Dictionnaire de l’Élocution françoise/1re éd., 1769

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Introduction - A Madame - Discours préliminaire - Errata T1 - Table


Index alphabétique


A - B - C - D - E - F - G - H - I - J - K - L - M

N - O - P - Q - R - S - T - U - V - W - X - Y - Z


DICTIONNAIRE

DE

L’ÉLOCUTION FRANÇOISE

CONTENANT

LES PRINCIPES de Grammaire, Logique, Rhétorique, Verfification, Syntaxe, Conftrudion, Synthéfe ou Methode de Compofition, Analyfe, Profodie, Prononciation, Orthographe, & généralement les Regles nécessaires pour écrire & parler correctement le Frangois, foit en Profe, foit en Vers ;

AVEC

L’EXPOSITION & la folution des difficultés qui peuvent fe préfenter dans le Langage : le tout appuyé sur des exemples tirés des meilleurs Auteurs.

ON Y A JOINT

UNE TABLE raisonnée des matieres pour faciliter l’usage de ce Dictionnaire, & indiquer au Lecteur les endroits où il peut trouver des détails fur les objets de fes recherches.

TOME PREMIER.

A PARIS,

Chez LACOMBE, Libraire, rue Chriftine près de la rue Dauphine.

M. D C C. L X I X.

Avec Approbation, & Privilege du Roi.

A MADAME ***

MADAME ;

QUAND je commençai le Dictionnaire de l’Élocution Françoife, je me promis de vous le dédier, comme un foible hommage de ma reconnoissance. A qui pourrois-je mieux adresser un Ouvrage sur la Langue Françoife qu’à l’Auteur du Traité de l’Amitié, de celui des Paffions & de plusieurs autres Ouvrages de Morale, où vous avez développé toutes les graces de votre efprit & la sensibilité de votre ame. Citerai-je, MADAME, différents Traités de Physique où vous avez joint


à la profondeur & à l’exactitude des recherches la précision & la pureté du Langage, mérite qui manque à la plûpart des Ouvrages de ce genre ? Je m’arrête, je crains déja, d’avoir violé la loi que vous m’avez imposée. Je crains que la réunion de tant de sortes de mérite ne vous décèle. Je laisse votre modestie se fatisfaire aux dépens de ma reconnoissance. Mon seul regret en ce moment, est de ne pouvoir vous montrer par un Ouvrage plus digne de vous être offert, le respect avec lequel je suis ;

MADAME

Votre très humble & très

obéissant serviteur,

DEMANDRE.

DISCOURS PRÉLIMINAIRE

CE Discours préliminaire ne doit pas être regardé comme indifférent : nous ne l’avons point fait pour relever le mérite de ce Dictionnaire ni pour en faire l’éloge, mais pour montrer l’enchaînement des objets principaux & des différents articles qui y font traités. Il est donc nécessaire de le lire avec attention si l’on veut prendre une juste idée de l’ouvrage & le parcourir avec ordre.

Notre dessein avoit été d’abord de nous étendre sur les principes des Langues en général & sur les regles particulieres & le génie de la Langue Françoife ; mais nous avons fait réflexion, que nous avions rapporté ces principes généraux toutes les fois qu’il en avoit été question dans le cours de l’ouvrage & que les regles propres à la Langue Françoife se trouvent approfondies & développées dans chaque article d’une maniere beaucoup plus frappante qu’elles ne le feroient dans un discours général. Il faut donc nous bomer ici à faire voir la marche de ce Dictionnaire après que nous aurons rendu compte des raisons qui nous ont engagés à l’entreprendre.

Nous favions qu’il existe un grand nombre de Traités sur la Langue mais aucun ne forme un corps d’ouvrage complet ; la plupart même n’ont pour objet que quelques-unes de ses parties. D’ailleurs les Auteurs ne s’accordent point toujours. Plusieurs, oubliant que le but d’une bonne Grammaire n’est point de corriger la Langue, mais d’examiner ses loix, son état actuel & de quelle maniere il faut l’écrire & la parler, ont fait des fystêmes en propofant une infinité de changemens impraticables : ils reffemblent affez à un homme qui voudroit parler à quelqu’un une Langue qu’il n’entend pas, sous prétexte qu’elle est plus parfaite que celle qu’il entend. Plusieurs voulant détruire, d’un seul coup, tout le travait de MM. Girard, Duclos, d’Olivet, Voltaire, &c. ont prétendu réduire le langage à un art pratique qui ne doir s’apprendre que par l’exercice & non par le raisonnement ; sans fonger que la méthode est la clef de toutes les sciences & de tous les arts. Les uns n’ont fair que copier fervilement leurs prédécesseurs : ils n’ont pas même examiné si leurs définitions étoient exactes ou défectueufes, & ils se font égarés comme eux. D’autres enfin, auxquels on doit les premieres découvertes, ont préparé la matiere pour ceux qui viendroient après eux mais ils ont écrit d’une maniere si abstraite, leurs vues font si fubtiles, leurs raisonnemens font si métaphyfiques qu’il faut déjà des connoissances fort érendues pour les entendre.

Il y a d’ailleurs une infinité d’observations & de remarques précieufes faites par nos plus célebres Ecrivains, & éparfes dans leurs ouvrages dont on peut enrichir la Grammaire & les autres parties de l’Elocution. Ne peut-on pas, en rapprochant la plûpart des meilleurs Auteurs, tirer du choc de leurs diverfes opinions de nouvelles lumieres, détruire des erreurs accréditées & en n’admettant que de bonnes définitions en s’attachant au caractere constitutif, au génie popre de la Langue, lui donner des principes & des regles sûres ; la simplifier, la venger enfin du reproche de bizarrerie qu’on lui fait injustement, & qu’on pretend autorifer en difant que les Grammairiens mêmes ne peuvent s’accorder entr’eux ni rien établir de certain ?

Nous favions aussi que bien des personnes, très instruites d’ailleurs qui ons étudié plusieurs Langues, excepté leur Langue maternelle, se trouvent souvent embarrassées sur certaines regles de fyntaxe ou de construction, & qu’il échappe quelquefois à leur plume éloquente des fautes fenfibles contre la Langue. La plûpart de ces perfonnes n’ont pas le courage de revenir sur leurs pas & de se livrer à une étude qu’elles regardent comme seche, aride, contraire au feu du génie ; elles n’ont pas le courage d’imiter M. de Voltaire & plusieurs autres grands Ecrivains, qui dont pas dédaigné de se livrer à ce pénible travail & de faire dans beaucoup d’occasions des notes & des observations tres judicieuses, que nous avons recueillies avec le plus grand soin & dont nous avons enrichi la plupart de nos articles.

