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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Postes (administration des)

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Postes (administration des).

Située dans la rue Jean-Jacques-Rousseau, no 7. — 3e arrondissement, quartier Saint-Eustache.
§ ler. — De l’Hôtel des Postes.

L’hôtel aujourd’hui occupé par l’administration des Postes n’était, vers la fin du XVe siècle, qu’une grande maison ayant pour enseigne l’Image Saint-Jacques. Elle appartenait alors à Jacques Rebours, procureur de la ville. Jean-Louis Nogaret de la Valette, duc d’Épernon, l’acheta et la fit rebâtir. Elle fut vendue par Bernard de Nogaret, son fils, à Barthélemy d’Hervart, contrôleur général des finances, qui la reconstruisit presque en entier et n’épargna rien pour en faire une habitation magnifique. Cet hôtel passa ensuite à M. Fleuriau d’Armenonville, secrétaire d’état et garde des sceaux. Il appartenait au comte de Morville, ministre et secrétaire d’état aux affaires étrangères, lorsque le roi en ordonna l’acquisition en 1757, à l’effet d’y placer le bureau des Postes.

§ II. — Historique des Postes.

On ne trouve aucune trace de l’institution des Postes durant les siècles de barbarie qui suivent la chute de l’empire romain. C’est à Charlemagne qu’appartient, en France, l’honneur de s’être occupé le premier de leur organisation. Cette haute et merveilleuse intelligence devina les services qu’elles pouvaient rendre en rattachant à un centre commun les diverses provinces de son vaste empire. Il répara les voies militaires dont les Romains avaient sillonné la Gaule, et institua peu de temps a près des courriers qui s’appelèrent veredarii ou cursores.

De Charlemagne à Louis XI on ne put se procurer de nouvelles des provinces que par l’entremise des messagers, que l’Université avait seule le droit d’envoyer dans les principales villes du royaume. L’esprit vif et pénétrant de Louis XI devina bientôt tout le parti qu’on devait tirer de cette institution. Le 19 juin 1464, parut un édit dans lequel sa majesté expose : « Qu’ayant mis en délibération avec les seigneurs du conseil, qu’il est moult nécessaire et important à ses affaires et à son état de sçavoir diligemment nouvelles de tous côtez, et y faire quand bon lui semblera, sçavoir des sciennes, d’instituer et d’establir en toutes les villes, bourgs, bourgades et lieux que besoin sera jugé plus commodes, un nombre de chevaux courants de traite en traite, par le moyen desquels ses commandements puissent être promptement exécutez, et qu’il puisse avoir nouvelles de ses voisins quand il voudra, etc… Ma volonté et plaisir est que dès à présent et d’ores en avant, il soit mis et establi spécialement sur les grands chemins de mon dit royaume, personnes stables, et qui feront serment de bien et loyalement servir le roy, pour tenir et entretenir quatre ou cinq chevaux de légère taille, bien enharnachez, et propres à courir le galop durant le chemin de leur traite, lequel nombre on pourra augmenter, s’il en est besoin. »

Le caractère sombre et défiant de Louis XI se révèle dans cet édit dont l’article 10e est ainsi conçu : « Après avoir vu et visité par le dit commis les paquets des dits courriers, et connu qu’il n’y ait rien de contraire au service du roy, les cachètera d’un cachet qu’il aura du dit grand-maître des coureurs et puis les rendra au dit courrier avec passeport, que sa majesté veut être en la forme qui en suit : Maîtres tenants les chevaux courants du roy, depuis tel lieu jusqu’à tel autre… montez et laissez passer ce présent courrier nommé tel, qui s’en ça en tel lieu, avec sa guide et malle en laquelle sont… le nombre de tant de paquets de lettres cachetées du cachet de notre grand-maître des coureurs de France, lesquelles lettres ont été par moy vues et n’y ai rien trouvé qui préjudicie au roy notre sire ; au moyen de quoy ne lui donnez aucun empêchement, ne portant autres choses que… telle somme pour faire son voyage ; il sera signé du dit commis et non d’autres personnes. »

Le prix de la traite durant quatre lieues, en y comprenant celui du guide, est fixé par le même édit à la somme de dix sols. De grandes améliorations furent successivement introduites dans le service des Postes. Charles VIII mit la France en correspondance réglée avec plusieurs états voisins, notamment avec l’Italie. Henri III, en 1576, donna des itinéraires réguliers à toutes les villes ayant parlement ; enfin Henri IV, pour faciliter les communications et rendre les voyages plus fréquents, créa en 1597 un établissement destiné à fournir aux voyageurs des chevaux de louage de traite en traite, sur les grands chemins. Les considérants de l’édit du roi méritent d’être rappelés. « Comme les commerces accoutumez cessent et sont discontinuez en beaucoup d’endroits, et ne peuvent nos dicts subjects vaquer librement à leurs affaires, sinon en prenant la poste, qui leur vient en grande cherté et excessive dépense ; à quoy désirant pourvoir, et donner à nos dits subjects les moyens de voyager et commodément continuer le labourage, avons ordonné et ordonnons que par toutes les villes, bourgs et bourgades de nostre royaume, seront establis des maistres particuliers pour chacune traite et journée ; déclarant néanmoins n’avoir entendu préjudicier aux privilèges et immunités des postes. »

