Dictionnaire de Trévoux/6e édition, 1771/CRAINDRE

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Jésuites et imprimeurs de Trévoux
(Tome 2p. 1013).

CRAINDRE, v. a. a au présent de l’indicatif je crains ; & non je crain. Vaug. Corn. A l’impératif crain, ou crains, qui est le meilleur. Il y en a cependant qui disent qu’on ne doit pas mettre d’s à la fin de la seconde personne du présent de l’impératif ; vien-ça, croi-moi, &. Id. je crains, tu crains, il craint, nous craignons, je craignois, je craignis, j’ai craint, je craindrai, que je craigne, une je craignisse, je craindrois. Prouver un sentiment de crainte. Voyez Crainte. Timere, metuere, in metu esse, vereri, tremere formidare, extimescere. Un brave ne craint ni la mort ni les dangers. Il est plus sûr aux Rois de se faire craindre, mais il est plus doux de se faire aimer. Celui que beaucoup de gens craignent, a aussi nécessairement beaucoup de gens à craindre. S. Evr. S’il y a des craintes foibles & puériles, il y en a de justes, & celui qui ne craint rien, n’est pas raisonnable. M. Scud. Rien n’est plus ennuyeux que cette vie tiède, qui sans rien craindre, & sans rien désirer, n’a rien de sensible. S. Evr. On craint de se connoître, parce qu’on n’est pas tel qu’on devroit être. Fléch. Il y a tout à esperer, & rien a craindre quand on se tromperoit à croire qu’il y a un Dieu ; & au contraire tout est craindre, & rien à espérer dans le parti du libertinage. Jaq. Comme il y a de la foiblesse à craindre sans sujets, il y a aussi de la prudence à craindre avec raison. M. Scud.

Je ne craignois que vous, vous ne craignez que moi ;
Et puisqu’il faut ici parler de bonne foi,
C’étoit avec raison que jaloux l’un de l’autre,
Vous craigniez mon pouvoir, que je craignois le vôtre. Campistron.

Il ne faut craindre rien, quand on a tout à craindre. Corn.

☞ Cette sentence paroît quelque chose de contradictoire : elle est cependant au fonds d’une très-grande vérité. Elle signifie qu’il faut tout hasarder quand tous les partis sont également dangereux. Il eut falu, je crois, éviter le jeu de mot & l’antithèse.

Ménage dérive ce mot de cremere, qu’on a dit vraisemblablement pour tremere. Il témoigne que les vieux Auteurs ont dit cremir, cremeur & créméteux, pour craindre, crainte & craintif.

Craindre se dit aussi des choses inanimées, quoiqu’elles ne soient sujettes à aucune passion & signifie alors qu’une chose est contraire à une autre. Abhorrere. Les oranges craignent la gelée. Les fleurs, le teint, craignent le hâle. Le feu craint l’eau. On dit figurément qu’un bon vaisseau ne craint que la terre & le feu ; pour dire, qu’il n’y a rien à craindre pour ce vaisseau, que d’échouer ou d’être brûlé. Ac. Fr.

On dit d’un homme craintif, qui craint tout, qu’il craint la touche, la réprimande : & au contraire d’un emporté, d’un libertin qui ne craint rien, qu’il ne craint ni Dieu, ni Diable.

Craindre signifie aussi s’abstenir, se retenir par respect, par amour, par honneur, de faire quelque chose. Cavere, timere, refugere. Un homme de bien craint d’offenser Dieu, parce qu’il est bon. Cette femme aime tant son mari, qu’elle craint sans cesse de le fâcher. Il craint de blesser les oreilles chastes. Il craint de choquer les loix de la bienséance, de la Grammaire.

Craint, ainte. part. pass. & adj. Formidatus.