Quant aux traités sur la Rhétorique, nous trouvions qu’ils n’étoient pas assez appuyés par les principes de la Logique. Chose si effentielle que nous avons vu plusieurs hommes fort éclairés faire faire à leurs enfants leur Logigue avant leur Rhétorique.

Pour ce qui regarde la Poéfie, on verra, par l’expofé fommaire que nous en faisons dans ce discours, combien cet article est étendu ; nous l’avons enrichi de mille observations tirées des Poètes les plus célebres, & qui ne se trouvent dans aucun des traités de versification publiés jufqu’à préfent.

Nous ne pouvions donc manquer de nous rendre utiles, en réunissant sous un seul point de vue tout ce qui a paru de folide sur l’Elocution Françoife. Ceux qui voudront en faire une étude fuivie, le pourront entreprendre avec fuccés ; & ceux qui ne voudront que confulter au befoin lorsqu’ils auront quelques doutes à éclaircir ou quelques difficultés à lever, trouveront dans notre Dictionnaire une commodité qu’aucun autre ouvrage ne peut leur présenter.

On sentira, au simple expofé de ce traité d’Elocution, combien il est utile & instructif, & la forme que nous lui avons donnée fait déjà connoître combien il est agréable & commode, puisqu’elle préfente sur-le-champ 1’objet qu’on peut désirer, & qu’elle épargne l’ennui inséparable de la lecture suivie d’un ouvrage didactique. Nous avons eu soin, d’un autre côté, de femer le plus de fleurs qu’il nous a été possible sur les épines de la partie Grammaticale, par l’agrément des exemples que nous avons tâché de rendre par-tout aussi intéressants que justes.

La Table étendue raisonnée que nous avons placée à la fin, est un furcroit de commodité & de facilité. Elle indique l’article & la page où telle difficulté est levée. On ne fera pas furpris, si pour le même objet on est renvoyé à différents articles ; on sait qu’un rnême mot a des acceptions différentes fuivant différentes fonctions dans le discours.

Mais il est tems d’entrer dans le detail de ce Dictionnaire. Nous nous arrêterons un peu sur les articles importants, & nous passerons rapidement sur le reste. Il y en a même une infinité que nous ne ferons qu’indiquer. Il suffit de tenir les branches principales.

Si le lecteur rencontre, en lisant ce discours préliminaire ou les articles du Dictionnaire, quelques termes qu’il n’entende pas, tels que subjectif, objectif, terminatif, &c, il les cherchera dans l’ouvrage ou à la table raisonnée à leur rang alphabétique, & il en trouvera l’explication.

ÉLOCUTION.

C’est par cet article qu’on doit commencer ; c’est lui qui préfente le fil qui doit guider le lecteur ; c’est lui d’ailleurs qui donne sa dénomination à tout l’ouvrage. On y fait voir que l’Elocution ou la maniere de s’exprimer, soit, verbalement, soit par écrit, a deux branches principales, l’Eloquence & la Poéfie ; mais qu’elles font fondées sur la Gammaire qui est le principe de toute élocution. En effet pour bien parler & bien écrire, il faut, avant tout, le faire avec méthode, correction, élégance & pureté. Ainfi ce Dictionnaire embrasse plusieurs objets liés entr’eux, la Grammaire, la Logique, l’Eloquence & la Poésie.

DE LA GRAMMAIRE.

Des observations sur les Langues en général, & en particulier sur la Langue Françoife, sur les différents objets de la Grammaire, sur l’importance de cette étude, sur l’utilité d’une bonne méthode conduifent naturellement à l’article Mots, qui est l’objet unique & général des Grammaires ; puisque tour s’y réduir aux mots prononcés, aux mots écrits, aux mots construits.

Mots.

Cet article, qui comprend les partjes d’oraison est le plus important ; c’est de lui que tour dérive : on fent combien il est essentiel de prendre d’abord une juste idée des mots qui compofent une Lange, avant que d’entrer dans le detail de ce qui les concerne chacun en particulier.

Il y a deux choses à distinguer dans les mots en général ; les sons & le sens. Les premiers sont ou prononcés ou écrits ; on verra ce qui les regarde aux articles Prononciation & Orthographe. Le sens des mots est développé dans l’article qui porte ce nom. Les mots étant la repréfentation de nos idées, nous les divifons en plurieurs claffes, dont la différence porte sur celle de nos idées. Nous les faisons naitre de la nature même des idées, & paroître fuivant le befoin que les hornmes en ont eu à mefure que leurs idées se font étendues.

La premiere classe comprend les Noms ; la feconde les Verbes ; la troifieme les Participes ; la quatrieme les Pronoms ; la cinquieme les Articles ; la fixieme les Prépositions ; la feptieme les Adverbes ; la huitieme les Conjonctions & la neuvieme les Interjections.

Voilà les différentes sortes de mots, qui se trouvent dans la Langue Françoife. L’ordre dans lequel on les range dans le discours se verra à l’article Construction.

Plusieurs de ces mots fouffrent des variations selon les occafions convenables ces variations s’appellent accidents. C’est au mot Syntaxe, qu’on traite cet objet ; mais on le trouvera développé d’une maniere plus détaillée dans les articles refpectifs des diffèrentes parties d’oraison.

On pourroit encore diviser les mots en synonymes ; en homonymes ; en tropes ; en mots vieux ; mots bas ; mots groffiers ; mots extraordinaires ; mots poétiques ; mots confacrés ; mots familiers ; mots naïfs, nobles, plaisants ; mots harmonieux.

Nous avons traité les articles synonymes, homonymes, tropes, mots poétiques au mot Licences poétiques. Quant aux autres avons renvoyé à l’usage du monde, & à la lecture des bons Ecrivains. Cependant n’ayant jamais perdu de vue, que le principal objet de cet ouvrage etoit l’Elocution, nous avons remarqué dans toures les occasions ceux qui étoient du style noble, ceux qui étoient du style familier, &c.

Noms (premiere partie d’oraison).

On voit dans cet article combien d’autres mots pourroient être rangés dans la classe des noms ; quelles font les différentes acceptions du mot nom, & enfin sa divifion en substantif & en adjectif. Mais avant que d’aller plus loin, nous croyons que c’est ici le lieu de parler des déclinaisons.

Déclinaison.

