Dictionnaire de théologie catholique/CATHOLICITÉ
(Tome 2.2 : CAJETAN - CISTERCIENS, p. 345-351).
CATHOLICITÉ. —
I. Concept de la catholicité de l’Église.
II. La catholicité de fait, propriété et note de la véritable Église.
I.Concept de la catholicité de l’Église.
1° Le symbole des apôtres et les autres professions de foi nous obligent de croire « l’Église catholique », c’est-à-dire universelle. Or, ce qualificatif peut signifier l’universalité de l’Église : 1. Par rapport aux Eglises particulières qui en font partie ; en ce sens, on dit encore aujourd’hui l’Église universelle, c’est-à-dire la totalité de l’Église ; 2. quant au lieu, et l’on peut entendre par là soit que l’Eglise a la mission d’enseigner l’Évangile dans le monde entier et la vertu de produire partout des fruits : Euntes…, in mundum universum, docele, Matth., xxviii, 19, soit que l’Eglise est réellement répandue dans tout l’univers ; 3. quant aux personnes, c’est-à-dire que l’Église s’adresse à tous les peuples sans distinction de races ou de nationalités, à tous les hommes quelle que soit leur situation sociale : Docete omnes génies, Matth., loc. cit. ; Prsedicate evangelium omni creaturæ, Marc, xvi, 15 ; ’t. quant à la doctrine, autrement dit, que l’Église possède et enseigne sans diminution aucune toutes les vdrités qu’il faut croire, lous les moyens nécessaires au salut : JDocentes eos seryare ornnia quæcumque mandavi vobis, Malth., lac. cit. ; ou bien encore que tous les fidèles de l’Église soumis au même magistère ont la même foi ; 5. quant à la nécessité d’entrer dans l’Église : Qui non crediderit condemnabitur, Marc, xvi, 16 ; 6. quant à la durée, ou la permanence de l’Eglise sans interruption jusqu’à la fin des siècles : Ecce ego vobiscum sum omnibus diebus usque ad consummalionem sœculi. Matth., loc. cit.
2° Pour déterminer quelle est, entre ces différentes espèces de catholicité, celle qui répond directement à l’article de foi : Credo Ecclesiant catholicam, il faut sairement, eu l’absence d’une définition authentique il. l’Église, consulter l’usage traditionnel. On constate alors que depuis l’origine, c’est-à-dire depuis le commencement du iie siècle, la dénomination de catholique > été constamment employée pour désigner la diffusion manifestement universelle de l’Église, une et indivisible, fondée par Jésus-Christ.
1. Sous le nom : 1e catholique, les Pères ont toujours entendu la totalité de l’Église de Jésus-Christ et non pas meut les Églises particulières prises isolément. Saint Ignace martyr († 107), qui paraît avoir employé le nier l’épithète de catholique qui semble, il est vrai, >ir appliquée aux églises particulières quand 11 écrirait è Il -he de Smrno, .l</ Smyrn., n. 8, P. Cf., t. v, col. 714 ; fin comparuerit Christus, ibi sit niultit quemadmodum ubi C/irislus, ibi catltolica Ecclesia ; mais dans une autre lettre, il explique que les églises particulières n’en font qu’une seule qui est répandue sur toute l’étendue de la terre : Omnes cum episcopo sentire debent ut Christus cum Pâtre sentit et episcopi per totum orbem constituti senliunt cum Christo. Ad Eph., n. 3, col. 647 ; cf. Ad Smyrn., n. 1, col. 709. On cite encore la lettre des fidèles de Smyrne relatant le martyre de saint Polycarpe (167), qui y est appelé : Catholicæ Ecclesise Smymensis episcopus, n. 16, ibid., col. 1042 ; mais outre que le mot cathoHcæ manque dans le manuscrit, on lit plus haut, n. 8, col. 1033, que Polycarpe rendait gloire à Jésus-Christ })aslori catholicæ in loto orbe Ecclesiæ. Il est visible que l’interprétation particulariste du mot catholique, si jamais il a été employé en ce sens, n’exclut pas, mais implique au contraire la signification que les Pères ont toujours donnée depuis à ce mot. Toute Église particulière peut être appelée catholique dans le sens où nous dirions « un département français », pour signilier qu’elle fait partie d’un tout qui est catholique.
2. Dans les textes où ils expliquent en quoi consiste la catholicité de l’Église, les Pères donnent toujours à ce terme comme signification unique celle de diffusion de l’Eglise dans tout l’univers, ou, ce qui est rare, s’ils interprètent ce terme autrement, ils mettent en première ligne sa signification géographique. Par exemple, dans sa catéchèse xviii, n. 23, P. G., t. xxxiii, col. 1013, où il justifie par diverses raisons le surnom de catholique donné à l’Église, saint Cyrille de Jérusalem donne tout d’abord le motif suivant : Calholica vocatur eo quod per totum orbem ab extremis lerrse finibus ad cxlremos usque fines diffusa est (catholicité géographique). C’est alors seulement qu’il ajoute : Et quia universe et absqne defectu docet omniaqux in hominum notiliam venire debent dogmata (catholicité de doctrine). Tuni etiam ex eo quod omne hominum genus recto cultui subjiciat, principes et privalos, doctos et imperitos (catholicité de personnes). Acdenique quia generaliler quidem omne peccatorum genus… curai et sanat eadem ! vero omnepossidet, quovis nomine significetur, virtutis genus, in factis et verbis et spiritualibus eu jus vis speciei donis. Très nettement dans sa lettre au sebismatique Vincent, Epist., xciii, c. vil, n. 23, P. L., t. xxxiii, col. 333, saint Augustin rejette comme incertaine toute interprétation autre que le sens de diffusion universelle : Acutum aliquid tibi videris dicere cum cat/wliese nomen non ex totius orbis communione interprelarissed ex observai ioneprœceplorum omnium atque omnium sacramentorum, quasi nos, elsi forte hinc sit appellata catholica quod totum veracilcr teneat cujus veritatis nonnullx particulæ etiam in diversis inveniuntur hæresibus, hujus nominis testimonio nitamur ad demonstrandam Ecclesiam in omnibus gentibus et non promissis Dei et lam multis ali/ue manifestis oraculis ipsius veritatis. Avant saint Augustin, saint Optât de Milève tenait aux donatistes le même langage : Ubi propriétés catholici nominis mm inde dicta sit catholica quod sit… Ubique diffusa’! Adc. Parmen., t. II, c. I, P. L., t. xi, col. 942.
