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Dictionnaire de la langue française : Glossaire raisonné de la langue écrite et parlée/3e éd., 1855

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Glossaire raisonné de la langue écrite et parlée
par Prosper Poitevin
1855


Glossaire raisonné de la langue écrite et parlée, 3e édition 1855


DICTIONNAIRE

DE LA

LANGUE FRANÇAISE

GLOSSAIRE RAISONNÉ

DE LA

LANGUE ÉCRITE ET PARLÉE

PRÉSENTANT

L’EXPLICATION DES ÉTYMOLOGIES, DE L’ORTHOGRAPHE ET DE LA PRONONCIATION,

LES ACCEPTIONS PROPRES, FIGURÉES ET FAMILIÈRES,

LA CONJUGAISON DE TOUS LES VERBES IRRÉGULIERS OU DÉFECTUEUX, LES PRINCIPALES SYNONYMIES,

LES GALLICISMES, LES LOCUTIONS POPULAIRES ET PROVERBIALES, ENFIN LA SOLUTION

DE TOUTES LES DIFFICULTÉS GRAMMATICALES

APPUYÉ

DE REMARQUES, DE JUGEMENTS LITTÉRAIRES ET D’EXEMPLES

Empruntés aux écrivains les plus illustres des deux derniers siècles

Et aux littérateurs contemporains les plus célèbres

ET PRÉCÉDÉ

D’un tableau synoptique de l’Académie française depuis l’époque de sa création

PAR M. P. POITEVIN

AUTEUR DU COURS THÉORIQUE ET PRATIQUE DE LANGUE FRANÇAISE

Adopté par l’Université et autorisé pour l’usage des Lycées et des Collèges.

« Plus une langue se repand, plus elle a besoin de dépôts et d’archives. »

RIVAROL.

TROISIEME EDITION

PARIS

LIBRAIRIE DE F. CHAMEROT, ÉDITEUR

RUE DU JARDINET, 13

J. LECOFFRE,LIBRAIRE | FIRMIN DIDOT, LIBRAIRES

Rue duVieux-Colombier, 29 | rue Jacob, 56

1855

PREFACE.

Au moment où nous soumettons notre travail à l’appréciation du public et au jugement du corps enseignant, nous devons dire tout d’abord quel est le caractère de ce livre, et en quoi il diffère et se distingue des autres, ouvrages du même genre.

Nous désirons qu’il n’y ait de surprise pour personne, et nous voulons que chacun, avant même d’ouvrir ce volume, sache exactement à quoi s’en tenir.

Est-ce un dictionnaire complet que nous avons la prétention d’offrir au public ? Oui, si l’on entend par là un catalogue fidèle de tous les mots indispensables à l’expression de la pensée, de tous les termes que l’usage a admis et consacrés, de toutes les locutions en harmonie avec l’esprit et le génie de notre langue ; non, si, au contraire, on a en vue une nomenclature minutieuse et servile de tous les termes, quels qu’ils soient, sans distinction d’origine et de localité.

Dans un Glossaire de la langue écrite et parlée, tout ce qui s’imprime et se dit a-t-il le droit d’être admis ? La langue de Corneille, de Racine, de Molière, de La Fontaine et de Voltaire doit-elle s’y trouver confondue avec celle des vaudevillistes et des romanciers ; et celle de Pascal, de Bossuet, de Fénelon, de Sévigné et de Montesquieu, avec le jargon et la phraséologie modernes ? Incontestablement, non.

Aujourd’hui la véritable langue française, à part quelques conquêtes heureuses, est encore la langue du dix-septième et du dix-huitième siècle. Tout ce qui s’éloigne des formes nettes, vives et hardies que le génie, l’esprit et le goût ont successivement consacrées dans ces glorieuses époques, n’est qu’accidentel et passager : en tenir un compte sérieux, ce serait, de la part d’un lexicographe, exagérer et très-mal comprendre son devoir.

Nous n’avons pas cru cependant qu’il fût possible de nous renfermer d’une manière exacte dans la nomenclature que l’Académie a adoptée il y a seize ans ; il nous a fallu tenir compte des termes nouveaux, mais définitivement acquis, dont notre vocabulaire s’est enrichi depuis cette époque : toutefois, nous ne nous sommes permis aucune addition sans nous appuyer, ou sur un écrivain célèbre de cette illustre compagnie, ou sur tel autre dont l’autorité ne peut être contestée. On comprend dès lors que nous n’avons enregistré qu’après un mûr examen les termes de création récente, et que nous n’avons admis aucun de ces mots aventuriers, comme les appelle La Bruyère, qui font d’abord quelque fortune dans le monde, et disparaissent presque aussitôt.

L’ouvrage que nous offrons au public est donc un catalogue raisonné, un inventaire dressé avec soin de tous les termes et de toutes les locutions qui sont comme le fond invariable de notre langue.

Nous devons ajouter que, plein de respect pour l’Académie, nous l’avons prise constamment pour guide : c’est sur elle que nous nous sommes appuyé, c’est à sa lumière que nous avons marché.