Bientôt on réunit en une seule les deux institutions des relais et des postes. Sous Louis XIII, il fut ordonné que les courriers partiraient de Paris pour les principales villes du royaume deux fois par semaine, et qu’ils feraient nuit et jour une poste par heure. Louis XIV exempta les maîtres coureurs, de la taille pour 60 arpents de terre, de la milice pour l’aîné de leurs enfants et le premier de leurs postillons, du logement des gens de guerre, de la contribution pour les frais de guet, gardes et autres impositions.

À Louis-le-Grand appartient encore l’honneur d’avoir créé la Poste-aux-Lettres, ou Petite-Poste. Voici le titre relatif à cette fondation.

« Louis, par la grâce de Dieu, etc… Considérant que la grande estendue de notre ville de Paris, et la multitude des personnes qui la composent, causent beaucoup de longueur et de retardement au nombre infini des affaires qui s’y traitent et qui s’y négocient, nous avons reconnu qu’il étoit nécessaire d’apporter quelque ordre particulier, afin d’en avoir une plus prompte et diligente expédition, et après avoir examiné plusieurs propositions qui nous ont été faites sur ce sujet, nous n’en avons point trouvé de plus innocente pour les particuliers, ni de plus advantageuse pour le public, que l’établissement de plusieurs commis dans notre d. ville de Paris, lesquels étant divisés par quartiers, auront la charge et le soing de partir tous les matins, et de prendre chacun dans un bon nombre de boistes, qui seront mises en différents endroits des d. quartiers pour la commodité de tous le monde, les billets, lettres et mémoires que l’on est obligé d’écrire à tous moments et à toutes rencontres, et de là les porter dans une boutique ou bureau qui sera dans la cour du pallais, pour y être distribuez par ordre de quartier, et rendus par les d. commis sur le champ, diligemment et fidèlement à leurs adresses, d’où retournant, rapporter au pallais sur le midy et à trois heures, et même plus souvent, s’il est nécessaire, les billets, lettres et mémoires qui auront été mis dans les d. boistes pendant le dit temps, etc… etc… Considérant aussi que ceux qui sont à Paris ont plus d’affaires avec les personnes qui sont dans la d. ville, qu’avec ceux qui sont dans les provinces, dont on a bien souvent plus facilement des nouvelles et des réponses que de ceux qui sont dans les quartiers esloignés, et qu’il est bien à propos d’establir, pour la facilité du commerce et pour la commodité du public, une correspondance si nécessaire à tout le monde, et particulièrement aux marchands qui ne peuvent quitter leur boutique, à l’artisan qui n’a rien de si cher que le temps et son travail qui le nourrit, et à l’officier qui de quelque condition qu’il soit, devant l’assiduité à son exercice, ne le peut abandonner.

« À ces causes, etc… Voulons et nous plait qu’il soit establi dans notre bonne ville et fauxbourgs de Paris, tel nombre de boistes, de commis et de bureaux qu’il sera nécessaire, et dans les lieux qui seront jugés être plus à propos, afin que ceux qui voudront se servir de cette voye en puissent user. N’entendant y contraindre personne, voullant aussi que le salaire des d. commis soient modicque et modéré, et qu’il ne soit que d’un sol marqué, quelque grosseur que puisse avoir le billet, lettre ou mémoire, etc… Nous avons donné à nos chers et bien amez les sieurs de Nogent et de Villahier, maistres des requêtes, en considération des bons et agréables services qu’ils nous ont rendus et rendent tous les jours, la permission et faculté de faire le dit établissement dans notre ville et fauxbourgs de Paris et autres villes de notre royaume, où ils verront qu’il sera nécessaire, à l’exclusion de toutes autres personnes, pendant le temps et espace de quarante années, durant les quelles nous voulons et entendons que les d. sieurs de Nogent et de Villahier jouissent seuls de la dite faculté, de tous les profits et émoluments qui en pourront venir. Données à Paris au mois de mai de l’an 1653, et de notre règne le 11e. Signé Louis. »

