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Dictionnaire des locutions latines

La bibliothèque libre.
Pierre Larousse
Dictionnaire des locutions latines
Dictionnaire complet de la langue française
Paris, Augustin Boyer et Compagnie
1874, 6e édition (1re édition 1869)
p. 59-84
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DICTIONNAIRE DES LOCUTIONS LATINES

LOCUTIONS ET TRADUCTIONS. APPLICATIONS.
Ab absurdo
(Par, d’après l’absurde).
En géométrie, on démontre souvent par la méthode ab absurdo.
Ab hoc et ab hac
(À tort et à travers).
Parler ab hoc et ab hac.
Ab irato
(Par un mouvement de colère).
Ne prenez aucune résolution ab irato. — Faire son testament ab irato.
Ab ovo
(À partir de l’œuf).
Mot emprunté d’Horace, qui, dans son Art poétique, loue Homère d’avoir su tirer toute son Iliade d’une seule scène, d’un seul événement du siége de Troie (la colère d’Achille), sans avoir eu besoin, pour grossir son poëme, de remonter jusqu’à la naissance d’Hélène, cause de la guerre, et qui, suivant la mythologie, était née d’un œuf, ainsi que Clytemnestre, autre fille de Léda : Raconter une histoire ab ovo, c’est-à-dire depuis le commencement.
Ab uno disce omnes
(D’après un seul jugez de tous les autres).
Expression sentencieuse de Virgile, qui peut trouver son application, non-seulement en parlant de plusieurs personnes, mais en ne parlant que d’une seule, à propos d’un de ces traits de caractère qui suffisent pour faire juger un homme tout entier.
Abyssus abyssum invocat
(L’abîme appelle l’abîme).
Expression figurée d’un psaume de David, qui signifie qu’une faute en entraîne une autre.
Ad aperturam libri
(À livre ouvert).
Peu de personnes sont capables d’expliquer les auteurs anciens ad aperturam libri.
Ad hoc
(À cela, pour cela).
L’avocat, ne trouvant pas de loi qui pût faire triompher sa cause, en forgea une ad hoc. — Pour traiter cette affaire délicate, je vous enverrai un homme ad hoc, spécial, connaissant bien la matière dont il s’agit.
Ad hominem
(À l’homme).
Ne s’emploie que dans cette expression : argument ad hominem, raisonnement qui touche aux intérêts, à la position particulière de la personne avec laquelle on discute.
Ad honores
(Pour l’honneur, gratuitement).
Les fonctions de maire sont des fonctions ad honores.
Ad libitum
(Au choix, à la volonté).
L’inspecteur invita un élève à réciter ad libitum une fable de La Fontaine.
Ad litteram
(À la lettre).
Quand on cite un auteur, on doit le citer ad litteram.
Ad majorem Dei gloriam
(Pour la plus grande gloire de Dieu).
Devise de la Compagnie de Jésus, dont les initiales : A. M. D. G., servent d’épigraphe à la plupart des livres émanés de cette compagnie.
Ad patres
(Vers ses pères, ses aïeux).
Aller ad patres, mourir ; envoyer ad patres, tuer. — Le lion furieux envoya l’ours ad patres. S’emploie toujours familièrement.
   
Ad rem
(À la chose).
Locution dont on se sert pour parler d’un raisonnement concluant et bien appliqué : Répondre ad rem, c’est-à-dire catégoriquement.
Ad unguem
(À l’ongle).
Allusion au dernier poli qu’on obtient en passant l’ongle sur une surface qu’on veut rendre parfaitement lisse. Ainsi, les vers Racine sont ad unguem, c’est-à-dire du dernier fini. On dit aussi savoir une chose ad unguem ; très-bien.
Ad unum
(Jusqu’au dernier).
Ils y passèrent tous, ad unum.
Ad usum
(Selon l’usage, la coutume).
Célébrer un anniversaire ad usum.
Ad valorem
(Selon la valeur).
Se dit des droits de douane établis sur les objets importés en proportion de la valeur de ces objets.
Ad vitam æeternam
(Pour la vie éternelle).
Voir In secula seculorum.
Æquo animo
(D’une âme égale, avec courage).
Le sage supporte æquo animo les coups de l’adversité.
Æquo pulsat pede
(La mort frappe d’un pied indifférent).
Cette pensée, tirée d’Horace, signifie que la mort ne choisit pas ses victimes, et qu’elle frappe aussi bien à la porte des palais que celle des chaumières.
Ære perennius
(Plus durable que l’airain).
Mots d’Horace en parlant de ses vers : Il y a quelque chose de plus dur, de plus fort que le bronze et le marbre, ære perennius, c’est un préjugé.
Æs triplex
(Triple airain).
Expression dont se sert Horace pour caractériser l’audace du premier navigateur.
Æternum vale
(Éternel adieu).
Mots qu’Ovide met dans la bouche d’Orphée lorsqu’il perd pour la seconde fois sa chère Eurydice : Les hommes ne disent pas facilement un æternum vale aux biens ce monde et aux plaisirs de la vie.
A fortiori
(À plus forte raison).
Sert à conclure d’une chose moins évidente à une autre qui l’est davantage, du moins au plus : Si je dois obliger mon cousin, a fortiori, dois-je secourir mon frère.
Age quod agis
(Fais ce que tu fais).
C’est-à-dire : Sois attentif à ce que tu fais. Conseil que l’on donne à une personne qui laisse distraire par un objet étranger à son occupation.
Alea jacta est
(Le sort en est jeté).
Paroles fameuses que prononça César avant de franchir le Rubicon, parce qu’une loi donnait à tout général entrant en Italie par le nord, de licencier ses troupes avant de passer ce fleuve. Cette phrase s’emploie quand on prend une décision hardie et importante après avoir longtemps hésité.
Alma parens
(Mère bienfaisante).
Expression souvent employée par les poëtes latins pour désigner la patrie, et quelquefois dans le même sens, par les écrivains de nos jours : L’Angleterre est l’alma parens de l’industrie moderne.
   
Alpha et oméga.
Ces deux mots, qui sont empruntés à l’alphabet grec, signifient : le commencement et la fin (alpha étant la première lettre de l’alphabet grec et oméga la dernière). — Saint Jean dit, dans son Apocalypse, que Dieu est l’alpha et l’oméga de toutes choses.
Pour exprimer que quelqu’un est entièrement étranger à une science, on dit : Il n’en sait ni l’alpha ni l’oméga.
Alter ego
(Un second moi-même).
Fiez-vous à lui, c’est mon alter ego. — Ephestion était l’alter ego d’Alexandre.
Amicus Plato, sed magis amica veritas
(Platon m’est cher, mais la vérité me l’est encore davantage).
Sorte de proverbe que les philosophes et les scolastiques ont souvent cité dans leurs disputes, et qui signifie qu’il ne suffit pas qu’une opinion, une maxime soit recommandée par l’autorité d’un nom respectable comme celui de Platon ; qu’il faut encore qu’elle soit conforme à la vérité.
Anguis latet in herba
(Le serpent se cache sous l’herbe).
Défiez-vous des apparences les plus séduisantes, elles ne recouvrent bien souvent que de mauvaises choses ; le chemin du plaisir est attrayant et fleuri, mais anguis latet in herba.
Aperto libro
(À livre ouvert).
Traduire aperto libro. (Voir Ad aperturam libri.)
A posteriori
(D’après les conséquences).
Raisonner a posteriori, c’est argumenter d’après les conséquences nécessaires d’une proposition : On prouverait a posteriori que les désordres dans un État sont presque toujours produits par les mauvaises passions.
A priori
(De ce qui précède).
Se dit principalement des raisonnements, des systèmes créés par la raison pure, au lieu d’être basés sur des faits positifs : La législation d’un peuple ne se forme nulle part a priori : partout elle découle des besoins de la société.
A quia
(À parce que).
Mettre quelqu’un a quia, hors d’état de répondre. Dans les discussions de l’école, si l’un des tenants en était réduit à chercher péniblement des raisons pour combattre son adversaire ; si, par exemple, il s’arrêtait à ce mot quia (parce que), sans énoncer la raison qu’il voulait faire valoir, il était réduit a quia.
Aquila non capit muscas
(Un aigle ne s’amuse pas à prendre des mouches).
S’emploie pour faire entendre qu’un homme d’une grande intelligence doit mépriser les petites questions.
Arcades ambo
(Arcadiens tous deux).
Mots que Virgile applique aux deux bergers Tircis et Corydon, et qui s’emploient presque toujours ironiquement en parlant d’un couple ridicule ou fripon, qui prête à la malice, à la plaisanterie.
A remotis
(À l’écart).
Mettre un objet a remotis.
Asinus asinum fricat
(L’âne frotte l’âne).
Se dit de deux personnes qui s’adressent mutuellement des éloges outrés.
Ars longa, vita brevis
(L’art est long, la vie est courte).
Proverbe latin qui s’explique de lui-même.
   
Audaces fortuna javat
(La fortune favorise les audacieux).
François Pizarre conquit le Pérou avec une poignée d’aventuriers : audaces fortuna juvat. Crébillon a dit de même :
Le succès est souvent un enfant de l’audace.
Aurea mediocritas
(Heureuse médiocrité).
On doit préférer à tout l’aurea mediocritas.

Si le bonheur nous est permis,
Il n’est point sous le chaume, il n’est point sur le trône.
Voulons-nous l’obtenir, amis ?
La médiocrité le donne.

