Dictionnaire de la Bible/Asphenez
ASPHENEZ (hébreu : ’Ašpenaz ; Théodotion [dans nos éditions de la Bible grecque] : Ἀσφανέζ ; Septante : Ἀβιεσδρί [Daniel secundum Septuaginta e Chisiano codice, in-fo, Rome, 1772, p. 1] ; syriaque des tétraples : ܐܒܝܥܐܪ Abiézer [Bugati, Daniel secundum editionem LXX interpretum ex tetraplis desumptam ex codice syro-estranghelo, in-4o, Milan, 1788, p. 8]), un des principaux officiers de Nabuchodonosor, roi de Babylone. Dan., i, 3. L’étymologie du nom est obscure. D’après Rödiger, dans Gesenius, Thesaurus linguæ hebrææ Addenda, p. 73, il viendrait du perse ou du sanscrit, et signifierait « nez de cheval » (sanscrit : açva, « cheval ; » nasa, « nez »). Cf. Gesenius, Hebräisches Handwörterbuch, 9e édit. par Mühlau et Volck, 1883, p. 79 ; d’après Hitzig, Das Buch Daniel, {{ in-8o }}, Leipzig, 1850, p. 6, le premier élément du mot ’éšék, serait hébreu, et le second, naç, serait zend, et ’Ašpenaz voudrait dire « eunuque ». M. Halévy, Journal asiatique, août septembre 1883, p. 282-284, croit reconnaître dans ce nom le mot perse aspandj (avec chute de l’élif initial sipandji), « hôtel, lieu où l’on reçoit les hôtes ». « L’auteur hébreu, dit-il, p. 283, aurait ainsi appliqué à l’officier qui introduisait les hôtes étrangers dans le palais royal le nom de l’asile où ceux-ci étaient reçus et hébergés. » Il est néanmoins plus naturel de demander à l’assyrien, non au perse ou au sanscrit, l’explication de ce nom babylonien. Malheureusement il est altéré. Voici comment on peut l’expliquer d’après Fr. Lenormant : « Il n’y a guère moyen de douter, dit-il, qu’un r final n’en soit tombé ; car les Septante l’écrivent en conservant cet r, mais en laissant tomber une autre lettre, Ἀβιεσδρί, ou, dans quelques manuscrits, Ἀβνεσδρί, c’est-à-dire אבנזרי. Nous avons donc, comme altérations divergentes de la forme que portait le texte original, אשפנז et אשבנזרי , ce qui impose de restituer cette forme en אשפנזר ou אשבנזר (’ašpenazar ou ’ašbenazar), transcription rigoureusement exacte d’un mot dont on a plusieurs exemples, Assa ibni zir, la dame (Istar de Ninive) a formé le germe. » La divination chez les Chaldéens, in-8o, Paris, 1875, p. 182-183. Cf. J. Fabre d’Envieu, Le livre du prophète Daniel, t. i, 1888, p. 147.
Quoi qu’il en soit de l’étymologie douteuse de son nom, Asphenez était rab sarîsîm de Nabuchodonosor. La Vulgate a traduit ce titre par « chef des eunuques », et cette traduction a été universellement acceptée jusqu’à nos jours, d’après le sens du mot hébreu sarîs. Mais une tablette cunéiforme du British Museum (no 82-7-14, 3570), contenant une liste de noms, écrit ce titre rabû-sa-rešu (rabû-ša-ri-e-šu), c’est-à-dire « chef des têtes ou des princes », celui qui est chargé des princes royaux. Th. G. Pinches, Rab-saris, dans l’Academy, 25 juin 1892, p. 618. Cf. H. Winckler, Untersuchungen zur altorientalischen Geschichte, in-8o, Leipzig, 1889, p. 138.
Asphenez fut chargé par Nabuchodonosor de choisir un certain nombre de jeunes captifs d’origine juive et de race royale, destinés à être élevés dans l’école du palais royal, pour y être instruits dans la langue et les sciences des Chaldéens. Il reçut en même temps l’ordre de les entretenir et de veiller sur eux. Parmi ces enfants de Juda se trouvèrent Daniel, Ananias, Misaël et Azarias. Selon l’usage du pays, Asphenez leur donna des noms chaldéens : Baltassar, Sidrach, Misach et Abdénago. De peur de violer la loi mosaïque en mangeant des viandes impures, Daniel demanda à Asphenez, pour lui et ses compagnons, l’autorisation de ne manger que des légumes et de ne boire que de l’eau. Le rab sarîsîm hésitait à le permettre, craignant que ce régime ne fût nuisible à leur santé, et appréhendant dans ce cas la colère du roi. Daniel lui proposa d’être soumis, avec Ananias, Misaël et Azarias, à une épreuve de dix jours ; il y consentit, et elle fut tout à fait à leur avantage. Dan., i, 3-15.