Dictionnaire de la Bible/Jaspe
JASPE (hébreu : yâšefêh, et yâšeféh ; Septante : ἴασπις ; Vulgate : jaspis), nom d’une pierre précieuse.
I. Description. — Le jaspe est un quartz anhydre, cryptocristallin, dont la nature se rapproche de celle du silex (fig. 207). Il paraît essentiellement
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207. — Jaspe égyptien.
composé de silice, d’argile et de fer, unis dans des proportions variables, qui produisent les diverses variétés de jaspes, si différentes au premier aspect, et rendent même certaines variétés fusibles au chalumeau ordinaire, ce qui n’a pas lieu pour le quartz et ses variétés à peu près pures. Sa pesanteur spécifique varie de 2,3 à 2,7. Sa cassure est conchoïde comme celle du silex, mais plus terne. Le jaspe est complètement opaque, même en plaques minces ; il peut recevoir un poli très brillant. — Il existe des jaspes de toutes nuances, sauf le bleu et le violet purs. Les minéralogistes établissent généralement les variétés suivantes : 1o Le jaspe commun qui comprend le jaspe blanc, le jaune, le rouge, le bleu (lavande), le vert, le violet (sale), le noir. — 2o Le jaspe rubanné, dont les sous-variétés sont le jaspe onyx, l’héliotrope, le sanguin, rayé, œillé, panaché, taché, fleuri. — 3o Le jaspe égyptien, vulgairement caillou d’Égypte, qui présente une disposition particulière de couleurs, avec des dessins zonaires ou rubannés irréguliers, mais à peu près concentriques, d’un brun jaune sur jaune fauve, qui le rend très reconnaissable. On le trouve dans les sables de l’Égypte. — Le jaspe se rencontre soit par couches, soit en rognons épais à la manière des silex, généralement dans les laves ; il accompagne surtout les agates : il existe dans presque toutes les chaînes de montagnes, dans les Pyrénées, en Italie, en Chypre, en Hongrie, en Bohême, en Sibérie, dans les monts Altaï, dans les Indes. — Le jaspe en petits morceaux, de qualité supérieure, est employé pour les bijoux comme pierre précieuse. On peut aussi le graver et le tailler : les gros morceaux servent à faire des vases et à décorer les objets d’ameublement. Les Égyptiens donnaient au jaspe (vert) le nom de wadj :
. C. H. Frd. Wendel, Ueber die in altägyptischen Texten erwähnten Bau- und Edelsteine, in-8o, Leipzig, 1888, p. 98. En arabe, c’est le yachf (Ibn el-Beithar) et au moyen âge le dehenic (Lapidaire d’Alphonse X), en sanscrit le jystirasa, (Finot), en chinois le yu, qui est en réalité le jade ; mais dans toute l’antiquité, la pierre néphrétique et le jaspe se sont confondus, et la distinction n’en était pas encore faite au xviie siècle, lors de la publication du De gemmis de Boetius de Boot. — Les plus anciens traités de minéralogie parlent du jaspe. Théophraste le signale, mais n’indique pas les propriétés qui lui sont attribuées. Pline, au contraire, H. N., xxxvii,
précise les lieux d’où il était tiré et mentionne le jaspe de l’Inde qui ressemble à l’émeraude, celui de Chypre, vert foncé, celui de Perse, couleur du ciel, aerizou sa. Celui du Thermodon était bleu ; celui de Phrygie, pourpre ; il était le plus estimé. On avait aussi le terebentzion, couleur du térébinthe ; le capnias, couleur de fumée, enfin le grammatias, traversé et rubanné de lignes blanches. — De ses vertus magiques, Pline ne cite que celle de faire bien parler. Dioscoride signale une variété qui a l’aspect du phlegme ; c’est certainement la pierre néphrétique, le jade ; il ajoute que le jaspe est excellent comme amulette. Les Lapidaires de l’École d’Alexandrie, les Cyranides (F. de Mély, Les Lapidaires grecs, in-4o, Paris, 1897, p. 3 et 137), attribuées à Hermès, et les Lithica d’Orphée, recueils des plus anciennes traditions orientales, font mention, les premières, de sa vertu de rendre puissant et redoutable, d’apprivoiser les bêtes sauvages, de chasser les maux d’estomac, quand il portait gravées certaines représentations, les secondes, d’être utile aux agriculteurs, en fécondant leurs champs, et de faire tomber la pluie d’un ciel sans nuages sur les terres desséchées. Les alchimistes grecs rattachaient le jaspe à la planète Mercure. Les Lapidaires arabes, toujours indispensables à consulter dans ces études sur l’Orient, lui croient de grandes affinités avec l’émeraude, ces deux pierres ayant pour origine commune l’argent. De leur temps, ils tiraient le jaspe de l’Yémen et en signalent une variété bleue, mais qui n’est, disent-ils, « qu’une production de l’art. » Ils ne connaissent pas le jaspe rouge. Saint Épiphane, De xii gemmis, t. xliii, col. 297, rapproche aussi le jaspe de l’émeraude ; il appartient, dit-il, au genre amathusien. Il ajoute que les mythologues lui attribuent la vertu de chasser les fantômes, d’écarter les bêtes sauvages ; c’est la tradition hermétique qu’on retrouve ici. On attribuait également au jaspe la propriété d’aiguiser la vue par sa couleur verte, d’arrêter les hémorragies ; c’est apparemment de Galien, chez lequel on trouve cette fable pour la première fois, qu’est tirée cette tradition qui se perpétue jusqu’au moyen âge. Sans doute, les petites taches rouges du jaspe sanguin, qui ressemblent effectivement à des gouttes de sang, auront fait supposer qu’il l’arrêtait en le recueillant, et le symbolisme aussitôt le rapproche de la chair du Christ, dont les gouttes de sang coulant à travers sa chair, se répandent sur la terre pour sauver le genre humain (Pierre de Capoue). Il est curieux de voir dans le symbolisme de Pierre Bersure que le jaspe monté en argent est meilleur que celui monté en or, on ne peut que voir là l’influence arabe signalée plus haut. D’après saint Bruno d’Asti, la dureté du jaspe symbolise la foi ; sa verdeur, l’éternité des choses divines.