Auri sacra fames !
(Exécrable soif de l’or…).
Pour arriver à la fortune, il méconnaît ses anciens amis, il renie ses parents tombés dans la misère : auri sacra fames !La plaie de notre époque, c’est l’auri sacra fames. c’est ce désir effréné des richesses qui s’est emparé de toutes les classes de la société.
Aut Cesar, aut nihil
(Ou empereur, ou rien).
Mots qui peuvent servir de devise à tous les ambitieux.
Beati pauperes spirita
(Bienheureux les pauvres en esprit).
C’est-à-dire ceux qui savent se détacher des biens du monde, paroles de l’Évangile qui ne s’emploient qu’ironiquement pour désigner ceux qui réussissent avec peu de science et peu de moyens : Cet homme, qui sait à peine signer son nom, a fait en quelques années une fortune colossale : Beati pauperes spiritu.
Bis dat qui cito dat
(Celui qui donne vite donne deux fois).
Pensée très-juste de Sénèque.
Bis repetita placent
(Quand une chose est redemandée, cela prouve qu’elle plait).
Mot emprunté à l’Art poétique d’Horace où il est dit que la meilleure preuve de la bonté d’une pièce, c’est d’être redemandé par le public.
Bona fide
(De bonne foi).
Agir, se tromper bona fide.
Bone Deus
(Bon Dieu !).
Exclamation familière qui exprime l’étonnement, la surprise : Bone Deus ! que me dites-vous là ?
Bonum vinum lætificat cor hominis
(Le bon vin réjouit le cœur de l’homme).
Proverbe tiré de l’Écriture sainte.
Caput mortuum
(Tête morte, c’est-à-dire chose nulle, réduite à néant).
Expression dont se servaient les anciens alchimistes pour désigner le résidu non liquide de leurs analyses. Le nom de caput mortuum venait de ce que, dans leur langage figuré, les alchimistes comparaient ces résidus à une tête de laquelle la distillation avait enlevé l’esprit.
Le langage usuel s’est emparé de cette expression.
Carcere duro
(Dans le dur cachot).
Expression usitée surtout en Autriche : Prisonnier condamné au carcere duro. L’augmentatif de cette expression est carcere durissimo.
Carpe diem
(Mets à profit le jour présent).
Mots d’Horace qui sont devenus la devise de l’égoïste et de l’insouciant.
Castigat ridendo mores
(Elle corrige les mœurs en riant).
Impromptu de Santeuil sur la comédie, et qui en est resté la devise. Une raillerie fine et aimable trouve en effet l’amour-propre moins rebelle qu’une censure amère, qui plus souvent, blesse au lieu de guérir.
   
Casus belli
(Cas de guerre).
Se dit d’un acte qui peut provoquer les hostilités entre deux peuples. L’insulte faite par un souverain à l’ambassadeur d’une puissance étrangère est toujours un casus belli. Se dit aussi, par extension, de deux particuliers.
Cave ne cadas
(Prenez garde de tomber).
Ne s’emploie guère qu’au figuré, dans le sens de faillir, être dépossédé d’une position élevée : Vous occupez un poste élevé, cave ne cadas.
Caveant consules
(Que les consuls veillent).
Formule par laquelle le sénat romain, dans les moments de crise, investissait les consuls d’un pouvoir dictatorial.
On peut en faire quelquefois une application piquante dans le langage familier : Caveant consules ! au lieu de Prenez garde, faites attention, et cela pour des bagatelles.
Cedant arma togea
(Que les armes le cèdent à la toge).
Expression figurée, qui signifie que le gouvernement militaire, représenté par les armes, par l’épée, fasse place au gouvernement civil, représenté par la toge, qui était, chez les Romains, ce que nous appelons chez nous l’habit bourgeois.
Compelle intrare
(Forcez-les d’entrer).
Paroles de l’Évangile dans la parabole du festin et des invités qui refusent.
Compos suî
(Maître de soi-même).
Dans toutes les circonstances, le sage reste compos suî.
Concedo
(J’accorde).
Terme de logique : La guerre est un mal nécessaire, concedo ; mais on doit tout tenter pour l’éviter.
L’emploi de ce mot annonce une certaine affectation, une certaine pédanterie. Molière le place dans la bouche de Thomas Diafoirus.
Confiteor
(J’avoue).
Premier mot de la prière qui précède la confession, par lequel on reconnaît une faute, un tort, etc.
Consummatum est
(Tout est consommé).
Dernières paroles de Jésus-Christ sur la croix : La bataille de Pharsale fut le consummatum est de la liberté romaine.
Contraria contrariis enrantur
(Les contraires se guérissent par les contraires).
Maxime de la médecine classique, en opposition avec celle de l’homœopathie : Similia similibus curantur, les semblables se guérissent par les semblables.
Coram populo
(En public).
Parler coram populo, hautement et sans crainte. Cette locution avait son sens littéral à Rome, où les orateurs parlaient dans le forum devant tout le peuple assemblé.
Corpus delicti
(Corps du délit).
Objet qui prouve l’existence du délit.
Cuique soum
(À chacun le sien).
Il faut rendre cuique suum.
Currente calamo
(La plume courant).
Écrire currente calamo, c’est-à-dire rapidement et sans beaucoup de réflexion.
De auditu
(Par ouï-dire).
Ne savoir une chose que de auditu.
Debellare superbos
(Renverser les superbes).
Mots de Virgile (En., VI, 853), qui servaient comme de devise à l’ambition romaine.
De commodo et incommodo
(De l’avantage et du désavantage).
Cette locution est presque exclusivement administrative : Ordonner une enquête de commodo et incommodo.
   
Delenda Carthago
(Il faut détruire Carthage).
Ces paroles, par lesquelles Caton l’Ancien terminait tous ses discours, sur quelque sujet que ce fut, s’emploient pour rendre une idée fixe que l’on a dans l’esprit, dont on poursuit avec acharnement la réalisation, et à laquelle on revient toujours : La chute de l’empire français était le delenda Carthago de tout les discours du célèbre ministre anglais William Pitt.
Dente superbo
(D’une dent dédaigneuse).
Expression figurée d’Horace pour peindre le dédain avec lequel le rat de ville goûtait au repas frugal du rat des champs.
Deo gratias
(Grâces soient rendues à Dieu).
Derniers mots de la messe, prononcés par les assistants après la dernière bénédiction du prêtre. Ils s’emploient familièrement pour faire entendre qu’on est content qu’une chose, qu’un discours, qui durait depuis fort longtemps, soit fini.
Deo ignoto
(Au dieu inconnu).
Mots de saint Paul arrivant à Athènes pour y prêcher l’Évangile, à la vue d’un temple élevé par les Grecs au dieu inconnu.
De omni re scibili, et quibusdam aliis
(De toutes les choses qu’on peut savoir, et même de plusieurs autres).
De omni re scibili était la devise du fameux Pic de la Mirandole, qui se faisait fort de tenir tête à tout venant sur tout ce que l’homme peut savoir ; et quibusdam aliis est uns addition de quelque plaisant. La devise est passée en proverbe avec son supplément, et sert à désigner ironiquement un profond érudit, ou plutôt un homme qui ne sait rien et qui croit tout savoir.
De plano
(Aisément, sans difficulté).
Faire une chose de plano.
De profundis (sous-entendu clamavi).
(Des profondeurs de l’abîme — j’ai crié).
Premiers mots d’un des psaumes de la Pénitence. S’emploient aussi substantivement pour désigner le psaume lui-même : Dire, réciter un de profundis.
Desiderata
(Ce qui manque, choses dont on regrette l’absence).
Se dit des parties d’une science qui n’ont pas encore été traitées. Le singulier est desideratum : Bacon a signalé le premier les desiderata de la science humaine.
Desinit in piscem
(Finit en queue de poisson).
Se dit des choses dont la fin ne répond pas au commencement : Les quatre premiers actes de cette pièce sont fort beaux, mais le dénoûment est manqué : desinit in piscem. Se dit aussi des personnes qui promettent beaucoup et tiennent peu. Allusion aux premiers vers de l’Art poétique d’Horace, où le poëte compare une œuvre d’art sans unité à un beau buste de femme qui se terminerait en queue de poisson :

Disinit in piscem mulier formosa superne.

De te fabula narratur
(C’est de vous qu’il s’agit dans cette histoire).
S’emploie pour faire observer à une personne que c’est d’elle qu’on parle, que c’est d’elle-même qu’on fait le portrait, quand elle ne paraît pas s’en apercevoir : Que de gens se moquent des ridicules d’autrui, sans songer qu’ils ont en eux les mêmes faiblesses et les mêmes défauts : de te fabula narratur.
Deux ex machina
(Intervention d’un dieu au moyen d’une machine).
Expression latine que l’on emploie fréquemment dans les livres et la conversation pour désigner le dénoûment plus heureux que vraisemblable d’une situation tragique, grâce à l’intervention imprévue d’un personnage mystérieux.
   
De visu
(Pour l’avoir vu).
Parler d’une chose de visu.
Diem perdidi
(J’ai perdu ma journée).
Mots de Titus lorsqu’il avait passé un jour sans trouver l’occasion de faire du bien : Quand Brillat-Savarin avait passé un jour sans manger son potage, il disait : Diem perdidi.
Dignus est intrare
(Il est digne d’entrer).
Mots empruntés à la cérémonie burlesque du Malade imaginaire de Molière, et qui s’emploient toujours par plaisanterie, quand il s’agit d’admettre quelqu’un dans une corporation ou une société.
Distinguo
(Je distingue).
Mot qui, dans l’arsenal de la scolastique, est le pendant de concedo, j’accorde, et de nego, je nie.
Divide ut imperes
(Divise si tu veux régner).
Maxime machiavélique de l’ambitieux, qui fut particulièrement la devise de Louis XI et de Catherine de Médicis. La forme la plus générale est : Divide et impera.
Dixi
(J’ai dit).
Formule par laquelle on termine ordinairement l’exposé de ses preuves, un raisonnement, un plaidoyer, etc.
Doctus cum libro
(Savant avec le livre).
Se dit de ceux qui, incapables de penser par eux-mêmes, étalent une science d’emprunt, et puisent toutes leurs idées dans les ouvrages des autres.
Donec eris felixmultos numerabis amicos.
(Tant que vous serez heureux — vous compterez beaucoup d’amis).
Vers d’Ovide, exilé par Auguste et abandonné de ses amis. Cette réflexion triste et amère rencontre trop souvent son application ; car elle convient à tous ceux qu’une foule d’amis encensent dans la prospérité et abandonnent dans le malheur. On n’exprime d’ordinaire que la première partie : donec eris felix.
Dulces reminiscitur Argos
(Il revoit en souvenir sa chère Argos).
Expression dont Virgile se sert pour rendre plus touchante la douleur d’un jeune guerrier qui meurt loin de sa patrie : Nous vîmes au Jardin des Plantes une jeune girafe dont l’air mélancolique rappelait le dulces reminiscitur Argos.
Dura lex, sed lex
(La loi est dure, mais c’est la loi).
Application facile.
Ecce homo
(Voilà l’homme).
Paroles ironiques que prononça Pilate devant les Juifs, lorsqu’il leur montra Jésus-Christ ayant à la main un roseau pour sceptre, et une couronne d’épines sur la tête. On donne aussi ce nom aux tableaux qui représentent ainsi Jésus-Christ. Ces mots se disent encore, figurément, d’un homme pâle et fort maigre : Il a l’air d’un ecce homo. Enfin, on s’en sert familièrement pour s’annoncer soi-même en entrant dans une maison où l’on est attendu. Ecce homo, voilà l’homme, c’est-à-dire me voilà. De la part d’un des convives, cette exclamation signifie le voilà.
Ejusdem farinæ
(De la même nature, de la même espèce).
Se prend toujours en mauvaise part, pour établir une comparaison entre personnes ayant mêmes vices, mêmes défauts, etc.
   