3. Or, toujours d’après les Pères, cette ubiquité de l’Église, signifiée par le nom de catholique, est essentiellement visible. Ecclesia… per orbem totum radios suos porrigit, disait saint Cyprien, De unitate Ecclesise, P. L., t. iv, col. 502. Saint Augustin l’explique avec une clarté’merveilleuse : Nos catholici in muni lei-ra sumus, quia omni terras, communicamus, quocùmque gloria Christi diffusa est… <> hæretica insania ! … Cre dismecum Chris tum exaltatum super calot, quod non videmus, et negas gloriam ejus super omnetn terrant, quod videmus. Euarr. in P.>’. LVt, P. /, ., t. XXXVI, col. 669 sq. Aussi l’un des arguments préférés des Pères contre les hérétiques consiste a opposer à ceux-ci la localisation manifeste de leur secte comparée à la présence manifeste de l'église catholique par toute la terre Optal di H f. s. Augustin, loc cit S. Cyrille de Jérusalem, Cat., xviii, n. 26, P. ff., txum col, 1047. Notons toutefois : a que les P< res ae poui pat affirmer la préaenie d<- i i glise au d( là des lii du monde connu pour l’époqui r to ttiiii rram, doivent donc etre prises c 1 1 ce Bens relatif partout où il est question de la catholicité effective de l’Église ; » ) que dans ces lim h diffusion universelle de l’Église ne Manille pas. dans l.i pensée des Pérès, la présence de II dise en tous lieux sans aucune exception, ni que là ou elle est présente elle doive y régner seule ou, tout au moins, y avoir la prépondérance ; c) que la question du nombre des fidèles répandus dans le monde est laissée de côté par les Pères ; l’essentiel pour eux est que la présence de l’Église en tous lieux pût être opposée à Bes adversaires comme un fait notoire, tangible, indéniable.
4. Enfin et surtout les fidèles ainsi répandus à la surface de la terre ne constituent qu’une seule Église : non pas une Église formée de la confédération des sociétés chrétiennes, mais une Église individuelle distincte de toutes les sectes hérétiques ou schismatiques et qui les rejette, précisément parce qu’elle est partout une dans sa foi et dans son gouvernement. Ici encore témoignages de la tradition abondent. L’Église catholique est toujours nommée au singulier ; chrétienne de nom, elle a le surnom de catholique. Christiania mihi nomen, catholicus cognomen, dit saint Pacien de Barcelone. Ad Sympronian. Novatian. epist., i, c. ut sq.. P. L., t. xiii, col. 105'i sq. Les hérétiques eux-mêmes l’appellent ainsi, remarque saint Augustin, De vera relig., c. vii, n. 12, P. L., t. xxxiv, col. 128. et il aime à la nommer la catholique, catholica, tout court. De bapt., t. I, c. ii, I'. L., t. xlin. col. 110. Du reste, il suffit de nommer son livre De unitate Ecelesise, P. L., t. xliii ; ce titre est également celui d’un ouvrage de saint Cyprien, P. L., t. iv. Une comme Dieu est un, dit encore Clément d’Alexandrie, cette Église n’admet aucune hérésie : Quum unus sit Deus…, in unius naturæ sortem cooptatur Ecclesia <iuam conantur hæreses in mutta discindere. Et essentia ergo et catholicam Ecclesiam in unitatem unius fidei. Strom., vii, P. G., t. ix, col. 5't-l. Saint Irénée, Cont. hær., I. I. c. x. n. 1, P. G., t. vii, col. 550, en donne la raison : L’Église catholique est celle qui garde sans tache la foi des apôtres : Ecclesia per orbent universum disseminata et ab apostotis et a discipulis eorum acccpit mm /idem… et hanc (idem… diligente ? custodit, quasi unam domum inhabitans… De là cette conclusion : La catholicité n’est qu’un mode de l’unité de l’Église dont elle indique l’étendue dans l’espace ; par suite, une collection de sectes disparates, quels que soient le nombre et la diffusion de ses adhérents, ne saurait former qu’une multitude incohérente qui, bien loin d’être catholique, serait la négation même de la catholicité'. Cf. Suarez, Defensio fidei, t. I, c. xv, a. 7.
3o L’analyse de la doctrine traditionnelle touchant la catholicité de l’Église et les divers problèmes qui se rattachent à ce dogme ont conduit les théologiens à établir des distinctions qu’il est nécessaire de connaître : — 1. Il vient d’être dit que la catholicité implique :
a) une diffusion visible de l’Église dans tout l’univers ;
b) la cohésion qui fait de tous les fidèles ainsi disséminés une seule et même Église unie parles liens sociaux institués par Jésus-Christ. Le premier de ces constituants a reçu le nom de catholicité' matérielle ; le second, celui de catholicité formelle. Ainsi il faut voir dans cette distinction, non pas deux sortes distinctes de catholicité, mais les deux parties essentielles de la catholicité intégrale, laquelle est unique dans son espèce. — 2. Dans la catholicité ainsi comprise il est important de séparer le droit et le fait. La catholicité de fait n’est
chose que i ctive et visible de
e dans tout l univ< i i point de
départ dans ce qu’on app< Ile la catholicil, qui
consiste dans le droit et dans la p i de se propagi i dans I univers entier. Ce droit est la conséquence de la mission qu’elle a reçue de J Christ de prêcher l’Évangile à tous les hommes, sans distinction de races, de civilisation, de nationalité ! ne saurait d’ailleurs Béparer de cette mission le secours surnaturel qui entretient dans l’Église la volonté efficace de prêcher partout l’Évangile envers et contre tout< difficultés et qui rendrait cette prédication infailliblement féconde si Dieu ne laissait pas à l’homme la liberté de lui résister. La catholicité de droit est donc la cause, mais seulement partielle, de la catholicité de fait. Celle-ci suppose, en effet, que Dieu, par une coopération spéciale à la prédication évangéiique, assure, nonobstant la malice des homme-, la diffusion de l’Église dans tout l’univers. — 3. La catholicité de fait peut être ellemême envisagée sous plusieurs aspects différents : ai La présence visible de l’Église dans le monde entier doit-elle être entendue au sens strict ou d’une façon plus large ? Si l’on admet le sens strict, on dira par là même que I Église existe dans toutes les régions du monde sans exception et que dans chacune elle est représentée par une masse considérable d’adhérents : ce sera la catholicité physique. Si. au contraire, on se contente du sens large, on exprimera que l’Église, tout en étant peut-être absente de certaines régions, existe cependant dans des contrées assez différentes pour que son caractère d’universalité- soit indéniable. Quant au nombre de ses adhérents, il restera considérable dans l’ensemble, mais il pourra être inégalement réparti. La