Dans quelque Langue que ce soit, la déclinaison ne peut avoir lieu que pour les noms, soit fubstantifs, soit adjectifs. Bien plus, pour que ces noms aient une déclinaison, il ne susfit pas que chacun d’eux puisse se prèter à des terminaisons, à des chûtes différentes ; il faut que ces chûtes variées aient un autre objet, un autre but que le nombre & le genre ; il faut qu’elles fervent à indiquer des rapports de dépendance & de regime entre les membres d’une phrafe entre un sujet & un verbe, entre un verbe & un objet ou un terme entre une préposition & un nom, &c.

C’est d’après ces principes, que nous examinons si la Langue Françoife a des déclinaisons. Nous pefons les raisons des Grammairiens qui veulent en admettre & les raisons de ceux qui s’élevent contre : le lecteur pourra prononcer. Cet article fert plus que tout autre à faire connoître le vrai caractere & le génie de notre Langue.

Quoique nous ayions traité des genres & des nombres, tant des fubstantifs que des adjectifs dans leur Article, cependant nous confeillons à ceux qui voudront lire cet ouvrage méthodiquement, de jetter un Coup d’œil sur les articles Genre & Nombre (Syntaxe), avant que de lire ce qui regarde les fubstantifs & les adjectifs. Ils verront dans le premier l’origine des genres ; leur division en genre mafculin & en genre féminin & ce qu’on entend par genre douteux & genre épicène. Dans le fecond nous expliquons les noms de nombre en les divifant en noms de nombre fubstantifs, & en noms de nombre adjectifs ; lesquels ont encore des fubdivisions : nous examinons ensuite ce qu’on entend par nombre dans les mots, soit dans les noms, soit dans les verbes. Revenons à la divifion du nom.

Noms substantifs

Nous faisons voir dans ce article d’abord l’origine de la dénomination du terme substantif ; quelles notions la plupart des Grammairiens ont attachées à ce mot ; combien elles font fausses : nous venons ensuite à sa vraie définition. Tout cela est développé par des exemples & des applications fenfibles. Enfin après avoir distribué les fubstantifs en différentes classes, formées par les différences qui se trouvent entre les objets que ces fubstantifs repréfentent, nous examinons le genre que chacun des fubstantifs exige fuivant leurs fignifications. Nous observons leurs variations grammaticales & orthographiques, par rapport aux nombres ; nous avons rapporté plusieurs notes de M. de Voltaire sur ce dernier objer.

Quant à la construction que les noms fubstantifs demandent dans une phrafe, on la trouwera traitée à chacun des mots qui peuvent se construire avec eux ; comme adjectifs, articles, adverbes, &c. parceque le fubstantif étant la partie principale d’une phrafe, tout le reste ne s’y trouvant que pour servir à développer & circonstancier l’idée qu’on y attache, ou les rapports qu’on y apperçoit avec d’autres idées, c’est plutôt aux autres mots à fubir les loix de construction qu’aux fubstantifs. En parlant du nom fubstantif, il est à propos de dire un mot du verbe fubstantif.

Verbe substantif.

Après l’avoir défini nous considérons ses véritables fonctions, sa différence d’avec les verbes adjectifs ; cornment il n’est pas toujours verbe fubstantif ; quand est-ce qu’il est verbe auxiliaire ; quelles font ses regles particulieres lorsqu’il est joint au pronom ce ; regles que nous examinons encore & d’une maniere plus détaillée à l’article Pronoms : enfin quels sont les autres verbes qu’on pourroit ranger dans la classe du verbe fubstantif. Passons à la feconde division des noms.

Adjectifs.

Nous commençons par définir le mot adjectif en général ; nous distinguons des verbes adjectifs & des noms adjectifs. Qu’entend on par verbes adjectifs ? En combien de classes les divise-t-on ? Quelle est leur différence d’avec le verbe fubstantif ? Après avoir fatisfait à toutes ces questions nous reprenons les norns adjectifs, & nous développons leurs rapports & leurs différences avec les fubstantifs & avec l’adverbe : nous cherchons ensuite combien il y a de formes d’adjectifs, & nous en trouvons autant qu’il y a dans les choses de manieres d’être, de qualités réelles ou possibles & de rapports que notre efprit y peut appercevoir ou imaginer.

De-là naît la division des adjectifs en adjectifs métaphysiques, physiques, nominaux, verbaux numéraux, poffeffifs, & pronominaux.

Viennent ensuite les regles de l’adjectif avec le fubstantif, relativement au genre, au nombre & au rang que l’un doit avoir sur l’autre : on y fait voir quels font les mots qui peuvent les féparer ; les rapports finguliers de l’adjectif avec l’article. Nous n’omettons pas non plus les raisons qui forcent souvent d’employer les adjectifs, de maniere qu’ils femblent perdre leur caractere pour aller se confondre dans la foule ou des fubstantifs ou des adverbes ; ni comment les adjectifs exprimant des qualitès qui peuvent se menurer & se comparer, ont eu befoin des dégrés de comparaison. Nous examinons aussi les adjectifs rapprochés les uns des autres ; & nous finissons par faire remarquer quels sont les adjectifs qui s’appliquent également aux perfonnes & aux choses, & quels sont ceux au contraire qui ne se difent que des choses. On trouvera là-deffus des observations très intéreffantes de M. l’Abbé d’Olivet, sur Racine & de M. de Voltaire sur Corneille.

Degrés de comparaison.

Nous faisons voir pourquoi non feulement les adjectifs, mais encore les adverbes admettent les degrés de comparaison ; combien il y a de degrés de comparaison ; & quels font les adjectifs & les adverbes qui en font susceptibles. Nous parcourons par ordre ces différents degrés, & nous n’omettons rien de ce qui les concerne. La plus grande difficulté, c’est lorfque le fecond terme de la comparaison n’est pas exprirné ; M. d’Olivet & M. de Voltaire relevent à ce sujet quelques fautes dans Racine & dans Corneille.

Verbe (seconde partie d’Oraison).

Les noms marquent l’objet de nos idées ; les verbes, les conjonctions, les adverbes & les interjections expriment la forme de ces mémes idées ; ils fervent à les peindre & à les unir. Nous analyfons la nature du verbe, pour trouver sûrement quelle est la forme qu’il donne à nos idées.

Les différentes fignifications que les hommes, naturellement portés à abréger leurs expressions ont renfermées dans le verbe, nous donnent lieu de faire une divifion des verbes en verbes adjectifs, en verbes neutres, en verbes actifs, paffifs, refléchis & réciproques.

Les différences dans les terminaisons des verbes, pour mieux défigner celui ou ceux qui font le sujet de la propoiition ont exigé l’article Perfonnes.