Ense et aratro
(Par l’épée et par la charrue).
Devise du citoyen qui sert son pays en temps de guerre par son épée, en temps de paix par les travaux de l’agriculture. C’était la devise du maréchal Bugeaud, mais combien mieux n’eût-ce pas été celle de Cincinnatus !
Epicuri de grege porcum
(Pourceau du troupeau d’Épicure).
C’est ainsi que le voluptueux Horace ne craint pas de s’appeler, mais plutôt pour renchérir ironiquement sur le langage des stoïciens, dont l’austérité excédait le juste-milieu où se retranchait sa philosophie, que pour se ravaler bénévolement au-dessous des brutes. Cependant le mot est resté, à cause de son pittoresque, pour désigner les hommes ensevelis dans la matière et les jouissances grossières des sens.
E pur si muove !
(Et pourtant elle tourne !).
Exclamation de Galilée, forcé de faire amende honorable pour avoir prouvé le mouvement de la terre, contrairement à la lettre des Écritures.
Ergo
(Donc).
Les atqui (or) et les ergo se trouvent dans chaque ligne sous la plume des scolastiques. De là viennent ces mots bien connus : ergoteur, ergoter.
Errare humanum est
(Il est de la nature de l’homme de se tromper).
S’emploie pour expliquer, pour pallier une faute, une chute morale.
E sempre bene !
(Toujours bien !).
Exclamation familière des Italiens, qui répond à cet axiome des optimistes : Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possible.
Est modus in rebus
(Il y a un milieu en tout).
L’ambition vous perdra : est modus in rebus.
Et in Arcadia ego !
(Et moi aussi j’ai vécu en Arcadie !).
Exclamation touchante qui sert à rappeler la durée éphémère du bonheur et le regret d’un bien que l’on a perdu : Le vieillard, en contemplant les jeux et l’innocence heureuse de ses enfants, se dit volontiers : Et in Arcadia ego !
Et nunc erudimini
(Et maintenant soyez instruits).
Paroles du psalmiste, reproduites éloquemment par Bossuet dans son oraison funèbre de la reine d’Angleterre, et qu’on rappelle pour marquer que l’expérience des autres doit nous instruire : La plupart de ceux qui sont allés en Californie sont revenus plus pauvres qu’à leur départ : Et nunc erudimini.
Ex ou ab abrupto.
(Sans préparation).
Monter à la tribune et parler ex abrupto.
Ex æquo
(À titre, à mérite égal).
Votre fils et le mien ont obtenu ex æquo le prix d’excellence.
Ex cathedra
(Du haut de la chaire).
Locution qui s’emploie le plus souvent ironiquement, pour rendre le ton dogmatique, tranchant de quelqu’un qui parle avec morgue, avec pédantisme : Les demi-savants s’expriment toujours ex cathedra.
Ex commodo
(À loisir, à votre aise).
Ce travail n’est pas pressé, faites-le ex commodo ou tuo commodo.
   
Expende Annibalem…
(Pèse Annibal…).
Réflexion philosophique de Juvénal, qui répond au vanitas vanitatum de l’Ecclésiaste, et qui peint parfaitement l’inanité des grandeurs humaines : Que reste-t-il, dix ans après leur mort, des hommes qui ont rempli le monde du bruit de leur nom ? Un peu de poussière : Expende Annibalem…
Ex professo
(En homme qui possède parfaitement son sujet).
Traiter une matière ex professo.Parler d’une chose ex professo.
Exegi monumentum
(J’ai élevé un monument).
Vers d’une ode d’Horace, dans laquelle le poëte se promet l’immortalité. Le plus sûr, pour bien des auteurs, est de ne hasarder ces sortes de prédictions qu’en plaisantant.
Experto crede Roberto
(Croyez-en celui qui le sait par expérience).
Application facile.
Extra muros
(Hors des murs).
Maison située extra muros, hors de l’enceinte d’une ville.
Ex ungue leonem
(On reconnaît le lion a la griffe).
Quand le tableau d’un grand maître ne porte ni date ni signature, on le reconnaît au premier coup d’œil : ex ungue leonem.
Facit indignatio versum
(L’indignation fait jaillir le vers).
Expression de Juvénal, qui signifie que l’indignation suffit à inspirer la verve et l’éloquence.
Fama volat
(Le bruit court).
On dit, on assure, fama volat, que…
Felix culpa !
(Heureuse faute !).
Exclamation de saint Augustin à propos de la chute de nos premiers parents, qui nous valut le Rédempteur.
Fervet opus
(Le travail marche activement).
Expression employée par Virgile pour peindre l’activité des abeilles.
Festina lente
(Hâtez-vous lentement).
Festina lente ne pourrait pas être la devise du xixe siècle, qui est celui de la vapeur et de l’électricité.
Fiat lux
(Que la lumière soit !).
Allusion à la parole créatrice de la Genèse : « Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut. » Elle est devenue la devise de toute grande découverte, qui fait, en quelque sorte, passer une chose de la nuit au jour, du néant à l’être : Le Discours sur la Méthode a été, au xviie siècle, le fiat lux de la philosophie. On représente généralement l’inventeur de l’imprimerie ayant à la main un rouleau de papier à demi déployé, sur lequel on lit ces mots : fiat lux.
Fidus Achates
(Le fidèle Achate).
Expression dont se sert presque toujours Virgile en parlant d’Achate, le plus fidèle compagnon d’Énée, et que l’on emploie pour désigner un ami intime : C’est un grand bonheur pour un jeune homme d’avoir un fidus Achates de son âge. Se dit aussi ironiquement dans le sens de notre locution familière saint Roch et son chien.
Finis coronat opus
(La fin couronne l’œuvre).
S’emploie en bonne et en mauvaise part pour marquer que la fin d’une chose est en rapport avec le commencement : On peut dire d’un débauché qui termine sa vie par le suicide : finis coronat opus.
   
Flagrante delicto
(En flagrant délit).
Il a été pris flagrante delicto.
Fortunate senex !
(Heureux vieillard !).
Exclamation de Virgile pour peindre un vieillard heureux et vertueux : Il ne reste rien à désirer au vieillard qui voit grandir autour de lui ses petits-enfants : fortunate senex !
Fugit irreparabile tempus
(Le temps perdu est irréparable).
Fin d’un vers de Virgile : Les jeunes gens doivent travailler sans relâche : fugit irreparabile tempus.
Furia francese
(La furie française).
Expression dont les Italiens se servaient pour caractériser l’impétuosité des soldats français.
Genus irritabile vatum
(La race irritable des poëtes).
Expression d’Horace qui sert à caractériser l’extrême susceptibilité des gens de lettres.
God save the King
(Dieu sauve le roi ! Cri, chant national des Anglais).
À l’arrivée du roi, la musique entonna le God save the King. Si c’est la reine, on dit alors God save the Queen.
Grammatici certant
(Les savants ne sont pas d’accord).
Se dit de toute question qui n’est pas encore résolue : Le fameux masque de fer était-il un frère de Louis XIV, ou Fouquet, ou tout autre personnage important ? Grammatici certant.
Gratis pro Deo
(Pour l’amour de Dieu).
Spectacle gratis. — Travailler gratis pro Deo.
Grosso modo
(En gros).
Se dit d’un ouvrage qui n’est qu’ébauché, incomplet : Ce travail est fait grosso modo.
Habeas corpus
(Aie ton corps, reste maître de ton corps).
Nom d’une loi célèbre qui, en Angleterre, donne à tout accusé le droit d’attendre en liberté son jugement, moyennant caution : En France, la loi n’accorde pas à l’accusé le bénéfice de l’habeas corpus.
Habemus confitentem reum
(Nous avons un accusé qui avoue).
Locution empruntée au célèbre discours de Cicéron en faveur de Ligarius, et dont l’application est facile : Le fromage a disparu, et je vois le chat qui se lèche encore les babines : habemus confitentem reum.
Hic
(Ici, c’est ici).
Mot par lequel on indique en marge d’un livre ou d’un écrit que c’est là qu’il faut particulièrement faire attention, parce qu’il y a un point difficile, obscur. De là, en voulant parler du nœud, de la principale difficulté d’une affaire : Voilà le hic, c’est là le hic.
Hic et nunc
(Ici et maintenant).
Vous allez me payer hic et nunc, c’est-à-dire tout de suite.
Hic jacet
(Ci-gît).
Inscription tumulaire : Toutes les grandeurs du monde, tout le bruit qui se fait autour d’un homme pendant sa vie, aboutissent à ces mots : hic jacet.
Hoc erat in votis
(Voilà ce que je désirais).
Mots d’Horace, qui annoncent l’expression d’un désir : Faire une rapide fortune, tel est le hoc erat in votis de la génération actuelle.
Hoc opus, hic labor est
(C’est là qu’est l’embarras, la difficulté).
Commencement d’un vers de Virgile. Cette locution reçoit à peu près la même application que hic : Il est aisé d’entrer dans la voie du bien, mais s’y maintenir, hoc opus, hic labor est.
   