catholicité de fait ainsi comprise s’appellera catholicité morale. Elle jouit, comme on le voit, d’une certaine élasticité, car elle ne cesse pas d’exister si l’Eglise amoindrie ou même anéantie en quelque région vient à réparer ses pertes ailleurs. — b) Certains théologiens ont pensé que la catholicité de fait n’exigeait pas que l’Église fût présente à toutes les époques de sa durée dans tout l’univers et ils ont émis l’hypothèse d’une catholicité soit discontinue, soit successive. D’après Melchior Cano, De locis theologicis, 1. IV. c. vi, ad 13um, quand même l’Église ne serait pas répandue aujourd’hui dans tout l’univers, on pourrait cependant l’appeler catholique dès lors qu’il serait prouvé qu’elle a eu dans le passé une diffusion universelle. SaliEcclesiam in totum mundum esse fusant ut etiamnum catholicadicatur. Nom eadem Ecclesia est eamdemque fidem tenet quant apostoli in totant terrant vulgarunt. Driedo cité par Bellarmin, De concilia et Ecclesia, t. IV, c. vii, et Bellarmin lui-même paraissent aller plus loin encore. A leur avis, l’Eglise serait catholique quand même elle n’aurait jamais occupé qu’une seule province du monde à la fois, pourvu qu’elle se fût ainsi transportée successivement dans le monde entier en restant toujours identique à elle-même. Nota… non requiri… ut uuo eoilemque tentpore in omnibus proliuciis oporteat aliquos esse fidèles, salis enim est si fiât successive. Ex quo seqttitur quod si sula utta vincia retinerei veram /idem, adhuc vert et proprie diceretur Ecclesia catholica, duntntodo clare ostendcretur esse unam eamdemque cum illa qux fuit aliquo tempore vel diversis in toto mundo. Ce mode hypothétique de catholicité garde le nom que Bellarmin lui a donné' de catholicité s. t opposition à la
catholicité simultanée, qui suppose la nécessité de la présence de l’Église en même temps dans tout l’uni — c) Enfin, on a parfois désigné sous les noms de catholicité absolue et de catholicité relative un double BS] de la catholicité de fait. > La catholicité absolue, dit Mauella, De Ecclesia, n. 701, consiste dans une ample diffusion de l’Église dans tout l’univers, abslra
faite de toute comparaison avec les sectes : la catholicité relative signifie une diffusion supérieure à celle de ces sectes. Or, on peut prendre comme terme de comparaison soit l’ensemble des sectes tant infidèles que chrétiennes, soit seulement les sectes chrétiennes prises soit collectivement, soit individuellement. » Cette distinction réclame visiblement un correctif. La question de catholicité relative ne peut se poser qu’en comparant l’Église à telle ou telle secte prise isolément, car un ensemble quelconque de sectes manque nécessairement d’unité et par suite de catholicité. A moins que l’on ne veuille parler de catholicité purement matérielle, ou, comme cela a lieu d’ordinaire, que l’on compare simplement le nombre d’adhérents de part et d’autre, mais alors il ne s’agit plus de catholicité proprement dite.
II. La catholicité de fait, propriété et note de la véritable Église. — L’enseignement commun des théologiens, fondé sur celui de l’Écriture et des Pères, peut se résumer comme il suit : 1o Dieu a expressément voulu que l’Église se répandit dans le monde entier et qu’elle y restât répandue jusqu’à la fin des temps ; 2o cette catholicité de tait de l’Église s’entend au sens moral : elle est simultanée et non pas successive ; 3o elle constitue une note de la véritable Église ; 4o cette note ne se rencontre que dans l’Église dite catholique romaine.
1o La diffusion de l’Église dans tout l’univers est un fait expressément voulu par Dieu et doit subsister i’t’à la fin des temps. — 1. D’après cet énoncé : a) affirmer que l’Eglise est catholique uniquement parce qu’elle est telle de droit, autrement dit à raison de sa mission universelle et de son aptitude à produire partout des fruits, ce n’est pas donner une idée complète de la catholicité de l’Église ; 6) la prédication des apôtres et de leurs disciples ou successeurs étant le moyen choisi par Dieu pour réaliser la diffusion de l’Église, il a dû nécessairement s’écouler un certain temps avant que l’Église, catholique de droit dès sa naissance, devint également catholique de fait ; e) néanmoins, du moment qu’elle a été expressément voulue par Dieu, la catholicité de fait est une propriété nécessaire de l’Église. On peut même dire en un sens très véritable qu’elle est comprise dans l’institution de l’Église, à la façon dont les dimensions futures d’une plante préexistent dans son germe. Luc, xiv, 19.
i. Saint Optât de Milève est le premier Père de l’Église qui ait fondé sur l’Écriture la catholicité de l’Église. Pour réduire au silence les donatistes qui attribuaient à leur secte une origine apostolique, il rassembla les oracles des prophètes qui avaient promis au Messie l’empire du monde : Ps. ii, 8 ; LXXI, 8 ; xlix, I ; xcv, 1-3. De mate donalistarum, t. II, n. 1, P. L., t. xi, col. 941B46. Il conclut de ces textes que la véritable Église devait être répandue dans le monde entier et qu’elle avait pour signalement l’universalité.
Dana son livre : De unitale Ecclesix, vi-xvii, P. L., t. xi. iii, cil, 398-423, saint Augustin démontre longuement aux donatistes que l’Église devait être catholique de fait. Il s’appuie tour à tour sur l’Ancien Testament et nommément sur la Loi, les Prophètes et les Psaumes ; puis il invoque le Nouveau Testament, l’Évanipostoliques ; enfui, il montre la catholicité de fait commençant à s’établir du temps des apôtres. Rangés dans cel ordre, les principaux textes établissant que la catholicité de l’ait est une propriété de l’Eglise sont les suivants :
o) In temine '" « benedicentur omnes gen tes, disait
à Abraham, Gen., xii, 3 ; xxii, IS. et cette pro Gen., xxvi, 4, et à Jacob. Gen.,
xxviii, li. Or. d’après saint Paul, Gal., iii, 18, le des Cendanl d’Abraham désigné par Ips mots in temine tuo,
le Christ en qui toutes les nations seront bénies
qu’il comptera partout des fidèles héritiers de la
foi d’Abraham, c’est-à-dire parce que son Église possédera la catholicité de fait. Voir 1. 1, col. 110. Aussi saint Augustin, opposant aux donatistes le défaut de catholicité de leur secte, leur montre que cette propriété, déjà acquise par l’Église de son temps, était la réalisation nécessaire de la promesse faite aux patriarches : Date mihi hanc Ecclesiam, si apud vos est : oslendite vos comniunicare omnibus gentibus quas jam videmus in hoc semine benedici. Op. cit., c. vi, col. 400.