II. Exégèse. — Le nom du jaspe dans les langues indo-européennes, en particulier en latin, jaspis, et en grec, ἴασπις, est un emprunt aux langues sémitiques, hébreu : yăseféh ; assyrien : ašpû (lettres de Tell-el-amarna : yašpu), arabe : yašf. Il semble qu’il ne devrait pas exister de difficulté d’identification. Cependant dans les deux listes parallèles des pierres précieuses du rational, Exod., xxviii, 18, et xxxix, 11, c’est la sixième pierre, yahălôm, que les Septante rendent par ἴασπις (Vulgate : jaspis), et la douzième yâšeféh, qu’ils traduisent par ὀνύχιον (Vulgate : beryllus). Mais il n’est guère croyable que le ἴασπις grec ne soit pas identique au yâšeféh hébreu. Bien que tous les manuscrits hébreux actuels soient d’accord sur l’ordre des pierres, il y a tout lieu de croire que, dans le manuscrit traduit par les Septante, la sixième pierre devrait être le yâšeféh, et le yahălôm était seulement à la douzième place. Les deux noms commençant par un yod, et ayant le même sombre de lettres avec une certaine ressemblance de forme dans l’ancienne écriture, ont pu être écrits l’un pour l’autre. L’ordre d’ailleurs n’a pas toujours été le même dans la disposition des douze pierres, s’il faut en croire la liste donnée par Josèphe, Ant. jud., III, vii, 5. Mais là du moins le jaspe est dans la seconde rangée (à la cinquième place, il est vrai, au lieu de la sixième) et le béryl est bien à la quatrième rangée et à la douzième place. Dans le syriaque le jaspe, ܝܰܫܦܶܗ, yašpéh, vient en douzième lieu ; de même en arabe, يشف, yašf, et dans le texte samaritain,
, ašpéh. Dans la liste donnée par Ézéchiel, xxviii, 13, et qui rappelle celle de l’Exode, le yâseféh, qui vient en sixième lieu, est justement rendu dans les Septante par ἴασπις. Dans cet endroit, la Vulgate traduit néanmoins comme dans les passages de l’Exode yahălom par jaspis et yâsefêh par beryllus. On peut donc admettre comme légitime l’identification du yâšeféh avec le jaspe, malgré le désaccord apparent des Septante. — Le jaspe se présente comme une des pierres du rational du grand-prêtre, Exod., xxviii, 18 ; xxxix, 11 ; la douzième selon le texte massorétique, ou la sixième selon les manuscrits suivis par les Septante. S’il faut lui donner le douzième rang, c’est sur elle suivant plusieurs commentateurs qu’aurait été inscrit le nom de Benjamin. Le jaspe est aussi mentionné parmi les neuf pierres précieuses (douze selon les Septante) de la parure du roi de Tyr. Ézech., xxviii, 13. Dans l’Apocalypse nous trouvons plusieurs fois le jaspe : il figure parmi les pierres précieuses qui servent de fondement à la Jérusalem céleste. Apoc., xxi, 19. Ce sont les mêmes pierres que dans le rational du grand-prêtre, mais placées dans un autre ordre. Dans la cité sainte, le jaspe occupe la première place. Apoc., xxi, 19. La muraille est aussi bâtie en pierre de jaspe. Apoc., xxi, 18. Aussi, quand le prophète vit la Jérusalem nouvelle descendre du ciel, elle avait à première vue l’aspect d’une pierre de jaspe, mais qui en même temps aurait été éclatante comme un cristal. Apoc., xxi, 11. Il est à remarquer que Dioscoride, v, 160, parle d’un jaspe qui a l’éclat d’un cristal, κρυσταλλώδης. Cette comparaison avec le cristal a amené plusieurs auteurs à identifier le jaspe de l’Apocalypse avec le diamant. Smith, Diction. of the Bible, 1863, t. i, p. 935. Mais l’Apocalypse ne compare pas le jaspe au cristal sous le rapport de la transparence. Dans la vision du Seigneur sur son trône, iv, 3, celui qui était assis avait l’aspect d’une pierre de jaspe. — Les Septante et la Vulgate ont rendu par jaspe le nom hébreu kadkôd, dans Is., liv, 12 : mais il faut entendre par ce mot une autre pierre précieuse, peut-être le rubis. — E. F. K. Rosenmuller, Handbuch des biblische Alterthumskunde, Leipzig, 1830, t. iv, p. 43 ; I. Braun, Vestitus sacerdotum hebræorum, in-8o, Leyde, 1680, p. 740-744.