Le rapport au tems, à l’ègard duquel le verbe affirme, a amené l’article Tems des verbes.

L’article Modes expofe les inflexions aux-quelles on a affujetti le verbe pour marquer si l’affirmation est abfolue indéterminée, conditionnelle & dépendante, défirée ou commandée ; de-là les articles Indicatif, Impératif, Subjonctif & Infinitif.

Les verbes, considérés selon la forrnation de leurs tems, nombre, perfonnes & modes, forment différentes claffes ou différentes conjugaisons dont nous allons parler.

Tous ceux qui se prêtent exactement à toutes les variations d’une conjugaison s’appellent Réguliers.

Ceux qui s’écartent des regles communes se nomment Irréguliers.

Ceux qui ne prennent pas certaines personnes ou certains tems s’appellent Défectifs.

Ceux qu’on n’emploie jamais qu’a la troifieme perfonne du fingulier s’appellent Impersonnels.

Ceux enfin qui outre leur propte fignification fervent comme de fecours aux autres verbes s’appellent Auxiliaires.

Toutes ces fubdivifions forment autant d’articles auxquels nous renvoyons le lecteur ; mais nous dirons ici un mor de nos articies Conjugaison & Irréguliers.

Conjugaison.

On entend par conjugaison l’arrangement fuivi de toutes les terminaisons d’un verbe, selon les voix, les modes, les tems, les nombres & les perfonnes.

On entend aussi par le mot conjugaison un cadre, un modele, fut lequel un grand nombre de verbes femblables se modifient. Cest dans ce dernier sens que nous formons quatre conjugaisons on quatre cadres principaux, sur lesquels les verbes se conjuguent ; & un modele pour la conjugaison des verbes passifs

Nous avons mis à la tête les verbes auxiliaires parcequvils entrent dans sous les tems compofés des autres verbes.

Ca article est tres important en général, mais fur-tout pour l’orthographe.

Nous avons donné, à la fin, des regles pour la formation des tems, en distinguant les tems simples d’avec les tems compofés.


Verbes irreguliers.

On trouvera dans cet article une liste de tous les verbes irréguliers ; où l’on renvoie à l’article de chacun d’eux pour leur conjugaison.

Comme nous avons remarqué que les difficultés de notre Langue, soit pour la Syntaxe des verbes avec leur régirne, soit pour leur fignification regardent sur tout les verbes irréguliers, qui sont plus fujets à varier, moins connus & d’un usage plus rare que les autres, nous avons cherché dans les sources de l’étymologie & de l’analogie la véritable origine de ces verbes ; ce qui nous a mis à portée de donner une idée juste de leur fignification précife.

Participes (troifieme partie d’oraison).

Après avoir montré les rapports des participes avec l’adjectif & avec le verbe, nous les avons divifés en participe présent & participe paffé, en établissant les regles auxquelles ils sont astreints. Nous nous fommes étendus davantage sur le participe passé qui est sujet à beaucoup plus de difficultés que l’autre. Nous l’avons considéré sous deux points de vue, ou comme actif ou comme passif ; & nous avons établi les loix qu’il fubit lorsqu’il est actif, & celles qui le concement lorsqu’il est passif.

Il n’y a peut-être point de partie d’oraison qui offre tant de difficultés que le participe. Ou ne sait trop quand sa terminaison doir varier ou ne doit pas varier ; les perfonnes les plus instruites sur la. Langue font souvent embarrassées. Il y a plusieurs points sur lesquels les Grammairiens font partagés ; nous en avons rapporté un entr’autres avec la décilion de M. de Voltaire. On verra à la fin de cet article comment font terminés tous les participes des verbes, & de quelle maniere ils forment leurs féminins.

Au reste ce qui regarde les participes n’est traité ici qu’en général ; on trouvera au mot construction beaucoup plus de détail. Comme en pourroit confondre le gérondif avec le participe préfent, nous avertissons le lecteur de les rapprocher, & de s’assurer de leur différence.

Pronoms (quatrieme partie d’oraison).

Nous avons remonté à l’origitie des pronoms ; aux raisons qu’on a eues ou qu’on a dû avoir, de les introduire dans les Langues, & après avoir rendu leur définition plus fensible par des exemples, nous marquons l’emploi & le fervice du pronom ; comment il tient à la nature du fubstantif, celle de l’adjectif, & comment il est toujours neutre quand il sert à rappeller l’idée d’un adjectif.

Nous divifons ensuite les pronorns en différentes classes fuivant les différentes manieres dont ils repréfentent.

Ceux qui rappellent à l’esprit l’idée des personnes feulement, se nomment Perfonnels.

Nous appellans relatifs ceux qui servant également à rappeller les idées des choses ou des perfonnes, exigent pour expliquer & déterminer leur étendue, que les noms ou pronoms auxquels ils se rapportent les précedent presque toujours. Nous montrons comment ces relatifs fervent encore à lier les phrafes entre elles.

Ceux qui fervent à défigner, à fpécifier, à montrer pour ainfi dire au doigt, & à mettre sous les yeux la chose à laquelle il se rapportent, s’appellent démonstratifs.

Ceux, au contraire, qui ne désignent rien de déterminé, qui indiquent simplement les choses ou les perfonnes en général, s’appellent indéfinis.

Voilà les quatre sortes de pronorns que nous exarninons fuccessivernent, en fixant à l’égard de chacune les regles qui leur conviennent pour les genres, les nombres, les fonctions & la fyntaxe.

Nous n’avons point mis au nombre des pronoms ce que la plûpart des Grammairiens appellent pronoms possessifs, nous les avons rangés dans la classe des adjectifs. On en trouvera les raisons dans l’ouvrage & nous les répétons ici parceque c’est un point effentiel. Ce n’est point par l’étymologie, ni par les périphrafes qui peuvent remplacer un mot, qu il faut le considérer pour voir dans quelle classe il faut le ranger ; ce n’est point non plus par la nature de l’objet qu’il nous fait apercevoir ; mais feulennent par la maniere dont il exprime cet objet, par les rapports qu’il nous y découvre, par le jour sous lequel il le préfente, par les qualités dont il l’enrichit & les couleurs, les traits qu’il lui prête, si j’ofe m’exprimer ainfi.

Nous examinons les pronoms perfonnels en commun, nous posons les regles générales qui les concernent & nous voyons ensuite quel est l’usage de chacun d’eux pris en particulier. Nous suivons la même méthode pour les autres claffes de pronorns & par-tout nous appuyons nos raisonnemens des remarques de M. l’Abbé d’Olivet, de M. de Voltaire, &c. & des décisions de l’Académie dans ses observations sur Vaugelas.