b) En de nombreux endroits, cf. S. Augustin, op. cit., c. vii, col. 400 sq., Isaïe prédit une Église qui recevra dans son sein tous les peuples du monde. Telle est la prophétie du c. ii, 2 : Erit in novissimis diebus nions Domini, et domus Dei in verlice montium et elevabitur super colles et venient ad eum omnes gantes. Cf. Mich., iv, 2. Or, disent les Pères, cette montagne, c’est l’Église. In monte sancto qui est Ecclesia, quæ per omnem orbem Romanum caput tulit sub loto cœlo. Optât de Milève, De schism. donat., t. III, n. 2, P. L., t. xi, col. 996 sq. Domus Dei, in montium cacuminibus sita Ecclesia. S. Basile, In Is., n. G0, jP. G., t. xxxi, col. 231. Saint Augustin ajoute : Sunt montes in una parte terrarum positi… Ille autem mqps non sic, quia implevit universam faciem terrée et de illo dicitur : paratus in cacumine omnium montium. In Epist. Joa., tr. I, n. 13, P. L., t. xxxv, col. 1988. Daniel, ii, 35 sq., interprétant le songe de Nabuchodonosor, fait la même prophétie : Lapis qui percusserat statuant factus est nions magnus et implevit omnem terram. Hoc est somnium ; inlerprelationem quoque ejus dicenuis coram te, rex… In diebus regnorum illorum suscitabit Deus cœli regnum… comminuet autem et cons.umet universa régna hme et ipsum stahit in setemum. Saint Augustin fait remarquer que cette pierre a été détachée du royaume des Juifs, lequel n’avait qu’une étendue limitée, tandis que regnum Christi universum orbem terrarum cernimus occupare. In Joa., tr. IX, n. 15, P. L., t. xxxv, col. 1165. Enfin Dieu par son prophète Malachie, i, 11, annonce que : Ab orlu solis usque ad occasum magnum est nomen meum in gentibus et in omni loco sacrificatur et ofjertur nomini meo oblalio munda, quia magnum est nomen meum m gentibus. Il est visible que la catholicité prédite dans ces différentes prophéties est la catholicité de fait et non pas seulement celle de droit.
c) Parmi les Psaumes, il faut citer avec saint Augustin, op. cit., c. viii, col. 405, Ps. ii, 8, les paroles de Dieu au Messie : Filius meus es tu, ego hodie genui te. Postula a me et dabo libi génies hæreditatem tuam et possessionem tuam lerminos terræ. Quis christianus, dit saint Augustin, unquam dubïtavit hoc de Christo esse prædietum, aut hanc hæreditatem aliam quam Ecclesiam esse intellexit "? Ps. xxi, 28 : Reminiscentur et convertentur ad Dnminum universi fines terne. Quoniam Domini est regnum et ipse dominabitur genlium. Enfin Ps. LXXI, 8 : Et dominabitur a mari usque ad mare… Et adorabunt eum omnes reges : omnes génies scrrient ci… Et benedicentur in ipso omnes tribus terrée, omnes génies magnificabunt-eum. Ibi eliam dicuntur hœc, écrit saint Augustin, vbi agnoscatur Ecclesia toto orbe di/Jusa omnibus etiam regibus subjecta.
d) D’autre part, dans le Nouveau Testament on lit cette prophétie de Jésus-Chris) : Mulia ab Oriente et accidenté venient et recumbent… m régna cxlorumi, Malth., vin, 11. Et en effet dans l’Apocalypse, vii, ii, saint Jean vit la multitude des élus venus de tous les points de l’univers : Vidi turbam magnam f/uum dinumerare nemopoterat ex omnibus gentibus et iribulus et populis et linguis. C’est que les apôtres, après avoir reçu leur mission, avaient été prêcher partout et Jésus-Christ avait
ré à leur prédication : Dit autem profecti prædicaveruntubique, l un i una coopérante, sequenlibus signis. 2nor>
CATHOLICITE
Marc, xvi, 20. Jésus-Christ leur avait dit, do i pu lis virtuteni tupervenientis Spirittu Sancti in i eritii mihi tettet m Jérusalem et m omni Judeea et Samaria et usque ad ultimum terra. Act., i, 8. Saint Augustin, op. cit., c. sxi, col. H5, donne de ce texte ce remarquable co tentaire : Quomodo cœptttm sit ub Jérusalem et deinde processum in Judseam et Samariam et inde in totam terram ubi adhuc crescit Ecelesia, donec usque in finem etiam reliquat génies ubi adhuc non est, obtineat, Scripturis tandis ostenditur : quisquis aluni evangelizaverit, analkema sit.
e) Ces différentes prédictions concernent visiblement une seule et même religion, fondée par Jésus-Christ, celle nommément qui offre le sacrifice sans tache institué par lui, Malach., lue. cit., et qui obéit au magistère et à l’autorité de gouvernement dont il a investi les apôtres et leurs successeurs.
3. La perpétuité de la dilfusion de l’Église dans le monde résulte avec évidence : a) de ce que les prophéties de l’Ancien Testament ne contiennent aucune restriction. Daniel dit même expressément du futur royaume du Christ : Ipsum ttabil in sternum. Ainsi saint Augustin s’adressant au donatiste Honorât, Epist., ux, n. 3, P. L., t. xxxiii, col. 190, lui demandait-il sur quoi il s’appuyait pour prétendre que l’héritage promis au Christ dans le monde entier lui avait été enlevé : Quærimus ergo ut nobis respondere non graveris quant causant forte noveris quant factum est ut Christus amitlerel hæredilatem suant per orbem terrarum diffusant et subito in solis A ; ris nec ipsis omnibus remaneret. — b) Euntes docele onmes gentes… Et ecce ego vobiscum sum usque ad consunnnatiouent sxculi. Matth., xxviii, 19, 20. En conséquence les apôtres prædicaverunt ubique, Domino coopérante, et termonem confirmante. Marc, xvi, 20. Ainsi l’assistance promise par Jésus-Christ comprenait une spéciale coopération. Celle-ci ne pouvait donc manquer de produire le résultat voulu par Dieu, la catholicité de fait, aussi longtemps que durerait la coopération divine d’où la parole apostolique devait tirer son efficacité, c’est-à-dire jusqu’à la fin des siècles.
4. Les citations patristiques faites ci-dessus et celles apportées plus haut pour justifier la notion de catholicité établissent pleinement d’après les Pères : a) que la dilfusion effective de l’Église dans tout l’univers était un fait voulu par Dieu et prédit par lui dans les Écritures ; b) que cette dilfusion universelle constitue un mode d’existence spéciale à l’Église de Jésus-Christ, à ce point que cette Église tire de là son surnom de catholique. Il s’agit donc d’une Eglise unique qui ne saurait cesser d’être répandue partout sans cesser d’être elle-même. L’unanimité de la tradition est telle qu’on est en droit de tenir cette doctrine comme théologiquement certaine.
