyre dirigèrent les constructions avec activité. En 1782, la salle, entièrement achevée, fut ouverte sous le titre de Théâtre Français. En 1790, on le nomma Théâtre de la Nation. — Les voies publiques formées aux abords de cet édifice sur l’emplacement de l’hôtel de Condé, sont celles ci-après désignées : rues Corneille, de Crébillon, Molière, de l’Odéon, Racine (partie comprise entre la rue Monsieur-le-Prince et la place), Regnard, de Voltaire et place de l’Odéon.

En 1797, le théâtre prit la dénomination d’Odéon. Le 18 fructidor an V (4 septembre 1797), le conseil des Cinq-Cents, par ordre du Directoire Exécutif, se réunit dans cette salle et y rendit un décret de déportation contre Carnot, Barthélemy et cinquante-trois députés. — Le 18 mars 1799, un violent incendie dévora ce théâtre. Les comédiens français s’installèrent au Palais-Royal où ils sont encore. En 1807, l’Odéon fut reconstruit, et reçut le titre de théâtre de l’Impératrice, qu’il quitta, en 1814, pour prendre celui de Second Théâtre Français. Incendié de nouveau, le 20 mars 1818, il fut restauré sous la direction de MM. Chalgrin et Baraguei, et rouvert le 1er octobre suivant. Il occupe une superficie de 2 000 m. environ. On y joua la tragédie, la comédie et le drame ; plus tard, on y ajouta l’opéra ; celui de Robin-des-Bois obtint un brillant succès. Cependant ce théâtre éprouva des revers. Les acteurs du Théâtre-Français et ceux de l’Opéra-Comique vinrent alternativement y donner des représentations. Les artistes italiens, après l’incendie de leur salle, se réfugièrent à l’Odéon. Enfin, le jeudi 28 octobre 1841, les acteurs du Second-Théâtre-Français se sont définitivement installés dans cette salle qui contient 1 650 personnes. — Prix des places en 1844 : Avant-scène des 1res et des baignoires, 5 fr. ; balcon 4 fr. ; 1res loges fermées et avant-scène des 2mes, 3 fr. 50 c. ; 1res loges découvertes, 3 fr. ; 2mes loges fermées et avant-scène des 3mes, 2 fr. 50 c. ; stalles d’orchestre, baignoires et 2mes loges découvertes, 2 fr. ; 3mes loges découvertes, 1 fr. 50 c. ; 3mes loges fermées et parterre, 1 fr. 25 c. ; loges du cintre, 1 fr.