Cette institution ne réussit pas d’abord ; aussi Pélisson en parle-t-il comme d’une apparition qui devait bientôt s’évanouir. On trouve dans une annotation écrite de sa main, en marge d’une lettre que mademoiselle de Scudéry lui avait envoyée par l’entremise de la boîte des billets, cette curieuse indication : « M. de Villahier avoit obtenu un privilège ou don du roi, pour pouvoir seul establir ces boistes, et avoit ensuite establi un bureau au pallais, où l’on vendoit pour un sol pièce certains billets imprimés et marqués d’une marque qui lui estoit particulière. Ces billets ne contenoient autre chose sinon : Port payé ce jour de… l’an mil six cent cinquante-trois ou cinquante quatre. Pour s’en servir, il falloit remplir le blanc de la date du jour et du mois au quel vous escrimiez et après cela vous n’aviez qu’à entortiller le billet autour de celui que vous escrimiez à votre ami, et les faire jeter ensuite dans la boiste. »

Le secret des lettres ne tarda pas à être violé. Le ministre Louvois, le premier, se rendit coupable de cette insigne perfidie. Sous le règne de Louis XV, on décachetait avec soin toutes les lettres dont les adresses faisaient soupçonner la relation d’intrigues galantes ou politiques. On en faisait des extraits, et après avoir recacheté les billets, on les envoyait à leur adresse. L’intendant des postes venait tous les dimanches offrir à sa majesté le relevé des infidélités hebdomadaires.

» Le docteur Quesnay, dit madame de Hausset, dans son journal, s’est mis devant moi plusieurs fois en fureur sur cet infâme ministère, comme il l’appeloit. Je ne dinerois pas plus volontiers, disoit-il, avec l’intendant des postes qu’avec le bourreau. »

Le ministre Louvois fit rembourser les offices des maîtres courriers et réunit en une seule administration les divers départements qui percevaient les ports de lettres. Ce fut un nommé Lazare Patin, qui en devint fermier général en 1663, par un bail de onze années que l’on prolongea jusqu’en 1683. L’Assemblée Constituante, par un décret de 1790, supprima les privilèges des maîtres de poste et les remplaça par une indemnité annuelle de 30 livres par cheval, laquelle indemnité ne pouvait être inférieure à la somme de 250 livres, ni dépasser celle de 450, quelle que fut l’importance des relais.

Le service des postes reçut de nombreuses améliorations en 1792. On remplaça d’abord les anciens véhicules lourds, dangereux et incommodes par des voitures suspendues, à deux roues et à trois chevaux ; quarante lignes furent desservies par autant de malles dont l’entretien était à la charge du gouvernement ; quatorze partaient de Paris, les vingt-six autres faisaient le service des départements. Pour indemniser les maîtres de poste de la perte de leurs anciens privilèges, on leur accorda 30 sous par cheval et par poste, au lieu de 25 qu’ils avaient auparavant. On reconnut bientôt l’insuffisance de cette rétribution, et Napoléon, pour rendre meilleure la position des maîtres de poste, frappa en 1805 tout entrepreneur de voitures publiques d’une contribution de 25 c. par poste et par cheval.

D’un tableau comparatif de la marche des malles postes, pendant les années 1814, 1820, 1836 et 1842, il résulte que 22 malles-postes de 1re et de 2e sections, chargées concurremment avec 1500 services par entreprise des dépêches en France, parcourent une distance de 992 postes 1/2. Ce trajet, qui exigeait 1,178 heures en 1814, et 799 en 1829, n’en réclame plus que 610 aujourd’hui ; ce qui produit une accélération de 189 heures, qui équivaut à près de moitié, relativement au parcours de 1814.

Nous terminons cet article par quelques tableaux de statistique qui feront connaître toute l’importance de l’administration des Postes.