5. Diverses difficultés ont été soulevées, soit contre l’existence, soit contre la perpétuité’de la catholicité de fait : o) L’universalité de la rédemption, a-t-on dit, consiste en ce que la volonté salviliqueet les grâces du Sauveur s’adressent à tous, car il est écrit que si tous sont appelés il y a peu d’élus. De même, et pour la même raison, la catholicité essentielle, fondamentale, apologétique, est dans la mission et dans la volonté efficace, réellement soutenue par la grâce divine, de prêcher l’Évangile à toute créature. Cf. Église, m. dans le Dictionnaire apologétique de la foi catholique. Cette comparaison est visiblement défectueuse. Tous les membres de l’Eglise ne seront pas sauvés ; par conséquent le petit nombre des élus, b il existe, n’empêche pas en soi que l’Église ne puisse avoir, en tous temps et en tout lieu, tonte la diffusion que demande la catholicité de fait. Or Dieu a prédit qu’elle posséderait cette diffusion universelle et les Pères ont i u principalement en vue ce fait de lu dillusion, déjà, disent-ils, réalisée de leur
temps, loi -qu’ildonnent à l’Église le nom de catholique. Quanta la libre i (opération de l’homme, elle i et n’est nullement entravée par l’infaillil il. la catholicité de fait. Dieu, dit saint Augustin répondant à pareille objection des donatisl que hs hommes feraient librement. Quasi vero neteierit Spiritut Dei futuras hominum voluntatet… ergo non hoepotiu | ivit quod I ilïbus
hominum n iebat este futui uni ? De unitaL c. ix, col. K)7. Cela n empêche pas que Dieu ne i la main à la réalisation de cette prophétie, non pas lemenl, comme le dit l’objection, en aidant de sa la volonté de l’Église de prêcher partout l’Évangile, mais encore en coopérant, Ij<la prédication de l’Église. Il est aisé de comprendre que Dieu puisse donner à la parole de ses prédicateurs une efficacité qui produise le résultat voulu et que ce résultat n’exclue aucunement la nécessaire et très libre coopération de l’homme. En effet, la catholicité de fait suppose simplement que dans le monde entier il y aura visiblement des fidèles : elle ne les détermine pas individuellement, elle n’en fixe pas même le nombre ni la répartition entre les différentes régions. Quaut à la perpétuité de la catholicité de fait, elle est simplement un corollaire de la prédiction de Jésus-Christ : Et portas inferi non <us eam. Matth., xvi, 18.
b) Pour montrer que l’Église ne devait pas toujours rester catholique, les donatisles interprétaient dans le sens d’une apostasie finale du monde les paroles de Jésus-Christ : Filins honiinis veniens, putas, in* fidem in terra’.' Luc, xviii, 8. — Saint Augustin répondait. De unitate Ecclesise, c. xv, P. L., t. xi.m. col. 420 : Tanquam dubilans hoc Dominus dixit. yeque enint ait : Veniens Filius hominis non inveniet fidem in terra, sed : Putas inveniet /idem in terra ? Cui ulique cuncta teienti et prescienti de aligna re dubitare non convenit, sed illius dubitatio nostram dubitationem figuravit propter ntulta scandala circa finem sœculi pullulanlia, hocerat quandoque infirmilas huniar na dictura.
c) On sait qu’en 359 de nombreux évêques souscrivirent à la formule arienne de Rimini et de Séleucie. Saint Jérôme dit à ce sujet : lngemutt tutus orbit et arianum se esse miratus est. Cont. Luciferian., n. 19, P. L., t. xxiii, col. 172. Il semble donc qu’à cette époque la catholicité ait fait naufrage. — On conclura différemment si l’on observe que saint Jérôme lui-même, dansl’ou cité, prend à tâche de défendre les évêques en question de l’accusation d’hérésie. De plus, ces évêques n> inaient qu’une faible partie de la catholicité. Saint Augustin, Contra Crescon., 1. III. c. iii, n. : t. P. L.. t. xi.ni, col. 497. dit en effet que l’erreur de Novat fut condamnée par plusieurs milliers d’évêques. Or. tant à Rimini qu’à Séleucie, ils n’étaient guère plus de cinq cents. Saint Athanase, faisant le recensement des Églises fidèles à la foi du concile de Nicée, déclare même que l’arianisme n’avait pour lui que quelques Églises d’Orient, paucis exceptis quæ Arii hæresim sequuntur. Ad Jovian. epist. de fuie, n. 2. P. G., t. I col. 815. D’ailleurs, la catholicité exige seulement que l’Église ait dans son sein la majorité des évêques catholiques, et non celle de tous les évêques d’ordre répandus dans toutes les seetes hétérodoxes prises ensemble. Vacant. Le magistère ordinaire de l’Eglise et tes organes. Paris. 1887, p. 85 ^T
2° L’ubiquité de l’Église s’entend au sens moral ; elle est simultanée et non pas successive. —IL ! turc et la tradition formulent avec une netteté parfaite certaines restrictions à la catholicité qu’elles attribuent à l’Église. — a) L’Église ne peut exister que 1 i l’Évangile a été prêché. Quo modo credent et quem audieriuii’Quomodo autem audient sine prs Rom, x, 11. Or l’Évangile n’aura été prêché partout que dans les derniers temps du monde. Prxdicabitur hoc evangelium in universo orbe, in testimonium omnibus genlibus et tune veniet consummatio. Matth., xxiv, 14. C’est seulement quand les nations auront pu entrer dans l’Église que les Juifs se convertiront, dit saint Paul, Rom., xi, 25 : Cascitas ex parte conligit in Israël donec plenitudo gentium intraret ; mais, d’après Osée, iii, 4, 5, ce retour des Juifs n’aura lieu que tout à la fin du monde : Revertentur filii Israël et quxrent Donnnum Deum suunii.. in novissimo dierum. — b) D’ailleurs, à toute époque, la parole évangélique rencontrera des réfractaires. Non omnes obediunt Evangelio. Rom., xi, 16. Jésus-Christ avait dit lui-même : Qui non crediderit, condemnabitur. Marc, xvi, 16. Il y aura même de tout temps et partout des hommes qui persécuteront la vérité dans la personne de ses prédicateurs. Tradent vos in tribulationem et occident vos et erilis odio omnibus genlibus propter nomen meuni. Matth., xxiv, 9. La dernière persécution sera la plus terrible : Eril… tune tribulatio magna qualis non fuit ah initio mundi usque modo, neque fiet. Matth., xxiv, 21. — e) Enfin, il y aura des défections parmi les fidèles, oportet hæreses esse, II Tim., iv, 3, et cela, jusqu’à la fin du monde : Spiritus manifeste dicit quia in novissimis diebus discedent quidam a fide. II Tim., iv, 1. Il s’agit ici de la discessio contemporaine de l’Antéchrist. II Thess., il, 3. — d) Plusieurs de ces textes ont été interprétés par saint Augustin dans une de ses lettres, Epist., xcix, de fin. ssec, P. L., t. xxxiii, col. 923, où après avoir cité Rom., x, 14, 15, il continue ainsi : In quibus ergo genlibus nondum est Ecclesia, oportet ut omnes, i/ui ibi fuerint credant : omnes enim gentes promissae ount, non omnes homines omnium gentium : in céleris )mn crédit et credentes odit. Quomodo enim et illud implebitur : Eritis odio omnibus propter nomen meum. nisi in omnibus genlibus sint et qui oderint et quos oderint.