Hodie mihi, cras tibi
(Aujourd’hui à moi, demain à toi).
Inscription de cimetière. S’adresse, dans le langage ordinaire, à une personne qui devra bientôt subir une épreuve à laquelle nous venons d’être soumis nous-mêmes.
Homo sum, et nihil humani a me alienum puto
(Je suis homme, et rien de ce qui touche à l’humanité ne doit m’être étranger).
Cette belle pensée, qu’on croirait inspirée par l’Évangile, et qui ferait honneur à un philosophe chrétien, se trouve dans une comédie de Térence. On dit le plus souvent, en abrégeant : homo sum.
Horresco referens
(Je frémis, rien qu’en le racontant).
Commencement d’un vers de Virgile : Rappellerai-je le règne de la Terreur ? horresco referens. Cependant ces mots s’emploient presque toujours d’une manière familière et plaisante.
Illico
(Sur-le-champ, à l’heure même).
Mot latin presque francisé : Vous serez arrêté illico, si…
Impavidum ferient ruinæ
Les ruines — du monde — le frapperont sans l’émouvoir.
Expression d’Horace dans l’ode magnifique où il caractérise l’inébranlable fermeté de l’homme juste : Rien ne pouvait émouvoir Don Quichotte, ni les moulins à vent, ni les hôtelleries enchantées ; il aurait vu la terre s’entr’ouvrir sous les pas de Rossinante, qu’il n’aurait pas frémi : impavidum ferient ruinæ.
In anima vili
(Sur une âme vile).
Pour démontrer que l’acide prussique, même à dose infinitésimale, est un poison des plus violents, la science expérimente sur un animal quelconque, c’est-à-dire in anima vili. On emploie aussi cette locution au figuré.
In articulo mortis
(À l’article de la mort).
Se confesser, faire son testament in articula mortis. Même application que in extremis.
In cauda venenum
(Le venin se cache dans la queue).
Comme le venin du scorpion est renfermé dans sa queue, les Romains tirèrent de cette circonstance le proverbe in cauda venenum, qu’ils appliquaient à la dernière partie d’une lettre, d’un discours, débutant sur un ton inoffensif, mais pour montrer ensuite plus de fiel et de malice.
Inde iræ
(De là les haines).
Dans l’application, ces mots se traduisent généralement par le singulier : de là sa haine. — Rome et Carthage aspiraient l’une et l’autre à l’empire du monde, inde ire. J’ai obtenu l’emploi qu’il convoitait, inde irse.
In extenso
(En entier).
Copier un acte, in extenso.
In extremis
(Au dernier moment).
Se confesser in extremis.Faire son testament in extremis.
In globo
(En masse, ensemble).
J’ai acheté tous ces livres in globo.Cela vaut tant in globo.
In hoc signo vinces
(Tu vaincras par ce signe).
Les historiens rapportent que Constantin allant combattre contre Maxence, une croix se montra dans les airs à son armée avec ces mots : in hoc signo vinces. S’emploie pour désigner ce qui, dans une circonstance quelconque, nous fera surmonter une difficulté ou remporter un avantage.
In manus (tuas)
(Entre vos mains).
Premiers mots de l’exclamation suprême de Jésus-Christ mourant : In manus tuas commendo animam meam. (Mon Père, je remets mon âme entre vos mains.) Expression qui s’emploie dans cette phrase : dire son in manus, recommander son âme à Dieu au moment de mourir.
   
In medio virtus
(La vertu est éloignée des extrêmes).
Facile application.
In naturalibus
(Dans l’état de nudité).
Surprendre quelqu’un in naturalibus.
In pace
(En paix).
Nom qu’on donnait autrefois à un cachot pratiqué dans certains monastères, et où l’on enfermait pour toute leur vie ceux qui avaient commis quelque grande faute : Mettre un religieux in pace. Ce mot s’emploie le plus souvent substantivement : Les cachots de la Bastille étaient de véritables in pace.
In partibus (infidelium).
(Dans les pays occupés par les infidèles).
Être nommé évêque in partibus, c’est-à-dire sans siége. On dit par extension et surtout par ironie : ministre, ambassadeur, etc., in partibus, pour désigner un ministre, un ambassadeur sans fonction : Jacques II, à la cour de Louis XIV, était roi in partibus.
In poculis
(Le verre en main).
Les gens de la campagne ont l’habitude de traiter les moindres affaires in poculis. On dit aussi inter pocula.
In secula seculorum
(Dans les siècles des siècles).
S’emploie figurément pour marquer la longue durée d’une chose. Cette locution, ainsi que ad vitam æternam, qui a le même sens, est empruntée à la liturgie latine.
Instar omnium
(Comme tout le monde).
C’est-à-dire en suivant la foule, comme les moutons de Panurge : On a beau dédaigner la mode, on finit par la suivre instar omnium.
In tempore opportuno
(En temps convenable).
Ce secours m’est venu in tempore opportuno.
In tenui labor
(Le travail a pour objet des choses infimes).
Début du IVe livre des Géorgiques, où Virgile annonce qu’il va parler des abeilles, et il ajoute aussitôt at tenuis non gloria, mais la gloire qui en est le fruit n’est pas petite : On a vu des montres enchâssées dans le chaton d’une bague : in tenui labor.
Inter nos
(Entre nous).
Inter nos, ce n’est pas son esprit qui l’a fait arriver là.
In vino veritas
(La vérité dans le vin).
C’est-à-dire l’homme est expansif dans l’ivresse ; la vérité, qu’il ne dirait pas à jeun, lui échappe alors. — Locution proverbiale.
Intra muros
(Dans l’intérieur des murs).
Demeurer intra muros, dans l’intérieur de la ville.
Invita Minerva
(En dépit de Minerve).
Écrire en dépit de Minerve, rimer malgré Minerve. Se dit d’un auteur sans talent, sans inspiration, qui s’obstine à vouloir écrire quand même.
Ipso facto
(Par le fait seul).
Celui qui frappe un prêtre est excommunié ipso facto.
Jurare in verbo magistri
(Jurer par les paroles du maître).
Allusion d’Horace au magister dixit des disciples de Pythagore, et qui reproduit la même idée sous une forme plus poétique.
Jure et facto
(De droit et de fait).
Henri IV ne fut roi jure et facto qu’après son entrée solennelle dans Paris.
   
Jus et norma loquendi
(La loi et la règle du langage).
Horace dit dans son Art poétique que c’est le caprice de l’usage qui décide en maître et règle les lois du langage.
Justum ac tenacem
(L’homme juste et ferme).
Commencement d’une ode où Horace développe cette idée que le monde se briserait sans émouvoir l’homme juste et ferme.
Labor improbus omnia vincit
(Un travail opiniâtre vient à bout de tout).
Application évidente.
Lapsus calami
(Faute échappée à la plume).
S’emploie dans le même sens que lapsus linguæ, mais en parlant des fautes écrites.
Lapsus linguæ
(Faute échappée à la langue).
Atteler la voiture au cheval est un lapsus linguæ.Les personnes distraites font souvent des lapsus linguæ.
Lasciate ogni speranza
(Laissez toute espérance).
Inscription qui, dans le poëme de Dante, est placée à la porte des enfers : C’est sur la porte des bagnes qu’on devrait inscrire ces mots sinistres : lasciate ogni speranza
Laudator temporis aeti
(Faisant l’éloge du temps passé).
Fin d’un vers d’Horace où il fait ressortir ce défaut ordinaire aux vieillards de dénigrer le présent au profit du passé.
Lucidus ordo
(Ordre clair comme le jour).
L’écrivain qui ne fait pas du lucidus ordo le premier mérite de ses ouvrages ressemble au singe qui montrait la lanterne magique, et qui avait oublié d’allumer sa lanterne.
Macte animo !
(Bon courage !).
Parole d’encouragement qui s’adresse surtout aux jeunes gens, aux enfants. Dans ce dernier cas, on dit aussi souvent macte, puer !
Magister dixit
(Le maître l’a dit).
Paroles sacramentelles par lesquelles les scolastiques du moyen âge citaient en faveur de leur opinion celle du maître (Aristote), à l’instar des disciples de Pythagore. Aujourd’hui, ces mots se disent, par extension, de tout chef d’une école, d’une doctrine, d’un parti. On dit aussi ipse dixit.
Mane, thecel, pharès
(Pesé, compté, divisé).
Menace prophétique qu’une main invisible écrivit sur les murs de la salle dans laquelle Balthazar se livrait à sa dernière orgie, au moment où Cyrus pénétrait dans Babylone.
Mea culpa
(Par ma faute).
Mots du Confiteor, dont l’application est facile : Combien de gens, soit en morale, soit en politique, ont dû dire leur mea culpa !
Melioribus annis
(Dans des temps plus heureux).
C’est dans l’âge d’or, melioribus annis, qu’il faut chercher le règne de la fraternité entre les hommes.
Me, me adsum qui feci
(C’est moi, moi qui l’ai fait).
Hémistiche de Virgile, cri sublime que pousse Nisus pour chercher à détourner les coups qui menacent son ami Euryale : Quand un élève se voit puni pour un autre, il serait inouï d’entendre celui-ci s’écrier : Me, me adsum qui feci !
Memento quia pulvis es
(Souviens-toi que tu es poussière).
Paroles que prononce le prêtre en marquant de cendre le front des fidèles le premier jour de carême : Le tombeau magnifique ainsi que l’humble croix de bois, crie aux passants : Memento quia pulvis es.
   