Dans la derniere classe des Pronoms, on trouvera des remarques sur plusieurs expressions qui ne nous ont point paru de vrais pronoms & que nous avons cependant laissées dans cette classe, parceque le Lecteur accoutumé à les trouver parmi les pronoms dans la plupart des Grammaires, les cherchera peut-être plutôt à cet article qu’ailleurs.

Articles (cinquieme partie d’oraison).

Si l’on doit juger de l’importance d’un objet par les peines qu’un grand nombre de perfonnes capables, se font données pour le définir & le développer & par le peu de fuccès de la plûpart de ceux qui l’ont entrepris ; l’article est, sans contredit, la partie d’oraison la plus importante de la Langue Françoife.

Nous mettons sous les yeux du Lecteur les définitions qu’en ont données les Grammairiens les plus célébres ; le Pere Buffier, M. Restaut, la Grammaire générale raisonnée de Port-Royal, MM. Duclos d’Olivet, Fromant, Richelet, Dumarsais, Girard, &c. Ils ne sont point d’accord. Nous avons discuté leurs définitions l’une après l’autre ; nous avons écarté celles qui nous ont paru défectueufes, & nous avons développé les plus exactes.

Nous nous fommes attachés dans tout le cours de cet ouvrage, comme nous l’avons déja observé, à donner d’abord une idée juste de la chose que nous avions à traiter ; persuadés que, dès qu’on est parvenu à établir une définition exacte, quelque difficiles que les détails paroissent être, il ne faut plus pour sen tirer heureufement qurune attention soutenue.

Après avoir établi la vraie définition de l’article, il nous a été facile de détruire cette foule innornbrable d’articles dont M. Restaut nous a accablés. Nous avons pourtant fait pluseurs observations préliminaires, pour ne laiffer aucun doute au Lecteur ; ensuite nous sommes revenus au seul article que nous ayons cru pouvoir admettre, & nous en avons développé la nature & fixé l’usage.

On trouvera à la fin une liste de plusieurs verbes qui exigent immédiaternent après eux leur objectif, sans article & sans préposition.

Prépositions (sixieme partie d’oraison).

Nous nous sommes attachés non-seulement à donner au Lecteur une idée juste des mots qui compofent la Langue, mais encore à le préferver des fauffes idées qu’il pourroit en prendre ; c’est pourquoi nous lui avons expofé les définitions de la plus saine partie des Grammairiens, & nous l’avons mis à portée de prononcer. De tous les Grammairiens, nous ne voyons que M. Dumarfais qui ait donné une idée juste, claire & précife des prépositions. Nous l’avons adoptée, en nous permettant quelques réflexions sur d’autres penfées de M. Dumarfais, relatives aux prépositions. Nous fommes entrés ensuite dans le détail.

En considérant les prépositions, quant au matériel, nous en avons fait deux classes, Prépositions simples & Prépositions composées ; puis nous avons parcouru avec M. l’Abbé Girard toutes les especes de rapports que les prépositions peuvent exprimer.

On verra quelles sont celles qui étant suivies, de compléments se répetent à chacun d’eux, & quelles sont celles qui ne se répetent pas.

Nous examinons enfin ; 1°. la place qu’exigent les prépositions 2°. la propnété qu’elles ont d’admettre, d’exiger ou de rejetter l’article avant leur complément ; 3°. le droit que quelques-unes d’entr’elles ont de régir d’autres prépositions en certains cas, & 4°. comment plusieurs peuvent devenir des conjonctions composées.

Il y a sur ce dernier article plusieurs observations très intéressantes de M. l’Abbé d’Olivet & de M. de Voltaire.


Adverbes (septieme partie d’oraison).

Après queiques détails préliminaires nous venons à la définition de l’adverbe. La matiere est délicate & subtile. Cette définition n’est pas plus aisée à saisir que celle de l’article ; aussi les Grammairiens n’ont-ils pas éré plus heureux. Presque tous l’ont manquée excepté M. 1’Abbé Girard ; encore avons nous été obligés pour le faire entendre, de discuter sa définition avec un certain détail. La nature de l’adverbe èrant bien exarninée,nous avons passé à ses différentes divifions.

On pourroit diviser l’adverbe en considerant son origine étymologique & sa formation rnais nous faisons voir les inconvénients qui s’y rencontrent, & la nécessité d’adopter une division qui ait rapport aux différentes manieres dont il modifie, & qui donne lieu dans le détail de remarquer ce qu’il y a d’intéressant pour la construction & le régime.

Nous formons neuf classes d’adverbes, que nous parcourons l’une après l’autre, en faisant remarquer ceux qui font susceptibles de degrés de comparaison ; ceux qui servent à en modifier d’autres ; la place que chacun d’eux exige dans la construction ; ceux qui prennent l’article ; ceux qui prennent des prépositions ; les nuances légeres qui distinguent ceux qui semblent être analogues entr’eux & nous donnons une infinité d’observations relatives aux different styles, au goût & à la justesse des expressions.

Il y a un grand nornbre d’expressions adverbiales, quant à la fignification mais composées de différents mots ; nous n’avons pas cru devoir les placer parmi les adverbes, mais nous avons donné une liste des plus usitées dans l’ordre des especes d’adverbes parmi lesquelles les Grammairiens les comptent ordinairement.

On a dit un mot des adverbes réunis & de ceux qui avec leur régime servent souvent d’objectifs ou de terminatifs aux verbes ; & on finit par cette question importante : à quels traits peut-on connoître quand ces expressions qu’on trouve tantôt parmi les adverbes, tantôt parmi les prépositions, sont ou adverbes ou prépositions ? On tâche de résoudre la question.

Conjonctions (huitieme partie d’oraison).

Dans un discours suivi nous avons non-seulement à exprimer différents rapporrs entre les mots ; mais aussi entre les phrases ou les jugemens. Les mots propres à marquer ces liaisons, ces rapports de phrase, sont les conjonctions.

Après avoir développé ce principe & rapporté les autres mots qui font l’office de conjonctions, nous venons à la division des conjonctions. Nous les distinguons en simples & en composée ; puis nous en faisons douze classes que nous parcourons l’une après l’autre. Nous définissons chaque conjonction en particulier, nous marquons celles qui font de plusieurs classes, les places qu’elles occupent dans le discours les modes qu’elles affectent ; les différences presque imperceptibies qui se trouvent entre les conjonctions d’une même classe ; & les cas où le rnême mot est tantôt conjonction & tantôt adverbe. L’union de plusieurs conjondions les unes avec les autres se trouve traitée à la fin, ainsi que la construction du que conjonctif avec la particule de. Il y a sur ce que conjonctif une note de M. de Voltaire qui vient à l’appui. Nous avons multiplié par-tout les exemples, pour ne laisser aucun doute au Lecteur.