2. La catholicité de l’Église signifie donc une universalité seulement morale, largement entendue. Ainsi elle n’embrasse point les régions où l’Evangile n’aurait pas encore pénétré, régions encore inconnues ou momentanément inaccessibles ou obstinément fermées à l’Église par la malice des peuples. Là même où l’Évangile a pénétré, la catholicité de fait n’exige point que l’Église n’ait plus personne à convertir, ni même qu’elle y soit dominante, ni enfin, si quelque part elle a acquis cette prépondérance, qu’elle la conserve à jamais. Pour que l’Église possède la catholicité morale, il faut et il suffit que de son centre de propagation, c’est-à-dire de Jérusalem et de la Palestine, l’Évangile se soit répandu ement dans les différentes directions du le, et qu’à sa suite il se soit fondé des Églises particulières toutes unies entre elles par leur soumission à la même autorité de magistère et de gouvernement. Ici on verra des Églises à l’état naissant, ailleurs elles seront florissantes, plus loin elles auront été décimées par l’hérésie ou par la persécution ; il y aura même des us d’où elles auront disparu et d’autres où elles n’auront pu encore se fonder ; néanmoins, leur diffusion aura une tille ampleur que son universalité sera manifeste et que l’on pourra dire que de ses mailles plus ou moins serrées, suivant les temps et suivant les le filet du pêcheur couvre tout l’univers.
La grande majorité dis théologiens s’accorde à rejeter l’hypothèse émise par Bellarmin d’une catholicité purement successive et soutient que, d’après l’Écriture et le* Pères, pour élre catholique, l’Église doit être simultanément présente dans tout l’univers au sens mord lar|e explique ci-dessus. Lu efli l :
a) Les prophéties de l’Écrilure ne peuvent s’entendre que d’une catholicité' simultanée. L’héritage promis au Christ : Dabo tibi gentes hærrditalem luam et)><>ssessioucni luam terminos terne, Va. ii, 8, embrasse néces sairement à la fois l’univers entier. La petite pierre qui deviendra une grande montagne et remplira le monde entier jusqu’à la fin des ternis est dans Daniel la figure de l’Église ; donc celle-ci sera présente sans discontinuité, et en même temps partout. Enfin, si l’on observe que dans Malachie le sacerdoce catholique est opposé au sacerdoce lévitique, qui était limité à une nation, le texte : Ab or tu solis usque ad occasum… in omni loco sacrificatur oblatio munda, prend nécessairement la signification d’une catholicité simultanée. — 6) Il en est de même dans les Pères. Le nom de catholicité est pour eux synonyme de la diffusion visiblement universelle de l’Église à l’époque où ils écrivent. Dans leurs ouvrages contre les hérétiques, ils reprochent constamment à ceux-ci d’être une secte locale en rupture de l’unité de foi visible dans l’Église partout répandue ; parfois même pour montrer qu’elle est réellement ubique diffusa. S. Optât de Milève, Cont. Parmen., . II, P. L., t. xi, col. 912 sq. Enfin, ils déclarent expressément que l’Église ne peut jamais être amoindrie au point de n’occuper qu’un coin du monde. Ainsi, saint Augustin, après avoir annoncé dans son livre, De unitate Ecclesix, que son but est de rechercher où est l’Église : Inter nos et donalistas quæstio est : ubi sit Ecclesia, c. ii, démontre qu’elle doit être à la fois partout répandue et conclut, c. xix, en invitant les donatisles à prouver qu’elle pourrait être réduite à ne se trouver qu’en Afrique. Taie aliquid proferle vel union quo aperlissime Africa declaretur, vel in rcliquis sola derelicla, vel ad principium renovandi et implendi orbis sola servata. — c) Les raisons apportées par Bellarmin sont d’ailleurs insuffisantes. Il n’est pas nécessaire, dit-il, que l’Église, pour être catholique, existe en tous lieux du monde. Sans doute, mais cela ne contredit pas la nécessité d’une diffusion moralement et simultanément universelle. Le même théologien ajoute que, même réduite à une seule province, l’Eglise ne cesserait pas d’être catholique, pourvu que cette province eût manifestement gardé la foi de l’Église catholique des temps antérieurs ; mais cette affirmation n’est pas exacte. La province en question serait en réalité toute l’Église catholique, et cela ne peut être, puisque la catholicité propre à l’Église consiste dans une diffusion universelle et perpétuelle de l’Église dans le monde.
3o La catholicité morale et simultanée est une note de la véritable Eglise. — 1. Parmi les propriétés qui appartiennent exclusivement à la véritable Eglise, plusieurs sont naturellement visibles et fournissent dès lors une sorte de signalement qui permet de reconnaître cette Église partout où elle existe : c’est pourquoi on a donné à ces propriétés le nom de notes de l’Église. La catholicité est une de ces notes. En effet, le fait de l’ample diffusion d’une société religieuse dans le monde entier est de soi facile à constater : d’autre pari, ce même fait est une propriété exclusive de l’Église fondée par Jésus-Christ. Ce dernier point seul est à établir. — a) Les textes souvent cités de l’Ecriture expriment clairement que l’héritage universel de Jésus-Christ, que la montagne qui doit couvrir toute la terre sont uniques dans leur genre et qu’aucun culte universel ne s’établira à côté de celui qui, de l’aurore au couchant, remplacera la religion particulariste d’Israël. C’est pourquoi saint Augustin, In Epist. Jou., tr. III, n. 7, P. L., t. xxxv, col. 2001, partant de ce principe qu’il n’y a pas deux héritages du Christ, disait aux donatisles : Tenemui Chrjsti hæreditatem : illi eam non teneni : non communicant orbi terrarum : non communicant universitati redemptæ sanguine Domini. — h) La catholicité signifie la diffusion dans tout l’univers de l’Église une et indivisible fondée par Jésus-Christ, et non pas la dispersion de différentes Églises à travers le monde, Donc sans l’unité' de i"i et il' 1 gouvernement établie par Jésus-Christ, point de vraie catholicité. Mais cette fui
don ! la catholicité exprime l’unité univ< i la
foi préchée par lea apôtn uvernement auquel
sont soumis tmis i.v Qdèlea dani le monde entier, celui de-, légitimes successeurs des apôtres. Donc i n core, Bans apoatolicité, poinl de catholicité, Par conséquent, la catholicité est exclusivement propre i la véritable Église et la fail connaître au même litre <jutlea deux noies qu’elle sous-entend. Le lien de ces trois choses : unité, catholicité, apostolicité, est mis en évidence par les Pères les plus anciens, témoin saint Irénée, Cmii. hmr., iv, 33, n. H, P. (', ., t. vii, col. 1077 : Agnitio vera est doctrina apostolorum et antiquus Ecclesite status in universo mundo et character corporit Chritti secundum successiones episcoponwn quibutilli eam quæ in imoquoque loco eut Ecclesiam tradiderunt. Cf. Franzelin, De div. trad., th. vi, viii. — c) Rappelons enfin l’usage constant que les Pères dans leurs écrits contre les hérétiques ont fait de la catholicité connue d’un critérium de la vérité de l’Église qui possède cette note et de la fausseté des sectes d’où elle est ahsente. — d) On peut objecter que si la catholicité était une note de l’Église, elle aurait existé, ainsi que l’unité et l’apostolicité, dès le commencement de l’Église. Or il n’en est pas ainsi de la catholicité de fait. Il faut répondre que la catholicité n’est pas, comme l’unité et l’apostolicité, une note constitutive de l’Église : celle-ci pouvait exister une et apostolique avant d’avoir atteint sa taille normale, mesurée par la catholicité. De fait, Jésus-Christ avait voulu que l’Évangile fût annoncé d’abord à Jérusalem, en Judée et en Samarie, aux gentils dans le monde entier. Act., i, 8. Néanmoins, l’Église accusa dès ses origines sa tendance à la catholicité. Lorsqu’au sortir du cénacle les apôtres parlèrent à chacun de leurs premiers auditeurs sa propre langue, cela présageait, disent les Pères, que l’Église parlerait toutes les langues de l’univers. Cf. Hurter, SS. Patr. opuscula selecla, t. xxvii, p. 187 sq. Saint Paul pouvait déjà dire que l’Évangile était prêché partout, Rom., i, 8 ; cf. i, 23, et saint Ignace martyr montrait aux fidèles de Smyrne les évéques répandus dans tout l’univers, episcopi per orbern sparsi.