Mens agitat molem
(L’esprit meut la matière).
Pensée de Virgile qui signifie que l’intelligence est supérieure à la force aveugle et physique : L’éléphant, le plus massif, est aussi le plus intelligent des animaux : mens agitat molem.
Mens divinior
(Souffle divin).
Expression poétique par laquelle Horace désigne l’inspiration, ce que Boileau appelle du ciel l’influence secrète.
Mens sana in corpore sano
(Une âme saine dans un corps sain).
Maxime de Juvénal. L’homme vraiment sage ne doit demander au ciel que la santé de l’âme avec la santé du corps :

Orandum est ut sit mens sana in corpore sano.

(Sat. X, v. 512)
Minima de malis
(Des maux choisir le moindre).
Proverbe latin de Phèdre
Mirabile visu
(Chose admirable à voir).
C’était vraiment un spectacle curieux, mirabilo visu. Dans un sens analogue, on dit mirabile dictu, chose étonnante à dire.
Monstrum horrendum
(Monstre horrible).
Portrait que fait Virgile du cyclope Polyphème. Application facile.
Morituri te salutant
(Ceux qui vont mourir te saluent).
Paroles que prononçaient les gladiateurs romains en défilant, avant le combat, devant la loge impériale. S’emploie souvent d’une manière plaisante.
Mors ultima ratio
(La mort est la raison finale de tout).
La haine, l’envie, tout s’efface au trépas : mors ultima ratio.
Motu proprio
(De son propre mouvement).
Faire une chose ou prendre une décision motu proprio ou de motu proprio.
Multa paucis
(Beaucoup dans peu).
Voulez-vous qu’on vous écoute, qu’on vous lise ? souvenez-vous de l’adage : multa paucis.
Nec plus ultra
(Non plus loin, non au delà).
Inscription gravée par Hercule, selon la Fable, sur les monts Calpé et Abyla, qu’il crut être les bornes du monde, et qu’il sépara pour joindre l’Océan à la Méditerranée : Le nec plus ultra de la vertu est de faire le bien sans que personne le sache. On dit aussi non plus ultra.
Ne quid nimis
(Rien de trop).
Sentence qui, chez les Latins, avait le sens de : L’excès en tout est un défaut.
Nescio vos
(Je ne vous connais pas).
Mots empruntés d’une parabole de l’Évangile, où il est répondu aux conviés qui viennent trop tard : nescio vos, je ne vous connais pas, c’est-à-dire on n’entre plus. Cette locution s’emploie familièrement par forme de refus : Adressez-vous à d’autres, nescio vos.
Ne, sutor, supra crepidam
(Cordonnier, pas plus haut que la chaussure).
Ce proverbe est une leçon à l’adresse de ceux qui veulent parler en connaisseurs de chose au-dessus de leur intelligence. Mot du peintre Apelle à un cordonnier qui, après avoir critiqué une sandale, voulut juger du reste du tableau.
Ne varietur
(Afin qu’il n’y soit rien changé).
Quand on écrit des lettres importantes, il est bon d’en prendre copie ne varietur.
Nigro notanda lapillo
(À marquer d’une pierre noire).
Se disait chez les anciens des jours néfastes, des jours malheureux : Est-ce au moment de la naissance, est-ce au moment de la mort qu’il faut appliquer le nigro notanda lapillo ? Dans un sens opposé, on disait : Albo notanda lapillo, à marquer d’une pierre blanche.
   
Nil admirari
(Ne s’étonner de rien).
Mots d’Horace qui sont devenus la devise des indifférents et des apathiques.
Nil novi sub sole
(Rien de nouveau sous le soleil).
Paroles de Salomon dans l’Ecclésiaste.
Noli me tangere
(Ne me touchez pas).
Mots tirés de l’Évangile de saint Luc : Tout homme a sa fibre sensible, son noli me tangere.
Nolite mittere margaritas ante porcos
(Ne jetez pas des perles devant les pourceaux).
Paroles de l’Évangile, qui, dans l’application, signifient qu’il ne faut pas parler devant un ignorant de choses qu’il ne comprend pas. On dit quelquefois plus simplement : Margaritas ante porcos.
Non bis in idem
(Non deux fois pour la même chose).
Axiome de jurisprudence, en vertu duquel on ne peut être inculpé deux fois pour le même délit.
Non est hic locus
(Ce n’est pas ici le lieu).
Mot emprunté de l’Art poétique d’Horace, qui signifie : Cela peut être beau, mais ce n’était pas là sa place. S’emploie à propos d’une chose faite à contre-temps : On peut dire du maître d’école qui sermonne l’enfant qui se noie : non est ou non erat hic locus.
Non ignara mali
(Connaissant moi-même le malheur).
Paroles touchantes par lesquelles Didon accueille Énée et ses compagnons d’exil.
Non licet omnibus adire Corinthum
(Il n’est pas donné à tout le monde d’aller à Corinthe).
S’emploie dans des cas très-variés, mais le plus souvent pour faire entendre que certaines personnes n’en égalent pas d’autres en richesses, en esprit, en talent.
Non possumus
(Nous ne pouvons).
Paroles de saint Pierre aux princes des prêtres, et qui, dans l’application, expriment une impossibilité, un refus sur lequel on ne peut revenir.
Nosce te ipsum
(Connais-toi toi-même).
Traduction latine de la fameuse inscription grecque gnôti seauton, mise sur le fronton du temple de Delphes.
Novissima verba
(Les dernières paroles).
Mots qui, ordinairement, servent à désigner les dernières paroles d’un mourant.
Numero Deus impare gaudet
(Le nombre impair est celui que le dieu aime de préférence).
Hémistiche de Virgile (viiie églogue) où le poëte fait allusion, sans doute, aux propriétés mystiques que l’antiquité grecque attribuait aux nombres impairs. Dans le système de Pythagore, l’unité représentait la divinité, qui contient tout et de qui tout découle, le nombre 2 était le mauvais principe ; le nombre 3, le symbole de l’harmonie parfaite. Il n’est pas de réunions en nombre impair, où un homme de bonne compagnie ne puisse avoir l’occasion d’appliquer l’hémistiche de Virgile, surtout s’il y a des dames.
Nunc est bibendum
(C’est maintenant qu’il faut boire, se réjouir).
Mot emprunté d’une ode d’Horace, composée à l’occasion de la victoire d’Actium. Manière familière de dire qu’il faut célébrer un grand succès, un succès inespéré.
   
Ô altitudo !
(Ô élévation ! ô profondeur !).
Exclamation de saint Paul en parlant des mystères du christianisme, et qui, aujourd’hui, s’applique aux merveilles de la science, de l’industrie, etc.
Odi profanum vulgus
(Arrière le profane vulgaire).
Allusion d’Horace aux premières paroles de l’hiérophante dans la célébration des mystères.
Ô fortunatos nimium (sous-entendu sua si bona norint).
(Trop heureux (s’ils connaissaient leur bonheur).
Ce vers de Virgile s’applique à ceux qui jouissent d’un bonheur qu’ils ne savent pas apprécier et qui se plaignent de maux souvent imaginaires : Quand je vois un homme quitter la campagne pour la ville, je suis toujours tenté de m’écrier : Ô fortunatos nimium !
Omnia mecum porto
(Je porte tous mes biens avec moi).
Réponse du philosophe Bias à ses concitoyens qui, menacés par les Perses et quittant la ville avec toutes leurs richesses, s’étonnaient de voir que le philosophe ne faisait aucun préparatif, estimant que les vraies richesses sont celles de l’esprit.
Omnis homo mendax
(Tout homme est menteur).
Paroles tirées du psaume Credidi propter quod locutus sum, et qui sont d’une application, hélas ! trop fréquente.
Omnium consensu
(Du consentement de tous).
La religion est, omnium consensu, indispensable à l’existence des sociétés.
Ô tempora ! ô mores !
(Ô temps ! ô mœurs !).
Exclamation par laquelle Cicéron s’élevait énergiquement contre la perversité des hommes de son temps : Dans quel siècle vivons-nous : Ô tempora ! ô mores !
Ô ubi campi !
(Ô la campagne !).
Exclamation de Virgile regrettant la tranquillité des champs. Horace a dit dans le même sens : Ô rus ! quando ego te aspiciam ! Ô campagne ! quand te reverrai-je !
Otium cum dignitate
(Noble oisiveté).
Expression de Cicéron à la louange des lettres, dont le culte permet de nobles loisirs.
Panem et circenses
(Du pain et les jeux du cirque).
Mots d’amer mépris adressés par Juvénal aux Romains de la décadence, qui ne demandaient plus que du blé au forum et les spectacles gratuits.
Par pari refertur
(On rend la pareille).
Répond à peu près à la loi mosaïque : œil pour œil, dent pour dent, etc. : Le renard, revenant de dîner chez la cigogne, dut se dire in petto : par pari refertur.
Parturient montes
(La montagne est en travail).
Pensée d’Horace que La Fontaine a commentée dans sa fable la Montagne qui accouche, et qui, dans l’application, sert à qualifier les promesses non suivies d’effet.
Pauca, sed bona
(Peu, mais bon).
Cet auteur n’a laissé qu’un petit nombre d’ouvrages, mais chaque page est empreinte du cachet inimitable de son génie : pauca, sed bona. Nos romanciers modernes laisseront un bagage littéraire dont certainement la postérité ne dira pas : pauca, sed bona.
Peccavi.
Exclamation du roi David, après avoir été confondu par la parabole du prophète Nathan. S’emploie pour signifier qu’on avoue ses torts : Je ne chercherai pas à me disculper, peccavi. — Faire, dire son peccavi, avouer sa faute.
   
