Dictionnaire des sciences philosophiques/2e éd., 1875/Alcméon de crotone

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Dictionnaire des sciences philosophiques
par une société de professeurs et de savants
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ALCMÉON de Crotone. Un des plus anciens pythagoriciens, s’il est vrai que Pythagore lui— même, vers les dernières années de sa’vie, l’ait initié à sa doctrine. D’après cette supposition, il aurait vécu dans le ve siècle avant J. C. Quoique les anciens l’estiment surtout comme médecin, il est loin d’être sans valeur comme philosophe. Aristote (Métaphys., lib. I, c. v) le signale comme ayant observe le premier que les divers prin­cipes de la connaissance humaine sont opposés entre eux, et peuvent être représentés par les antithèses suivantes, au nombre de dix :

Fini et infini.Repos et mouvement

Impair et pair.Droit et courbe.

Unité et pluralité. Lumière et ténèbres Droit et gauche. Bien et mal.

Mâle et femelle.Carré et toute figure à

  • côtés inégaux.

Cette table pythagoricienne tend évidemment à diviser le monde intelligible d’après le nombre réputé le plus parfait ; c’est pour la même raison que les pythagoriciens ont divisé en dix sphères le monde sensible. Il est superflu de faire res­sortir ce qu’il y a d’arbitraire dans un tel arran­gement ; mais, malgré son imperfection, cette table n’en est pas moins remarquable, car elle peut être regardée comme la première tentative qui ait été faite pour remonter aux notions les plus générales et dresser une espèce de liste des catégories ; c’est là sans doute qu’Aristote aura puisé l’idée de la sienne, composée de dix notions simples. Quant à savoir si ce pythagoricien est réellement l’auteur de la table qui lui est attri­buée, ou s’il en a seulement donné l’idée, c’est une question peu importante et qui ne saurait être résolue avec certitude.

Les anciens historiens lui attribuent encore quelques opinions philosophiques d’une moindre importance. On lui fait dire, par exemple, que le soleil, la lune et les étoiles sont des substances divines, par la raison que leur mouvement est continu ; que l’âme humaine est semblable aux dieux immortels, et par conséquent immortelle comme eux, etc. (Arist., de Anima, lib. 1, c. il.

  • Cic., de Nat. Deor., lib. I, c. xi. — Jambl., in Vita Pythag., c. xxiii.)

Il est à regretter que rien ne se soit conservé de ses écrits, sauf quelques fragments de fort peu d’étendue ; dans l’un, cité par Diogène Laërce (liv. VIII, c. xm), il accorde aux dieux une con­naissance certaine ou probable des choses invisi bles aussi bien que des choses périssables, et par là il semble indiquer que cette connaissance est refusée à l’homme ; mais ce fait unique doit d’au­tant moins suffire pour le ranger parmi les philo­sophes sceptiques, que seg autres doctrines portent un caractere prononcé de dogmatisme. — On mentionne encore un sophiste du nom d’Alcméon, auquel Crésus aurait donné autant d’or qu’il lui était possible d’en emporter en une fois (Hérod., liv. VI, ch. cxxv).