2. Dès lors que la note de catholicité distingue la véritable Eylisedes sectes hérétiques ou schismatiques, il ne pourra jamais arriver qu’aucune d’elles s’étende au point d’éclipser l’universalité de la véritable Église. Ou bien elle restera purement locale ou bien en s’étendant elle se divisera. Sarmentaubi præcisa sunt ibi renianserunt, disait saint Augustin des hérésies de son temps. Serai., XLVI, de cura pastor., c. viii, n. 18, P. h., t. XXXVII, col. 280. Mais ne pourrait-il arriver que le nombre des adhérents d’une secte confinée en quelque partie du monde vienne à égaler ou à surpasser le nombre des catholiques ? Suarez, Defensio fidei, t. I, c. xvi, n. 8, dit très justement qu’il ne faut pas confondre le nombre des fidèles avec leur diffusion ; que celle-ci est l’élément essentiel de la catholicité. H est donc possible, absolument parlant, conclut-il, que le nombre total des hérétiques, ou même celui des adhérents d’une seule secte, surpasse celui des catholiques.
3. On peut enfin se demander si la catholicité ne serait pas un motif de crédibilité permettant de démon trer directement la divinité de l’Église ? Il faut repondre affirmativement avec le concile du Vatican qui, Coust. de fide, c. iii, Denzinger, n. 1042, mel l’unité ca tholique, catholicam unitatem, au nombre des motifs de crédibilité. Jamais, en effet, autrement que par uni intervention divine, le même credo n’aurait pu s’imposer depuis tant de siècles, par la seule force de la con viciion et malgré tant d’obstacles, dans le monde entiei à des Dations de civilisations si différentes et à dei hommes de toute condition sociale. Comme on le voit, la catholicité île l’Église est intimement liée à deux autres motifs de crédibilité, l’admirable propagation et
l’invincible stabilité de l’Église, double miracle d’ordre moral s.ms lequel la perpétuelle catholicité- de ri ne saurait être expliquée. La validité de cette pp n est pas affaiblie par le fait que les infidèles ^ont tx coup plus nombreux que les enfant
n forment pas moin té considérabh
le nombre et qui, par ~a diffusion univei >pose
au monde enti : .nsi, dit saint Augustin, C
., 1. XIII. c. xvi, P. L., t. xlit. col. 291, que dans une moisson, c’est le bon grain qui l’emporte, quoique la paille fasse plus de volume. Agnot paucitas tlla quam Dominus præcipue comn ingesti atque innumerabili multiludine toto orbe diffuta ; qu.se pavu ilastanquamgi paralione
multitudini » paleai itas dicitur ; jier se au trui lantam massant frumenti facit ut oninet parabili multitudine turgeret.
4o Seul/', l’Église catholique romaine possède la véritable catholicité.— U y a lieu d’examiner séparément i ctes prote g lises schismatiques
d’Orient et de Russie, enfin l’Lglise catholique romaine.
1. A leur tour les sectes protestantes peuvent être considérées soit collectivement soit isolment. — a) Prises collectivement, les sectes protestantes n’ont entre elles aucun lien d’unité, oir Unité, car le nom de protestantisme, qui seuil. ]>< réunir, n’est qu’un nom de guerre et signifie simplement quelles rejettent la foi et l’autorité' de l’Église romaine. En réalité elles forment autant d’Églises distinctes par le nom qu’elles portent officiellement, par leurs symboles ou confessions de foi, enfin par l’autorité suprême, généralement nationale, qu’elles reconnaissent en matière religii Par conséquent, fussent-ils répandus dans tout l’uni les protestants ne formeraient pas une seule Eglise partout répandue. D’autre part, les conditions dans lesquelles le protestantisme est né, s’est propagé et a vécu. ne sont point celles qui devaient, par la volonté de Jésus-Christ, préparer, accompagner et conserver la catholicité de fait. L’Église devait naître à Jérusalem. au sortir du cénacle ; de là, elle se répandrait partout en convertissant les -eiitils et en se prolongeant ainsi dans l’espace et dans le temps, elle ne cesserait pas de rester la même. Au contraire, le protestantisne. quinze siècles trop tard, a tout d’abord répudié la catholicité en se soumettant partout à l’autorité civile progrès lui sont venus de la défection de populations jusque-là catholiques et non point de la conversion des gentils, œuvre dont il ne s’est que tardivement occupé ; cf. Kirclienlexikon, art. Mission, t. viii, col. IGlisq ; enfin, en s’étendant, le protestantisme s’est divisé- >u sectes indépendantes qui n’ont presque rien conde la doctrine qu’il enseignait au début. — b) Pour les mêmes motifs, aucune des sectes protestantes ne peut prétendre à la catholicité. L’anglicanisme est la seule qui puisse arrêter un instant l’attention en raison de son unité et de sa diffusion apparente. On comptait, en 187'.). cf Ragey, L’anglocalholicisme, p. xlvii sq.. disséminés sur tous les points du globi. 277 i vèques anglicans en communion avec le siège de Cantori Mais on s’aperçoit aussitôt que tous. isco paux, à huit ou dix près, sont établis dans les pays de colonisation ou de domination anglaise. Leur ensemble peut bien former une Église anglaise, mais non une Eglise catholique, c’est-à-dire internationale. Ce caractère de particularisme est nettement accusé dans l’article i~ de la Confession anglicnni religieuse suprême est dévolue au pouvoir royal. Cette autorité ne peut d’ailleurs s’exercer que dans le RoyaumeUni. Au dehors, les évéques anglicans, «. est-à-dirt. des deux tiers, ne sont unis à Cantorbéry. que par les heii^ d’une commune sympathie et non par la soumission et l’obéissance. Entre eux aucun lien légal. Enfin, au point de vue de la foi, rler des di doctrinales qui existent entre la Haute, la Large et la Basse-Église, les anglicans sont divisés sur nombre de points de la plus haute importance. Quelques-uns, même parmi les dignitaires de cette Église, rejettent la doctrine de la trinité, la divinité de Notre-Seigneur et la nécessité d’appartenir à une Église quelconque. L’unité fait donc totalement défaut à l’anglicanisme. C’est assez dire l’inanité du rêve qu’il caresse d’une union en corps avec l’Église catholique romaine, union dont la base serait la reconnaissance par Rome de ce principe, que l’Église anglicane est une portion de l’Église de Jésus-Christ. Ce rêve a cependant le mérite de montrer que l’anglicanisme sent la nécessité d’une catholicité qui lui fait manifestement défaut.