Pede pœna elando
(Le châtiment suit le crime d’un pied boiteux).
Pensée d’Horace qui signifie que si le châtiment ne suit pas toujours immédiatement le crime, il ne manque cependant jamais d’arriver.
Per fas et nefas
(Par le juste et l’injuste).
C’est-à-dire par toutes les voies, par tous les moyens possibles : Les ambitieux marchent per fas et nefas à la réalisation de leurs projets.
Perinde ac cadaver
(Comme un cadavre).
Locution qui exprime l’obéissance passive, absolue, et qui est en quelque sorte la devise des Jésuites : L’obéissance la plus complète est la première loi du code militaire, et le perinde ac cadaver pourrait être inscrit sur la porte de toutes les casernes.
Per jocum
(Par jeu, pour rire).
Facile application.
Per Jovem !
(Par Jupiter !).
Espèce de jurement familier que Molière met dans la bouche d’un pédant.
Pertransiit benefaciendo
(Il a passé en faisant le bien).
Mots simples et touchants de saint Pierre, qui résument toute la vie de Jésus-Christ : Le plus heureux des hommes est celui qui sème le bonheur sur sa route, et dont on peut dire : pertransiit benefaciendo.
Plaudite, cives !
(Citoyens, applaudissez !).
Mots par lesquels les acteurs romains, à la fin d’une représentation, sollicitaient les applaudissements du public.
Plus æquo
(Plus que de raison).
Boire plus æquo.
Pœte, non dolet
(Pœtus, cela ne fait pas de mal).
Mots d’Arria à Pœtus son mari, en lui tendant le poignard dont elle venait de se frapper elle-même, pour l’encourager à se donner la mort. Pœtus s’était compromis dans une conspiration contre la vie de Néron.
Post equitem sedet atra cura
(Le noir souci monte en croupe derrière le cavalier).
Vers d’Horace qui exprime que c’est en vain qu’on cherche dans une distraction quelconque un remède à l’ennui, aux noirs soucis. Boileau a traduit ainsi cette pensée :

Le chagrin monte en croupe et galope avec lui.

On connaît aussi ces jolis vers que Delille place dans la bouche d’un riche fatigué de tout :

Que la ville m’ennuie !
Volons aux champs : c’est là qu’on jouit de la vie ;
On est heureux. Il part, vole, arrive ; l’ennui
Le reçoit à la grille et se traîne avec lui.

Post hoc, ergo propter hoc
(À la suite de cela, donc à cause de cela).
Formule par laquelle on désignait, dans les disputes de la scolastique, l’erreur qui consiste à prendre pour cause ce qui n’est pas cause. Par exemple, l’année 1811 a été marquée par l’apparition d’une brillante comète, suivie d’une excellente récolte en vin ; combien de gens sont encore persuadés que c’est à la comète qu’on doit la récolte, et que la comète amène le bon vin ! Post hoc, ergo propter hoc.
Primo mihi
(À moi d’abord).
Paroles du lion, dans la fable de Phèdre intitulée : Le Lion en société avec la Chèvre et le Mouton. S’emploie pour signifier qu’on veut faire, dire, avoir quelque chose le premier ; maxime favorite de l’égoïste. On ajoute quelquefois : Secundo tibi.
   
Primo occupanti
(Au premier occupant).
À ce droit remonte naturellement celui de la propriété : Les places, dans les théâtres, appartiennent primo occupanti.
Primus inter pares
(Le premier entre ses égaux).
Le président d’une république n’est que le primus inter pares.
Pro aris et focis
(Pour ses autels et ses foyers).
Celui-là est bien fort qui combat pro aris et focis.La sainte passion de mourir pour la patrie se traduit dans toutes les langues par ces mots célèbres : Pro aris et focis.
Pro domo sua
(Pour sa maison).
Titre d’une harangue de Cicéron, plaidant contre le patricien Clodius, qui s’était emparé de ses biens : On n’est jamais plus éloquent que quand on plaide pro domo sua.
Pro forma
(Pour la forme).
Rendre une visite à quelqu’un pro forma, c’est-à-dire, dans le cas particulier donné ici sans y attacher d’autre importance, d’autre valeur, qu’à une visite de simple politesse.
Proh pudor !
(Ô honte !).
Sert à manifester un sentiment de profond étonnement, de vive indignation : Proh pudor ! vous osez vous montrer ici !
Pro tempore
(Selon le temps).
Agissez pro tempore.
Proximus ardet Ucalegon
(Déjà brûle le palais d’Ucalégon, voisin du nôtre).
Mots tirés du récit qu’Énée fait à Didon dans la dernière nuit de Troie, et par lesquels il lui fait comprendre qu’il se vit forcé lui-même de fuir aussitôt de son palais. S’emploie, dans l’application, pour faire entendre qu’on est menacé d’un malheur qui vient de frapper une personne placée dans une situation analogue à la nôtre : Si les bêtes parlaient encore, par ce temps d’épidémie bovine chez nos voisins, nos bœufs pourraient ruminer comme Énée : Attention ! proximus ardet Ucalegon.
Pulchre, bene, recte !
(Bien, très-bien, parfait !).
Exclamation empruntée à Horace, et qui caractérise parfaitement les flatteries exagérées qu’un parasite, par exemple, adresse à son amphitryon.
Punica fides
(Foi punique, carthaginoise).
Les Romains accusaient les Carthaginois d’enfreindre souvent les traités, ce qui leurs fit employer ces mots comme synonymes de mauvaise foi. L’emploi de cette locution est facile.
Quærens quem devoret
(Cherchant quelqu’un à dévorer).
Expression de saint Pierre pour caractériser le démon : Les désirs deviennent trop souvent des passions qui cherchent ce qui pourrait les satisfaire : Quærens quem devoret.
Quæ sunt Cæsaris Cæsari (sous-entendu sua si bona norint).
 
Voir Redde Cæsari…
Quandoque bonus dormitat Homerus
(Le bon Homère sommeille quelquefois).
Horace, à qui appartient ce mot, a voulu dire qu’il n’est point d’auteur si parfait qu’il ne bronche quelquefois, et, par extension qu’il n’est personne à qui il n’échappe quelque négligence.
Quantum mutatus ab illo !
(Combien il est changé, combien différent de ce qu’il était !).
Est-ce là cette femme que j’ai connue si jeune, si brillante ? Est-ce la cet homme, que j’ai connu si puissant, si riche ? Quantum mutatus ab illo ! (Virgile, au IIe livre de l’Énéide.)
   
Qui bene amat, bene castigat.
(Qui aime bien châtie bien).
Application facile, puisque le châtiment n’a d’autre but que de corriger les défauts ou les vices de celui qu’on aime.
Quia neminor leo
(Parce que je m’appelle lion).
Mot tiré d’une fable de Phèdre. Se dit de celui qui abuse de sa force, de son autorité. L’imitation de La Fontaine a donné naissance à cette expression si connue, et qui s’emploie dans le même sens : La part du lion.
Quid novi ?
(Quoi de nouveau ?).
Interrogation familière que deux amis s’adressent volontiers quand ils se rencontrent.
Quid prodest ?
(À quoi sert, à quoi bon ?).
Je vous répéterais bien tout ce qu’il m’a dit, mais quid prodest ?
Qui habet aures audiendi audiat
(Que celui qui a des oreilles pour entendre entende).
Paroles tirées de l’Écriture sainte. S’emploie dans une intention maligne, satirique, pour avertir celui à qui s’adresse indirectement une observation, un conseil, qu’il doit en faire son profit.
Qui nescit dissimulare nescit reguare
(Celui qui ne sait pas dissimuler ne sait pas régner).
Maxime de gouvernement peu morale, qui semble empruntée à Machiavel et que plus d’un prince s’est efforcé de mettre en pratique.
Quod dî omen avertant !
(Que les dieux détournent ce présage !).
Exclamation de Virgile dans son Énéide, à propos du perfide Sinon, qui conseille aux Troyens de faire entrer dans leurs murs le fatal cheval de bois : Chaque jour on entend les pessimistes nous menacer de guerres, d’inondations, de famines, de révolutions ; quod dî omen avertant !
Quod erat demonstrandum
(Ce qu’il fallait démontrer).
Phrase que prononcent souvent les professeurs de mathématiques après une démonstration, et qu’on trouve quelquefois reproduite dans les livres par ces initiales Q. E. D.
Quod scripsi, scripsi
(Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit).
Phrase qui indique une détermination bien arrêtée.
Quomodo vales ?
(Comment vous portez-vous ?).
Sorte de salutation familière par laquelle on s’informe de la santé d’un ami.
Quoram pars magna fui
(Où j’ai pris une grande part).
Mots par lesquels Énée commence le récit de la dernière nuit de Troie, et qu’on peut s’appliquer en parlant d’événements auxquels on a pris une grande part. Si on veut être modeste, au lieu de magna on dit parva.
Quos ego
(Mots suspensifs, dont le sens équivaut à : Je devrais).
Paroles (en forme de réticence) que Virgile met dans la bouche de Neptune irrité contre les vents déchaînés sur la mer, et qui, dans la bouche d’un supérieur, expriment la colère et la menace : Quand tout un peuple se soulève, quel serait l’homme assez fort et assez hardi pour lui dire : quos ego…
Quos vult perdere Jupiter, dementat prius
(Quand Jupiter veut perdre quelqu’un, il commence par lui ôter sa raison).
Pensée d’Homère dont Racine a éloquemment reproduit le sens énergique et profond dans cette imprécation de Joad, au 1er acte d’Athalie :

Daigne, daigne, mon Dieu, sur Mathan et sur elle (Athalie),
Répandre cet esprit de vertige et d’erreur,
De la chute des rois funeste avant-coureur !

