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Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments/Séverin (église Saint-)

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Séverin (église Saint-).

Située dans la rue du même nom. — 11e arrondissement, quartier de la Sorbonne.

Un voile mystérieux entoure le berceau de cet édifice. Quelques écrivains prétendent qu’il occupe la place d’une chapelle dédiée sous le nom de Saint-Clément ; d’autres savants font honneur de sa fondation à saint Séverin, abbé d’Agaune, que Clovis fit venir à Paris, dans l’espoir d’obtenir par l’intercession de ce pieux personnage la guérison d’une fièvre, qui le consumait depuis deux années. Ne pouvant mentionner ici toutes les discussions que l’ancienneté de cette église a soulevées, nous nous bornerons à rappeler l’opinion de Jaillot, qui nous parait très vraisemblable : « Sous le règne de Childebert, dit cet écrivain consciencieux, il y avait à Paris un saint solitaire, nommé Séverin, qui s’était retiré dans un endroit, près de la porte méridionale. Sa sainteté fut reconnue dès son vivant ; elle détermina même Saint-Cloud à se mettre sous sa discipline et à recevoir de lui l’habit monastique. Il est probable que la vénération que ses vertus avaient inspirée aux Parisiens les engagea à bâtir sous son nom un oratoire au lieu même qu’il avait habité, ou à donner son nom à celui qui pouvait y avoir été dès lors érigé. » — Une charte du roi Henri Ier, qui l’appelle Saint-Séverin le solitaire, semble confirmer l’opinion de Jaillot. Cette église, ainsi que les principaux édifices de la capitale, éprouva, dans le IXe siècle, toute la fureur des Normands. Avant cette époque, on avait levé le corps de saint Séverin, pour le transporter à la cathédrale qui conserva ces précieuses reliques. Cependant l’église dédiée au pieux solitaire ne fut pas complètement dévastée par les barbares, car nous la trouvons énoncée dans la charte du roi Henri Ier, parmi les édifices que ce monarque abandonne à l’église de Paris. Saint-Séverin fut rebâti, sans doute, après la mort du prêtre Girauld qui en avait la jouissance pendant sa vie. La population de ce quartier s’étant rapidement augmentée, l’église fut érigée en cure, et le titre d’archiprêtre conféré à celui qui la desservait. Ce titre attribuait au pasteur qui en était honoré, une sorte de prééminence sur toutes les cures de ce district. Le document le plus ancien qui mentionne la cure de Saint-Séverin, est une sentence arbitrale rendue en 1210 ; cette sentence fixe la juridiction spirituelle de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés et l’étendue de la paroisse Saint-Séverin. Cette église a été rebâtie à différentes époques. Dès l’an 1347, le pape Clément VI avait accordé des indulgences pour faciliter sa reconstruction. Elle fut agrandie en 1489, et le 12 mai de cette année, on posa la première pierre de l’aile droite et des chapelles qui sont derrière le sanctuaire. Saint-Séverin se révèle aux yeux de l’observateur par sa tour dont la flèche et les huit clochetons chargés de dentelures dominent les maisons d’alentour. C’est du haut de cette tour que la cloche sonnait autrefois le couvre-feu pour le quartier de l’Université. Le portail de cette église était presque sans ornements. Sur la pierre on lisait deux inscriptions gravées en caractères gothiques ou scolastiques ; la première était ainsi conçue :

» Bonnes gens qui par cy passez,
» Priez Dieu pour les trespassez !… »