Interjections ou particules interjectives (neuvieme partie d’oraison).

Les interjections servant, comme on l’a remarqué l’article Mots, à exprimer les mouvemens particuliers de l’ame, on les considere ici suivant ces différents mouvemens ; & d’abord on les divise en particules interjectives & en particules discursives. Ces deux branches principales donnent chacune plusieurs subdivisions qui sont examinées chacune en particulier, en marquant leurs différentes loix pour la construction.

Comme les particules assertives pas, point, plus, ne, & la particule précursive que, présentent plus de difficultés, & causent souvent plus d’embarras que les points les plus importants de la Langue, on trouvera à leur égard plus de détaits, & plusieurs obsèrvations de M. l’Abbé d’Olivet & de M. de Voltaire.

Voilà les neuf sortes de mots ou parties d’oraison dont la Langue est composée, & à l’examen desquels les Grammmaires se bornent. Mais l’Elocution va plus loin : elle cherche à rendre le langage intelligible, à bannir les idées vagues & à saisir le sens des expressions figurées. C’est pourquoi nous allons parler des synonymes, des homonymes & des tropes.

Synonymes.

Il n’y a peut-être pas deux mots dans la Langue, qu’il soit indifferent d’employer l’un pour l’autre. La distinction des synonyrnes est donc bien essentielle pour la pureté du langage. On verra dans cet article comment l’idée commune ou générale attachée aux mots a donné naissance aux synonymes ; mais comment l’idée particuliere les différencie. Aprés avoir cité un exemple tiré de M. de Voltaire & quelques autres de M. 1’Abbé Girard, nous renvoyons à l’excellent livre de ce dernier, intitulé : Synonymes François.

Homonymes.

Les homonymes sont une fource d’équivoque ; il estbdonc trés important de les éviter. Nous en distinguons de plusieurs sorte ; ceux qui regardent l’écriture ou l’orthographe ; ceux qui regardent le son ou la prononciation, enfin ceux qui regardent, tout-à-la-fois, la prononciation & l’orthographe.


Tropes.

On voit dans cet article l’origine des tropes, leur usage l’agrément & la variété qu’ils jettent dans le discours. Nous y avons joint le sens déterminé, le sens indéterminé ; le sens absolu, le sens relatif ; le sens collectif, le sens distributif, &c. le sens propre, le sens figuré ; & enfin le sens par extension, observé par M. d’Alembert ; parceque nous avons cru qu’il étoit de notre sujet d’expliquer tous les sens dans lesquels un même mot peut être pris. Bien plus, nous avons pensé qu’il seroit à propos de marquer les fautes qu’on doit èviter relativement au sens des mots ; c’est ce qui est traité au mot Barbarisme, où nous faisons voir qu’on peut pécher contre la Langue ; 1°. en disant un mot qui n’est point du Dictionnaire de la Langue ; 2°. en prenant un mot dans un sens différent de celui qu’il a dans l’usage.

Nous rapportons à la fin de l’article une note de M. de Voltaire, dans laquelle il distingue deux sortes de barbarismes, celui des mots & celui des phrases.

Comme nous avons supposé, en parlant de l’orthographe & de la prononciation, que le Lecteur connoît déjà les principaux sons de la Langue, & l’usage ordinaire de nos caracteres alphabétiques ; il est nécessaire, avant que d’entamer ces matieres, de faire précéder qui regarde l’alphabet.


Alphabet.

On trouve dans cet article tous les caracteres qui entrent dans notre Langue, avec la nouvelle méthode de nommer les lettres ; méthode beaucoup plus analogne à leurs fonctions que l’ancienne, & qui abrégeroit beaucoup les peines & les diflicultés des enfans pour apprendre à lire.

Nous divisons les lettres en voix simples & en articulations, en lettres majuscules & en lettres minuscules ; en caracteres romains & en caracteres italiques.

Nous parlons ensuite des différents systêmes des Auteurs, pour rendre notre alphabet parfait ; & nous exposons les avantages & les inconvéniens qu’ils présentent.

Orthographe.

Après avoir rapporté quelle a dû être l’origine de l’écriture, on fait des observations générales sur les caracteres alphabétiques ; sur le retranchement de certaines lettres, dont la prononciation s’éteint dans celles des lettres voisines ; sur la liaison des idées ; sur les repos & les inflexions de la voix : toutes choses qu’il a fallu marquer dans l’écriture, & qui font la matiere des articles Elision, Cédille, Ponctuation, Apostille, Points d’omission, Guillemets, &c. De tous ces articles nous ne parlerons ici que de la ponctuation & des accents, qui sont les deux principales branches ; les autres n’étant que des ramificarions qui y tiennent.

Les observarions générales sur les caracteres alphabétiques renvoient aux articles Voyelle, Consonnes, & Diphtongues, où l’orthographe est traitée en détail.

Nous prévenons le Lecteur que nous avons été obligés en parlant de l’orthographe, de toucher souvent à ce qui regarde la prononciation ; parceque ces deux traités quoique différents ont cependant bien des relations entr’eux, de maniere qu’il est impossible de parler de l’un de ces objets, sans dire bien des choses qui appartiennent nécessairement à l’autre.

Quelques réflexions sur les difficultés de l’orthographe en elle-même, nous amenent à celles qui naissent des différends qui partagent les Auteurs sur cette matiere : les uns suivent l’orthographe ancienne, les autres la moderne. Sans prétendre terminer leurs disputes, nous nous contentons de jetter un coup d’œil sur les raisons qui les divisent, & nous établissons à cet égard les principes que nous suivons.

Voyelles.