2. La plupart des observations précédentes s’appliquent également à l’Église schismatique d’Orient, celle de Russie y comprise. — a) Cette Église manque de l’unité et de la diffusion nécessaires, car elle est divisée en différents patriarcats indépendants les uns des autres, et qui tous réunis n’ont point d’autorité au delà des frontières de l’ancien empire des Turcs ou de celui des Russes. Le schisme oriental, lui aussi, doit son existence à la défection d’Églises particulières qui se sont mises ainsi en dehors de l’unité catholique : quant à convertir, selon l’ordre du Christ, les nations infidèles, ni les Grecs ni les Russes n’en ont jamais eu, à dire vrai, de souci. Cf. Kirchenlexikon, loc. cit., col. 1635 sq. Rs croient cependant à l’Église catholique, en ce sens que l’Église n’est limitée à aucun temps, à aucun lieu, à aucun peuple, ou encore que sa foi, qui, disent-ils, est aussi la leur, s’est répandue dans le monde entier, mais ils n’osent point avancer que leur Église possède en fait cette universelle diffusion. Cf. Wilmers, De Ecclesia Christi, n. 342. — A plus forte raison, aucune des parties du schisme oriental, ni l’Église grecque seule, ni l’Église russe, ne peuvent revendiquer la note de catholicité. Cependant ne pourrait-on pas dire qu’elles sont une partie de l’Église universelle dont l’autre fraction serait l’Église d’Occident ? Cette hypothèse même est insoutenable, puisque tous les liens d’union entre les Églises schismatiques d’Orient et l’Église occidentale sont brisés. Elles n’ont pas la foi de l’Eglise occidentale, puisqu’elles nient la primauté du pape et la procession a Paire Filioque du Saint-Esprit ; elles sont séparées de l’Église occidentale, puisqu’elles ne reconnaissent pas dans le pape le chef suprême de l’Église ; elles ne peuvent donc faire avec les Occidentaux une seule Église qui soit catholique. Disons enfin que si l’Eglise devait résulter de cette fédération de Rome avec l’Orient schismatique, il faudrait en conclure que l’Église a cessé d’exister par le fait de la rupture entre ces deux fractions de l’Eglise.
3. L’Église dite catholique romaine possède manifestement la note de catholicité. — a) Ce qui me retient dml’Eglise, disait saint Augustin, Cont. epist. Manich. fundamenl., c. iv, n. 5, P. L., t. xlii, col. 175, c’est le nom de catholique que l’on donne à elle seule, à ce point que pas un hérétique, quand un étranger lui demande eu s’assemblent les catholiques, n’ose indiquer son église ou sa maison de prière, et pourtant ils veulent tous qu’on les appelle catholiques. Il est clair que ce fait, dont l’actualité est toujours frappante. ni un aveu impo è par i évidence même. — 6) En effet, I I —lise romaine, dont l’unité est la plus étroite qui se imaginer, est manifestement répandue dans tout l’uni vêques et ses établissements de missions se vi lient sur tous les points du monde ; ses fidèles nt toutes les langues du globe et appartiennent à toute les nationalités qui se le partagent. Leur nombre est d’ailleurs imposant : sous ce rapport, comme au point de i iphique, aucune secte chrétienne ne peut se comparer à l’Eglise romaine. Il semble même que cette Église surpasse numériquement toutes les sectes réunies. Sa catholicité, tant absolue que relative, est donc hors de doute. Cf. Werner, Orbis catholicus.
c) Jésus-Christ a voulu que son Église devint catholique par la conversion des nations, et qu’elle le restât toujours. Or la catholicité de l’Église romaine présente à un degré saisissant ce double caractère. Cette Église a converti toutes les nations où elle a pu avoir accès, et elle continue cette œuvre capitale envers et contre tous les obstacles, tant est puissante la poussée interne qui la porte à faire pénétrer partout l’Évangile. Sans doute, dans le cours des siècles, elle a subi de graves défections, celles par exemple, dues au schisme d’Orient ou de la grande hérésie protestante, mais sa catholicité n’a pas été éclipsée par ces douloureux événements. On constate, en effet, qu’aux époques où ils se produisent, l’Église romaine réparait ailleurs ses pertes par de nouveaux accroissements. Ainsi, dans le temps qui s’écoula entre le commencement du schisme de Constantinople (xiie siècle) et la défection totale de la Russie (vers le milieu du XVe siècle ; cf. Pierling, La Russie et le Saint-Siège, Paris, 1896), l’Église prenait pied et s’établissait dans l’Allemagne septentrionale, la Norvège, la Finlande, la Lithuanie, la Transylvanie, pour ne parler que de l’Europe ; ainsi, au xvie siècle, la conversion des Indes occidentales et de l’Amérique espagnole venait équilibrer et au delà les pertes causées par le protestantisme. Grâce à ces compensations providentielles, l’Église romaine a toujours conservé, nonobstant toutes les désertions, le glorieux surnom sous lequel les siècles n’ont cessé de la désigner avec saint Pacien : Christiauus mihi nomen, catholicus cognomen.
Bellarmin, De conduis et Ecclesia, t. IV, c. ii ; Suarez, De fide, disp. III ; Defensio fldei, t. i, c. xiv sq. ; Murray, Tract, de Ecclesia Christi ; Mazzella, De Ecclesia ; Wilmers, De Ecclesia Christi, Ratisbonne, 1897 ; Kirchenlexikon, art. liirche ; Dictionnaire apologétique de la foi catholique, art. Église, III ; J. Turmel, Histoire de la théologie positive depuis l’origine jusqu’au concile de Trente, Paris, 1904, p. 163-166, 242.