   
Quousque tandem
(Jusques à quand).
Premiers mots de l’apostrophe foudroyante de Cicéron à Catilina, lorsque celui-ci osa se présenter au sénat après la découverte du complot qu’il tramait contre la république. L’application de ces paroles est presque toujours familière.
Rara avis in terris
(Rare oiseau sur la terre).
Hyperbole de Juvénal, qui se dit en plaisantant des Lucrèce et des Pénélope, et, par extension, de tout ce qui est phénoménal. Le plus ordinairement, on cite seulement les deux premiers mots : rara avis.
Rari nantes in gurgite vasto
(Quelques naufrages flottant ça et là sur le vaste abîme).
Vers du 1er livre de l’Énéide. Dans l’application, gurgite vasto est le gouffre de l’oubli auquel peu de noms échappent : De tous les écrivains dont s’occupe aujourd’hui la renommée, que restera-t-il dans cinquante ans ? Rari nantes in gurgite vasto, ou simplement rari nantes.
Redde Cæsari quæ sunt Cæsaris, et quæ sunt Dei Deo
(Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu).
Réponse de Jésus aux Hérodiens, qui lui demandaient insidieusement s’il fallait payer le tribut à César. S’emploie le plus souvent sous la forme française.
Regis ad exemplar
(À l’exemple du roi).
Hémistiche de Claudien, qui signifie que tous se règlent sur les exemples donnés par le roi, c’est-à-dire par un maître quelconque.
Requiescat in pace !
(Qu’il repose en paix !).
Inscription qu’on lit généralement sur les pierres tumulaires.
Retro, Satanas
(Arrière, Satan).
Mot de l’Évangile. Marque l’indignation par laquelle on repousse des propositions dangereuses ou déshonorantes. Cependant, il s’emploie le plus souvent familièrement : Vainement vous cherchez à me tenter : retro Satanas.
Ridiculus mus
(Un rat, objet ridicule).
Expression tirée d’un vers d’Horace (Art poétique, v. 139), que La Fontaine a imitées dans sa fable la Montagne qui accouche : Rien de plus beau et de plus ronflant que la plupart des prospectus ; mais quand on se trouve en présence des objets préconisés, on se rappelle involontairement le ridiculus mus du poète.
Risum teneatis
(Ne riez pas, si vous pouvez).
Que dites-vous de ce que je viens de vous raconter ? N’est-ce pas édifiant ? Risum teneatis. (Horace, Art poétique.)
Rudis indigestaque moles
(Masse confuse et informe).
Expression dont Ovide s’est servi dans ses Métamorphoses pour peindre l’aspect du chaos : Trop souvent les gros livres ne sont que rudis indigestaque moles.
Sanctam sanctorum
(Le saint des saints).
Ce nom, que les Juifs donnaient à l’endroit le plus saint, le plus retiré du temple, est appliqué, le plus souvent par plaisanterie, à tout lieu interdit aux profanes.
Semper ad eventum festinat
(Il se hâte toujours vers le dénoûment).
Conseil détourné par lequel Horace recommande aux écrivains de tendre toujours au dénoûment par le chemin le plus court : Que deviendraient nos romanciers et nos feuilletonistes, s’ils étaient obligés de suivre le conseil : semper ad eventum festinat ?
   
Se non e vero, e bene trovato
Si cela n’est pas vrai, c’est du moins bien trouvé.
Proverbe italien d’une application facile et très-fréquente.
Servum pecus
(Troupeau servile).
Paroles par lesquelles Horace a flétri les imitateurs en littérature. Se dit des flatteurs, des plagiaires, et surtout des courtisans,

Peuple caméléon, peuple singe du maître.

(La Fontaine).
Sesquipedalia verba
(Mots longs d’une toise).
Horace conseille aux auteurs tragiques de ne mettre dans la bouche de leurs personnages ni paroles ampoulées, ni mots trop prétentieux. Racine, dans les Plaideurs, a rappelé heureusement cette expression par l’organe de Petit-Jean :

Il me fait dire aussi des mots longs d’une toise,
De grands mots qui tiendraient d’ici jusqu’à Pontoise.

Si augur augurem
(Si un augure voit un augure…).
Réflexion du vieux Caton, répétée par Cicéron, et qui était un trait lancé contre les augures, lesquels, disaient ces deux auteurs, ne pouvaient pas se rencontrer sans rire : L’efficacité de la médecine a encore ses sceptiques, même parmi les médecins, et le si augur augurem vient à l’esprit de tous ceux qui leur voient se donner une poignée de main.
Sic
(Ainsi).
Mot qui se met entre parenthèses dans le cours d’un texte ou à la fin d’une citation, pour indiquer que l’original est bien tel qu’on le donne, avec la faute ou l’étrangeté qui s’y trouve : Sa lettre commençait ainsi : Mossieu (sic), je, etc.
Sic itur ad astra
(Ainsi l’on s’élève jusqu’aux astres).
Expression de Virgile que l’invention des ballons a mise en si grand honneur, et qui s’applique, dans le style sérieux, à toute action d’éclat.
Sic transit gloria mundi
(Ainsi passe la gloire du monde).
Conclusion morale, tirée de l’Imitation de Jésus-Christ, pour tenir lieu d’oraison funèbre sur la disgrâce d’un ministre, l’oubli succédant à la gloire, etc.
Sic vos non vobis
Ainsi vous (travaillez), et ce n’est pas pour vous.
Dans les quatre vers pentamètres qui commencent par ces mots, Virgile se plaint fort ingénieusement qu’un autre ait reçu la récompense que lui seul avait méritée. S’emploie lorsque quelqu’un reçoit le salaire dû à un autre.
Similia similibus curantur
 
Voir Contraria contrariis.
Sine qua non
(Sans quoi non).
Clause sine qua non.C’est mon sine qua non.Le travail est la condition sine qua non à laquelle Dieu a attaché le bonheur ici-bas.
Sinite parvulos venire ad me
(Laissez venir à moi les petits enfants).
Paroles de Jésus-Christ à ses disciples. Application facile.
Sint ut sunt, aut non sint
(Qu’ils soient ce qu’ils sont, ou qu’ils ne soient pas).
Réponse célèbre du père Ricci, général des jésuites, auquel on proposait de modifier la constitution de sa société. S’emploie pour faire entendre qu’on ne veut rien changer à une chose établie, à quelque prix que ce soit.
   
Si parva licet componere magnis
(S’il est permis de comparer les petites choses aux grandes).
Vers de la première églogue de Virgile. Application facile.
Si vis me flere
(Si vous voulez que je pleure…).
Pensée d’Horace, traduite ainsi par Boileau dans son Art poétique :

Pour me tirer des pleurs, il faut que vous pleuriez ;

c’est-à-dire si vous voulez émouvoir, commencez par être ému vous-même.
Si vis pacem, para bellum
(Si tu veux la paix, prépare la guerre).
L’emploi de cette locution est journalier et d’une application facile.
Sol lucet omnibus
(Le soleil luit pour tous).
Application facile.
Solve senescentem.
(Réformez — votre cheval — qui vieillit).
Conseil que donne Horace aux écrivains que l’âge avertit de songer à la retraite : Quand Corneille fit représenter Agésilas et Attila, amis et ennemis lui crièrent : Solve senescentem.
Sotto voce.
À voix basse.
Locution italienne.
Sponte sua
(De son propre mouvement).
Agir sponte sua.
Statu quo
(L’état où sont actuellement les choses).
Expression employée surtout en diplomatie : Maintenir le statu quo.Les partisans du statu quo.
Stupete gentes
(Nations, soyez dans l’étonnement).
Cette exclamation, empruntée à l’expression d’un sentiment sérieux, s’emploie le plus souvent d’une façon familière et plaisante : Ce vieillard avare a fait don de 2,000 francs aux pauvres : stupete gentes.
Suave mari magno
(Il est doux, quand la mer est agitée…).
Pensée de Lucrèce dans son poëme de la Nature, qui se cite quand on veut peindre ce côté égoïste du cœur de l’homme, qui jouit avec plus de volupté d’un bonheur dont il voit les autres privés.
Sufficit
(Il suffit).
Je vous entends, sufficit.
Sui generis
(De son espèce, de ce qui n’appartient qu’à lui).
On dit qu’une fleur exhale une odeur sui generis generis, quand cette odeur n’offre d’analogie avec le parfum d’aucune autre fleur : Un éboulement avait laissé l’égout à découvert, et il s’en exhalait une odeur sui generis fort peu agréable.
Summum jus, summa injuria
(Excès de justice, excès d’injustice).
Ce vers de Voltaire :

Qui n’est que juste est dur, qui n’est que sage ou est triste,

rend fidèlement le sens de cette maxime.
Sunt lacrymæ rerum
(Les choses elles-mêmes arrachent des larmes).
Expression tirée de l’Énéide, et qui sert à faire entendre que la vue d’une grande infortune excite la pitié.
Suo tempore
(En son temps).
Il faut que chaque chose se fasse suo tempore.
Surge et ambula
(Lève-toi et marche).
Paroles de Jésus-Christ au paralytique.
   
Sursum corda
(Élevez vos cœurs).
Paroles que prononce le prêtre à la messe. Se dit, par antiphrase, et sans allusion répréhensible, à propos d’une chose dont on va faire l’exhibition, ou d’une nouvelle qu’on va conter, et qui n’a rien d’extraordinaire : Sursum corda, mettez-vous d’avance à l’unisson, vous allez tomber en extase.
Talis pater, qualis filius
(Tel père, tel fils).
Il est rare qu’on puisse dire de la postérité des grands hommes, et surtout des grands écrivains : talis pater, qualis filius.
Tantæ molis erat…
(Tant il était difficile…).
Expression de Virgile qui caractérise les difficultés que l’empire romain rencontra à se fonder, et qui, dans l’application, exprime les difficultés d’une entreprise.
Tantæ ne animis cœlestibus iræ !
(Tant de ressentiment peut-il entrer dans l’âme des dieux !).
Épiphonème de Virgile, que Boileau a imité dans celui-ci, qui n’est pas moins connu :

Tant de fiel entre-t-il dans l’âme des dévots ?