On verra comment la Langue Françoise qui n’a que six voyelles a cependant plus de dix-huit voix simples dont nous donnons une table ; ensuite nous examinons de combien de façons différentes chacune de ces voix peut être indiquée dans l’écriture, & l’est en effet selon l’usage. Pour cela nous considerons chacune de ces voix en particulier : nous marquons celles qui s’écrivent & ne se prononcent pas, celles au contraire qui se prononcent & ne s’écrivent point ; les cas où elles exigent dans la compotition le redoublement des consonnes, & les cas où elles ne l’exigenr pas ; les accents qui leur conviennent selon les occasions ; les mots qui, semblables quant aux sons dont ils sont composés, s’écrivent cependant différemment, parcequ’ils ont différentes significations, ou qu’ils sont de différents nombres. Il seroit long & inutile d’indiquer ici toutes les observations que contient cet article. En réfutant les regles de plusieurs Grammairiens, qui nous ont paru fautives, nous avons tâché d’en établir de claires & de sûres. Dans bien des cas particuliers nous nous sommes aidés de la connoissance que l’on a de la maniere dont les mots se composent souvent les uns des autres. Nous avons consulté aussi l’étymologie & l’analogie ; mais l’usage ne domine nulle part avec tant d’empire que dans cette partie. Les exceptions sont considérables ; c’est pourquoi nous avons mis beaucoup de détails & d’exemples.

Diphtongues.

Nous avons eu grand soin de fixer le nombre des diphtongues, parceque c’est un point fort important pour la prononciation & pour la versification. On verra combien nous en avons distingué de sortes.


Consonnes.

Nou développons la maniere dont se forment les sons & comment ils se modifient ; ce qui fait voir l’usage & la différence des voyelles & des consonnes. Nous établissons le nombre des consonnes ; nous passons ensuite à leur division ; puis nous les reprenons l’une après l’autre & nous exposons ce qui concerne leur orthographe ; details tout aussi importants que ce que l’on trouve au mot Voyelles.

Ponctuation.

On verra dans ces article la nécessité de la ponctuation pour les repos de la voix, & pour le sens du discours.

Les différents degrés d’union entre les parties du discours produisent, dans le parler, des pauses plus ou moins longues & à différentes distances les unes des autres. Ces diverses sortes de repos ont exigé autant de signes : de-là sont venus la virgule & le point, ou la virgule ponctuée, les deux points, le point, 1’alinea, &c.

Avant que de passer à chacun de ces articles, nous faisons sentir en général combien la ponctuation est essentielle. Sans elle, que de mots pourroient se rapporter à la phrase qui les précéde ou à celle qui les suit ! Quelle différence alors pour le sens ! C’est par l’omission des points & des virgules nécessaires, qu’il s’est trouvé tant de difficultés insurmontables dans le texte de l’Ecriture Sainte, dans l’énonciation des anciennes Loix, des Arrêts & des Contrats de la plus grande importance pour la vie civile.

Il est bien étonnant que la ponctuation, malgré tant d’utilité, ait été connue si tard, & qu’il n’y air point encore de regles bien certaines sur ce point important. Nous finissons par avertir le Lecteur que cer objet est intimernent lié avec l’article Construction, puisque la ponctuation sert à marquer les différents rapports des idées entr’elles, & ceux des mots construits.


TELS SONT les principaux articles qui traitent des mots écrits : Voyons maintenant ceux qui concernent les mots prononcés. Comme la prononciation & l’orthographe ont beaucoup de rapport l’une à l’autre, il y aura quelques objets qui leur feront communs.

Prosodie.

C’est la partie de la Grammaire qui enseigne la prononciation ; qui marque les accents, les syllabes longues & breves. Les regles qui concernent ces différents objets sont traitées aux mots Prononciation, Accents, Quantité, dont nous allons dire quelque chose, & auxquels on est déja préparé par les articles Voyelles, Consonnes, &c.

Prononciation.

Nous faisons d’abord quelques réflexions sur les rapports de la prononciation & de l’orthographe puis nous entrons en matiere & nous commençons par une table des sons que nous appellons propres à nos caracteres alphabétiques. Nous les suivons selon l’ordre des lettres auxquelles ils sont plus particulierement affectés. Pour les indiquer, nous joignons à chacun de ces caracteres un mot connu ou le son dont il s’agit se trouve tel que nous l’entendons. Pour les consonnes nous les joignons à un e muet, comme à la voyelle la plus foible, celle par conséquent qui laisse à l’oreille plus d’attention pour la consonne, puifque c’est celle qui en demande moins pour elle-même.

Nous ajoutons une table des sons composés que forment les diphtongues.

Nous entrons après cela dans le détail en suivant l’ordre des caracteres alphabétiques, & non pas celui de ces deux tables parcequ’il paroît plus facile de retenir que reele lettre représente en telle occasion tel son & tel autre ailleurs, que de se rappeller en ordre & à propos, que tel son s’exprime ici par tel carastere, & là par tel autre.

On verra dans cet article les caracteres, les sons qui y font attachés, les regles d’orthographe & de prononciation, rapprochés les uns des autres , & réunis sous un seul point de vue, après les avoir étudiés séparément aux articles Alphabet, Voyelles, Consonnes, Diphtongues & Orthographe.

Accents.

Cet article comprend l’accent musical, l’accent imprimé, l’accent prosodique ou grammatical, & l’accent oratoire. Ce dernier regarde la déclamation qui appartient à l’éloquence. Nous en parlerons plus bas, lorsque nous rendrons cornpre de cette portie de l’Elocution.

L’accent imprimé se divise en accent grave, aigu, circonflexe ; nous marquons son usage & ses fonctions. Nous traitons ensuite l’accent prosodique ou grammatical ; & après avoir établi en quoi il consiste, nous examinons sur quelle syllabe il faut élever on baisser la voix ; & pour cela nous considerons les monofyllabes masculins & féminins ; les dissyllabes mafculins & féminins ; enfin les trissyilabes mafculins & féminins, &c.

Quantité.

Nous avons des voyelles dont le son est naturellement plus grave, & par conséquent plus long ; d’autres sont plus breves, parcequ’elles sont plus aiguës. Il y a des consonnes dont l’articulation gêne moins la prononciation des voyelles qui les précedent, & d’autres qui demandent plus d’efforts pour elles-mêmes, font qu’on est obligé de moins appuyer sur les voyelles prcédentes. La même différence se trouve aufssi lorsqu’il y a plusieurs consonnes de suite après une même voyelle.

Ces principes doivent être communs à toutes les Langues, parcequ’ils dépendent des sons primitifs & de la nature des organes. Il y a donc des syllabes qui doivent être prononcées plus lentement ou plus brievement que les autres. Nous les avons divifées en syllabes longues & en syllabes breves. Nous savons qu’il y a encore des nuances entre les longues & les breves ; mais nous nous contentons à cet égard de donner les principes & d’indiquer la voie : persuadés que ceux qui ont les organes délicats & justes, n’ont pas besoin qu’on leur anatomise tous les sons ; les autres trouveront encore que nous en disons trop.

On sent combien cet article est interressant pour la bonne prononciation & pour la vérification.

Syllabes.

