Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Sèvres (rue de)

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Sèvres (rue de).

Commence aux rues du Cherche-Midi, no 2, et de Grenelle, no 1 ; finit aux chemins de ronde des barrières de Sèvres et de Vaugirard. Le dernier impair est 171 ; le dernier pair, 132. Sa longueur est de 1,571 m. — 10e arrondissement. Tous les impairs et les pairs de 2 à 104 sont du quartier Saint-Thomas-d’Aquin, le surplus dépend du quartier des Invalides.

On la trouve désignée, au XIIIe siècle, dans des titres de l’abbaye Saint-Germain-des-Prés, sous le nom de la Maladrerie, parce que l’hôpital ainsi appelé y était situé. En 1641, on la nommait rue de l’Hôpital-des-Petites-Maisons. Elle doit sa dénomination actuelle au village de Sèvres, auquel elle conduit. — Deux décisions ministérielles des 23 frimaire an IX et 15 messidor an XII, signées Chaptal, ont fixé la moindre largeur de cette voie publique à 10 m. Les propriétés ci-après ne sont pas soumises à retranchement : nos 11, 13 ; de 23 à 45, de 49 à 85, chapelle Saint-Vincent-de-Paul, partie du no 95, 97, 99, de 109 à 145 ; hôpital des Enfants-Malades, et de l’hôpital Necker à la fin ; 14, dépendances de l’Abbaye-aux-Bois, partie de l’hospice des Ménages ; de 28 à 50, de 54 à 76, 80, 84 ; de 92 à 104, dépendances des Jeunes-Aveugles, et de 116 à 126. — Égout : 1o entre la Petite-rue-du-Bac et la rue Saint-Maur ; 2o entre les rues des Brodeurs et Rousselet. — Conduite d’eau dans presque toute son étendue. — Éclairage au gaz (compe Française).

À l’angle de la rue du Cherche-Midi était situé le couvent des Prémontrés réformés. L’ordre des Prémontrés, fondé par saint Norbert, au XIIe siècle, avait à peu près perdu la bonne réputation que son ancienne discipline lui avait acquise, lorsque le père Daniel Picart, abbé de Sainte-Marie-aux-Bois, en Lorraine, conçut le dessein d’y introduire la réforme. Aidé par Gervais Lairuel, abbé de Saint-Paul-de-Verdun, il fit de nouveaux statuts, auxquels les papes donnèrent leur approbation. Alors une nouvelle congrégation se forma sous le titre de la Réforme de Saint-Norbert. Quoique confirmée par lettres-patentes de 1621, elle ne possédait point encore en 1660 d’établissement à Paris. Le chapitre général tenu cette même année à Saint-Paul-de-Verdun, résolut de créer une maison dont tous les couvents de l’ordre partageraient la dépense. Le père Paul Ferrier fut choisi pour faciliter l’exécution de ce projet. La reine Anne d’Autriche lui accorda sa protection, et ses libéralités permirent aux Prémontrés d’acheter en 1661, dans la rue de Sèvres, un grand terrain et une maison qu’on appelait les Tuileries. Ils obtinrent, en 1662, le consentement de l’abbé de Saint-Germain, et de nouvelles lettres-patentes, dans lesquelles le roi se déclare leur fondateur, et les qualifie de chanoines réguliers de la Réforme de l’étroite observance de l’ordre de Prémontré. La première pierre de l’église fut posée le 13 octobre 1662, par la reine-mère. Cet édifice devint bientôt trop petit, et fut rebâti en 1719, sur les dessins de Simonet, architecte. Supprimée en 1790, cette maison religieuse devint propriété nationale, et fut vendue le 1er prairial an V.

Au no 27 est la maison dite de l’Association des dames de Saint-Thomas-de-Villeneuve. Cette communauté fut fondée en 1659, par le père Ange Proust, augustin réformé de la province de Bourges et prieur du couvent de Lamballe. Cette fondation avait pour but de desservir les hôpitaux. L’utilité d’un tel établissement fut bientôt constatée. Louis XIV, auquel on en rendit compte, le confirma par lettres-patentes données en 1661. Cette bienfaisante institution répandit bientôt son heureuse influence dans toute la Bretagne. Paris possédait déjà plusieurs maisons de ce genre mais la misère, qui tend toujours à s’accroître dans les grandes villes, fit penser que les Filles-de-Saint-Thomas-de-Villeneuve pouvaient donner d’utiles secours aux malades. Le 16 août 1700, Jeanne de Sauvageot, dame de Villeneuve, acheta de Jacques-Joseph Guille une maison et un jardin situés dans la rue de Sèvres, et en passa déclaration au profit des Filles-de-Saint-Thomas. Cette communauté fut confirmée de nouveau par lettres-patentes du mois de juin 1726, et on lui permit alors d’acquérir jusqu’à 20,000 livres de rente. Ces religieuses étaient hospitalières et suivaient la règle de Saint-Augustin. Après la mort du père Ange, elles choisirent pour supérieur-général le curé de Saint-Sulpice. En 1793 on voulut assimiler leur maison à une communauté religieuse et s’emparer des biens qu’elle possédait. Quelques voix reconnaissantes protestèrent et obtinrent la conservation de cet établissement, uniquement consacré à l’éducation des pauvres et au soulagement des malades. Les pieuses dames de Saint-Thomas poursuivent encore aujourd’hui leur œuvre de charité.