Dictionnaire de Trévoux/1re édition, 1704/Abboyer

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AbBOYER, ou abbayer. v. n. qui se dit pour exprimer le cri des chiens. Latrare. Les chiens abboyent quand ils sentent des larrons. Il se met quelquefois activement : Ce chien abboye les passans.

Le chien qui de ses cris bat ces rives desertes,
Retint prés d’Abboyer ses trois gueules ouvertes.

dit Sar. sur la descente d’Orphée aux enfers.

Ce mot vient du latin adbaubare. Ménag. ou de boare, Latin qui vient de βοᾷν Grec : ou est un mot factice, qui imite le son que fait le chien en abboyant. Nicod.

Abboyer, se dit figurément des hommes, lorsqu’ils s’attendent à quelque chose, qu’ils la désirent & la poursuivent avec avidité. Inhiare. Cet avare, cet ambitieux, abboye après cette succession, après cette charge. Ce chicaneur abboye toujours après le bien d’autrui.

On le dit encore de ceux qui font crier après eux. Un Avocat demandant à quelqu’un qui lui disoit des injures, pourquoi m’abboye tu ? cet autre répondit, parce que je voi un voleur. Ablanc. Cet homme est si méchant, que tout le monde abboye après lui. Un satyrique abboye après les vices. C’est un medisant qui abboye tout le monde. Ablanc.

Je suis par-tout un fat, comme un chien suit sa proye,
Et ne le sens jamais, qu’aussitôt je n’abboye. Boil.

Je tiens qu’originairement abboyer & abbayer sont deux mots differens, & qu’abboyer s’est dit seulement au propre, du cri des chiens, ou de ce qui lui ressemble : & qu’abbayer s’est dit au second sens figuré, & est composé de bayerou béer, qui signifie, regarder attentivement, ou attendre impatiemment, ce qu’on fait ordinairement avec une bouche béante : mais que par abus l’affinité de ces mots les a fait confondre, & prendre l’un pour l’autre.

On dit proverbialement, Abboyer à la lune ; pour dire, Crier & pester inutilement contre une personne au dessus de soi. On dit aussi, Tout chien qui abboye ne mord pas, pour dire, que ceux qui menacent, souvent ne font pas grand mal.