Aprés avoir dit dans les articles précédents tout ce qui concerne les caracteres & les sons de notre Langue, chacun en particulier, nous les rapprochons dans celui-ci, & nous les considerons combinés les uns avec les autres, & formant des syllabes.

Suivent des observations sur l’intervalle qui sépare une syllabe d’une autre dans le même mot ; sur ce qu’une syllabe peut être formée par une voyelle seule, par une voix seule, mais représentée par plusieurs lettres, par une dihtongue propre, par une consonne à la tête de ces voyelles ou à leur suite, ou même par plusieurs consonnes dont les articulations se réunissent sur la même voyelle ou diphtongue. D’où naît la distinction en syllabes articulées & non articulées ; en simples & composées ; enfin en syllabes d’usage & syllabes physiques. Cette distinction développée, nous entrons dans le détail, en remarquant que le plus souvent les Poètes ne font attention qu’aux syllabes d’usage : nous disons le plus souvent, parcequ’il est une infinité de mots, qui selon l’usage ne devroient compter qu’une diphtongue, & par conséquent qu’une syllabe, & dans lesquels cependant les Poètes en comptent deux. Par exemple, le mot passion est de deux syllabes selon l’usage, pas-sion ; & il est de trois en poésie, pas-si-on. On a eu soin de distinguer les principaux d’entre ces mots parceque les jeunes Poètes ont souvent à cet égard des doutes qu’il leur est diflicile de lever.

Syntaxe.

Voila des mots bien exanninés quant au sens, quant à l’orthographe, & quant à la prononciation voyons la forme sous laquelle ils doivent paroître dans le discours. C’est ce que nous avons annoncé à la fin de l’aticle mot, en parlant des variations auxquelles les mots sont sujets dans le discours, & que nous avons nommées accidents.

Nous marquons d’abord la différence qu’il y a entre la syntaxe & la construction ; nous exposons ensuite quels sont les accidents, les variations des différentes sortes de mots qui y sont soumis ; mais nous ne parlons dans cet article que de ceux qui sont susceptibles des terminaisons propres à leur espece ; ce seroit nous rèpéter, inutilernent que de rapporter les regles qui fixent les lettres ou les syllabes que chacune de ces especes de mots perd ou acquiert ou change dans ses variations ; nous en avons parlé dans leurs articles respectifs.

Le mot Syntaxe rassemble sous les yeux du Lecteur les principales parties d’oraison, & montre les regles générales qu’elles subissenr les unes relativement aux autres quant a l’objet qu’il traite. On y voit comment le substantif assujettit à ses loix les adjectifs, les pronoms, l’article & les participes ; les regles & les exceptions y sont marquées. On y trouve les rapports du verbe avec le subjectif ou nominatif ; quel mode exige tel tour de phrase & l’usage des conjonctifs & des prépositions. On finit par développer les principes qui concernent les participes que nous avons annoncés plus haut.

Construction.

C’est ici le centre où se réunissent toutes les regles de la Grammaire ; c’est ici où chaque mot arrive avec le sens qui lui est attaché & l’extérieur qui lui convient, & se range à la place qui lui est assignée, pour représenter nos idées ou la forme de nos idées.

Nous distinguons deux forces de constructions, la construction grammaticale & la construction figurée. L’objet de la Grammaire ne nous permet guere de parler que de la premiere dans cet article, la seconde étant plus du ressort de l’Eloquence.

Après quelques observations sur la maniere de marquet les objets de nos idées, leurs rapports, leurs liaisons entr’elles, les résultats des comparaisons faites entre plusieurs termes, nous trouvons qu’il y avoit mille moyens pour y parvenir & nous en remarquons trois principaux, que les Langues employent selon leur génie particulier & leur premiere institution.

Sans décider de la supériorité de l’un de ces trois moyens, nous passons à notre Langue, & nous développons sa construction grammaticale, en marquant l’ordre que l’usage primitif & général exige entre les mots jour faire saisir les différents rapports qui se trouvent entr’eux dans notre pensée.

Pour cela nous examinons d’abord quelle est la premiere chose nécessaire pour rendre une pensée ensuite nous étendons cette tném me penfée, en la considerant sous différents rapports, en la modifiant de diverses manieres ; ensorte que nous y faisons entrer toutes les parties d’oraison l’une après l’autre & chacune à son rang. Nous expliquons les noms que nous donnons aux différents mots suivant leurs fonctions dans la phrase. On verra combien ces noms sont applicables au vrai sens des mots.

Nous expliquons ce que c’est que la phrase simple, la composée, l’explicite, l’implicite, la phrase détachée, la périodique, la phrase principale, & la phrase subordonnée.

Nous distinguons encore les phrases en expositives, impératives, interrogatives ; & tous ces détails sont développés par des exemples.

On ne sauroit croire combien il en résulte de netteté & de précision pour l’esprit & combien cela peut contribuer à la justesse du raisonnement.

Les principes que nous avons établis dans la construction grammaticale, ne paroissent pas toujours exactement suivis dans le discours. L’ordre de l’analyse y est assez souvent rompu ; les mots y occupent quelquefois une place & y prennent une forme, qui ne semblent pas leur convenir suivant les loix primitives de la Langue. Ces irrégularités apparentes sont traitées à l’article Construction figurée, où l’on fait voir quels secours elles prêtent aux différents styles & à l’harmonie. Les articles Ellipse, Pléonasme, Syllepse, Hyperbate, Héllenisme & Inversion, en développent la nature & les droits, qui sont fondés sur l’usage & sur le bon gout.

Plusieurs de ces figures de diction nous ont servi à lever de grandes difficultés dans bien des occasions ; nous avons trouvé plus d’une fois que ce qui avoit paru, même à des Grammairiens célebres une faute considerable contre la Langue n’étoit autre chose qu’une figure de diction. Il est donc bien important de connoitre en quoi consiste la construction figurée, son origine, les écarts que l’usage & le bon gout lui permettent & les avantages qu’elle procure au style. On verra, en lisant les morceaux que nous venons de citer & l’article Solécisme, quelle différence il y a entre des fautes réelles & ces irrégularités apparentes ; on trouvera aussi au mot Gallicisme sieurs constructions autorisées par l’usage, quoiqu’elles paroissent contraires aux regles communes de la Grammaire.

Mais le Lecteur s’apperçoit déjà sans doute que nous allons quitter les épines de la Grammaire pour passer aux objets de l’Eloquence. La Grammaire nous a donné des regles pour parler correctement ; la Rhétorique va nous en donner pour bien dire.

RHÉTORIQUE.