Tarde venientibus ossa
(Ceux qui viennent tard à table ne trouvent plus que des os).
S’emploie au propre et au figuré. Dans ce dernier cas, ces mots s’appliquent à tous ceux qui, par négligence ou par oubli, manquent une bonne affaire.
Telum imbelle sine ictu
(Trait impuissant et sans force).
Hémistiche de Virgile en parlant du trait lancé par le vieux Priam à Pyrrhus. Se dit d’une attaque impuissante : Aujourd’hui, les vaisseaux cuirassés se rient des boulets : telum imbelle sine ictu.
Tenere (teneo) lupum auribus
(Tenir (je tiens) le loup par les oreilles).
Signifie, par extension, se trouver dans l’embarras ; ou bien encore : La difficulté est surmontée.
Testis unus, testis nullus
(Témoin seul, témoin nul).
Adage de jurisprudence qui s’emploie pour faire entendre que le témoignage d’un seul ne suffit pas pour établir en justice la vérité d’un fait.
Thalassa ! thalassa !
(La mer ! la mer !).
Exclamation de joie que firent entendre les dix mille Grecs conduits par Xénophon, quand, accablés de fatigue, ils aperçurent les rivages du Pont-Euxin.
That is the question.
(Cela est la question)
Expression de Shakspeare dans le fameux monologue d’Hamlet. S’emploie pour exprimer un cas douteux : Quel est le lien mystérieux qui unit l’âme au corps ? that is the question.
Tibi gratias
(Grâces vous soient rendues).
S’emploie presque toujours d’une manière ironique et familière.
Timeo Danaos (et dona ferentes).
(Je crains les Grecs (même quand ils font des présents).
Paroles que Virgile met dans la bouche du grand prêtre Laocoon, pour dissuader les Troyens de faire entrer dans leurs murs le fameux cheval de bois que les Grecs avaient perfidement laissé sur le rivage. Exprime cette vérité qu’il faut toujours se défier de ce qui vient d’un ennemi, sous quelque couleur favorable que cela se présente.
To be or not to be.
(Être ou ne pas être).
Expression de Shakspeare dans le monologue d’Hamlet. Caractérise une situation où l’existence d’une chose quelconque est un des termes de l’alternative.
Tot capita, tot sensus
(Autant de têtes, autant d’avis).
Jamais on ne vit pareille confusion : tot capita, tot sensus.
Trahit sua quemque voluptas
(Chacun suit le penchant qui l’entraîne).
Maxime empruntée de Virgile : Il a choisi la carrière des armes : trahit sua quemque voluptas.
   
Tua res agitur
(C’est de toi qu’il s’agit).
Pensée d’Horace où le poète fait ressortir cette vérité, que notre maison est en danger quand celle de notre voisin brûle. Signifie dans l’application : cela vous touche, cela vous regarde, il y va de votre intérêt.
Tu autem
(Mais toi).
Ces deux mots, dont la traduction isolée n’offre aucun sens, s’emploient dans certains cas comme synonymes de difficulté, et reçoivent à peu près la même application que hic : C’est là le tu autem, c’est-à-dire le point essentiel, le difficile.
Tu es ille vir
(Tu es cet homme).
Paroles du prophète Nathan à David, après lui avoir fait toucher du doigt, au moyen d’une parabole, le crime dont il s’était rendu coupable à l’égard d’Urie : Quand nous rions au théâtre des ridicules qui sont bafoués sur la scène, quelque malin voisin pourrait nous dire : tu es ille vir.
Tulit alter honores
(Un autre en a eu l’honneur).
Cet hémistiche précède les quatre vers qui commencent par sic vos non vobis, et se rapporte à la même circonstance. On en fait aussi la même application.
Tu Marcellus eris !
(Tu seras Marcellus !).
Allusion, mais en bonne part, aux dernières paroles que Virgile met dans la bouche d’Anchise, montrant à Énée, parmi les glorieux descendants de sa race, le jeune Marcellus, fils d’Octavie, sœur d’Auguste. Virgile ne fait prédire à Anchise que les belles espérances que devait donner le jeune prince, qui mourut, comme on sait, à la fleur de l’âge. Tu seras Marcellus ! c’est-à-dire une promesse du ciel qui ne se réalisera pas, l’objet d’une attente suivie d’un éternel regret.
Tu quoque !
(Toi aussi !).
Paroles de César, lorsqu’il aperçut au nombre de ses assassins Brutus, qui passait pour étre son fils. L’application en est fréquente et facile.
Tutti quanti.
(Et combien d’autres).
Mots italiens que l’on emploie pour abréger une énumération, et qui correspondent presque à notre etc. S’emploie le plus souvent par ironie : Qui connaît aujourd’hui les œuvres de Chapelain, Pradon, Cotin e tutti quanti ?
Ubi bene, ibi patria
(Où l’on est bien, là est la patrie).
Maxime susceptible de nombreuses applications, mais qui se rapporte le plus souvent à l’insouciant, à l’indifférent, et qui se prend presque toujours en mauvaise part : Le parasite est chez lui partout où il trouve une bonne table, et c’est de lui surtout qu’on a le droit de dire : ubi bene, ibi patria.
Ultima ratio
(Dernière raison).
Maxime remarquable du cardinal de Richelieu : Le canon est l’ultima ratio des rois.
Unguibus et rostro
(Du bec et des ongles).
Se défendre unguibus et rostro, c’est-à-dire vigoureusement et sans lâcher prise.
Unum et idem
(Une seule et même chose).
Savoir mal ou ne rien savoir, c’est unum et idem. Être pauvre ou être avare, c’est unum et idem.
Urbi et orbi
(À la ville (Rome) et à l’univers).
Paroles qui font partie de la bénédiction du souverain pontife, pour marquer qu’elles s’étend sur l’univers entier. On dit de même, par extension, par extension, publier une nouvelle urbi et orbi, c’est-à dire partout.
   
Utile dulci
(Mêler l’agréable à l’utile).
Fin d’un vers d’Horace, d’une facile application : Celui-là a rencontré la perfection, qui a su réunir l’utile à l’agréable : utile dulci.
Ut pictura poesis
(La poésie est comme une peinture).
Pensée d’Horace, qui, comparant la prose à la poésie, fait celle-ci sœur de la peinture : C’est surtout des fables de notre La Fontaine que l’on peut dire : ut pictura poesis.
Vade in pace
(Allez en paix).
Paroles du confesseur en renvoyant son pénitent après lui avoir donné l’absolution : Soyez sans inquiétude, l’affaire s’arrangera : vade in pace.
Vade mecum
(Marche avec moi).
Horace est le vade mecum de tous les gens de lettres, et surtout des vieillards. On a fait de ces deux mots un substantif qui désigne une chose indispensable, surtout en parlant des livres.
Vade retro
(Arrière !).
S’emploie dans les mêmes circonstances que retro, Satanas. (V. cette locution.)
Væ soli !
(Malheur à l’homme seul !).
Paroles de l’Ecclésiaste, qui caractérisent la position malheureuse de l’homme isolé, abandonné à lui-même.
Væ victis
(Malheur aux vaincus).
Paroles de Brennus aux Romains, pour faire entendre que le vaincu est à la merci du vainqueur, et qui consacrent, pour ainsi dire, la loi injuste du plus fort.
Vanitas vanitatum !
(Vanité des vanités !).
Paroles par lesquelles Salomon déplore le vide et le néant des choses d’ici-bas : Honneurs, plaisirs, richesses, tout n’est que vanité : vanitas vanitatum ! Saint Jean Chrysostome commence par ces mots son homélie pour Eutrope : Mataiotês mataiotêtôn : Vanité des vanités.
Veni, vidi, vici
(Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu).
Mots devenus célèbres, par lesquels César annonça au sénat la rapidité de la victoire qu’il venait de remporter sur Pharnace, roi de Pont. Phrase d’une application toujours familière, pour exprimer la facilité et la rapidité d’un succès quelconque.
Le cardinal de Richelieu écrivait au bas des projets qui lui étaient soumis : vidi, legi, probavi, mots qu’on peut traduire par : vu, lu, approuvé.
Verba volant, scripta manent
(Les paroles s’envolent, les écrits restent).
Ce proverbe latin conseille la circonspection dans les circonstances où il serait imprudent de laisser des preuves matérielles d’une opinion, d’un fait, etc. : Dans les temps de révolution, on doit éviter le plus possible de donner des témoignages écrits de ses opinions : verba volant, scripta manent.
Vice versa
(Réciproquement).
Application usuelle, quand il s’agit d’un changement réciproque.
Victis honos
(L’honneur aux vaincus).
Mots dont se sert familièrement le joueur qui vient de gagner une partie, pour inviter son adversaire à jouer le premier coup de la revanche : À vous de commencer, victis honos. — Ne s’emploie pas toujours familièrement. Napoléon Ier, rencontrant un détachement de prisonniers autrichiens, s’arrêta, se découvrit et dit ces paroles mémorables : Honneur au courage malheureux.
   
Video lupum
(Je vois le loup).
Se dit lorsque l’on aperçoit une personne que l’on craint et dont on parle : Taisez-vous, video lupum. Cette locution rappelle un peu le dicton : Quand on parle du loup, on en voit la queue.
Vir bonus
(L’homme de bien).
Cicéron emploie ces paroles dans une phrase où il dit que la vertu, la loyauté, la probité, sont les sources principales de l’éloquence. On s’en sert pour désigner le parfait honnête homme.
Vires acquirit eundo
(Elle acquiert des forces dans sa course).
Hémistiche du IVe livre de l’Énéide sur la Renommée : Défiez-vous de la calomnie : vires acquirit eundo.
Vis comica
(La force comique, le pouvoir de faire rire).
Molière est inimitable ; il y a dans tout ce qu’il a fait un vis comica qu’on ne rencontre ni chez les anciens ni chez les modernes. Se dit surtout des auteurs et des acteurs comiques.
Vitam impendere vero
(Consacrer sa vie à la vérité).
Mots de Juvénal dont J.-J. Rousseau fit sa devise.
Vivere parvo
(Vivre de peu).
Heureux qui sait vivere parvo !Le bonheur consiste dans le vivere parvo.
Vox clamantis in deserto
(La voix de celui qui prêche dans le désert).
Ce mot, depuis saint Jean-Baptiste, qui prêchait dans le désert, n’a pas cessé d’étre applicable : En vain parle la sagesse, on ne l’écoute pas : vox clamantis in deserto.
Vox populi, vox Dei
(Voix du peuple, voix de Dieu).
Adage plus ou moins juste, suivant lequel on établit la vérité d’un fait, la justice d’une chose sur l’accord unanime des opinions, et surtout des opinions du vulgaire.