En 1663, le 1er bail des Postes produisit 1,200,000 fr.
1683, le 2e 1,800,000
1695, le 4e 2,820,000
1713, le 8e 3,800,000
1764, le 18e 7,113,000
1778, le 24e et dernier 12,000,000
Produits généraux des Postes pendant les années 1821, 1830 et suivantes, jusqu’en 1842 inclusivement.
Exercices Recettes
1821 23,892,698 fr.
1830 33,727,649 fr.
1831 33,340,319 fr.
1832 34,164,604 fr.
1833 35,361,599 fr.
1834 36,171,362 fr.
1835 37,036,468 fr.
1836 37,405,510 fr.
1837 40,382,368 fr.
1838 42,242,870 fr.
1839 44,131,234 fr.
1840 46,105,736 fr.
1841 48,042,439 fr.
1842 48,897,226 fr.
Articles d’argent déposés dans les bureaux de poste pendant les années 1821, 1830, 1834 et suivantes, jusqu’en 1842 inclusivement.
Exercices. Articles d’argent versés
dans les bureaux de poste.
Articles d’argent payés
dans les bureaux de poste.
Nombre des dépôts Montant des dépôts Nombre d’articles d’argent Sommes payées
fr. c. fr. c.
1821 317,642 9,099,296 79 316,842 9,092,642 12
1830 495,468 13,185,942 » 493,873 13,170,882 92
1834 764,417 16,412,924 07 764,906 16,426,712 99
1835 726,553 15,795,336 27 725,305 15,769,263 15
1836 698,378 15,436,797 76 696,340 15,409,496 04
1837 742,365 16,157,871 79 725,594 16,120,281 06
1838 792,036 16,938,923 41 778,474 16,895,744 36
1839 831,164 17,598,026 56 822,880 17,534,140 28
1840 960,175 19,570,120 92 940,002 19,337,283 10
1841 1,143,603 22,076,252 26 1,136,902 22,006,686 82
1842 1,105,959 21,907,641 38 1,107,512 21,953,710 63
Nombre des journaux et imprimés transportés par la poste pendant les années 1821, 1830, 1834 et suivantes, jusqu’en 1842 inclusivement.
Exercices. Expédiés de Paris. Originaires des départements. Nés et distrib. dans l’arrond. rural de chaque bureau. Total. Moyenne par jour.
1821 23,209,773 4,618,061 » 27,827,834 76,240
1830 32,334,280 7,422,540 190,050 39,946,875 109,413
1834 37,644,000 11,157,000 485,000 49,286,000 136,905
1835 38,778,675 10,093,250 433,750 49,305,675 136,960
1836 37,871,190 7,844,490 534,350 46,250,030 126,712
1837 40,535,247 9,298,048 643,000 50,376,295 138,017
1838 38,260,110 9,269,090 681,950 48,211,150 132,086
1839 39,176,647 10,176,653 842,641 50,195,941 137,523
1840 41,149,912 10,979,084 835,296 52,964,292 144,711
1841 43,676,012 12,212,892 933,914 56,822,818 155,679
1842 44,554,448 13,066,477 1,124,800 58,745,725 160,947
Tableau du nombre des lettres soumises à la taxe, qui ont circulé dans le service des postes pendant les années 1821, 1830, 1834 et suivantes, jusqu’en 1842 inclus.
Exercices. Lettres taxées ou affranchies Moyenne par jour. Lettres tombées en rebut. Reste en lettres remises aux destinataires.
Service ordinaire Service rural

Lettres dont la circul. est restreinte dans l’arrond. rural de chaque bur.
Total.
À Paris Dans les départements Service ordinaire Service rural Total. Service ordinaire Service rural Total.
1821 12,858,120 32,524,031 » 45,382,151 124,334 889,000 » 889,000 44,493,151 » 44,493,151
1830 16,953,087 45,050,224 1,813,949 63,817,260 174,841 1,509,303 90,697 1,600,000 60,494,008 1,723,252 62,217,260
1834 17,230,053 49,398,466 4,198,000 70,826,519 196,740 1,662,158 210,000 1,872,158 64,966,361 3,988,000 68,954,361
1835 18,403,174 52,238,994 4,377,750 75,019,918 205,534 1,722,833 222,350 1,945,183 68,919,335 4,145,400 73,074,735
1836 19,223,915 54,673,416 5,073,230 78,970,561 216,358 1,815,763 253,660 2,069,423 72,081,568 4,759,570 76,901,138
1837 20,134,732 56,741,506 6,471,720 83,348,008 228,350 1,996,103 277,840 2,273,943 74,880,185 6,193,880 81,074,065
1838 20,148,328 59,415,422 8,061,820 87,625,570 240,070 2,187,535 242,064 2,429,599 77,376,215 7,819,756 85,195,971
1839 21,955,350 61,271,911 8,425,010 91,652,271 278,500 2,382,548 243,974 2,626,517 80,844,713 8,181,036 89,025,749
1840 22,002,418 63,115,956 8,628,200 93,746,574 256,840 2,398,299 257,840 2,656,139 82,720,075 8,370,360 91,090,435
1841 25,113,302 62,213,274 8,682,313 96,008,889 263,033 2,582,907 263,864 2,846,771 84,743,669 8,418,449 93,162,118
1842 26,425,908 63,990,851 8,865,404 99,282,163 272,006 2,607,672 267,500 2,875,172 87,809,087 8,597,904 96,406,991
Nombre des bureaux de poste et de distribution depuis 1820.
Années. Nombre Total
des bureaux
de Poste.
des bureaux
de distribution.
1820. 1,289 486 1,775
1825. 1,338 497 1,835
1830. 1,395 580 1,975
1835. 1,443 651 2,094
1840. 1,631 664 2,295
1843. 2,091 685 2,776