Voilà ce que nous avions à dire touchant la nomenclature. Quant à la lexicologie, nous lui avons donné la place importante à laquelle elle a droit ; et nous croyons l’avoir traitée avec assez de soin et d’attention pour que cette partie de notre travail réponde à tous les besoins et satisfasse à toutes les exigences. A la suite même de l’article consacré aux différents mots dont l’emploi présente une difficulté d’orthographe, d’accord ou de construction, nous avons établi les principes grammaticaux auxquels ils correspondent, et résolu au moyen de règles claires et précises, et d’exemples puisés aux sources les plus pures, les mohir dres accidents de langage, aussi bien que les faits les plus importants de la syntaxe. Nous donnons la conjugaison de tous les verbes irréguliers et défectifs : quant à ceux dont le radical est soumis à certains changements d’orthographe par la nécessité de se combiner d’une manière euphonique avec les diverses désinences. nous les rattachons à un paradigme commun, à la suite duquel nous expliquons la raison des changements qu’il subit.

Une étude comparée sur les principaux Synonymes était le complément indispensable de notre travail.

Cette classe nombreuse de mots est digne en effet de l’attention des esprits studieux et délicats, et le devoir d’un lexicographe est, en signalant ce qu’ils ont à la fois de commun et de propre, de faire vivement ressortir leur analogie de sens et leur différence d’expression.

Déterminer d’une manière nette, et avec une très-grande concision, les nuances diverses des plus importants de ces termes, voilà ce que nous avons essayé de faire.

Avons-nous réussi ? c’est au lecteur de prononcer. Mais si les convenances ne nous permettent .pas de donner ce travail comme bon, aucune considération ne peut nous empêcher de le donner comme nôtre, et nous le faisons hautement.

Laveaux est le premier qui, dans son Nouveau Dictionnaire de la langue française, ait consacré une place aux Synonymes, et les ait rangés alphabétiquement et par groupes. L’idée était excellente. Malheureusement l’essai qu’il a donné est resté à l’état d’ébauche ; la mort, qui l’enleva en 1827, ne lui permit pas de revoir cl d’améliorer son travail.

Mais, au lieu de s’emparer de son idée et de la féconder, certaines gens trouvèrent plus facile et plus simple de s’emparer de son oeuvre, et de se l’approprier ; ainsi M. Chapsal, qui en 1826) avait publié à Toul, chez J. Carez, un mince vocabulaire qu’il avait décoré du nom de Nouveau Dictionnaire de la langue française, titre emprunté à Laveaux, s’empressa, aussitôt après la mort de celui-ci, de grossir son livre de 844 groupes de synonymes, dont 750 sont ou la copie servile ou la reproduction travestie du travail de ce grammairien (1) [1].

Nous ne voulons pas insister sur ce point. Il nous suffit pour le moment de protester contre un pareil plagiat, et de restituer à un littérateur laborieux et estimable, sinon sa propriété, dont la spéculation s’est emparée, du moins le mérite de son oeuvre.

Les chiffres que nous donnons prouvent que nous avons étudié avec une certaine attention le Nouveau Dictionnaire qui depuis vingt ans circule dans nos écoles, à l’abri du nom universitaire de M. Noël : nous pourrions dès à présent signaler une foule d’articles aussi étranges que curieux, au double point de vue de la grammaire et de la morale ; mais comme, par suite de notre publication, ce livre peut se montrer bientôt sous une forme plus convenable et plus décente, et que d’actifs travailleurs l’ont peut-être déjà en partie revu et corrigé, nous préférons attendre. Après avoir justement réclamé pour Laveaux, nous nous ferons un devoir, s’il y a lieu, de réclamer pour nous : ce sera notre droit, et nous en userons. Un hommage dont nous sommes très-peu fier nous a été rendu pendant le cours même de la publication de notre ouvrage ; on nous a fait, livraison par livraison, les honneurs de la contrefaçon. La loyale industrie de Bruxelles s’est enrichie, aux conditions les plus économiques, d’une partie de notre propriété littéraire ; mais, comme il est dans ses habitudes de gâter tout ce qu’elle touche, elle a défiguré ce livre, faute de n’en avoir compris ni l’intention ni l’esprit. Quelques additions aussi maladroites que malheureuses fourniront sans doute, à celui qui nous a dépouillé, le prétexte honnête de dire qu’il nous a enrichi. Nous nous y attendons.

Pour que ce Glossaire ne laissât rien à désirer, même au point de vue historique, nous l’avons fait précéder d’un tableau synoptique des membres de l’Académie française depuis sa création, et de la liste de tous les grands écrivains des deux derniers siècles. Ainsi, grâce aux nombreuses citations dans lesquelles ils revivent, et aux exemples empruntés à nos orateurs, à nos poètes et à nos moralistes contemporains, ce livre peut être offert comme le résumé le plus fidèle et le plus complet, non-seulement de la langue littéraire et classique, mais encore de l’esprit, du sentiment et du goût français.

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  1. En voici un simple échantillon : « APPRÊTER, PRÉPARER, DISPOSER. On apprête pour ce qu’on va faire ; « on prépare pour être en état de le faire ; on dispose pour s’arranger à pouvoir le faire. » (NOEL ET CHAPSAL, dernière édition,1851.)