Dictionnaire de pédagogie et d’instruction primaire/AUX LECTEURS
Nous achevons en février 1887 un ouvrage dont la première livraison à paru en février 1878. Nous relevons ces dates, parce qu’elles suffisent à expliquer comment s’est fait le Dictionnaire de pédagogie. Ses 175 livraisons se sont succédé pendant neuf années à raison d’une livraison par trois semaines environ. Cette publication a coïncidé avec le mouvement même de la rénovation scolaire en France, elle en a pour ainsi dire reflété les phases successives. Elle a commencé sous le régime de la législation de 1850 ; elle s’achève précisément à l’heure où paraissent les nouveaux règlements organiques pour l’application de la loi du 30 octobre 1886.
Y a-t-il pour un ouvrage de ce genre plus d’avantage ou plus d’inconvénient à paraître dans de telles conditions, à suivre de si près le cours des chosés ? Assurément, si nous eussions attendu l’achèvement de notre réorganisation législative et réglementaire, la rédaction du Dictionnaire eût pu être plus homogène : on ne serait pas aussi souvent obligé de compléter un article par un autre, de se reporter au Supplément ou aux mots des dernières lettres pour y chercher comme un appendice à ceux des premières.
Mais le lecteur trouvera peut-être aussi quelquefois dans ces disparates mêmes un intérêt de plus. Ne remarquera-t-il pas souvent, en lisant le nom dont un article est signé, que l’auteur de cet article, à la date même où il l’écrivait pour nous, en défendait le principe dans la presse, à la tribune ou dans les conseils de l’Université, et le faisait entrer dans la loi ? N’aura-t-on pas un jour quelque plaisir ou quelque profit à retrouver ici, prises sur le vif, les impréssions premières de ceux qui assistaient, qui collaboraient à la constitution du nouveau régime ?
Ce Dictionnaire n’est pas seulement un livre de renseignements, il est lui-même un document pour l’histoire de ces dix années, c’est-à-dire pour un des moments décisifs dans l’évolution des doctrines et des institutions pédagogiques de notre pays.
Celui qui avait entrepris cette œuvre de longue haleine n’aurait pu seul la mener à bonne fin. Il a eu le bonheur d’y intéresser presque tous les hommes qui de nos jours se sont fait un nom dans le domaine de l’éducation populaire. C’est grâce à eux que l’exécution de ce Dictionnaire a été possible, c’est à eux que le public doit de posséder aujourd’hui sur cet ordre de questions une collection analogue aux savantes encyclopédies allemandes, qui n’existait pas encore dans notre langue. Il ne nous appartient pas sans doute d’en faire ici l’éloge. Qu’il nous soit permis seulement de dire que ces travaux, bien que groupés dans un même cadre et d’après un plan uniforme, constituent autant d’études distinctes, dont quelques-unes sont plutôt des mémoires que des articles, et auxquelles la direction du Dictionnaire a tenu à honneur de laisser la liberté d’allure, la vigueur de ton, la saveur de pensée et de style qui, même dans les cadres d’une encyclopédie, distinguent un travail original d’une compilation de seconde main.
Comment remercier dignement tant de bienveillants collaborateurs, tant d’hommes dont le temps est précieux, et qui nous l’ont donné sans compter, dans la pensée de servir une bonne cause et d’être utiles au public ? C’est au public de leur prouver si leurs efforts ont été compris et appréciés. Quant à nous, ce n’est pas sans émotion que nous leur offrons à tous ici un commun et respectueux hommage de reconnaissance. Au début de cette entreprise, beaucoup doutèrent de son succès : ils ne croyaient pas possible d’y associer pour longtemps un si grand nombre de bonnes volontés d’ailleurs si divergentes : car fût-on d’accord sur le but à atteindre, on était, on est encore profondément divisé sur les moyens. L’événement a justifié notre confiance et prouvé qu’en France il y a toujours, quoi qu’on en dise, un terrain commun entre tous ceux qui aiment leur pays, qui croient à son avenir et qui l’attendent en grande partie de l’éducation nationale.
Nos éditeurs, eux aussi, ont contribué pour une large part à la réussite de cette œuvre. Il fallait, pour réunir les renseignements indispensables à la rédaction du Dictionnaire, constituer une véritable bibliothèque de documents de toute nature. La maison Hachette et Cie n’a pas hésité à faire tous les sacrifices que nécessitait la réalisation d’un programme aussi vaste que le nôtre.
En terminant, j’ai un autre devoir de gratitude à remplir : c’est de reconnaître publiquement les inappréciables services dont le Dictionnaire est redevable au secrétaire de la rédaction, qui en a secondé d’abord, puis souvent dirigé en fait la publication depuis le jour où j’ai été appelé à des fonctions publiques qui ne laissent guère de loisir. Tous nos collaborateurs savent avec quel soin scrupuleux, avec quelle étendue et quelle solidité de compétence, avec quelle délicate et infatigable vigilance M. J. Guillaume s’est acquitté de la tâche qu’il avait acceptée. Je suis heureux de lui rendre ici un témoignage auquel les éditeurs de cet ouvrage tiennent à s’associer.
On trouvera plus loin la liste nominative des collaborateurs de la Ire Partie du Dictionnaire[1]. Pour la IIe Partie une liste semblable a été placée à la suite de la préface spéciale à cette partie.
- Paris, février 1887.
- ↑ Le Dictionnaire de pédagogie se compose de deux parties distinctes et parallèles. La Ire Partie contient les articles de pédagogie proprement dite, de législation et d’administration, les études historiques, les notices consacrées aux départements et aux provinces ainsi qu’aux pays étrangers, les biographies, etc. La IIe Partie forme une sorte d’encyclopédie d’instruction primaire à l’usage des instituteurs et des professeurs d école normale. (Voir la préface de cette IIe Partie.)