Des lions de pierre avaient été sculptés de chaque côté du portail ; ils remplaçaient sans doute d’autres lions de pierre qui soutenaient autrefois le siège où l’archiprètre venait s’asseoir pour rendre la justice. Nous avons lu plusieurs sentences portant cette formule : Datum inter Leones. Les portes de l’église, étaient autrefois chargées de fers à cheval ; ils attestaient une des pratiques pieuses de nos aïeux. « Quand un chrétien, dit Charles Nodier, se disposait à partir pour un voyage lointain, il venait invoquer le noble chevalier saint Martin, dans sa chapelle particulière, faisait rougir la clef de la chapelle au feu des thuriféraires, en marquait les flancs de sa haquenée, et clouait le fer à cheval votif à la porte du saint édifice. » — L’intérieur de Saint-Séverin doit exciter la curiosité des artistes. Il présente un ensemble régulier, surtout remarquable par la belle ordonnance de l’abside éclairée par un double rang de croisées. Les chapiteaux des colonnes, les nervures des voûtes à leurs points de jonction et d’arrêt, sont surchargés de culs-de-lampe et de sculptures de toutes espèces. Ces ornements admirables par leur grâce ou leur originalité, se composent de plusieurs sujets dont l’entrain et la vivacité sont inimitables. Les colonnes de la galerie inférieure du chœur, qui semblent appartenir au XVe siècle, se recommandent par le fini et la légèreté de leur exécution. Aux bas-côtés de la nef, plusieurs colonnes au lieu de chapiteaux, sont surmontées de figures de religieux couchés et réunis par la tête ; ils tiennent des banderoles. D’autres personnages grotesques ou comiques sont sculptés sur les arêtes des nervures dans les voûtes. Des vitraux d’un magnifique travail décorent l’abside. Le chœur subit d’importants changements en 1683 : le maître-autel dont on voit les restes maintenant, a coûté 24,400 livres, et a été exécuté par le fameux sculpteur Baptiste Tubi, d’après les dessins de Charles Lebrun. — Saint-Séverin est une des premières églises de Paris qui ait possédé des orgues. Un nécrologe manuscrit nous offre le passage suivant : « L’an 1358, le lundi après l’Ascension, maistre Regnault de Douy, eschollier en théologie à Paris, et gouverneur des grandes escholles de la parouesse de Saint-Severin, donna à l’église unes bonnes orgues et bien ordenées. » — Le magnifique buffet que nous voyons aujourd’hui, date de 1747. — On lisait autrefois une inscription singulière, sous la porte du passage qui communiquait à la rue de la Parcheminerie, près du cimetière Saint-Séverin ; la voici :

« Passant, penses-tu passer par ce passage,
____» Où pensant j’ai passé ;
» Si tu n’y penses pas, passant, tu n’es pas sage,
» Car en n’y pensant pas, tu te verras passé. »

Deux autres vers étaient gravés sur la porte même du cimetière. Ils avaient été composés par le fameux imprimeur Vitré, alors marguillier de Saint-Séverin :

« Tous ces morts ont vécu ; toi qui vis, tu mourras !
» L’instant fatal approche, et tu n’y penses pas ! »

Une sorte de célébrité était attachée à ce cimetière. Au mois de janvier 1474, les médecins et chirurgiens de Paris représentèrent à Louis XI : « que plusieurs personnes de considération étaient travaillées par la pierre, colique, passion et mal de côté ; qu’il serait très utile d’examiner l’endroit où s’engendraient ces maladies, qu’on ne pouvait mieux s’éclairer qu’en opérant sur un homme vivant, et qu’ainsi ils demandaient qu’on leur livrât un franc-archer, qui venait d’être condamné à être pendu pour vol, et qui avait été souvent fort molesté des dits maux. Louis XI accéda à leur demande, et la première opération de la pierre se fit publiquement dans le cimetière de Saint-Séverin. Après qu’on eut examiné et travaillé, ajoute la chronique, on remit les entrailles de dans le corps du dit franc-archer, qui fut recousu, et par l’ordonnance du roi, très bien pansé, et tellement qu’en quinze jours il fut guéri et eut rémission de ses crimes sans dépens, et il lui fut donné de l’argent. » — Nous ne devons pas omettre, en parlant de Saint-Séverin, une particularité touchante. Lorsque les nouvelles accouchées venaient entendre à cette église leur messe de relevailles, on leur posait sur les épaules un manteau fourré pour les préserver du froid.

L’église Saint-Séverin ne fut pas épargnée pendant la révolution.

7 pluviôse an II (26 janvier 1794). — « Sur la demande de la régie des poudres et salpêtres, le département charge le citoyen Dupont son commissaire, de se transporter sur le champ à la ci-devant église Saint-Séverin, à l’effet de vérifier les objets qui existent dans cette église, et qui gênent les opérations que la régie des poudres doit y faire pour l’exploitation du salpêtre, livrer sur le champ au ministre de la guerre, tous les effets qui y sont contenus ; les faire transporter dans le bâtiment national le plus voisin, à l’exception de l’orgue qui sera conservé, et mettra la dite église à la disposition de la régie des poudres, l’autorisant à faire à cet effet toutes levées et réappositions de scellés nécessaires. Signé Houzeau, Damesme, Lachevardière, Momoro, Dupin et Luilier, agent national. » — Depuis 1802, l’église Saint-Séverin est la seconde succursale de la paroisse Saint-Sulpice. Lors de la formation de la rue d’Arcole, sur l’emplacement des rues Saint-Pierre-aux-Boeufs et du chevet Saint-Landry, la petite église Saint-Pierre-aux-Bœufs dut être abattue. On eut l’heureuse idée d’appliquer, de greffer son joli portail sur l’église Saint-Séverin, qui est aujourd’hui l’un des monuments les plus curieux de Paris. — Depuis 1841, on a exécuté, sous la direction de MM. Lassus et Gréterin, architectes, des travaux de réparations à la façade occidentale de cet édifice. La dépense s’est élevée à 77,000 fr.